CAUCASE ET AUTRES POINTS CHAUDS

- Tchétchénie/Ingouchie - Géorgie/Ossétie - Cachemire - Pakistan -


Voir également (sur une autre page) :
Venezuela - Corée du Nord



LA TCHÉTCHÉNIE

(écrit en grande partie en 2003)

Carte du Caucase   Chronologie tchétchène   Guerre d'indépendance ?
Poutine et les droits de l'homme   Poutine et le sort de la Russie

2009-2011 - après la Tchétchénie, l'Ingouchie et le Daguestan


Dans le Caucase comme dans toutes les autres régions périphériques de l'URSS, les tendances nationalistes, encouragées par la politique de Gorbatchev, gagnent du terrain dans la seconde moitié des années 1980 et conduisent en 1991 à l'indépendance des trois républiques de Géorgie, d'Arménie et d'Azerbaïdjan. La sécession est accompagnée de conflits ethniques armés, volontiers présentés comme des guerres de religion - comme si un nouvel extrémisme confessionnel avait soudain saisi des millions de Caucasiens après sept décennies d'athéisme soviétique. L'Arménie "chrétienne" et l'Azerbaïdjan "musulman" se disputent donc les enclaves que chacun de ces Etats détient chez l'autre (Haut-Karabakh et Nakhitchevan). La minorité "musulmane" abkhaze se révolte contre le pouvoir central de la très "chrétienne" Géorgie. Ces conflits sont attisés par le "communiste" Edouard Chévarnadzé, qui est ministre soviétique des Affaires étrangères et coliquidateur de l'URSS, avant de se faire élire président de la Géorgie et de livrer ce pays à ses nouveaux maîtres américains (qui le feront renverser en novembre 2003 pour le remplacer par une autre marionnette encore plus docile, le putsch* étant diffusé en temps réel sur CNN).

* Pour ce putsch organisé par la CIA, on a suivi à la lettre le scénario d'un autre putsch américain, celui d'octobre 2000 en Serbie. L'ambassadeur US à Tbilissi en 2003, Richard Miles, était d'ailleurs en poste à Belgrade trois ans plus tôt. Quant à Chévarnadzé, il est parti se réfugier dans sa belle propriété de onze millions d'euros près de Baden-Baden, en Allemagne. Riche de tout l'argent volé en douze ans de pouvoir, il s'est très vite consolé de sa disgrâce.

Bien entendu, d'autres puissances de la région se lancent plus ou moins discrètement dans la mêlée qui secoue le Caucase et l'Asie centrale dans les années 90: la Turquie (elle se sent "responsable" de tous les peuples turcophones de part et d'autre de la mer Caspienne), l'Iran, l'Arabie Saoudite et le Pakistan. L'engagement de ces quatre pays est facilité par le fait que les questions religieuses ne sont plus qu'un lointain souvenir parmi les peuples de l'ex-URSS, et que n'importe qui peut leur raconter n'importe quoi, pourvu qu'il leur propose une "alternative". Dans le vide spirituel et matériel laissé par des années de "perestroïka" destructrice, on s'accroche aux promesses du premier venu, surtout si celui-ci sait se montrer généreux. On le suit moins par fanatisme ou conviction que par opportunisme ou nécessité. Quoi qu'il en soit, les agitateurs ont les coudées franches. Ce phénomène de retour en force de l'obscurantisme mystique et surnaturel n'est pas le fait exclusif de l'islam. De nombreuses églises et sectes d'inspiration chrétienne sont elles aussi à l'oeuvre un peu partout en Europe de l'Est. Au ministère russe de la Défense, il existe maintenant un service astrologique; à Baïkonour, au Kazakhstan, les popes bénissent les cosmonautes avant leur départ pour l'espace.

Mais l'intervention idéologique des pays musulmans voisins n'est pas laissée au hasard. Bien au contraire, elle fait partie d'un plan d'ensemble élaboré aux Etats-Unis dès les années 1970 et visant à affaiblir l'URSS en l'attaquant indirectement sur son propre territoire, comme on l'avait fait dans les années d'après-guerre avec les groupes de guérilla baltes. Difficilement réalisable tant que le calme et la prospérité régnaient dans les républiques soviétiques, le plan connaît un début de réalisation avec l'arrivée des troupes russes à Kaboul (1979). Par l'intermédiaire des services secrets pakistanais, qu'ils ont contribué à mettre en place, les Américains ne se positionnent pas seulement en Afghanistan; ils parviennent aussi à établir d'intéressants contacts avec les milieux musulmans de l'URSS méridionale. Cependant, ces milieux sont encore très éloignés de la dissidence.

Après le retrait soviétique d'Afghanistan (1989), le gigantesque appareil subversif mis en place au Pakistan sous contrôle américain et saoudien (Ben Laden en faisait partie) est massivement recyclé en direction de l'URSS moribonde. Moscou n'étant plus maître de la situation, ou ne voulant plus s'y intéresser, tout devient possible. Dans les mois et les années qui suivent, l'engagement idéologique, religieux, financier, militaire, etc. prend des proportions toujours plus effrayantes. Le trafic d'armes et de drogue est à son comble. (Lire à ce sujet un article de Michel Chossudovsky, professeur de sciences économiques à l'Université d'Ottawa.)


Source: Le Monde Diplomatique

En 1991, la dissolution de l'URSS, loin d'assouvir l'appétit des "réformateurs" de la carte géopolitique, les encourage au contraire à poursuivre leurs efforts à l'intérieur des frontières de la Fédération russe. La construction d'un oléoduc entre Bakou (Azerbaïdjan) et Soupsa (Géorgie) permet aux compagnies américaines de disposer librement du pétrole de la Caspienne sans interférence de la part de la Russie. Mais il existe aussi des réserves d'or noir plus au nord, en territoire contrôlé par Moscou.

Même sous sa forme allégée, la Russie est encore beaucoup trop grande aux yeux de l'unique superpuissance. Comme l'a exprimé Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et co-initiateur de la stratégie américaine actuelle, dans son livre Le Grand Echiquier en 1997: "Une confédération russe plus ouverte, consistant en une Russie européenne, une république de Sibérie et une république d'Extrême-Orient, augmenterait les chances de développement. Chacune de ces trois composantes serait plus à même de stimuler son potentiel créateur, anéanti par des siècles de pesante bureaucratie moscovite." C'est donc une balkanisation pure et simple de la Russie qui est à l'ordre du jour. La déstabilisation va se poursuivre et se concentre maintenant sur la Tchétchénie.


Chronologie tchétchène :

La partie nord du Caucase est conquise et rattachée à l'Empire russe à partir de 1722 (Pierre le Grand), mais il faut attendre le milieu du 19ème siècle pour voir s'y établir une certaine stabilité.

En 1918, Tchétchènes et Daguestanais prennent le parti de la Révolution et repoussent le général blanc Dénikine ainsi que les forces d'intervention françaises et anglaises. Une République confédérée des Montagnes est créée au sein de la Russie soviétique. Cependant, dans les années 1920-30, des soulèvements sporadiques ont lieu contre le pouvoir central. En 1936, Staline - il est originaire de Géorgie - établit une République autonome de Tchétchéno-Ingouchie.

En 1942, l'armée allemande occupe une partie de la Tchétchénie, et un certain nombre d'habitants choisit la collaboration avec les nazis ; des unités de volontaires sont même constituées pour combattre l'Armée rouge*. Staline, sans trop s'attarder à faire la distinction entre patriotes et collaborateurs, fait alors déporter de nombreux Tchétchènes au Kazakhstan et dans d'autres régions de l'Union soviétique, d'où ils ne reviendront qu'avec la déstalinisation de 1956. Les choses se calment ensuite jusqu'à la fin des années 1980.

* La légion nord-caucasienne, une des six Ostlegionen, comprend 90.000 combattants (Tchétchènes et Ingouches) encadrés par 3.000 Allemands. A cela il faut ajouter les divers bataillons auxiliaires, génie, train, etc..., également composés de volontaires régionaux. Après la guerre, pour disculper la Wehrmacht - l'armée régulière -, les Allemands mettront sur le compte de ces légions de l'Est les atrocités commises contre les populations civiles.

Sans attendre l'arrivée des troupes nazies, deux chefs tchétchènes, Hassan Israilov et Mairbek Sheripov, organisent la guérilla antisoviétique. "En juin 1941, avec le déclenchement de l'opération Barbarossa, l'invasion allemande de l'URSS, l'espoir renaît chez les maquisards", peut-on lire sur www.1939-45.org, un site "apolitique" consacré à la Seconde guerre mondiale.


En novembre 1991, peu après la disparition de l'URSS, Djokhar Doudaïev, jusqu'alors général soviétique et ami du président Boris Eltsine, proclame unilatéralement l'indépendance de la Tchétchénie et son retrait de la Fédération russe. Le pipeline transportant le pétrole de Bakou vers les ports russes de la mer Noire passe en territoire tchétchène, et des contacts ont déjà été pris avec les sociétés pétrolières étrangères. Au début, Moscou ferme les yeux sur la sécession et laisse faire Doudaïev, pensant qu'il veut, comme beaucoup d'anciens fonctionnaires communistes, profiter de la situation pour s'enrichir personnellement. Mais sur place, la situation se dégrade, des groupes armés se forment et s'attaquent à la population russe et aux Tchétchènes fédéralistes qu'ils accusent de trahison. Les chefs de clans et la mafia locale font la loi. Parallèlement l'islamisme wahhabite financé par l'Arabie Saoudite prend pied en Tchétchénie et tente de réislamiser une population indifférente ou terrorisée. A Moscou, la position de Eltsine s'affaiblit et l'influence politique de l'armée grandit.

Fin 1994, l'armée russe déclenche des opérations de grande envergure : c'est la première guerre de Tchétchénie. Après de très meurtriers combats de rues et d'intenses bombardements, la capitale Grozny n'est plus qu'un champ de ruines, d'où tente de fuir la population prise entre deux feux. En janvier 1995, les groupes armés tchétchènes se réfugient dans les montagnes. En juin 1995, ils portent la guerre à l'extérieur de la Tchétchénie, investissent un hôpital à Boudionnovsk, dans une province russe voisine, et prennent 2000 otages, qui ne seront libérés par l'armée qu'au prix de lourdes pertes. Le chef du commando terroriste, Chamil Bassaïev, parvient à s'enfuir. En janvier 1996, une action similaire a lieu au Daguestan voisin. Les extrémistes tchétchènes et leurs commanditaires veulent à tout prix étendre la guerre. En avril 1996, Doudaïev, trahi par son téléphone portable, est tué par un tir de missile russe.

La même année, bien que considérant qu'il s'agit d'un conflit purement interne, le gouvernement de Moscou accepte l'envoi d'une mission de l'OSCE en Tchétchénie. La Russie pense encore que cet organisme pan-européen peut constituer un pendant aux organisations pro-occidentales dont elle est tenue à l'écart. La paix revient ; les soldats russes se retirent. Des élections ont lieu, portant à la présidence Aslan Maskhadov, qui est alors un modéré, partisan d'une république autonome laïque et multiethnique.

Mais les islamistes ne l'entendent pas de cette oreille. Comme en Afghanistan, des combattants étrangers sont recrutés en masse pour aller faire la guerre sainte contre les "mécréants" russes et leurs alliés. Un des chefs mercenaires, le Jordano-Saoudien Khattab, a d'ailleurs combattu à Kaboul. Livré à lui-même, le régime de Maskhadov ne peut guère s'opposer à la déferlante intégriste : attentats, enlèvements, massacres, détournement systématique des fonds destinés à la reconstruction... En 1998, l'OSCE et les ONG présentes sur place quittent la Tchétchénie, personne ne pouvant plus garantir leur sécurité. Dans les régions qu'ils contrôlent, Bassaïev, Khattab et leurs complices imposent la loi islamique la plus stricte.

En septembre 1999, face à l'impuissance de Maskhadov à combattre la terreur islamiste, et suite à une invasion de groupes armés tchétchènes au Daguestan, Moscou intervient de nouveau militairement : c'est la seconde guerre de Tchétchénie. Avec l'élection de Vladimir Poutine à la présidence, en mars 2000, la situation se durcit, tant sur le terrain, où il y a déjà des dizaines de milliers de morts, qu'en Russie même. A Moscou, des attentats à la bombe font des centaines de victimes.

Au printemps 2002, Khattab est liquidé dans des conditions assez louches, probablement tué par une bande rivale. Maskhadov, qui a peu à peu glissé vers l'islamisme le plus radical pour conserver "le pouvoir", et établi officiellement la sharia* dans l'ensemble de la Tchétchénie, s'allie à Bassaïev. En octobre 2002, une nouvelle prise d'otages dans un théâtre de la capitale russe se termine tragiquement (près de 200 morts).

* La loi islamique est aussi strictement appliquée en Tchétchénie qu'en Arabie Saoudite : les femmes qui ne se soumettent pas aux nouvelles règles vestimentaires sont chassées de la fonction publique et de l'enseignement ; la consommation d'alcool est passible de flagellation ; les voleurs risquent l'amputation et les exécutions sont publiques. Ces méthodes barbares imposées aux Tchétchènes par des missionnaires étrangers et par leurs complices sont rejetées par toute la population et par de nombreux responsables religieux locaux.

En mai 2004, le mufti modéré Ahmed Kadirov, président depuis 2003, est assassiné dans un attentat. Trois mois plus tard ont lieu diverses attaques terroristes à l'extérieur de la Tchétchénie (destruction simultanée de deux avions civils à Toula et Rostov, bombe dans le métro de Moscou, prise d'otages dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord - en tout 500 morts).

Le président Poutine considère que Maskhadov et Bassaïev sont directement responsables des attentats. La presse occidentale, de son côté, présente Maskhadov comme un "modéré" avec qui la Russie devrait négocier. Le passé de cet homme prouve toutefois qu'il a plusieurs visages et qu'il est difficile de le classer définitivement dans telle ou telle catégorie. Il n'est probablement qu'une marionnette entre les mains de Bassaïev et de forces plus puissantes, de toute évidence étrangères au Caucase.  (Maskhadov sera tué en mars 2005 dans une attaque des troupes russes ; le tour de Bassaïev viendra en juillet 2006.)

Depuis février 2007, Ramzan Kadirov, fils du président assassiné en 2004, est lui-même président après avoir été chef du gouvernement local. Il jouit à la fois du soutien de la population tchétchène et de l'appui de Moscou. Modérément religieux, lui aussi, Kadirov est farouchement opposé à l'influence wahhabite. Sous Kadirov, la reconstruction de la Tchétchénie fait des progrès, le sécessionnisme recule. Les anciens partisans de Maskhadov et Bassaïev ont trouvé un point de chute à Londres où le gouvernement, toujours prompt à dénoncer le "terrorisme international", est en fait un des plus grands promoteurs de ce fléau. Le milliardaire russo-israélien Berezovski, également établi en Angleterre, continue de financer généreusement ce qu'il appelle "la résistance tchétchène". L'oligarque sioniste, poursuivi en Russie pour fraude fiscale à grande échelle, se vante d'être à l'origine de la guerre de Tchétchénie.


Guerre d'indépendance ?

Personne ne nie que la Tchétchénie a été conquise par la Russie tsariste et incorporée de force dans l'Empire, puis partiellement russifiée, et que le pouvoir soviétique ne lui a pas accordé l'indépendance, comme il l'avait fait - sous la contrainte - pour la Finlande, la Pologne et les Etats baltes. On sait que l'objectif des révolutionnaires russes (qui étaient loin d'être seulement russes) était la réalisation d'une utopie socialiste du 19ème siècle : voir se réunir librement toutes les nations du monde au sein d'une République universelle. La pression des événements (résistance de l'ancien régime, intervention étrangère, échec de la révolution hors de Russie) a très vite réduit ce projet à une simple caricature. Mais le manque de libertés individuelles en URSS ne doit pas porter à croire que l'identité, la langue*, la culture des peuples non-russes n'y ont pas été respectées. Elles l'ont été infiniment plus que cela n'a été le cas en France** pour les populations des provinces "périphériques".

