L'opération dite de "libération" est désormais une entreprise d'anéantissement de la nation irakienne

Al Faraby    28/03/2003

source : Assawra

URL : http://www.lai-aib.org/lai/article_lai.phtml?section=A1ABBD&object_id=18961


Il y a une semaine George W. Bush lançait les premiers missiles de sa guerre contre Saddam Hussein : aujourd'hui la guerre du Président des Etats-Unis est devenue la guerre au peuple irakien tout entier. L'opération dite de " libération " est désormais une entreprise d'anéantissement de la nation irakienne. Depuis la fin du second conflit mondial, elle s'inscrit au catalogue des aventures de conquête militaire les plus dévastatrices du demi-siècle. Cela porte un nom : un crime. Et il y a des tribunaux internationaux pour cela...

Mercredi 26 mars, le bombardement d'un marché populaire de Bagdad a paraphé en quelque sorte la vraie nature de la guerre, parmi les corps déchiquetés d'un quartier détruit. Depuis le 20 mars, aux quatre points cardinaux, une gigantesque pluie de bombes s'abat sur l'Irak. Pendant ce temps, les blindés américains s'avancent vers la capitale en creusant un profond sillon de sang, de désolation et de ruines. Les noms de Bassora, Oum Qasr, As Chatra, Nadjaf, Nasiriyya et d'autres, résonnent comme un chapelet de villes martyres broyées par le fer et le feu. On s'y bat de nuit et de jour, mètre par mètre, dans un atroce chaos qui n'épargne ni les habitations, ni les rues, ni les édifices religieux, ni les hôpitaux, ni surtout les habitants, leurs familles et leurs enfants. Ces cités n'ont qu'un tort : elles résistent à l'invasion étrangère. George W. Bush et Tony Blair le leur font atrocement payer. Et on ne saurait trop saluer le courage de journalistes scrupuleux et libres qui nous transmettent les images, les sons et les mots vrais du coeur du fracas : ils ont d'autant plus de mérite que la Maison-Blanche s'acharne à cacher la vérité au peuple américain. Ainsi, un envoyé spécial de l'AFP a recueilli cette confidence du caporal Steven Cassler, vingt-six ans : " Je ne voudrais pas le raconter à ma mère, elle serait horrifiée. Mon père a fait le Vietnam : c'est comme tout ce qu'il m'avait dit "... La promenade annoncée des puissants et riches " libérateurs " tourne au cauchemar sanglant face au peuple des misérables.

Et dans les villes qu'assiègent les troupes anglo-américaines - comme dans un scénario d'un nouveau Moyen âge barbare -, on commence à mourir de faim, de soif, de détresse et de terreur. Des centaines de milliers de bébés n'ont plus que quelques jours à vivre. Et ces cités sont désormais au cour d'un sinistre chantage : c'est ce qu'on appelle " l'arme humanitaire ". Le président d'Action contre la faim, Jean-Christophe Rufin, la décrit ainsi : " Les belligérants espèrent que la population fléchira, dans la mesure où elle est affamée. On ne peut accepter ce que dit Bush : quand cette population aura capitulé, elle recevra beaucoup d'aide. L'humanitaire est une sorte d'enjeu stratégique. " Bien que répugnant aux écarts vulgaires de langage, un seul mot nous vient sous la plume : salauds !

Nous sommes tous les soirs des millions devant les images du journal télévisé à vivre le crime en direct, le coeur meurtri et les poings serrés de rage. Ça ne peut plus durer ! Les chefs d'Etat et de gouvernement qui avaient courageusement pris position contre la guerre vont-ils se contenter d'observer le massacre du balcon des édifices publics ? Jacques Chirac avait mille fois répété que " la guerre est toujours la pire des solutions ". Il avait raison. Mais le pire est là. Alors ? Allez-vous attendre, en scrutant l'après-guerre, que Bassora, Nasiriyya ou Bagdad tombent en cendres en engloutissant leurs populations ? Aux quatre coins de la terre, Messieurs les dirigeants, secouez-vous, réveillez l'ONU, remuez ciel et terre, menacez, tonnez ! Et dès ce soir délivrez-nous de la honte : c'est dans notre ciel que les bombardiers font route vers leur oeuvre de mort.