AFGHANISTAN - "L'ALLIANCE DU NORD"


Territoires contrôlés par "l'Alliance du Nord" le 7 octobre 2001 ...




... et le 23 novembre 2001
(grâce aux bombes américaines)





Depuis que les Etats-Unis ont déclenché la guerre contre l'Afghanistan, il est souvent question de "l'Alliance du Nord" et du rôle qu'elle sera amenée à jouer quand les talibans auront été éliminés. Pourtant, il y a quelques mois à peine, personne ne connaissait cette "Alliance", hormis de rares spécialistes. Alors, qui sont ces protégés de Washington ?

Ils ont en commun un fanatisme et une brutalité qui ne les distingue en rien des talibans. Les plus âgés d'entre eux ont fait leurs premières armes dans les années 1978-1980, brûlant les écoles et égorgeant instituteurs et institutrices considérés comme les propagandistes du communisme athée. Avec un indéniable succès, d'ailleurs, puisqu'en 1995, avant l'arrivée des talibans, il y avait en Afghanistan 69 % d'analphabètes parmi les personnes de plus de 15 ans - 53 % chez les hommes et 85 % chez les femmes. S'il n'ont pas instauré de Ministère de la Répression du Vice et de la Propagation de la Vertu, c'est qu'ils n'ont jamais détenu de pouvoir d'Etat digne de ce nom. Entre le pillage et le contrôle de la longueur des barbes, ils choisissent le pillage. La constance idéologique ne les intéresse pas; ils préfèrent s'enrichir - grâce à la drogue notamment. Tout comme leur concurrents talibans, les hommes de "l'Alliance" ont été armés et financés par les services secrets américains, pakistanais et saoudiens. Mais contrairement aux talibans, ils n'ont jamais su s'émanciper de leurs commanditaires. Alors qu'ils se sont presque toujours mutuellement combattus, la situation présente les contraint à s'unir: une union virtuelle qui ne durera sans doute pas très longtemps.

A la tête de ces "mudjahiddins" (combattants de la "liberté") on trouve les personnages suivants:

  • Abdoul Rachid Dostoum, général ouzbek, dirigeait les troupes gouvernementales pro-communistes de Nadjibullah après le retrait des Soviétiques en 1989. Trois ans plus tard, voyant que la victoire des insurgés islamistes était proche, il retourna sa veste et rejoignit ses anciens ennemis. Il joua un rôle actif dans la destruction de Kaboul. Son artillerie y massacra des milliers de civils, tandis que ses vaillants fantassins écumaient les environs de la capitale, tuant, violant et pillant. Dostoum est également responsable de nombreuses atrocités commises dans la ville de Mazar-i-Sharif. [En 2001, profitant des bombardements américains, les troupes de Dostoum, reprennent cette ville, passée entre-temps aux mains des talibans. Après la "victoire" US, Dostoum fait de nouveau parler de lui en massacrant 3000 prisonniers talibans. En mai 2004, Dostoum étend sa domination à la province de Faryab, à la frontière du Turkménistan. En mars 2005, le "premier ministre" Karzaï le nomme "chef d'état-major de l'armée afghane".]



  • Abdoul Malik, autre chef de guerre ouzbek, est l'ennemi juré de Dostoum. Après l'avoir trahi en 1997, il s'allia aux talibans, leur permettant de s'emparer de Mazar-i-Sharif. Peu après, il trahit ces mêmes talibans et en massacra quelques centaines avec l'aide des milices chiites. Malik est aujourd'hui un des commandants de "l'Alliance" dans une région où il n'a pas de contact direct avec les troupes de Dostoum.



  • Burhanuddin Rabbani, ancien titulaire d'une chaire de droit islamique à l'Université de Kaboul, est la façade "sérieuse" de "l'Alliance". Considéré par les USA et leurs alliés comme le "président" afghan, il représente aussi le pays à l'ONU. Etant lui-même issu de la minorité tadjik, il a choisi d'établir son "gouvernement" à Douchanbé, au Tadjikistan. Bien que n'étant pas lui-même mis en cause, Rabbani s'entoure cependant d'hommes impliqués dans des exactions, comme par exemple le prétendument légendaire commandant Ahmad Shah Massoud, tué dans un attentat peu avant le 11 septembre (voir plus bas).



  • Abdul Rasul Sayyaf, "premier ministre" de Rabbani, est à la tête du seul groupe anti-taliban composé en majorité de Pachtouns. Dans le passé, Sayyaf a exprimé son hostilité à toute présence militaire étrangère en Arabie Saoudite et a même offert d'aller combattre dans ce pays pour en chasser les Américains. Aujourd'hui, pourtant, on nous raconte qu'il est l'allié des USA dans la lutte contre le terrorisme de Ben Laden. Très drôle...   Sayyaf et ses hommes sont responsables de nombreuses atrocités perpétées contre la minorité ethnique et religieuse des Hazaras chiites, dont quelques-uns des chefs sont pourtant à ses côtés dans la fameuse "Alliance".



  • Abdul Qadir, un ancien gouverneur de province, a accueilli Ben Laden en 1996 quand celui-ci est venu s'établir en Afghanistan après avoir quitté le Soudan. Lorsque les talibans ont conquis sa province, Qadir est allé se réfugier au Pakistan. Il est maintenant de retour.



  • Ahmad Shah Massoud, commandant tadjik, nous est présenté par les perroquets des médias comme le "chef charismatique de la résistance afghane". Pratiquement inconnu du reste du monde il y a quelques mois, cet ancien élève du lycée français de Kaboul était le chouchou de la presse parisienne. Oui, ma chère, un guerrier cultivé, un Malraux du Moyen-Orient, j'en ai des frissons...   En fait, ce "stratège virtuose qui commandait ses troupes d'un simple murmure" (Paris-Match), a fait massacrer au cours de sa brillante carrière des milliers d'innocents - sans murmurer. Mais peu importe, puisqu'il s'agissait de "communistes", "d'ennemis de la liberté" ou tout simplement d'Hazaras chiites. En septembre 2001, c'est au tour de Massoud de se faire liquider par ses ennemis (talibans ou autres). Règlement de comptes entre truands afghans, en quelque sorte. Bon débarras...



  • Mohammed Fahim Khan, général tadjik ayant succédé à Massoud, il ne vaut guère mieux que son prédécesseur.



  • Karim Khalili, chef des milices chiites des Hazaras, aussi brutal et sanguinaire que ses adversaires, il a lui aussi activement contribué à la destruction de la capitale afghane après 1992.



  • Gulbuddin Hekmatyar, chef de guerre pachtoun sans scrupules, il a massacré des milliers de civils à Kaboul dans les années 1992-95. Grâce à ses excellentes relations avec les services secrets pakistanais, il a su détourner à son profit une part non négligeable de "l'aide" américaine. Bien avant les talibans, il a prôné l'instauration d'un régime ultra-islamiste en Afghanistan et a toujours été un grand ami de Ben Laden. Cela ne l'a pas empêché de rompre avec les "étudiants en théologie". Bien que sunnite pur et dur, il est allé se réfugier en Iran, pays chiite, lorsque ses partisans l'ont abandonné. Son retour en Afghanistan semble imminent; "l'Alliance du Nord" a besoin de bras. [C'est chose faite en mars 2002.]



Avec un tel mélange explosif, une poursuite de la guerre civile semble garantie.

[Six mois après le début de l'agression américaine, plus personne ne parle de "l'Alliance du Nord". Il n'y a plus que des seigneurs de la guerre qui s'entre-déchirent pour obtenir ou conserver la "reconnaissance" des envahisseurs et se tailler une part plus grosse du gâteau.]




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