* En 1917, la langue tchétchène était uniquement orale. Quelques années plus tard fut créée une écriture basée sur l'alphabet cyrillique. Certains y voient un signe de russification. Mais là où il n'y avait rien, il fallait bien mettre quelque chose. D'ailleurs, de manière similaire, des dizaines de langues locales africaines non écrites ont hérité de l'alphabet latin, de même que la langue hopi, aux USA.

** Tout comme la Russie, la France a absorbé au cours des siècles des peuples limitrophes trop faibles pour lui résister. Mais contrairement à la Russie, la France, surtout après 1789, a intégralement assimilé ces peuples, elle les a francisés, réduisant à néant tout ce qui les distinguait du reste du pays. Que la plupart des Français contemporains n'en aient pas conscience, n'y change rien et montre à quel point l'assimilation a joué. Le timide renouveau des langues régionales observé depuis une trentaine d'années n'a pas modifié la situation.


Mais l'autonomie culturelle est une chose, et l'indépendance politique en est une autre. La plupart des nations petites ou grandes sont nées d'amalgames ethniques imposés, accompagnés ou non de viols culturels. La question est seulement de savoir s'il faut, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, annuler ces injustices de l'histoire en restaurant l'état antérieur des choses. Mais quel état antérieur ? Jusqu'où faut-il remonter ?

L'essentiel, en fait, c'est de reconnaître à quiconque désire s'exprimer dans une autre langue ou dans une autre culture, le droit et la possibilité matérielle de le faire. Là où ce droit de la personne et ce droit collectif sont respectés et appliqués sans entraves, le besoin de revenir à l'atomisation ethnique en vigueur à l'aube de l'histoire humaine ne se présente plus.

L'autre face de la médaille ethnique et nationale, c'est que les différences de cet ordre ont de tout temps été utilisées comme un levier politique et économique. Un exemple récent est celui de la Yougoslavie. Alors que cette mosaïque de peuples connaissait la paix et l'harmonie jusqu'à la fin des années 1980, la décomposition du bloc de l'Est a déclenché dans le pays une intervention sans précédent de la part de puissances extérieures. L'Allemagne, avec à sa remorque l'ensemble des pays de l'Union Européenne, le Vatican, la Turquie et d'autres pays musulmans, puis les Etats-Unis et l'OTAN ont tout mis en oeuvre pour exciter la surenchère nationaliste et religieuse des divers groupes de population, causant des guerres civiles dévastatrices suivies d'agressions militaires directes. Après douze ans d'une évolution qui n'est pas encore achevée, le territoire de l'ancienne Yougoslavie (250.000 km2, soit la moitié de la France) ne comporte pas moins de cinq Etats indépendants et quatre entités distinctes disposant d'un statut spécial. Un sort comparable attend sans doute la Russie.

La France accepterait-elle de laisser des puissances étrangères exploiter et attiser ses problèmes régionaux jusqu'à la destruction complète du pays ? Et l'Espagne ? Et le Royaume-Uni ? Quelles mesures prendraient ces Etats si on leur faisait subir ne serait-ce que 5 % de ce qu'a subi la Russie au cours de ces dix dernières années ? Les droits de l'homme seraient-ils encore au centre des débats ?

Il est évident, en ce qui concerne la Tchétchénie, que nous n'avons pas affaire dans cette région à une guerre d'indépendance menée par un peuple opprimé contre ses oppresseurs, comme on voudrait nous le faire croire. La population tchétchène, victime d'indicibles souffrances, n'a jamais été consultée à ce sujet. Quand elle a pu s'exprimer librement, elle s'est prononcée pour Maskhadov, qui ne voulait ni la guerre contre les Russes ni l'extrémisme religieux (les choses ont bien changé quelques années plus tard). Même un journal comme Le Figaro, qu'on ne peut guère soupçonner de russophilie, a pu écrire: "Après la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), les Russes avaient accordé une indépendance de fait au président modéré Maskhadov, régulièrement élu au suffrage universel. Pour son malheur, la petite République caucasienne fut bientôt gangrenée par l'arrivée de combattants arabes internationalistes, qui ne tardèrent pas à multiplier les provocations à l'égard de Moscou."

Comme le rappelle Michel Chossudovsky dans son article mentionné plus haut, les chefs terroristes ont reçu leur formation idéologique et militaire dans des camps d'entraînement financés par la CIA en Afghanistan et au Pakistan. Le rôle des services secrets pakistanais (ISI) dans la guerre civile en Tchétchénie va beaucoup plus loin que l'approvisionnement des Tchétchènes en armes et en expertise : ces services et leurs mandataires islamiques radicaux sont en réalité ceux qui dirigent cette guerre. Et on sait que l'ISI ne s'implique jamais dans aucune action importante sans le consentement de sa grande soeur américaine.

Une solution du problème tchétchène ne peut passer que par l'arrêt de l'intervention étrangère. Les gouvernants des Etats-Unis ont le pouvoir d'y mettre fin. Mais ils se gardent bien de le faire, et pour cause. Après le 11 septembre 2001, de nombreuses organisations proches des milieux islamistes "indépendants" ont été interdites et leurs sites Internet fermés. Les terroristes tchétchènes, eux, n'ont pas de souci à se faire. Ils jouissent en Amérique de toutes les protections voulues. Leur site kavkaz.org, basé aux USA et dirigé par Movladi Oudougov, un homme de confiance du chef terroriste Bassaïev, est un des plus visités en 2002. [Entre-temps repliés à Londres, les responsables ont mis de l'eau dans leur vin, mais continuent de propager la "guerre des civilisations".]


Poutine et les droits de l'homme :

On emploie volontiers contre Poutine, comme on l'avait employé contre Milosevic, l'argument des manquements humanitaires. Non que les deux hommes soient vraiment comparables. Poutine, à Moscou, n'a pas hésité pas à faire gazer des otages pour leur éviter d'être déchiquetés par une explosion terroriste, ce qui donne une petite idée des méthodes utilisées à Grozny quand la presse n'est pas présente. Milosevic, lui, est sans doute loin d'être un enfant de choeur, mais on attend encore aujourd'hui que soit apportée la moindre preuve de ses prétendus crimes de guerre. Cependant, il est de bon ton de mettre l'un et l'autre au pilori, même si Poutine, qui est encore en exercice, fait l'objet d'attaques moins virulentes.

Tout le monde s'entend pour reprocher au chef d'Etat russe de graves violations des droits de l'homme en Tchétchénie. Et tout le monde a raison, y compris ceux qui ne sont guère qualifiés pour porter de telles accusations, à savoir les authentiques criminels de guerre occidentaux et les innombrables commentateurs dociles, toujours prompts à couvrir les pires excès des premiers. C'est-à-dire des gens qui, lorsque la Tchétchénie sera pacifiée et talibanisée, se soucieront aussi peu du sort des Tchétchènes, qu'ils se soucient aujourd'hui du sort des habitants du Kosovo livré à l'UÇK et à la mafia albanaise. Des gens qui se fichent éperdument de ce qui peut bien arriver aux Kirghizes, aux Tadjiks et aux autres peuples d'Asie centrale, passés en quelques années de la civilisation laïque aux ténèbres de l'intégrisme. Des gens pour qui les graves violations des droits de l'homme dans le reste de la Russie (40 millions de personnes végètent dans la misère la plus noire ; 300.000 Moscovites sont sans abri) ne ternissent en aucune façon la réputation de Poutine.

La présentation médiatique de la guerre en Tchétchénie est passablement déformée, c'est le moins qu'on puisse dire. A lire nos journaux, on pourrait croire que la puissante armée russe n'a pour adversaires que d'innocents civils qu'elle massacre à tour de bras. Et pourtant, on apprend par ces mêmes journaux que les pertes russes sont considérables, tant par le nombre de soldats tués que par le nombre d'avions ou d'hélicoptères abattus. Contradiction ? Au hasard d'un reportage, on découvre que les "résistants" ou les "rebelles" sont équipés de missiles sol-air. Bizarre. Qu'on imagine les Palestiniens armés pareillement...

En fait, la guerre de Tchétchénie n'est absolument pas comparable au combat des Palestiniens. Ces derniers sont vraiment seuls et sans armes, exception faite des pierres, des armes légères et des ceintures d'explosif. On nous refait, à propos du Caucase, le coup de l'Afghanistan (années 1980) et de la Yougoslavie (années 1990). En cachant les véritables rapports de force et en démonisant l'un des adversaires, on apporte à l'autre un soutien unilatéral inavoué mais parfaitement voulu. (Voir ici quelques-uns des procédés utilisés pour manipuler l'opinion à propos de la Bosnie et du Kosovo.)

Les populations civiles tchétchènes subissent les conséquences de cette guerre, non seulement du fait des bombardements russes, mais aussi par suite des attaques islamistes. La presse ne parle jamais de celles-ci, pas plus qu'elle ne parle du sort réservé aux opposants ou aux gens jugés trop neutres, trop mous ou pas assez fanatiques*, si ce n'est pour les insulter en les traitant de "collaborateurs". Ces opposants ne se sont pourtant pas vendus à des envahisseurs fraîchement débarqués dans le pays ; ils vivaient en bonne entente avec leurs voisins russes avant que des enragés venus d'Arabie Saoudite ou d'Afghanistan ne se mettent à détruire la région au nom d'Allah et de la lutte contre les infidèles.

* y compris les chefs religieux modérés comme par exemple le mufti Ahmed Kadirov. (Kadirov sera élu président de la République tchétchène en 2003, puis assassiné dans un attentat terroriste en mai 2004.)

On sait que le gouvernement américain soutient et encourage l'islamisme le plus extrême et prétend, simultanément, lutter contre le terrorisme qui en émane. Nos médias, sous couvert de "défense des droits de l'homme", ne font pas autre chose. Sont-ils inconscients ou pervers ?

Le Monde du 25 octobre 2002 décrit ainsi la situation tchétchène : "... viols, tortures, enlèvements et assassinats. Avec un bilan de morts et un degré de barbarie bien supérieurs, par exemple, à ceux qui sont relevés en Palestine."   Le journal "oublie" tout simplement de mentionner qui, en Tchétchénie, se rend coupable de ces viols, tortures, enlèvements et assassinats. Il "omet" aussi de dire qui sont les barbares en Palestine. Sans que quiconque puisse l'accuser de mensonge, le très "objectif" journaliste du Monde laisse à ses lecteurs, depuis longtemps mis en condition, le soin de compléter d'eux-mêmes : les Russes, dans le premier cas ; les Palestiniens, dans le second. Il fait d'une pierre deux coups et nous offre un bel exemple de manipulation médiatique.

Dans L'Humanité, quotidien ci-devant communiste, des scribouillards staliniens repentis dénoncent à longueur de colonnes les crimes russes qu'ils identifient, cela va de soi, aux crimes soviétiques, n'hésitant pas à l'occasion à citer le Livre noir de l'anticommunisme - Yves Montand n'aurait pas fait mieux. L'agression islamiste pilotée par Washington, la barbarie intégriste des égorgeurs et coupeurs de têtes, les méfaits de l'infâme mafia tchétchène, L'Humanité n'en a jamais entendu parler. Comme pour la Yougoslavie, ces "journalistes" préfèrent colporter sans vérification la pire propagande occidentale. Brzezinski, qui est aussi président du Comité américain pour la "démocratie" en Tchétchénie, bondirait de joie s'il le savait.

Pour trouver dans la presse de nos pays une particule de vérité sur le rôle des prétendus "résistants" tchétchènes, il faut s'armer d'une bonne loupe et de beaucoup de patience. En lisant bien entre les lignes, on découvrira peut-être, perdue dans la masse, une petite phrase comme celle-ci: "Il ne s'agit pas de nier les atrocités commises par les boïeviki tchétchènes, ces maquisards contaminés par le fanatisme wahhabite qui pratiquent la prise d'otages..." (Le Devoir, Québec). Ou dans un article sur Brice Fleutiaux, photographe kidnappé en 1999 en Tchétchénie, on apprendra incidemment que ses ravisseurs "pratiquent sans états d’âme guérilla antirusse et grand banditisme".


Poutine et le sort de la Russie :

A bien des égards, la Tchétchénie semble en passe de devenir un nouveau Kosovo, et la Russie une nouvelle Yougoslavie, même si l'anéantissement complet du géant russe risque de s'avérer beaucoup plus ardu que l'écrasement du nain serbe.

Moscou a-t-il les moyens de faire échouer les plans des stratèges américains ? De toute évidence, Poutine estime que la chose est possible en jouant la carte du rapprochement. Il s'aligne donc sur les positions américaines en matière de "lutte contre le terrorisme", tout en sachant pertinemment que le terrorisme tel que le subit la Russie est le produit de la politique américaine de déstabilisation et de soutien aux forces islamistes. La prise d'otages d'octobre 2002 à Moscou, probablement téléguidée depuis Washington via le Pakistan, est un coup de semonce à l'adresse de Poutine pour qu'il cesse de s'opposer à une nouvelle guerre en Irak. En obtempérant, le président russe compte sans doute obtenir un répit, tout en espérant que la Maison Blanche s'apercevra à temps qu'il est dangereux de jouer avec le feu.

Mais Poutine, qui passe pour un homme pragmatique, joue pourtant lui aussi avec le feu. Ainsi, son coude à coude récent avec Sharon*, également au nom de la "lutte contre le terrorisme", risque, tout comme son soutien tacite à l'agression contre Bagdad, de lui aliéner bien des sympathies dans le monde musulman modéré et de faire le jeu des intégristes. Ceux-ci ne rejettent pas les élucubrations américaines sur le "choc des civilisations", bien au contraire. Et leur but avoué est de réislamiser non seulement la Tchétchénie, mais aussi toutes les républiques et régions russes avoisinantes : Daguestan, Ingouchie, Kabardino-Balkarie, Tcherkessie, etc.

* Réciproquement, le régime israélien exploite habilement à son profit les sentiments de la population fraîchement immigrée des pays de l'ex-URSS. Bien que méprisés par de larges couches de la société, ces "Russes", qui souvent ne sont même pas juifs, permettent de redorer le blason de l'armée sioniste, fortement endommagé par la guerre coloniale et ses innombrables crimes. Comme le suggère un poster de la chaîne de télévision Israel Plus, le jeune et vaillant soldat israélien de 2002 combat les "nazis antisémites" palestiniens, tout comme son grand-père, titulaire de nombreuses décorations soviétiques, combattait les nazis antisémites allemands soixante ans plus tôt.

Les relations de la Russie de Poutine avec l'Etat juif sont assez ambiguës, c'est le moins qu'on puisse dire. En 2004, le milliardaire russo-israélien Berezovski se vante publiquement d'avoir provoqué la guerre en Tchétchénie. C'est sans doute exagéré, mais néanmoins assez révélateur. Lire ici un article du journaliste israélien Uri Avnery : The Oligarchs.




Sur la situation en Tchétchénie, la politique de Moscou, l'intégrisme, la stratégie des Etats-Unis, lire ici une analyse très détaillée du journaliste britannique Kenny Coyle : Chechnya : Russia's War in the Caucasus (écrit en 1999, mais toujours actuel).


Le terrorisme, qu'il soit tchétchène en Russie ou "al-qaïdesque" aux Etats-Unis et en Europe occidentale, a une seule et même origine ; il est téléguidé depuis le même centre. Poutine le sait, bien entendu, mais il continue de se taire (du moins en public). Coopérer avec la pègre n'a jamais été une bonne solution pour endiguer le racket...



2009-2011 - après la Tchétchénie, l'Ingouchie et le Daguestan :

Après plusieurs années de paix en Tchétchénie et une reconstruction relativement réussie, la terreur importée refait son apparition - cette fois, à la périphérie de la province. En août 2009, les poseurs de bombes frappent à Nazran, capitale de l'Ingouchie (voir la carte ci-dessus). Un attentat fait 20 morts et 80 blessés.

