1984
de GEORGE ORWELL

- De l'art d'être en avance sur son temps -




1984, roman de politique-fiction de l'auteur anglais George Orwell (1903-1950), a été publié en 1949.  84 est tout simplement l'inversion de 48, année de rédaction du manuscrit.

Ecrit en pleine guerre froide, le roman est bien entendu une diatribe dirigée contre le régime soviétique, stalinien au sens propre du terme (Staline est encore en vie ; il mourra en 1953). C'est uniquement de cette façon que l'on interprète 1984 à sa parution, mais la chose va évoluer plus tard.

Orwell est un aventurier politisé sur le tard. D'abord flic de l'armée coloniale britannique en Birmanie, puis clochard à Paris et à Londres, il part en décembre 1936 pour l'Espagne, où la guerre civile est en cours depuis juillet. Il s'engage dans les milices trotskistes du POUM, non par choix délibéré mais parce que ce sont des militants de l'organisation trotskiste ILP, rencontrés un peu par hasard à Londres, qui lui ont procuré des papiers pour l'Espagne (il en parle dans son livre Homage to Catalonia - La Catalogne libre - 1938). Envoyé sur le front en Aragon, il est blessé en juin 1937, puis rapatrié.

En mai 1937, en permission à Barcelone, il est mêlé sans trop le vouloir aux combats qui opposent les communistes trotskistes aux communistes staliniens (guerre civile à l'intérieur de la guerre civile). C'est de là que date son hostilité pour les staliniens. Si Orwell avait été enrôlé par ceux-ci pour combattre dans les Brigades internationales, il est probable qu'il serait devenu stalinien et qu'il aurait écrit un roman contre les trotskistes - roman que, bien entendu, personne n'aurait publié en Angleterre. Le pouvoir établi n'a jamais soutenu les trotskistes pour leurs beaux yeux et leurs belles théories politiques, mais parce qu'ils représentaient un excellent outil pour affaiblir de l'intérieur le mouvement communiste international. (En 1949, Orwell dénoncera aux services de renseignements anglais des journalistes et intellectuels "cryptocommunistes", "compagnons de route" ou "sympathisants" de l'Union soviétique.)

Ce qui est intéressant dans 1984, c'est ce qui a survécu à la guerre froide, ce qui est pour ainsi dire intemporel. Orwell, auteur ambigu s'il en est, n'avait pas prévu et ne pouvait pas prévoir l'usage que les générations futures feraient de son livre. Pur produit du colonialisme anglais, parfaitement incapable de comprendre les causes profondes des aberrations économiques et politiques de l'époque, il ne s'est même pas aperçu que l'idéologie totalitaire de 1984 existait en filigrane au cœur même de sa très "démocratique" Angleterre, où elle n'attendait que l'occasion propice pour se développer pleinement (dans les colonies, c'était chose faite depuis longtemps). Un Etat monarchique et colonial peut-il servir de modèle au reste du monde ? Orwell ne s'est jamais posé la question.

A présent que l'URSS a disparu et que l'Occident montre son véritable visage, non plus seulement à la périphérie mais au centre même de son empire, l'univers de Big Brother acquiert une étrange actualité qui transcende complètement l'intention initiale de l'auteur.


Le roman :

Londres est la capitale d'un empire dictatorial dirigé par un invisible tyran : Big Brother. Son pouvoir ne se caractérise pas seulement par une surveillance étroite des moindres faits et gestes de la population et par une répression brutale, mais aussi par une manipulation permanente de l'information, de l'histoire, du langage et de la pensée, de sorte que toute velléité d'opposition se trouve presque automatiquement tuée dans l'œuf.


Quelques exemples de double-pensée moderne :


Les tenants du judéo-fascisme sont aujourd'hui les champions de la double-pensée. Mais ils sont loin d'être les seuls. Entre-temps, le "deux poids, deux mesures", conséquence directe du "doublethink", se retrouve à tous les échelons de la caste politico-médiatique.




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