Le président ingouche, Younous-Bek Yevkourov, accuse les USA, la Grande-Bretagne et Israël d'être à l'origine de ces atrocités et rappelle que l'Occident fait tout son possible pour empêcher la Russie de redevenir une grande puissance - Ingush leader accuses West of seeking to destabilize Caucasus. Yevkourov lui-même a été blessé dans un attentat similaire perpétré quelques semaines plus tôt.

US Plan to Repeat Yugoslav Scenario in Caucasus. La nouvelle vague de terrorisme s'inscrit dans le plan d'ensemble visant à démanteler la Russie. Ce plan est d'autant plus actuel que les forces qui ont porté Obama à la Maison Blanche en novembre 2008, sont plus russophobes encore que sous George Bush (voir le rôle de Brzezinski).

Face à cette menace renforcée, il est curieux de voir les dirigeants russes (Medvedev, président depuis 2008, et Poutine, à présent premier ministre) jouer la carte de la collaboration avec ceux qui veulent leur perte. Tandis que l'impérialisme israélo-américain ne cesse de les attaquer (dans le Caucase et ailleurs), les masochistes de Moscou aident leurs ennemis à prolonger la sale guerre d'Afghanistan. En soutenant le terrorisme d'Etat des Occidentaux dans ce pays, les Russes se livrent eux-mêmes au terrorisme "islamiste" téléguidé par ces mêmes gens.

En mars-avril 2010, des attentats ont lieu dans le métro de Moscou (40 morts) et au Daguestan (12 morts). Le journaliste allemand Jürgen Elsässer, auteur d'un livre sur la fructueuse collaboration des "djihadistes" avec les services secrets occidentaux dans les Balkans et ailleurs, écrit : "Dans la question tchétchène, l'Occident joue un double jeu. D'un côté, on simule avec plus ou moins de conviction sa solidarité avec la Russie. De l'autre, on soutient les terroristes, que ce soit seulement sur le plan politique, pour les uns, ou également sur le plan militaire, pour les autres."

Janvier 2011 : un nouvel attentat à l'aéroport de Moscou-Domodédovo fait 35 morts et plus de 100 blessés. Pour le journaliste investigateur américain Webster Tarpley, les terroristes caucasiens responsables du massacre bénéficient du soutien des services de l'OTAN.





LA GÉORGIE, L'OSSÉTIE DU SUD ET L'ABKHAZIE

(écrit en grande partie en 2008)

De 1991 à juillet 2008 - Prémisses   7 août 2008 - Brutale agression géorgienne en Ossétie   2011
La Géorgie "indépendante" est gouvernée par des étrangers
Quel avenir pour la région ?   Pour contrebalancer un peu la désinformation

Ossétie/Abkhazie, Tchétchénie, Kosovo : est-ce la même chose ?

Octobre 2012 : on remplace un cinglé par un milliardaire





Début août 2008, en pleine "trêve" olympique, une nouvelle guerre ébranle le Caucase, déclenchée par un régime autoritaire dévoué au "nouvel ordre mondial" américain.


Petite chronologie des prémisses d'un conflit qui menace de dégénérer :

  • 1991 - Comme toutes les autres républiques de l'URSS dissoute, la Géorgie proclame son indépendance (sans demander l'avis de la population). Zviad Gamsakhourdia tente d'établir un régime ultranationaliste et dictatorial. Quelques mois plus tard, il est renversé par un putsch militaire.

  • 1992 - Edouard Chévarnadzé (plus de 40 ans de carrière au PC soviétique, ministre des Affaires étrangères sous Gorbatchev et coliquidateur de l'URSS) se fait élire président de la Géorgie. Entre-temps, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, où les Géorgiens sont minoritaires, ont à leur tour proclamé leur indépendance. Mais comme en Yougoslavie, on interdit strictement aux uns ce que l'on permet aux autres. Personne, à l'exception de la Russie, ne reconnaîtra l'existence des deux mini-Etats caucasiens. Dans les années qui suivront, le régime de Tbilissi, manipulé par les Occidentaux, refusera aux Abkhazes et aux Ossètes ce droit à l'autodétermination qu'il revendique pour lui-même.* Toutefois, à aucun moment la Géorgie n'aura le contrôle des deux territoires dissidents. La prétendue "intégrité territoriale" invoquée par les divers gouvernements géorgiens est un mythe.

    * Jusqu'en 1991, l'Abkhazie était une république autonome au sein de la Géorgie soviétique ; l'Ossétie du Sud, une région autonome. Comme en Yougoslavie, les frontières internes de l'URSS, en particulier celles des 15 républiques à part entière, étaient plus administratives qu'ethniques ou politiques. Lors de la dissolution de l'URSS, seules les 15 républiques furent admises à exercer leur droit à l'autodétermination. Une des premières mesures de la Géorgie indépendante consista à supprimer l'autonomie de ses provinces non-géorgiennes, ce qui provoqua des soulèvements.


  • 1993 - Après plusieurs mois d'affrontements armés dans les régions sécessionnistes, Chévarnadzé doit accepter un cessez-le-feu. Un contingent russe* est placé, avec le consentement de la Géorgie, à la frontière séparant ce pays de l'Ossétie du Sud. Un accord de paix analogue est signé par Tbilissi avec l'Abkhazie. Seule la présence militaire russe permettra aux deux provinces de survivre. A défaut de pouvoir obtenir leur rattachement pur et simple à la Fédération russe, elles devront se contenter d'une existence marginale. En 2008, 90 % des habitants de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud (respectivement 250.000 et 70.000 personnes) ont la citoyenneté russe et ne parlent pas le géorgien. La monnaie locale est le rouble.

    * Ce contingent fait partie de ce qu'il est convenu d'appeler les Forces de paix de la Communauté des Etats Indépendants (la CEI regroupe les anciennes républiques soviétiques, à l'exception des Etats baltes). La Géorgie, qui est elle aussi membre de la CEI, surveille son côté de la frontière ainsi que les villages géorgiens d'Ossétie. L'accord de paix sera respecté de part et d'autre pendant 15 ans, jusqu'à ce que les "peacekeepers" géorgiens assassinent leurs homologues russes, le 7 août 2008, marquant ainsi le début de l'invasion (voir plus bas).

  • 1995-2000 - Dans l'esprit de Zbigniew Brzezinski et de son Grand Echiquier (voir plus haut), la Géorgie, l'Azerbaïdjan et l'Ukraine, pays de l'ex-URSS situés dans le Caucase ou en bordure de la mer Noire, sont appelés à devenir les outils de la future politique antirusse. A plus ou moins long terme, ces Etats devront être intégrés à l'OTAN. Plus tard, il faudra que la Russie perde son accès à la mer Noire. Avec Boris Eltsine au Kremlin, les chances de succès de cette politique sont réelles. Les choses vont se corser avec l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.

    En attendant, la Géorgie, qui a une frontière commune avec la Tchétchénie et les deux provinces russes voisines, laisse transiter par son territoire les livraisons d'armes américaines destinées aux rebelles musulmans.

  • Novembre 2003 - Chévarnadzé étant devenu un frein pour la réalisation des objectifs américains dans la région, ses patrons de Washington le remplacent par Mikhaïl Saakachvili, citoyen US d'origine géorgienne et avocat au barreau de New York. C'est l'ambassadeur des Etats-Unis à Tbilissi, Richard Miles (en poste à Belgrade au moment du putsch contre Milosevic) qui organise la "révolution des roses" avec l'aide du milliardaire sioniste George Soros. Pour bien marquer le changement, on impose au pays un nouveau drapeau. Chévarnadzé va "se réfugier" dans la propriété qu'il possède près de Baden-Baden (prix : onze millions d'euros). La proximité de la Suisse, où est déposé le gros de sa fortune amassée en douze ans de pouvoir, permet à l'ex-"communiste" géorgien de dormir paisiblement.

  • Janvier 2004 - A l'occasion d'élections "libres" (au sens américain du terme), Saakachvili obtient plus de 96 % des suffrages et devient "président".

  • Août 2004 - Brève tentative de "reconquête" de l'Ossétie du Sud par l'armée géorgienne. L'ambassadeur américain à Tbilissi, que Saakachvili avait omis de consulter, met fin aux opérations.

  • Juillet 2006 - L'armée géorgienne occupe par surprise les gorges de Kodori, dans l'est de l'Abkhazie.

  • Septembre 2006 - Provocations géorgiennes en Ossétie du Sud : à plusieurs reprises, des hélicoptères survolent longuement Tskhinvali. Un des appareils, dans lequel se trouvait, paraît-il, le futur candidat républicain John McCain et d'autres sénateurs américains, aurait essuyé des coups de feu.

  • 2007 - Les Etats-Unis renforcent le potentiel militaire de la Géorgie, qui dispose maintenant d'une puissance de feu absolument unique pour un pays de 4 millions d'habitants (en trois ans, les dépenses d'armement ont été multipliées par 30). La présence de plusieurs centaines d'instructeurs américains, l'"assistance" israélienne et la perspective d'une admission prochaine à l'OTAN, font de la Géorgie le fer de lance du dispositif antirusse de la région. Depuis 2003, Tbilissi participe à la guerre américaine en Irak.

    Pour les maîtres du monde, l'atout stratégique que représente la Géorgie se traduit également dans le fait que deux oléducs traversent le pays. L'un d'eux achemine le pétrole de la Caspienne depuis Bakou (Azerbaïdjan) jusqu'à la mer Noire ; l'autre, de construction récente, transporte l'or noir jusqu'à la Méditerranée via la Turquie (oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan - BTC). Ce dernier, surtout, est particulièrement intéressant pour Israël.

    Saakachvili ne perd jamais une occasion d'afficher sa volonté de s'emparer par la force des deux provinces dissidentes. Il sait qu'il pourra compter, le moment venu, sur l'aide de ses sponsors.

  • Printemps 2008 - Les Russes abattent, au-dessus de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, plusieurs drones géorgiens de fabrication israélienne.

  • Début juillet 2008 - L'armée russe achève son retrait des deux bases militaires qu'elle occupait dans le sud de la Géorgie depuis l'époque soviétique : Batoumi (en Adjarie) et Akhalkalaki (non loin de la frontière arménienne).

  • Mi-juillet 2008 - Manoeuvres américano-géorgiennes, navales et terrestres, en Géorgie.

  • 1er août 2008 - Dans le cadre des manoeuvres militaires, les troupes géorgiennes "simulent" des tirs d'artillerie en direction de Tskhinvali, causant la mort bien réelle de six personnes. Dans les jours suivants, la situation est tendue.


Brutale agression géorgienne en Ossétie :
  • 7 août 2008 - Tandis que l'attention du monde est tournée vers Pékin, où vont débuter les Jeux Olympiques (en présence du "président" américain George W. Bush), le gouvernement géorgien lance une grande offensive militaire contre l'Ossétie du Sud*, tuant en quelques heures 2.000 civils** (3 % de la population) ainsi qu'une quinzaine de soldats russes**. Fuyant les bombardements et les tirs d'artillerie opérés depuis la Géorgie, 30.000 réfugiés** (près de la moitié de la population) prennent le chemin de l'Ossétie du Nord (province de la Fédération russe). Les troupes d'invasion géorgiennes occupent alors les ruines de Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie méridionale, et "nettoient" à la grenade les caves des maisons détruites où se sont réfugiés les rescapés. L'épuration ethnique ordonnée par Saakachvili semble être couronnée de succès.

    * Le 7 août en début de soirée (heure américaine), c'est-à-dire quelques heures après le déclenchement de l'agression, des diplomates russes alertent le ministère américain des Affaires étrangères. Après un premier contact, plus personne ne répond au téléphone (alors qu'habituellement, il y a toujours quelqu'un). Au Conseil de Sécurité de l'ONU, le représentant US s'oppose à toute résolution condamnant l'usage de la force - exactement comme en juillet 2006, au moment de l'attaque israélienne contre le Liban.

    ** Plus tard, les autorités russes donneront les chiffres suivants : 1.492 morts (dont 700 enfants), 37.000 réfugiés, plus 71 soldats russes tués.


    Environ douze heures après le début des bombardements, la Russie riposte* : elle envoie son armée et ses chars en Ossétie du Sud pour en chasser les envahisseurs. Elle détruit également, en territoire géorgien, les bases militaires d'où sont parties les attaques (notamment la base de Gori)**. Voyant que leur proie leur échappe, les agresseurs jouent les agressés et réclament bruyamment l'intervention de la "communauté internationale".

    * Comme on l'apprendra plus tard, le délai de réaction semble avoir été nettement plus long.

    ** L'aviation russe bombarde aussi, près de Tbilissi, une usine d'assemblage de l'armée de l'air géorgienne, dans laquelle des spécialistes de l'entreprise israélienne Elbit équipent les chasseurs SU-25 de matériel électronique dernier cri.


    De toute évidence, l'offensive géorgienne a été déclenchée avec l'appui des Etats-Unis, ou du moins avec l'appui de la faction brzezinskiste du régime US, qui a hâte d'en découdre avec la Russie. Le lobby sioniste, dont fait partie Soros, est bien entendu également dans le coup  (lire ici : La guerre secrète de George Soros).

    Les médias alignés, cela va de soi, soutiennent à fond les aventuriers géorgiens et déforment systématiquement la réalité : The Real Aggressor  par Justin Raimondo.

    Brzezinski's Georgia Puppets Attack Russia - WWIII In Sight  par Webster G. Tarpley. Indépendamment des implications possibles, l'auteur compare le cas de l'Ossétie à celui de la Virginie : lorsque cet état américain se retira de l'Union, en 1861, sa partie occidentale refusa la sécession et créa un nouvel état qui existe encore aujourd'hui. L'Ossétie méridionale est aussi légitime que la Virginie occidentale. Qui plus est, ses liens avec la Russie remontent à 1761 !

    Un article du journal israélien Ha'aretz : Un ministre géorgien juif remercie Israël  (si Siné disait la même chose, ce serait bien entendu "antisémite").

    Autre article israélien : War in Georgia - The Israeli connection. On y apprend que le ministre "géorgien" de la "Défense", Davit Kezerashvili, est en fait un Juif israélien et que les entreprises d'armement israéliennes (Elbit Systems, Global CST et IMI - Israeli Military Industries) font la pluie et le beau temps en Géorgie.

    Ossétie du Sud : Israël et l'agression par procuration des USA contre la Russie

    L'alliance militaire Etats-Unis/OTAN/Israël - Provocation dans le Caucase  par Michel Chossudovsky.

    Rupture de stock : manquant de chair à canon, Saakachvili fait rapatrier les 2.000 soldats géorgiens qui bullaient en Irak. C'est l'aviation américaine qui assure leur transport.

    Opération Poudre aux yeux : les sionistes français Kouchner et Sarkozy, connus pour leur "neutralité" quand il est question d'Israël et de ses créatures, proposent leurs services de "médiateurs". Objectif : consolider la position de Saakachvili face à la Russie et sauver ce qui peut l'être.

  • 12 août 2008 - Au bout de cinq jours de guerre, l'homme "fort" de Tbilissi doit se rendre à l'évidence : le blitzkrieg est un fiasco, conquête ratée, les troupes géorgiennes doivent abandonner l'Ossétie. Qui plus est, elles se font déloger des gorges de Kodori, ce territoire abkhaze occupé depuis 2006. L'armée géorgienne en déroute évacue même Gori, la ville natale de Staline, située au sud de Tskhinvali, et se replie en direction de la capitale. Pour inciter les civils à partir, le gouvernement invoque le péril russe qui pèse, paraît-il, sur la ville et ses habitants. Les hommes de Moscou vont-ils se comporter en Géorgie comme les soudards géorgiens en Ossétie ? L'argument des femmes violées n'a pas encore été utilisé, mais ce n'est sans doute qu'une question de temps.

    Avec Saakachvili, le mensonge et la désinformation ont atteint un niveau inégalé. Inutile de préciser que le gangster géorgien ne cesse de se présenter en victime de "l'invasion russe" et... en vainqueur de la guerre. On croirait entendre Olmert pendant et après l'agression de 2006 contre le Liban.

    Dans une manifestation fortement médiatisée par les soins de CNN, on voit une mer de drapeaux géorgiens (distribués gratuitement par le gouvernement). Le spectacle rassemble la fine fleur de la "démocratie" pro-bushiste est-européenne, y compris le Polonais Kaczynski, qui était encore, il y a quelques mois, la risée de l'Europe entière. Depuis qu'il a permis aux Américains de stationner des missiles antirusses sur son territoire, tout le monde le considère comme un grand homme d'Etat.

    Autre son de cloche : Kakha Kukava, chef de l'opposition géorgienne, rend Saakachvili personnellement responsable du déclenchement de cette guerre que la Géorgie ne pouvait pas gagner. (L'opposition n'est pratiquement pas représentée au Parlement et n'a pas accès aux médias. En novembre 2007, elle a été victime d'une violente répression de la part du régime.)

  • 13 août 2008 - Intox américano-sioniste : la chaîne CNN (en réalité ZNN - Zionist News Network) diffuse des images des ruines de Tskhinvali... assorties d'un commentaire où il est question des "destructions causées par les Russes à Gori".

  • 15 août 2008 - Le psychopathe et criminel de guerre américano-géorgien Saakachvili, au cours d'une conférence de presse tenue en présence de Condoleezza Rice, prétend que ce sont les bombardements russes qui ont détruit la ville de Tskhinvali. Il raconte également, sans être contredit, que la Géorgie a été envahie par les communistes russes en 1921 et maintenue en esclavage pendant 70 ans. En fait, la Géorgie était russe depuis le 18ème siècle et, comme chacun sait, Staline lui-même était géorgien*. Ce sont les troupes d'intervention britanniques qui ont envahi la Géorgie (pour y fonder un Etat fantoche très vite balayé par la Révolution.)

    * et également ossète, par sa mère.

    Saakachvili est aussi passablement mythomane. Il aime se produire à la télévision sur fond de drapeau européen - comme si la Géorgie faisait partie de l'UE. Dans ses discours, il ramène toujours tout à lui-même : "Mon pays, mon gouvernement, mon armée, mes services de renseignement..."


    Mon blitzkrieg, ma victoire, ma cravate
    (et mon modèle)

    Au secours l'Europe, au secours le monde,
    nous n'avons plus rien à manger...


    Sous prétexte d'aide humanitaire et de mission de paix, les tireurs de ficelles de l'Amérique sionisée vont tenter d'étendre leur zone d'influence aux territoires ossète et abkhaze convoités par Tbilissi. Ce qui n'a pas été possible par les armes, devrait, selon eux, être obtenu par la diplomatie : là aussi, même tactique qu'après la défaite israélienne au Liban.

  • 16 août 2008 - Les troupes russes qui se trouvent encore en Géorgie récupèrent le matériel militaire abandonné par l'armée de Saakachvili ou procèdent à sa destruction afin qu'il ne puisse plus être utilisé par les agresseurs. Les fabricants américains et israéliens d'armement se frottent les mains à la pensée de remplacer tous ces véhicules, chars, missiles, pièces d'artillerie, armes et munitions diverses, plus les stations radar et les centres de télécommunication - sans oublier les deux ou trois petits navires de guerre coulés dans le port de Poti et les casernes démolies qu'il va falloir reconstruire.

    Liberté d'expression made in USA : la chaîne Fox News (prononcez Fausses News) interviewe en direct une jeune Américaine qui se trouvait en visite en Ossétie du Sud au moment des bombardements géorgiens. Après avoir passé la nuit dans une cave, elle a réussi à s'en sortir indemne et a pu se réfugier en Ossétie du Nord, d'où elle a regagné la Californie. Lorsque la jeune rescapée remercie à l'écran les soldats russes de l'avoir sauvée, le présentateur lui coupe brusquement la parole "pour une pause de publicité". Comme dans le cas du 11 septembre, de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Palestine, du Liban, de l'Iran et du Tibet, les Américains sont totalement ignorants de la situation réelle... et doivent à tout prix le rester.

    En Géorgie même, l'Israélien Temur Yakobashvili, ministre "géorgien" de la Réintégration (ou Désintégration ?) franchit allègrement le mur du çon en déclarant : "Aujourd'hui, à Gori, la population locale a été victime d'un pogrom cosaque."  Attention : la semaine prochaine, ces zantisémites de Russes vont sûrement holocauster six millions de Juifs* géorgiens...  Yako-goebbels-vili trouve d'ailleurs qu'Israël ne fait pas assez d'efforts pour soutenir la cause géorgienne. (Une semaine plus tôt, il disait pourtant le contraire.)

    * En réalité, c'ast l'armée de Tbilissi qui tue des Juifs. Comme on l'apprendra un peu plus tard, la petite communauté juive de Tskhinvali (quelques douzaines de familles) n'a pas été épargnée par les bombardements géorgiens.

  • 17 août 2008 - Si l'on en croit les médias alignés, la Géorgie regorge de "réfugiés" qui ont "tout perdu" suite à "l'invasion russe" ; ils seraient 150.000 en tout. En réalité, les seuls vrais réfugiés se trouvent en Ossétie du Nord. Leurs maisons sont détruites et ils ne rentreront sans doute pas de sitôt. D'un autre côté, quelques milliers d'habitants géorgiens d'Ossétie méridionale, chassés de leurs villages par la guerre de Saakachvili, ont pris le chemin de la Géorgie. Ils sont moins de 10.000. Tous les autres "réfugiés", en supposant qu'ils existent vraiment, sont partis de chez eux parce qu'ils ont cru aux bobards répandus par leur gouvernement. Il n'empêche que le mythe des 150.000 va occuper encore assez longtemps la presse et les politiciens occidentaux - histoire de faire oublier les vraies souffrances des Ossètes.

    A Washington, George W. Bush intime aux Russes l'ordre de retirer immédiatement leurs troupes de Géorgie. Le taré texan trouve intolérable qu'on puisse, au 21ème siècle, envahir un pays souverain - tu l'as dit, bouffi...  En bonne logique, Poutine et Medvedev devraient attendre, avant d'entamer leur repli militaire, que les USA et leurs satellites quittent l'Irak et l'Afghanistan, et qu'Israël évacue la Palestine occupée. Mais il est peu probable que la logique s'impose.

    Deux articles de la Pravda :  Mr. Bush, Enough !  -  Bush : Why don't you shut up ?

    Quant à Sarkozy, président de l'UE jusqu'à la fin de l'année, il s'agite comme la mouche du coche pour sauver le Caucase et le reste du monde. De temps à autre, en bon caniche, il jappe en direction de Moscou pour faire plaisir à son maître. Au lieu de réclamer le retrait des forces russes de Géorgie, il ferait mieux de retirer ses propres troupes d'Afghanistan (où, à peu près au même moment, 10 soldats français sont tués et 21 blessés dans une embuscade des talibans).

  • 18 août 2008 - Selon la Pravda, les services géorgiens seraient sur le point de lancer une gigantesque provocation à Gori. Un commando terroriste revêtu d'uniformes russes aurait pour mission de commettre des atrocités dans la ville afin de fournir à l'OTAN le prétexte d'une intervention directe. Ce genre d'opérations a été pratiqué couramment pendant la guerre de Bosnie.

    La ville de Gori n'est pas occupée par l'armée russe, mais les voies d'accès depuis Tbilissi sont coupées (sauf pour la Croix-Rouge). Un point de contrôle a été établi près d'Igoïeti, à mi-chemin entre Gori et Tbilissi. Les Russes ont également investi la base aérienne de Senaki, dans l'ouest du pays, non loin de la frontière abkhaze, et détruit la base navale de Poti.

    En Abkhazie, l'armée de Saakachvili prévoyait aussi une invasion, mais compte tenu de la défaite subie en Ossétie, les plans sont restés lettre morte. 200 soldats géorgiens auraient été faits prisonniers par l'armée russe ; on ignore combien de militaires russes et ossètes sont entre les mains des Géorgiens.

    Comme on l'apprend ici (en bas de page), Geoff Smith, analyste de la banque d'investissement Renaissance Capital proche de George Soros, était au courant de ce que préparait le gouvernement géorgien. Dans une note rédigée avant l'invasion, il écrivait : "Saakachvili va restaurer l'intégrité territoriale de la Géorgie cinq minutes avant la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin et provoquer les Russes à l'invasion quand les Jeux auront commencé."  L'information émane de Reuters.

    "Gori brûle" - Les affabulations du "philosophe" sioniste Bernard-Henri Lévy.

  • 19 août 2008 - De crainte que la population géorgienne n'apprenne la vérité, le gouvernement de Tbilissi fait bloquer tous les sites Internet russes (.ru) et interdit une chaîne de télévision russophone de Géorgie. Inversement, aucune mesure ne semble avoir été prise, en Russie, contre les nombreux Géorgiens qui vivent dans ce pays. La Fédération russe est et reste multinationale, comme l'a été l'URSS.

    Les médias occidentaux continuent de cultiver l'ambiguïté et le malentendu lorsqu'ils parlent de "la Géorgie" (ils y associent implicitement les deux territoires qui n'en ont jamais fait partie depuis la chute de l'URSS). Même chose quand ils évoquent la "zone de conflit" (quelle zone au juste ?). Il semblerait d'ailleurs que ces termes très imprécis aient été utilisés dans des documents signés par les deux parties : le prochain conflit est programmé d'avance.

    En attendant, la présence militaire russe en Ossétie du Sud devrait être ramenée à ce qu'elle était jusqu'au 7 août (environ un millier d'hommes). L'accord de cessez-le-feu dit en outre que des patrouilles russes sont permises en territoire géorgien proprement dit, dans une zone tampon de quelques kilomètres autour de la frontière ossète, pour une période dont la durée n'a pas été précisée. Là aussi, c'est la porte ouverte à toutes les interprétations.

    Un échange de prisonniers a déjà eu lieu (15 Géorgiens contre 5 Russes). Selon les autorités russes, 37.000 Ossètes du Sud s'étaient réfugiés en Russie. 8.000 d'entre eux sont maintenant rentrés chez eux.

    La récente guerre a conduit à une détérioration des relations russo-ukrainiennes. L'Ukraine, autre pays à la solde de l'Empire américain, a tenté de modifier unilatéralement, au détriment de la Russie, un accord des années 1990 réglant l'utilisation par la marine russe des ports de Crimée. (La Crimée, partie intégrante de l'Ukraine, mais surtout peuplée de Russes, avait été le théâtre d'affrontements avant que l'accord ne ramène la paix.) Or, l'Ukraine exige maintenant de la Russie qu'elle sollicite une autorisation préalable chaque fois qu'un navire quitte ou regagne son port d'attache (et ce, trois jours à l'avance). Il est évident que Moscou n'a pas l'intention de céder à cette nouvelle provocation concoctée par Washington. Qui plus est, il s'avère que des mercenaires ukrainiens ont combattu aux côtés des forces géorgiennes ; plusieurs d'entre eux ont même été tués.

    Selon la chaîne publique allemande ARD, l'Allemagne a livré - illégalement - à l'armée géorgienne des fusils d'assaut G36 Heckler & Koch (armement standard de la Bundeswehr). A la demande de quel Etat voyou ?...  La chancelière Merkel milite activement pour l'entrée de la Géorgie à l'OTAN. Si ce pays avait été membre de l'alliance atlantique le 7 août dernier, nous serions déjà en pleine Troisième Guerre mondiale.

  • 20 août 2008 - On apprend que 1.492 civils* ossètes (dont 700 enfants) ont été massacrés lors de l'agression géorgienne du 7 août. 71 soldats russes sont morts et 323 ont été blessés. A Tskhinvali, la reconstruction a déjà commencé, financée par Moscou. Dans cette petite ville qui comptait 30.000 habitants, plus de 700 maisons sont entièrement détruites, beaucoup d'autres sérieusement endommagées.

    * Les instructeurs israéliens peuvent être fiers : leurs élèves géorgiens n'ont eu besoin que de 33 heures pour faire ce que les tsahalos avaient fait en 33 jours au Liban. Saccage-vili mérite une médaille d'or (en attendant le Prix Nobel de la Paix).

    L'Abkhazie demande à Fédération russe de reconnaître officiellement son indépendance (jusqu'à présent, il s'agissait d'une reconnaissance de facto). Medvedev a promis un peu plus tôt de s'en remettre à la volonté des habitants des deux territoires. Comme il se doit, Yako-pogrom-kozak-vili, le ministre "géorgien" (en fait, israélien) chargé de la "Réintégration" (annexion), proteste dès qu'il apprend la nouvelle. Pour lui, Abkhazie/Ossétie = Cisjordanie/Gaza ou, comme on dit dans son pays : "Judée/Samarie" - pas question d'y renoncer. Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband (autre Juif sioniste) se joint à cette protestation et accuse les Russes de "ne pas tenir parole". Parce que son Etat voyou préféré, lui, tient toujours parole.

    Au Conseil de Sécurité de l'ONU, les USA et leurs deux satellites européens, essaient de faire adopter une résolution dans laquelle la Russie devrait reconnaître "l'intégrité territoriale" de la Géorgie indépendante, c'est-à-dire l'incorporation à cet Etat de deux territoires qui n'en ont jamais fait partie.

  • 21 août 2008 - La zone tampon que l'armée russe érige en Géorgie le long de la fontière ossète aura une profondeur de sept kilomètres, avec 18 points de contrôle surveillés par 270 soldats (ou 500, d'après certaines sources).

    Selon Tbilissi, 160 militaires géorgiens ont été tués ; 300 sont portés disparus.

    Les forces spéciales de Moscou ont saisi plusieurs drones israéliens intacts ainsi que du matériel de téléguidage - détails. Deux aérodromes militaires géorgiens, détruits par les Russes, devaient être utilisés par l'armée de l'air israélienne lors d'une prochaine attaque contre l'Iran. (Ce pays n'est qu'à 300 kilomètres de la Géorgie ; il n'y a que l'Azerbaïdjan à survoler. En revanche, la distance la plus courte entre Israël et l'Iran est de 1.000 kilomètres - carte.)

    Une mission d'observation militaire de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE)* va retourner en Géorgie afin de "contrôler l'application de l'accord de cessez-le-feu". L'OSCE, tout en se voulant neutre, est plus ou moins de mèche avec les agresseurs. Ses observateurs savaient à quelle date les Géorgiens allaient attaquer, mais se sont bien gardés de prévenir les Russes.

    * L'OSCE regroupe tous les Etats européens + les républiques d'Asie centrale de l'ex-URSS + les USA et le Canada.

  • 22 août 2008 - Avant de se replier en direction de l'Ossétie, les Russes détruisent, à Poti, un patrouilleur lance-missiles abandonné par la marine géorgienne. Ils mettent également la main sur du matériel électronique très sophistiqué et emportent en souvenir quelques humvees américains qui traînaient dans les parages. Le texanopithèque qui sert de président aux Américains, crie au vol et proteste énergiquement. Très drôle...

  • 23 août 2008 - Les troupes russes ont évacué la Géorgie proprement dite, à l'exception de la zone tampon et des abords de Poti où elles maintiennent une position avancée "dans l'attente de la mise en place du mécanisme international de sécurité annoncé par l'accord de cessez-le feu."  Là aussi, l'imprécision de l'accord permet toutes les interprétations*. Bien entendu, Saakachvili conteste. Après avoir déclenché la tempête, il se plaint du vent qui lui souffle au visage - dans le plus pur style de ses maîtres israéliens.

    * Le point 5 de l'accord stipule : "Russian forces must go back to positions they held prior to the outbreak of hostilities. Pending an international peace monitoring mechanism, Russian peacekeepers will take additional security measures."  Il est évident que Russes et Géorgiens n'entendent pas la même chose par "mesures additionnelles de sécurité". Les Occidentaux s'efforcent de modifier a posteriori cette formulation vague, due paraît-il au "médiateur" Sarkozy. Il semblerait même que le texte signé par Saakachvili diffère de celui approuvé par Medvedev.

    The Mysterious 'Sarkozy Letter' ou comment les gesticulations de Maître Sarkouille ont embrouillé la situation. (Ce type a vraiment été avocat ?...)


    Le danger d'une prochaine reprise de la guerre est loin d'être écarté. Le général Nogovitsyne, chef d'état-major adjoint de l'armée russe, accuse la Géorgie de préparer de nouvelles actions militaires : "Des agents des services spéciaux géorgiens sont en train de constituer des caches d'armes afin de préparer des attaques armées sur le territoire de l'Ossétie du Sud et dans les districts frontaliers."

  • 25 août 2008 - Dans le but de sécuriser la distribution humanitaire de lait en poudre aux pauvres réfugiés géorgiens chassés de leurs foyers par l'abominable ogre russe, la marine américaine déploie sept navires de guerre au large des côtes de Géorgie (plus onze navires d'autres pays de l'OTAN).

    Maintenant qu'il n'y a plus aucun danger et que les caméras de CNN sont sur place, de courageux manifestants géorgiens viennent insulter les soldats russes de Poti. Plus tard, ils pourront raconter à leurs petits-enfants comment ils ont gagné la guerre...

    C'est l'heure des "grands reporters". Il paraît que les envoyés de Paris-Match offrent jusqu'à dix dollars pour une bonne photo, et même vingt lorsqu'elle est assortie d'une histoire bien torchée sur "les horreurs de l'invasion russe". A plus grande échelle, les officines étrangères de "communication" et de "relations publiques" (comprenez : agitation et propagande) font des affaires d'or en Géorgie. La chaîne russe RT-Russia Today a interviewé un de ces conseillers en manipulation du gang Saakachvili, le Britannique Patrick Worms.

    A Moscou, les deux chambres du Parlement (Douma et Conseil de la Fédération) demandent à la présidence de reconnaître officiellement l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. Comme dans toute bonne "démocratie", les députés proposent, le président dispose. C'est donc maintenant à Medvedev (et à Poutine) de jouer.

    L'avenir dira si la Russie est redevenue un Etat souverain ou si elle reste à la merci des oligarques "proches du Kremlin". (Mieux vaut ne pas se faire trop d'illusions. La Russie se comporte de manière purement défensive, se bornant à réagir quand elle est attaquée de front. Elle ne dispose d'aucune stratégie internationale cohérente - ce qui la rend particulièrement vulnérable face à ceux qui veulent sa perte.)

    Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis jugent "inacceptable" ce vote du Parlement de Moscou. Il est en effet scandaleux que les élus russes ne se soumettent pas aux volontés de l'AIPAC - signe évident d'un manque total de liberté.


Le drapeau abkhaze :
   
A droite, la version 2008 dédiée à Mr. Sack-of-shit-vili


Le drapeau ossète reste inchangé...

mais Angèla Merdel crie au plagiat
et réclame une intervention musclée de l'OTAN

  • 26 août 2008 - Plus rapidement que prévu, Medvedev signe le décret reconnaissant officiellement l'indépendance des deux républiques. Un échange d'ambassadeurs ne devrait pas tarder, de même que la conclusion d'accords de défense garantissant l'intégrité territoriale des nouveaux Etats. Qui sème le Kosovo, récolte l'Ossétie*...

    * Bien sûr, derrière ce raccourci se cache le fait que l'OTAN n'a pas seulement "semé le Kosovo". Elle a aussi semé, par l'entremise de sa marionnette géorgienne, la mort et la destruction en Ossétie avant de récolter deux "Kosovos" caucasiens. On devrait lui en souhaiter beaucoup d'autres, y compris sur son propre territoire.

    Face à l'agressivité occidentale, la Russie annonce la suspension de sa coopération avec l'OTAN... mais continue d'autoriser le transit par son territoire de "vivres et équipements" destinés aux forces d'occupation étrangères en Afghanistan. Le gouvernement russe soutient d'un côté ce qu'il combat de l'autre : totalement aberrant...

    A Senaki, dans l'ouest de la Géorgie, l'armée de Tbilissi aimerait récupérer la base militaire détruite et abandonnée par les Russes, mais les vaillants soldats de Saakachvili n'osent pas s'y aventurer de crainte que le terrain ne soit miné.  Bush, Olmert, à l'aide !...

    Des officiers US ont participé à l'attaque géorgienne contre l'Ossétie du Sud et ont "suggéré" aux Géorgiens de lancer des centaines de missiles sol-sol sur la capitale ossète (voir le second article).

  • 27 août 2008 - Un drone israélien de l'armée géorgienne a été aperçu au-dessus de l'Ossétie : on voit que les agresseurs ne perdent pas de temps. Avec l'armada dont ils disposent dans la mer Noire, la guerre peut reprendre à tout moment. On ne serait pas étonné de voir les provocations se multiplier dans les prochains jours.

    Le psychopathe de Tbilissi demande 2,3 milliards de dollars à ses patrons américains, "pour la reconstruction", dit-il. Comme s'il y avait quelque chose à reconstruire en Géorgie, à part les objectifs militaires détruits par l'armée russe... Pratiquement tous les dégâts matériels civils de cette guerre ont été causés en Ossétie du Sud. Le dommage civil le plus grave qu'on ait à déplorer en Géorgie, c'est une cravate "présidentielle" abîmée.

    Inutile de demander dans quelles poches iront les milliards pris aux contribuables américains et européens. La mafia géorgienne et sa grande soeur israélienne piaffent d'impatience.

    Le ministre "géorgien" de la "Réintégration", Témur (pour-la-camisole) Yako-israélich-vili, annonce que "son" pays va réduire à un strict minimum les relations avec la Russie. Les Russes parviendront-ils à se remettre de cette dure sanction ?...

  • 28 août 2008 - Un autre sioniste pur porc, le Dr Kouchner, ministre des Affaires israéliennes de France, menace à son tour : "Des sanctions sont envisagées..."  (Il confond la Russie avec le ghetto de Gaza.)

    Il paraît que, dans un premier temps, on envisage d'appliquer les trois mesures punitives suivantes :

    • interdire aux Russes d'exporter leur pétrole et leur gaz vers l'Union Européenne (ce qui permettrait sans doute de faire baisser les prix chez nous) ;
    • ne plus faire transiter par leur territoire le matériel militaire dont l'OTAN a besoin pour sa guerre coloniale en Afghanistan ;
    • renoncer au soutien russe dans l'affaire iranienne.

    Tandis que le "French doctor" déballe ses instruments de torture, son "chef", le sioniste Nicolas Bruni-Sarkozy souligne "l'urgente nécessité de faire baisser la tension".

    A Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, accueille dans la bonne humeur les menaces de sanctions : "Ils sont irrités parce que leur petit chouchou n'a pas été à la hauteur de leurs attentes."

    Pendant ce temps, à Soukhoumi, le ministre abkhaze des Affaires étrangères annonce son intention d'écrire à tous les pays qui ont reconnu le Kosovo, pour leur demander de reconnaître également l'Abkhazie. Logiquement, ils devraient tous accepter, n'est-ce pas ?...

    Lors d'une réunion de l'Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) à Douchanbé (Tadjikistan), la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, l'Ouzbékistan et le pays d'accueil "condamnent l'agression criminelle et irresponsable de la Géorgie contre l'Ossétie du Sud" et "expriment leur soutien au rôle actif de la Russie dans la résolution du conflit". Mais ce soutien ne va pas jusqu'à reconnaître diplomatiquement les deux nouveaux Etats. La Chine, en particulier, ne veut pas fournir de prétexte supplémentaire à ceux qui rêvent de la balkaniser. (L'expérience a prouvé, toutefois, que les scrupules de ce genre ne mènent à rien. Personne ne saura gré à Pékin de faire preuve de retenue.)

    La Biélorussie, de son côté, laisse entendre qu'elle reconnaîtra l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

    A Tbilissi, Eka Besselia, une dirigeante de l'opposition, estime que "Saakachvili n'a pas su éviter la guerre". (C'est probablement de l'humour géorgien.)

  • 30 août 2008 - Edouard Chévarnadzé, ancien président géorgien chassé en 2003, reproche à son successeur d'avoir commis une "erreur tactique" au début de son offensive en Ossétie, en ne bloquant pas le tunnel de Roki*. Ce tunnel situé à 2.000 mètres d'altitude et long de 3.600 mètres, est depuis 1985 la seule liaison permanente entre l'Ossétie du Sud et celle du Nord (Russie). L'ancienne route, impraticable en hiver, passe par un col de plus de 3.000 mètres. Y faire circuler des chars, même au mois d'août, ne doit pas être si facile, surtout lorsque des milliers de réfugiés affluent en sens inverse (c'est déjà passablement compliqué avec un tunnel).

    Si Saakachvili avait réussi à couper le cordon ombilical de Roki, les Russes auraient été confrontés à un sérieux problème. Il n'est pas exclu qu'ils aient alors contre-attaqué à un autre endroit, transformant un conflit relativement limité en guerre généralisée. Le fou de Tbilissi et ses instructeurs israélo-américains pensaient sans doute qu'il n'était pas nécessaire d'aller si loin et que Moscou resterait tranquille face à une attaque "modérée".

    * On remarquera au passage que la rhétorique géorgienne n'en est pas à une contradiction près : d'un côté, on se pose en victime de "l'agression russe" ; de l'autre, on regrette que l'attaque à laquelle on s'est livré n'ait pas été assez efficace.

  • 1er septembre 2008 - Selon un article du magazine allemand Der Spiegel, l'OSCE confirme que "la Géorgie a soigneusement préparé sa frappe militaire contre l'Ossétie du Sud et lancé son attaque avant que les blindés russes n'entrent dans le tunnel de Roki." (Ce n'est, bien entendu, qu'une partie de la vérité : en fait, l'OSCE connaissait la date exacte de l'attaque - voir plus haut, 21 août - et, qui plus est, cette attaque n'a pas seulement eu lieu "avant" l'arrivée des chars russes, mais trente-six heures avant - voir plus bas.)

    Le Spiegel ajoute : "Les rapports de l'OSCE font état de possibles crimes de guerre géorgiens. Les observateurs de cette organisation signalent que les dirigeants géorgiens ont fait attaquer les civils sud-ossètes pendant leur sommeil." (Il est "possible" que le fait de tuer des gens en train de dormir soit un crime, mais on n'en est pas sûr.)

    Bien que l'article soit intitulé "Les observateurs de l'OSCE adressent de graves reproches à la Géorgie", la majeure partie du texte exonère le régime criminel de Tbilissi et accuse la Russie, coupable de ne pas avoir laissé faire. Les médias occidentaux ne peuvent s'empêcher de mentir, même lorsqu'ils nous révèlent certains aspects de la vérité.

    A Bruxelles, au sommet de l'UE, on continue de faire comme si la Géorgie était la victime. Cependant, on ne va pas jusqu'à prendre des "sanctions" contre "l'envahisseur" russe - ce serait vraiment trop bête...  Le président de la Sarkozie se contente de demander à Moscou de respecter la version de l'accord de cessez-le-feu que la Russie n'a pas signée (puisqu'elle a été modifiée après coup par Connedelisa pour faire plaisir à Tbilissi). Les Russes sont également priés de céder gracieusement à la Saakachvilie les deux républiques indépendantes qu'elle n'a pas réussi à annexer par les armes.

  • 2 septembre 2008 - Associated Press signale que l'organisation humanitaire Human Rights Watch - HRW - a reçu une lettre officielle du ministère géorgien de la "Défense", confirmant l'usage par son armée de bombes à fragmentation M85 en Ossétie du Sud. Les M85, fabriquées par IMI (Israeli Military Industries) ont été utilisées par Israël en très grande quantité lors des attaques contre le Liban, en juillet-août 2006. Pour faire bonne mesure, HRW accuse également les Russes d'avoir fait usage de ces munitions ; la Russie dément.

  • 3 septembre 2008 - La chaîne publique allemande ARD réalise une interview de Vladimir Poutine... et coupe tous les passages qui contredisent la version occidentale des événements*. Le téléspectateur n'entendra pas le premier ministre russe dire que c'est la Géorgie qui a déclenché la guerre en bombardant Tskhinvali ; que les Géorgiens y ont massacré des centaines et des centaines de civils ; que la communauté internationale ne se limite pas aux USA et à l'UE ; qu'avant l'Ossétie, il y a eu le Kosovo ; que les pays qui tuent d'innombrables civils en Irak et en Afghanistan sont mal placés pour critiquer la Russie ; que, contrairement aux promesses faites en 1990, l'OTAN n'a pas cessé de s'étendre vers l'Est ; que l'invocation d'une prétendue menace russe a pour but de mettre au pas le camp européen ; que les gens, en Europe, ne croient pas davantage à cette soi-disant menace, qu'à un quelconque danger iranien ; etc. etc...

    Une fois censurées, les déclarations du premier ministre n'ont plus aucun sens, et tout le monde pense que Poutine n'a rien à dire, qu'il est plus nul encore que les politiciens occidentaux - une sorte de George Bush moscovite...

    A Hambourg, un photographe russe travaillant depuis 18 ans pour le Spiegel signale qu'aucune de ses photos prises en Ossétie du Sud n'a été publiée par le magazine. Seule la "souffrance géorgienne" intéresse la direction. Vive la liberté de la presse...

    * Dix jours après la telé allemande, c'est au tour du Figaro de censurer Poutine. Mais là, le résultat est encore "meilleur" : par le biais d'un titre fantaisiste, le pressetitué de service fait dire au chef du gouvernement russe ce qu'il n'a pas dit.

  • 4 septembre 2008 - Le Nicaragua reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

  • 5 septembre 2008 - L'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC - en anglais CSTO) soutient l'action de la Russie durant la guerre d'Ossétie et condamne l'agression géorgienne. L'OTSC comprend la Russie et six de ses voisins : Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizie (également membres de l'OCS - voir plus haut - 28 août) ainsi que la Biélorussie et l'Arménie. On voit donc que, contrairement à ce que prétendent nos médias, la Russie est loin d'être isolée parmi les pays de l'ex-URSS. Seuls cinq d'entre eux, outre la Géorgie, sont hostiles à la Russie : les trois pays baltes, l'Ukraine et l'Azerbaïdjan. Les deux Etats restants (Turkménistan, Moldavie) sur quinze au total, s'en tiennent à la neutralité.

    Au secours, les Russes reviennent - Remarques sur une opération de propagande à France Inter, par Philippe Arnaud.

  • 8 septembre 2008 - Selon un accord conclu avec l'Union Européenne, les troupes russes stationnées en Géorgie* (donc en dehors de l'Ossétie et de l'Abkhazie) seront remplacées, d'ici au 10 octobre, par des observateurs de l'UE**. Au préalable, la Géorgie devra signer "un document juridiquement contraignant, garantissant le non-usage de la force contre l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud", le tout étant assorti d'une garantie européenne. C'est en principe une bonne nouvelle, mais compte tenu des talents de "négociateur" de Sarkozy, la prudence est de mise. Il n'est pas impossible qu'il essaie, une fois encore, d'imposer a posteriori ce qu'il n'a pu obtenir d'emblée.

    * Outre la zone tampon autour de l'Ossétie du Sud, les forces russes occupent cinq positions entre Poti et Senaki.

    ** Les observateurs de l'UE viennent s'ajouter à ceux de l'OSCE et de l'ONU, ce qui n'est pas fait pour clarifier la situation. Un seul et même pays, s'il est membre des trois organisations, peut avoir trois sortes d'observateurs dans le pays.


    Le président Medvedev déclare que la reconnaissance par la Russie de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie est "définitive et irréversible", et que ces deux nouveaux Etats devront participer à la conférence internationale prévue pour le 15 octobre, à Genève, afin de régler les problèmes en suspens.

  • 9 septembre 2008 - A Tbilissi, Sarkozy jure ses grands dieux qu'il n'acceptera jamais que la Russie "viole l'intégrité territoriale" de la Géorgie. La veille, à Moscou, il s'était montré plus discret, approuvant tout ce que les dirigeants russes lui demandaient d'approuver. Finalement, Poutine et Medvedev ne doivent pas être mécontents d'avoir affaire à ce fanfaron.

    A Moscou, on apprend que 8.000 soldats russes des troupes régulières vont être affectés à la défense de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, dans le cadre d'accords conclus entre la Russie et les deux républiques. Parallèlement, le contingent russe de maintien de la paix qui s'y trouve encore, partira dès que les observateurs de l'OSCE seront arrivés. Il y aura donc, à l'avenir, sur le territoire des nouveaux Etats, quelques observateurs étrangers et beaucoup de soldats russes qui veilleront à ce que les observateurs se contentent d'observer. Ce n'est pas tout à fait ce dont rêvait l'Occident...  Sarkozy ne va pas tarder à reprocher aux Russes de ne pas respecter "son" accord. (Bien sûr, il le dira depuis Paris ou Bruxelles ; à Moscou, comme toujours, il adoptera un profil bas.)

  • 10 septembre 2008 - Dans cet article, l'expert militaire Jacques Sapir fournit quelques précisions sur le déroulement de l'agression géorgienne contre l'Ossétie du Sud et sur la réaction de Moscou. Apparemment, les Russes s'attendaient à une attaque, mais n'en soupçonnaient ni l'imminence ni la brutalité. Il semblerait que leur réaction ait été plus lente qu'il n'a été dit au départ. Ce n'est pas douze heures après le début de l'attaque que les chars russes sont arrivés à Tskhinvali, mais seulement trente-six heures après (dans la matinée du 9 août).

    Les deux premiers soldats russes des forces de paix tués par leurs homologues géorgiens le 7 août, l'ont été à 11 h 40, soit douze heures environ avant le début de l'invasion. Douze autres soldats russes ont été tués vers 23 h, alors qu'ils se trouvaient dans leur caserne. De toute évidence, l'incident mortel de la matinée n'a pas été considéré par les Russes comme une attaque délibérée de la part des Géorgiens, mais comme une simple "bavure".

  • 12 septembre 2008 - Le drogué de Tbilissi, comme l'appelle Medvedev, vient de décréter une purge parmi les officiers supérieurs de "son" armée, responsables à ses yeux de la défaite en Ossétie. De plus, le parquet a été chargé d'ouvrir plus de 4.000 procédures pour désertion - 4.000 déserteurs sur 20.000 soldats, c'est une bonne moyenne.

    En attendant, les Russes évacuent, plus tôt que prévu, les cinq positions qu'ils occupaient entre Poti et Senaki.

  • 1er octobre 2008 - Les 200 observateurs européens venus remplacer les soldats russes dans la zone tampon entourant l'Ossétie du Sud, débarquent en Géorgie. Parmi eux se trouvent de nombreux gendarmes français (on ne va pas tarder à manquer de pastis dans la région).

  • 3 octobre 2008 - A Tskhinvali, un attentat à la voiture piégée près de l'état-major des forces de maintien de la paix russes, coûte la vie à onze personnes dont huit soldats. On voit que les agresseurs géorgiens et leurs marionnettistes étrangers n'ont pas renoncé à leurs projets. Les troupes russes continuent néanmoins leur retrait de la zone tampon.

  • 8 octobre 2008 - Le retrait des forces russes est achevé deux jours avant la date prévue.

  • 10 octobre 2008 - Pour Saakachvili, le départ des troupes russes de Géorgie ne suffit pas. Le gangster de Tbilissi exige également que "ses" soldats puissent retourner dans les villages d'Ossétie du Sud qu'ils contrôlaient jusqu'au 7 août. Bien sûr, pour Tskhinvali et Moscou, il n'en est pas question.

  • 15 octobre 2008 - A Genève, "ouverture" de la conférence internationale sur la Géorgie, avec la participation de la Russie, de l'ONU, de l'OSCE, de l'UE, des USA, de la Géorgie et - en principe - de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Moscou exige que les deux nouveaux Etats soient considérés comme participants à part entière. La Géorgie s'y oppose et claque la porte. Bien entendu, les Etats-Unis, représentés par le sioniste Daniel Fried, encouragent leur poulain. Prochaine tentative de rencontre le 18 novembre.

  • 18 octobre 2008 - Depuis la Géorgie, des coups de feu sont tirés contre un poste frontalier sud-ossète. Les observateurs européens ne réagissent pas.

  • 22 octobre 2008 - A Bruxelles, conférence internationale d'aide à la Géorgie. Tbilissi va encaisser 2,4 milliards d'euros. C'est peu en comparaison de ce que reçoit la finance internationale, mais c'est tout de même un bon début. Cette somme permettra à Saccage-vili de reconstituer son potentiel militaire tout en s'en mettant plein les poches.

  • 6 novembre 2008 - Attentat terroriste à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord (Fédération russe) : 11 morts.

  • 15 novembre 2008 - Selon Jean-David Lévitte, commissaire politique sioniste à l'Elysée (titre officiel : conseiller diplomatique du président), Vladimir Poutine aurait confié à Sarkozy, lors de sa visite du 12 août à Moscou, qu'il avait l'intention de "pendre Saakachvili par les couilles". On ignore si le dirigeant russe voulait, pour ce faire, utiliser la cravate du taré de Tbilissi. Le néo-con franco-israélien reste muet à ce sujet. Dommage...

  • 18-19 novembre 2008 - A Genève, reprise de la conférence manquée du 15 octobre, cette fois sous forme de "groupes de travail informels" et avec la participation de représentants abkhazes et ossètes. Suite des discussions le 17 décembre.

  • 28 novembre 2008 - Pour la première fois depuis août 2008, Saakachvili admet que les hostilités ont bien été déclenchées par son pays. "Mais notre action était justifiée", ajoute le criminel de guerre géorgien. Deux jours plus tôt, Erosi Kitsmarichvili, ex-ambassadeur à Moscou, avait déclaré que la campagne militaire contre l'Ossétie du Sud était préparée de longue date et que Saakachvili portait l'entière responsabilité de cette effusion de sang.

  • 17-18 décembre 2008 - Nouvelle session de la conférence de Genève en présence de l'émissaire américain Daniel Fried (un sioniste pur sang) ; résultat extrêmement maigre, pour ne pas dire nul. La Géorgie continue de concentrer des troupes et des forces de police à proximité des frontières abkhazes et ossètes. Les provocations sont continuelles.

  • 22 décembre 2008 - La Russie refuse de prolonger au-delà du 31 décembre le mandat de la mission d'observation de l'OSCE, car cette mission couvre à la fois la Géorgie et les deux nouvelles républiques. Pour tenir compte de la situation politique sur le terrain, Moscou exige des missions séparées pour l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

  • 16 janvier 2009 - Nouvelle provocation géorgienne à la frontière ossète. Tbilissi prétend qu'un de ses policiers a été tué par un coup de feu tiré depuis l'Ossétie. Aussitôt le ministre géorgien de l'Intérieur demande que les observateurs aient accès aux deux républiques séparatistes, et que des troupes internationales (pro-géorgiennes) y soient déployées de toute urgence. Il peut toujours attendre...

  • Début mai 2009 - Manoeuvres de l'OTAN en Géorgie. La Russie renforce la surveillance aux frontières de l'Ossétie et de l'Abkhazie. A Tbilissi, l'opposition manifeste depuis des semaines contre le régime dictatorial de Saakachvili - on dénombre de nombreux blessés.

  • 15 juin 2009 - Dans la capitale géorgienne, les manifs de l'opposition continuent de plus belle, mais la presse occidentale n'en parle pas du tout - ce qui se passe à Téhéran (élections 2009) est mille fois plus intéressant. Les gouvernements français, britannique et américain condamnent "les violences de l'opposition" à Tbilissi. A Téhéran, ce sont "les violences contre l'opposition" qu'ils condamnent. Deux poids, deux mesures ?...  Mais non, mais non...

    Comme elle l'avait fait le 22 décembre 2008 pour l'OSCE, la Russie refuse de prolonger le mandat de la mission d'observation de l'ONU en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Les raisons sont les mêmes : ce qui vaut pour la Géorgie ne saurait valoir automatiquement pour les deux nouvelles républiques. Les Occidentaux, s'ils veulent continuer d'"observer", devront s'adapter aux changements intervenus.

  • 10 septembre 2009 - Le Venezuela reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

  • 23 novembre 2011 - Le malade mental de Tbilissi refait parler de lui. Il se déclare "prêt à donner ses organes aux hommes politiques russes pour rétablir l'intégrité territoriale de la Géorgie" (détails).

    "Commentant cet épisode, le professeur Mikhaïl Vinogradov, expert russe de psychiatrie criminelle, a qualifié le président Saakachvili de 'malade mental effrayé par ses propres actes'... Le quotidien russe Krasnaïa Zvezda a publié une analyse psychologique de la personnalité de Mikhaïl Saakachvili réalisée par plusieurs spécialistes étrangers de renom. Selon ce document, le président géorgien est une 'personnalité hystérique souffrant de forts troubles paranoïdes et d'un complexe narcissique'..."

    L'intégrité territoriale de la Géorgie n'a pas besoin d'être "rétablie", elle n'est pas mise en cause. Le problème de Saccage-vili, c'est qu'il refuse de reconnaître l'intégrité territoriale de ses voisins abkhazes et ossètes. Et puis, on se demande bien ce que les hommes politiques russes (lesquels ?) iraient faire de ses organes. Les refourguer à bas prix à un trafiquant israélien ?... En faire de la pâtée pour chiens ?...


La Géorgie "indépendante" est gouvernée par des étrangers :
  • Mikhaïl Saakachvili ("président") : passeport US  (sa femme a un passeport néerlandais)

  • Vladimir Gurgenidzé (premier ministre) : passeport israélien + passeport britannique

  • Davit Kezerashvili (ministre de la "Défense") : passeport israélien

  • Temur Yakobashvili (ministre de la Réintégration*) : passeport israélien

    * c'est-à-dire de la "re"-conquête (des territoires abkhaze et ossète)

Cette liste est bien entendu très incomplète. Comme dit l'auteur de l'article ci-après, "many government officials in Georgia are Jewish in one way or another" : Georgia: Israel's Home Sweet Home.

Alors que jusqu'à présent, il était "antisémite" de dire que les Juifs descendent des Khazars, un peuple du sud de la Russie sans le moindre rapport avec la Palestine antique (voir ici - Droits ancestraux), voilà qu'on célèbre subitement les "liens du sang" qui unissent le "peuple élu" aux Géorgiens du Caucase. Le nom Kezerashvili signifie d'ailleurs "enfant de Khazar".

Dans ces conditions, on se demande bien pourquoi les sionistes emmerdent les Palestiniens depuis plus de 60 ans. Il suffirait qu'ils retournent coloniser la Géorgie, où Saakachvili a certainement assez de place pour eux (en dehors de l'Ossétie et de l'Abkhazie, bien entendu).

L'article en question nous apprend aussi qu'il y a, en Géorgie, plus de mille conseillers militaires israéliens dont plusieurs généraux (notamment Gal Hirsch* et Yisrael Ziv).

* Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais : "Le général Gal Hirsch, après avoir avoir perdu la guerre israélienne au Liban, est allé aider les Géorgiens à perdre leur guerre en Ossétie."

Fort heureusement, tous les Juifs influents ne soutiennent pas les agresseurs. Ainsi, le président du Congrès mondial des Juifs russes, le sénateur de Russie Boris Spiegel, réclame l'instauration d'un tribunal pour juger les crimes de guerre des responsables géorgiens. (Spiegel est un oligarque proche du Kremlin. Malgré son franc-parler vis-à-vis des néo-cons, il veille à sa façon à ce que l'indépendance des dirigeants russes ne dépasse pas certaines limites. On voit que le lobby sioniste a de multiples visages.)

(Ont également condamné l'agression géorgienne : l'ancien chancelier allemand Schröder et l'ex-président soviétique Gorbatchev. Mais ce dernier est en fait le vrai responsable de la situation actuelle ; le bilan complet de sa désastreuse catastroïka - dans le Caucase et partout ailleurs - reste encore à faire.)


Quel avenir pour la région ?

Il est probable que la Géorgie ne récupérera jamais les deux territoires séparatistes. Mais récupérer n'est pas tout à fait le terme qui convient, car l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud n'ont jamais fait partie de la Géorgie indépendante. Elles sont passées sans transition de l'ère soviétique à l'indépendance de facto sous protection russe. Après ce que le fou de Tbilissi s'est permis le 7 août, le fossé qui les séparent de la Géorgie est devenu infranchissable. La volonté des habitants abkazes et ossètes ne fait aucun doute ; ils l'ont prouvé à l'occasion de référendums.

Sur le plan international, le gouvernement russe, s'il est conséquent, n'a aucune raison de céder face au camp américain - Kosovo oblige...

Pas besoin d'être prophète pour deviner que les menées antirusses vont se poursuivre, un des objectifs à moyen terme consistant à mettre sur pied un boycott international des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi en 2014 (la ville n'est qu'à une trentaine de kilomètres de la frontière abkhaze). On s'efforcera de tirer les leçons de l'échec de la campagne anti-Pékin et de faire au moins aussi bien que pour Moscou 1980.

Mais il n'est pas impossible, d'un autre côté, que le monde entier explose bien avant 2014, l'année du centenaire de "la der des ders"...


Pour contrebalancer un peu la désinformation :

Ossetian News  -  Pravda  -  RT - Russia Today

RT est une chaîne d'information télévisée copiée sur le modèle américain. Elle présente en principe le point de vue russe et remet de temps à autre les choses en place. Mais compte tenu des intérêts économiques en jeu et de la présence probable de chiens de garde de la pensée unique américano-sioniste au sein même de la rédaction, il ne faut pas trop en demander. On peut s'estimer heureux lorsque RT fait preuve d'autant d'indépendance d'esprit qu'Al-Jazeera à ses débuts.

Deux semaines après l'agression géorgienne, on attend encore de Moscou une chronologie détaillée et un bilan précis des cinq jours de guerre (sans oublier quelques éclaircissements sur les opérations subséquentes en territoire ennemi). Près de deux décennies après la chute de l'URSS, les dirigeants russes ne semblent toujours pas avoir compris qu'une information rapide de l'opinion internationale est essentielle si l'on veut briser le monopole de l'intox mondialisée.


Ossétie/Abkhazie, Tchétchénie, Kosovo : est-ce la même chose ?

Oui et non, pourrait-on dire.

Le cas de la Tchétchénie est très comparable à celui du Kosovo. Ces deux mouvements sécessionnistes ont été suscités, encouragés, soutenus et portés à leur paroxysme par le camp occidental pendant et après la grande contre-révolution de 1989. Ils frappent deux Etats multinationaux démantelés entre-temps (URSS, Yougoslavie) ou leurs composantes restant à démanteler (Russie, Serbie), elles aussi multinationales. La différence essentielle entre le Kosovo et la Tchétchénie, c'est que le processus a parfaitement réussi dans le premier cas, mais échoué dans l'autre.

La Russie, même isolée, a su résister aux forces destructrices qui s'en prenaient à son territoire. La Serbie, elle, était trop faible dans son isolement pour empêcher la sécession. Et son alliée théorique, la Russie, n'a pratiquement rien fait pour l'aider.

La Tchétchénie a toujours été partie intégrante de L'Etat russe ou soviétique depuis le 18ème siècle. Le Kosovo a pratiquement toujours été serbe ou yougoslave aussi longtemps que ces Etats ont existé (du moins jusqu'en février 2008). Les deux territoires comportent une forte population musulmane qui, bien que marquée par des décennies de pouvoir communiste athée, constitue un terreau fertile pour l'endoctrinement et le fanatisme religieux importés de l'étranger.

Avec la proclamation de l'"indépendance" du Kosovo, le camp occidental a créé un précédent que les Abkhazes et les Ossètes (soutenus par la Russie) veulent utiliser à leur profit. Toutefois, la situation de départ en Abkhazie et en Ossétie du Sud est à l'inverse de celle de la Tchétchénie et du Kosovo.

L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ne demandent pas à "quitter" la Géorgie indépendante, car elles n'ont jamais fait partie de cet Etat. Elles revendiquent seulement pour elles le droit de ne pas se faire avaler par un Etat raciste et chauvin qui veut les assimiler. Ce n'est que faute de mieux qu'Abkhazes et Ossètes ont proclamé leur "indépendance". Si on leur avait demandé leur avis, ils seraient restés au sein de l'URSS multinationale. Ayant à choisir entre l'intégration à un Etat géorgien n'acceptant pas leur spécificité, et l'alliance avec une Fédération russe multiethnique, ils n'hésitent pas un instant.

Pour ce qui est de la langue et de la culture, Abkhazes et Ossètes sont infiniment plus proches de la Russie que de la Géorgie. Pour la religion, la différence est minime : orthodoxes de part et d'autre, plus une minorité sunnite en Abkhazie. La subversion religieuse téléguidée de l'extérieur, comme au Kosovo et en Tchétchénie, est donc difficilement praticable. La plupart des musulmans (sunnites) de Géorgie vivent d'ailleurs en Adjarie, tranquille province du sud-ouest, proche de la Turquie (chef-lieu : Batoumi). Si la Géorgie n'avait pas basculé dans le camp occidental, c'est là que le séparatisme se manifesterait, et nos médias nous feraient le coup du courageux petit peuple adjare en lutte contre les successeurs de Joseph Djougashvili Staline (avec l'aide des USA, de l'UE, d'Israël, de la Turquie et de l'Arabie Saoudite).

On sait que les frontières intérieures de l'URSS étaient dénuées de toute signification ethnique ou nationale*. En permettant aux républiques de l'URSS de se déclarer indépendantes, on a cimenté leurs frontières extérieures, tout en refusant à leurs habitants de se prononcer sur le contenu de cette indépendance et sur une éventuelle partition d'Etats eux-mêmes issus d'une partition. Le fait que cette interdiction, aux yeux des Occidentaux, ne s'applique qu'aux habitants des 14 anciennes républiques soviétiques non-russes, et pas à ceux de la Russie, montre bien qu'il s'agit d'une mesure dirigée contre ce pays : liberté et autodétermination à sens unique.

* C'est souvent pour des raisons purement administratives ou par caprice du pouvoir que les frontières ont été placées à tel endroit plutôt qu'à tel autre (Staline, qui était géorgien, a rattaché l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud à la Géorgie ; Khrouchtchev, qui était ukrainien, a fait cadeau de la Crimée à l'Ukraine). Aucune des républiques soviétiques n'a jamais constitué en soi un ensemble homogène. Compte tenu de la politique plurinationaliste suivie par le régime, la chose était d'ailleurs sans importance. C'est avec la dissolution de l'URSS que les problèmes sont apparus. Dès l'instant où, pour des motifs nationaux, on démantelait l'Union au niveau des 15 républiques soviétiques, il était logique que les nations contenues dans ces républiques (c'est-à-dire les petites républiques et régions autonomes) réclament pour elles le même droit. Quand on ouvre la boîte de Pandore, comme on l'a fait alors, il faut en supporter toutes les conséquences.

Bien sûr, l'idéal aurait été de ne pas toucher aux frontières après 1989, et de ne démanteler aucun Etat existant. Mais alors, comment aurait-on fait pour mettre au pas les récalcitrants ? Le fameux nation-buiding préconisé par les Américano-sionistes n'a rien à voir avec les aspirations des peuples concernés. C'est au contraire un outil de destruction et de domination. Abkhazes, Ossètes, Tchéchènes, Russes et Serbes sont les victimes des mêmes prédateurs. Kosovars et Géorgiens, apparemment alliés à ces prédateurs, ne sont en fait que des marionnettes entre leurs mains.


Malgré les similitudes, il existe une différence de taille entre le conflit ossète et celui du Kosovo : la Russie n'a pas bombardé indinstinctement Tbilissi, Batoumi et Tskhinvali pendant 78 jours, comme l'OTAN l'avait fait à Belgrade, Novi Sad et Pristina. La Russie n'a pas tué 1.500 civils "pour des motifs humanitaires", sans prendre la peine de distinguer entre Géorgiens ("oppresseurs") et Ossètes ("à sauver de l'oppression"), comme l'OTAN l'avait fait avec les Serbes et les Kosovars.

La Serbie de Milosevic n'a pas, en 1999, massacré 2.000 Kosovars en quelques heures*, comme la Géorgie de Saakachvili l'a fait neuf ans plus tard avec les Ossètes. L'action criminelle de l'OTAN, en 1999, n'est pas comparable à la réaction défensive russe de 2008. L'OTAN ne s'est pas contentée d'attaquer des bases militaires ennemies, comme l'ont fait les Russes. L'OTAN a bombardé Belgrade ; la Russie n'a pas touché à Tbilissi.

* sauf dans les hallucinations morbides des agresseurs de l'OTAN et de leurs fidèles pressetitués occidentaux.

Non, l'OTAN n'est pas la Russie, et la Russie n'est pas l'OTAN. Si la Fédération russe avait agi comme l'Alliance atlantique a coutume de le faire, alors oui, le monde entier aurait eu de bonnes raisons de montrer Poutine et Medvedev du doigt. Mais c'est loin d'être le cas...



On remplace un cinglé par un milliardaire

Début octobre 2012, des élections législatives "libres" donnent la victoire au parti "Rêve géorgien" du milliardaire Bidzina Ivanichvili. Jusqu'à la prochaine élection présidentielle, il y a aura donc probablement cohabitation. Et comme le signale très pertinemment Wikipédia, "l'élection présidentielle géorgienne de 2013 se déroulera en 2013" - c'est bon à savoir...

Le Monde titre : "Le Rêve géorgien est un parti construit à coups de millions de dollars", et poursuit : "Ses conseillers américains ont composé une 'war room' au service d'une communication privée sans équivalent dans l'histoire postsoviétique."  Au QG du milliardaire, où l'on fête le "blitz électoral", il va sans dire que la langue de travail est l'anglais.

Parmi les conseillers (c'est toujours Le Monde qui parle), "on trouve un homme euphorique, Lincoln Mitchell, professeur à l'Université Columbia de New York. C'est un spécialiste des transitions démocratiques dans l'ex-URSS, très critique vis-à-vis de la politique américaine dans la région. « On a vécu dans une illusion, selon laquelle Saakachvili est un démocrate progressiste », affirme ce conseiller officieux de M. Ivanichvili, s'amusant du nombre de sénateurs ou anciens sénateurs américains qu'il croise à son hôtel.

Il y a quelques mois, peu de gens avaient entendu parler du milliardaire et personne ne connaissait son nouveau parti (fondé seulement en avril 2012). En Géorgie, comme aux Etats-Unis, quand on a de l'argent (et le feu vert des maîtres du monde), on peut tout acheter. Et si Saakachvili a reconnu sa défaite, c'est parce que Washington lui a fortement conseillé de le faire. C'est ainsi que fonctionne la démocrasserie à l'occidentale.

Qui est Bidzina Ivanichvili ?...  Né en Géorgie soviétique en 1956, il s'est installé à Moscou en 1982 et a fait fortune après la restauration du capitalisme, notamment en tant qu'associé de Vitaly Malkin, un oligarque juif. Au centre de leurs activités, on trouve la banque russe Rossiysky Kredit et de nombreuses entreprises achetées pour une bouchée de pain, surtout dans les secteurs de l'industrie minière, du BTP et de l'électronique.

Saakachvili a fait tout son possible pour mettre des bâtons dans les roues à son concurrent. Il a fait confisquer ses biens (entre autre la Cartu Bank de Tbilissi et une entreprise de transport de fonds accusée de blanchiment d'argent). Il a également déchu le milliardaire de sa nationalité géorgienne. Mais cela n'a pas empêché celui-ci de poursuivre sa campagne électorale, les lois géorgiennes le permettant*. Ivanichvili a de toute façon plus d'un passeport à sa disposition : un français depuis mars 2010, et probablement aussi un russe, un américain et peut-être plus.

* Bizarrement, une personne ayant à la fois la nationalité d'un pays de l'UE et la nationalité géorgienne, ne peut devenir Premier ministre de Géorgie. Mais si cette même personne perd sa nationalité géorgienne tout en conservant l'autre, alors il n'y a plus d'obstacle. C'est absurde et Ivanichvili en a profité.  Etonnant que Saccage-vili n'ait pas tenu compte de ce détail : il est peut-être encore plus cinglé qu'on ne le croyait.

D'après cet article de novembre 2011, le chef du groupe parlementaire de la majorité présidentielle, Petre Tsiskarichvili, a "osé" la comparaison suivante à propos de Bidzina Ivanichvili :  "Je me demande ce qui se produirait si une personne ayant des origines et un nom de famille juifs, agissant depuis Damas ou une autre capitale d'un Etat ennemi d'Israël, se rendait en Israël et annonçait son intention de participer au gouvernement du pays. Si cette personne réclamait la citoyenneté et le droit de transporter des fonds d'une banque israélienne à l'autre, est-ce que quelqu'un, en Israël, accéderait à sa demande et lui permettrait de se lancer dans la politique ?  Imaginez un instant..."

Si l'on remplace les mots juif, israélien, Israël par géorgien/Géorgie, et le mot Damas par Moscou, l'intention est claire. Mais pourquoi avoir choisi précisément la comparaison avec Israël ?  Un tel rapprochement n'est jamais innocent...  Ivanichvili serait-il par hasard d'origine juive ?... Cela expliquerait beaucoup de choses et il faudrait alors compléter la petite liste ci-dessus.

Quoi qu'il en soit, huit ans après la "révolution colorée" de 2003-2004 (voir plus haut), ce "changement démocratique" est de mauvais augure pour la Russie et les deux nouvelles républiques... En principe, rien ne devrait plus empêcher l'adhésion prochaine de la Géorgie à l'UE et à l'OTAN.

Washington et Tel Aviv ont réussi en Géorgie ce qu'ils avaient raté en Russie (remplacer Poutine par Prokhorov, un autre de leurs milliardaires).


Octobre 2013 : Giorgi Margvelachvili (du parti "Rêve géorgien" de Bidzina Ivanichvili) est élu président.

Novembre 2013 : Irakli Garibachvili remplace son ancien patron Ivanichvili à la tête du gouvernement. Désormais les deux "hommes forts" de Tbilissi prennent leurs ordres auprès du milliardaire Ivanichvili, qui lui-même prend les siens auprès de ses sponsors américano-israéliens.

Mai 2014 : Agitation politique en Abkhazie. Il s'agit peut-être d'une tentative de déstabilisation dirigée contre Moscou et téléguidée depuis la Géorgie. Elle coïncide avec les événements d'Ukraine.






LE CACHEMIRE

(écrit en grande partie en 2003)

La partition   Cartes   Quelques chiffres   La Chine et le Cachemire
Armes atomiques   Développements récents   Danger d'escalade   Solution raisonnable ?


"Œil pour œil - voilà un principe qui nous rendra tous aveugles" (Ghandi)


La partition :

En août 1947, les Indes britanniques accèdent à l'indépendance, mais le projet du Mahatma Gandhi* - établir un Etat confédéral unique englobant toutes les ethnies et toutes les religions du sous-continent - n'aboutit malheureusement pas. La puissance coloniale, soutenue par les Etats-Unis, craint des implications ultérieures (basculement éventuel dans le camp soviétique) et s'attache à diviser ce puissant adversaire qu'elle ne peut plus contrôler. Poussés par les Britanniques, les activistes musulmans imposent la création d'un Etat islamique distinct dans les zones où ils dominent: c'est le Pakistan. Le reste (Union indienne, à partir de 1950: République indienne), quoique majoritairement hindou, devient un Etat multireligieux sous le gouvernement de Jawaharlal Nehru.

Le Cachemire, dont la population est en très grande partie musulmane, est néanmoins rattaché à l'Inde par la volonté du maharadjah hindou Hari Singh qui gouverne la province; les Britanniques encouragent cette démarche. Aussitôt, les musulmans se révoltent, soutenus par des forces pakistanaises de l'extérieur. A l'issue d'une guerre civile qui dure jusqu'en janvier 1949, le Cachemire est divisé le long d'une ligne de cessez-le-feu. A l'ouest, c'est l'Azad-Cachemire pakistanais (Cachemire "libre", entièrement musulman); à l'est, le Jammu-et-Cachemire indien, multireligieux (surtout hindou et musulman), englobant aussi le Ladakh bouddhiste.

* Gandhi est assassiné en janvier 1948 par un fanatique hindou qui lui reproche son manque de fermeté vis-à-vis des séparatistes musulmans.



Source: Le Monde Diplomatique


Les fondateurs du Pakistan (entre autres Ali Jinnah) ont voulu, dès le départ, y incorporer le Cachemire. Le nom même de Pakistan (= Pendjab + Afghan + Kashmir + istan*) est là pour documenter cette intention.

* Le Pendjab comprend une partie pakistanaise (Lahore) et une partie indienne (Chandigarh). La portion "afghane" du Pakistan correspond aux provinces arrachées par l'Angleterre à l'émir de Kaboul en 1893 (Baloutchistan) . Le Pakistan comportait aussi à l'origine une partie orientale, située entre l'Inde et la Birmanie, et devenue indépendante sous le nom de Bangladesh en 1971, avec l'aide de l'armée indienne.

Chacun des deux pays protagonistes revendique pour soi l'ensemble du Cachemire sans reconnaître les droits de l'autre. En 1965, une nouvelle guerre n'apporte aucun changement notable. Les Nations Unies, plutôt favorables à l'Inde, votent alors une résolution demandant l'organisation d'un référendum; cette résolution ne sera jamais appliquée. En 1972, l'accord de Simla, signé entre Indira Gandhi (Inde) et Ali Bhutto (Pakistan), fait renaître l'espoir mais ne résout aucune question essentielle. L'Inde obtient de l'ONU qu'elle se désaisisse du problème et laisse les deux adversaires régler entre eux le différend qui les oppose.


Quelques chiffres :

  • Cachemire indien (Jammu-&-Cachemire) : 92.000 km2, 9.000.000 habitants.
    Religions: 64 % de musulmans, 32 % d'hindous, 2 % de sikhs, 1 % de bouddhistes et 1 % de chrétiens.
    Dans la vallée du Cachemire (Srinagar) du Jammu-&-Cachemire, le pourcentage de musulmans est de 95 %*; au Jammu, il est de 40 %; au Ladakh, de 48 %.
    Langues: cachemiri, dogri, hindi, ladakhi

  • .
  • Cachemire pakistanais (Azad-Cachemire) : 85.000 km2, 4.500.000 habitants (presque tous musulmans).
    Langues: cachemiri, ourdou, pendjabi

  • .
  • Cachemire chinois (Aksaï Chin) : 43.000 km2, pratiquement inhabité

  • .

* Malgré la présence de l'armée indienne, de très nombreux hindous ont été chassés de la région par les extrémistes musulmans.

  • Inde :
    3.300.000 km2, 1,2 milliard d'habitants (dont 80 % d'hindous, 11 % de musulmans, 2 % de chrétiens, 1 % de sikhs, 1 % de bouddhistes).
    18 langues officielles, dont la principale (l'hindi) est parlée par 35 % de la population

  • .
  • Pakistan :
    800.000 km2, 170 millions d'habitants (presque tous musulmans).
    6 langues principales, dont la plus importante (le pendjabi) est parlée par 50 % de la population

  • . L'ourdou (7 % seulement) est la langue des "élites". Le pachtoun (16 %) est parlé dans les régions qui jouxtent l'Afghanistan.

La Chine et le Cachemire :

L'intervention d'une troisième puissance, la Chine, vient compliquer une situation déjà très délicate sur le terrain. En effet, à l'époque de la guerre froide, l'Inde non alignée et l'URSS communiste (les deux pays n'ont pas de frontière commune) ont opéré un rapprochement stratégique. La Chine étant la rivale de l'URSS dans le camp communiste, la première s'alliera donc au Pakistan. Chine et Pakistan disposent d'une frontière commune au Cachemire.

En 1960, le Pakistan cède à son allié de Pékin une portion de territoire inhabité situé en haute altitude (nombreux sommets de plus de 7000 mètres; le Pic K2 culmine même à 8600 m). L'Inde ne reconnaît pas cette cession car elle considère que le territoire lui appartient. Une guerre oppose Indiens et Chinois en 1962 à propos de l'Aksaï Chin, un plateau désertique pratiquement vide d'habitants, que la Chine a occupé pour y construire une route entre le Xinjiang (ou Sin-Kiang) et le Tibet. Depuis, malgré quelques escarmouches occasionnelles, la situation est stable sur ce front.

Autre pomme de discorde entre les deux pays les plus peuplés du monde: la Chine reproche à l'Inde d'avoir accordé l'asile politique au dalaï-lama (chassé du Tibet par la révolution chinoise dans les années 1950) et de permettre à son "gouvernement tibétain en exil" d'exercer ses activités antichinoises depuis le territoire indien. Par mesure de rétorsion, la Chine refuse de reconnaître l'intégration du Sikkim à la République indienne (le Sikkim, province située entre le Népal et le Bouthan, était "autonome" jusqu'en 1973).

Après la fin de la guerre froide, l'alliance Chine-Pakistan prend un sens nouveau. La Chine, dont les minorités religieuses musulmanes du Xinjiang (Ouigours) sont utilisées comme un outil de déstabilisation, tente de montrer sa bonne volonté en se solidarisant avec le Pakistan. Elle espère ainsi mettre fin aux infiltrations islamistes dont elle est l'objet. Mais quand on sait que ces actions dirigées contre Pékin sont coordonnées avec les Etats-Unis, on peut douter que la politique chinoise soit payante.


Armes atomiques :

L'Inde est devenue une puissance nucléaire en 1974, le Pakistan en 1987. Mais leurs armes atomiques ne sont véritablement opérationnelles que depuis 1998 (essais concluants de part et d'autre).

C'est principalement la France et la Chine qui ont fourni au Pakistan (avec l'accord des USA) l'équipement nucléaire et la technologie nécessaire pour la construction de missiles balistiques. L'Inde a reçu un soutien analogue de la part de l'URSS dans les années 1970-80. Mais elle a également bénéficié d'une aide française et israélienne (avec, bien entendu, l'aval des Etats-Unis).

L'Inde dispose d'environ 70 têtes nucléaires et de 60 missiles Agni II d'une portée de 2500 kilomètres, qui ne menacent donc pas seulement le Pakistan mais aussi la Chine. Le Pakistan possède 25 missiles Ghauri II d'une portée équivalente et à peu près autant de têtes nucléaires. Les armées conventionnelles sont composées de 700.000 hommes pour le Pakistan et de 1.200.000 pour l'Inde (au Cachemire: 180.000 soldats pakistanais et 250.000 soldats indiens).


Développements récents :

Depuis 1990, le Pakistan, fort de son expérience afghane, organise de façon systématique l'insurrection anti-indienne au Cachemire (groupes militants islamistes tel le Hizbul Mujahideen).

En mai 1999, des combats meurtriers ont lieu entre l'Inde et le Pakistan, le long de la ligne de cessez-le-feu, sur la route menant au Ladakh, à une altitude dépassant parfois 5000 mètres (guerre de Kargil). L'Inde tente en vain de stopper les infiltrations pakistanaises. Depuis, les attentats terroristes sont fréquents au Jammu-&-Cachemire, de même que les affrontements frontaliers.

Situation politique au Pakistan: régime islamique relativement "modéré" du point de vue religieux et dictature militaire (général Musharraf) assortie d'éléments pseudo-démocratiques (parodie électorale). Equilibre instable entre des revendications intégristes toujours plus fortes et un alignement inconditionnel sur les USA dans le cadre de leur politique globale.

Situation politique en Inde: tolérance religieuse de plus en plus souvent mise en cause, surtout depuis l'accession au pouvoir du parti nationaliste hindou BJP du Premier ministre Vajpayee. Les violences interconfessionnelles sont fréquentes et dégénèrent parfois en massacres. [En mai 2004, le parti du Congrès revient au pouvoir ; on enregistre une légère détente.]


Danger d'escalade :

Dans ces conditions, il est évident que le danger de guerre est plus grand que jamais. L'infériorité numérique du Pakistan sur le plan conventionnel accroît chez ses gouvernants la tentation d'utiliser l'arme atomique pour remporter la décision. Du côté indien, la retenue relative dont a fait preuve le pouvoir en cinquante-cinq ans d'affrontements pourrait bien cesser si le risque de perdre le Cachemire s'avérait imminent. Comme dans tous les Etats multinationaux et multireligieux, la sécession d'une province peut très vite devenir contagieuse; le sujet est donc parfaitement tabou.

La superpuissance américaine n'est pas étrangère au conflit, puisqu'elle a contribué directement ou indirectement à la prolifération des armements de destruction massive d'un côté comme de l'autre. L'inconvénient, comme dans le cas de l'intégrisme, est que ce mécanisme, une fois déchaîné, a tendance à échapper à tout contrôle. En janvier 2002, les apprentis sorciers de Washington ont eu quelque peine à refroidir l'ardeur guerrière de leurs émules pakistanais, résolus à mettre fin une fois pour toutes au problème du Cachemire.

On imagine les conséquences d'un conflit nucléaire qui rendrait inhabitable non seulement le Cachemire, mais aussi de vastes portions de l'Inde, du Pakistan et de leur voisinage, sans parler des retombées à l'échelle planétaire. Les maîtres du Pentagone n'ont en principe rien à objecter à un tel scénario, à condition toutefois qu'ils en soient les auteurs et metteurs en scène exclusifs. A leurs yeux, le différend indo-pakistanais a du bon, puisqu'il a jusqu'à présent empêché l'apparition d'une puissance contestatrice sérieuse dans le sud du continent asiatique. Mais il ne faudrait pas qu'il dégénère au point de mettre en cause la réalisation des projets stratégiques américains en Asie centrale.


A quoi pourrait ressembler une solution raisonnable ?

A première vue, les faits et la démographie semblent donner raison au Pakistan. Le rattachement définitif de l'Azad-Cachemire à l'Etat pakistanais ne devrait plus être remis en question. Quant au Jammu-&-Cachemire, la souveraineté indienne, basée sur le multinationalisme et la neutralité religieuse prônée par Ghandi, est de plus en plus difficile à justifier en ce début de 21ème siècle. Une partition pure et simple (par exemple: d'un côté, la vallée du Cachemire et une partie du Jammu; de l'autre, le reste du Jammu) serait sans doute plus raisonnable que la situation actuelle. Mais elle devrait être accompagnée de mouvements de populations assez importants. L'Inde et le Pakistan connaissent ce phénomène: en 1947-49, neuf millions de réfugiés hindous et six millions de réfugiés musulmans ont franchi la fontière commune.

Bien sûr, cette "solution" ne tient compte ni de l'isolement du Ladakh, qui n'est accessible par la route que depuis Srinagar, ni de quelques autres particularités locales, ni du point de vue chinois, également essentiel pour parvenir à un accord durable. Sans compter qu'avant d'en arriver là, il serait d'abord nécessaire de ramener à un niveau acceptable l'hostilité de principe qui oppose les deux adversaires du sous-continent.

L'Inde, si elle se résigne à faire les concessions indispensables, devrait être assurée de ne pas se voir confrontée aussitôt après à de nouvelles revendications. On voit mal comment cela serait possible dans les conditions actuelles.


[ En 2006, le problème du Cachemire est toujours en suspens, mais le danger d'une guerre ouverte entre l'Inde et le Pakistan semble exclu. Le gouvernement indien est à présent totalement aligné sur les Etats-Unis et Israël. Il vote contre l'Iran dans la question du programme nucléaire, interdit les télévisions arabes sur son territoire, se tait lorsqu'un attentat extrêmement douteux a lieu à Bombay (Al-Qaïda ou Al-Mossaïda ?) et se cache derrière sa "neutralité" quand les Israéliens détruisent le Liban et tuent des ressortissants indiens. ]


Deux poids, deux mesures :

Dans cet article de 2008, le journaliste israélien (antisioniste) Israël Shamir évoque la situation au Ladakh indien, laquelle est assez comparable à celle du Tibet chinois. Si notre presse ne parle jamais du Ladakh, c'est parce que l'Inde est un fidèle allié du camp occidental. Qu'elle quitte un jour "le droit chemin", comme la Chine, et nos médias seront pleins de reportages sur "le courageux petit peuple ladakh en lutte pour sa libération du joug indien".







LE PAKISTAN

(écrit à partir de 2008)

Chronologie pakistanaise   L'islamisme   L'iinfluence afghane



Chronologie pakistanaise :

  • A partir de 1660 : Colonisation progressive des Indes par les Anglais, mais à titre privé (Compagnie anglaise des Indes orientales). D'autres pays européens ont également pris pied dans la région. Le Portugal et la France y conserveront des comptoirs côtiers jusque vers le milieu du 20ème siècle.

  • 1858 : Les Indes sont officiellement rattachées à la couronne britannique.

  • 1885 : Fondation du Congrès national indien, parti ouvert à toutes les communautés religieuses (hindous, sikhs, musulmans et autres) sur une base strictement laïque. Gandhi et Nehru deviendront les dirigeants du Parti du Congrès après 1920.

  • 1885 : Fondation de la Ligue musulmane par Ali Jinnah.

  • 1947 : Proclamation de l'indépendance de l'Union indienne (multireligieuse) et création du Pakistan comme Etat musulman distinct - voir également plus haut, à Cachemire. Le mot Pakistan est un acronyme composé à partir du nom de trois provinces (Pendjab, Afghania, Kashmir) mais signifie aussi "le pays des purs" en ourdou (pak = pur, stan = pays). Le Pakistan est le premier Etat islamique créé au 20ème siècle. Il l'a été avec l'aide de l'ancienne puissance coloniale, afin de diviser et affaiblir les ex-colonisés (voir plus haut).

  • 1947-48 : Guerre entre le Pakistan sécessionniste et l'Union indienne qui veut empêcher la sécession. Bilan : 500.000 morts, 15 millions de réfugiés. Les dirigeants pakistanais réalisent l'épuration religieuse presque totale de leur territoire (du moins dans la partie occidentale), mais ne parviennent pas, par contre, à rassembler chez eux tous les musulmans vivant aux Indes. Quand la paix revient, il reste plus d'adeptes de l'islam en Union indienne qu'il n'y en a au Pakistan - ce qui permettra de susciter de nouvelles guerres de religions dans les années suivantes, et pas seulement au Cachemire. Les anciens maîtres britanniques et les nouveaux patrons américains du camp occidental peuvent se frotter les mains.

  • 1947-49 : Guerre indo-pakistanaise à propos du Cachemire.

  • A partir de 1948 : Le Pakistan comprend deux parties non-contiguës, situées de part et d'autre de l'Inde, à 2.000 kilomètres de distance l'une de l'autre : le Pakistan occidental (Pakistan actuel) et le Pakistan oriental (actuel Bangladesh - voir carte à la rubrique Cachemire). Le Pakistan oriental est le parent pauvre du nouvel Etat. Ses habitants, bien que musulmans, sont considerés comme "inférieurs" par les élites de l'Ouest du pays. La langue locale est le bengalais (comme à Calcutta). Les fonctionnaires fédéraux parachutés à l'Est ne parlent que l'ourdou ou le pendjabi et se comportent un peu comme en pays conquis. L'agitation et les troubles sont permanents au Pakistan oriental.

  • 1958 : Le général Ayub Khan prend le pouvoir au Pakistan occidental.

  • 1965 : Nouvelle guerre au Cachemire.

  • 1969 : Putsch militaire au Pakistan. Le président Ayub Khan est remplacé par le général Yahya Khan.

  • 1970 : Aux élections générales, la Ligue Awami, parti d'opposition bengalais, remporte 153 des 163 sièges réservés au Pakistan oriental. Yahya Kahn fait alors interdire le parti victorieux. Son chef, le sheikh Mujib-ur-Rahman, est jeté en prison au Pakistan occidental et accusé de "trahison". C'est l'étincelle qui met le feu aux poudres.

  • 1971 : Le Pakistan oriental proclame son indépendance sous le nom de Bangladesh. Le Pakistan occidental envoie aussitôt ses troupes reconquérir la province perdue. Avec l'aide de l'armée indienne, le Bangladesh parvient à repousser les Pakistanais. Mujib-ur-Rahman est libéré, rentre au Bangladesh et devient président (il sera renversé et tué lors d'un putsch en 1975). Le Pakistan reconnaîtra le nouvel Etat en 1974.

  • 1973 : Yahya Kahn, responsable de la défaite de 1971, doit démissionner. Il est remplacé par Ali Bhutto, qui écarte les militaires du gouvernement et opère un glissement à gauche. La nationalisation des banques et de la grande industrie inquiète Londres et Washington (où Nixon est président).

  • 1977 : Un putsch militaire du géneral Zia-ul-Haq, commandité par la CIA*, renverse Ali Bhutto et met fin aux "excès socialistes". Après avoir décrété la loi martiale, Zia établit une sanglante dictature. Bhutto sera pendu en 1979.

    * Entre-temps, c'est Carter qui dirige la Maison Blanche. Carter lui-même est inoffensif, mais ses conseillers sont loin de l'être, comme par exemple Kissinger et surtout Brzezinski.

  • 1978-88 : Zia-ul-Haq islamise à fond le Pakistan (généralisation de la charia, peine de mort en cas de blasphème contre Mahomet, multiplication des taxes religieuses, foulard islamique à la télévision, religion obligatoire dans l'enseignement supérieur).

  • A partir de 1978 : Avec l'aide de l'Arabie Saoudite et des Etats-Unis, le Pakistan sert de base arrière à la subversion politico-religieuse en Afghanistan et ce, avant même l'arrivée des Soviétiques. Après 1979, l'intervention islamo-occidentale via le Pakistan prend des proportions industrielles. Zia, partenaire fiable de la CIA, en profite pour renforcer sa dictature religieuse. L'islamisme pur et dur est alors très apprécié à Washington ; Ben Laden est une valeur sûre du "monde libre". Mais le Pakistan est aussi l'allié de la Chine communiste, rivale de l'URSS pro-indienne - les ennemis de mes ennemis...

  • 1980 : Les réfugiés afghans affluent par centaines de milliers au Pakistan et ne tardent pas à déstabiliser les provinces frontalières, modifiant durablement les données géopolitiques du pays. Près de trente ans plus tard, la situation y est plus explosive que jamais.

  • 1987 : Le Pakistan devient puissance nucléaire avec l'aide de l'Occident - et sans que l'Etat d'Israël y voit le moindre inconvénient (il y a de bons et de mauvais islamistes).

  • 1988 : L'avion présidentiel qui transportait Zia-ul-Haq, l'ambassadeur américain, un général US et une trentaine d'officiers pakistanais s'écrase dans des conditions assez mystérieuses. C'est la fin du régime dictatorial au Pakistan. Des élections ont lieu, que remporte Benazir Bhutto, la fille d'Ali Bhutto. Elle ne restera qu'un an et demi à la tête du gouvernement, mais reviendra au pouvoir de 1993 à 1996.

  • 1998 : Accusée de corruption, Benazir Bhutto s'exile à Londres pour échapper à la justice de son pays. Aimant se faire passer pour "socialiste", comme son père, elle compte en fait parmi les plus riches fortunes du Pakistan. Dans un pays où 90 % de la population est sunnite, Benazir Bhutto se dit chiite. Eduquée en Angleterre et aux Etats-Unis (en partie dans des institutions catholiques), elle est considérée comme un corps étranger par la plupart de ses compatriotes, qui la soupçonnent de vouloir détruire la société pakistanaise en l'américanisant à outrance (ils n'ont pas tout à fait tort).

  • 1999 : Courte guerre indo-pakistanaise au Cachemire. Quelques mois plus tard, un coup d'Etat du général Pervez Musharraf renverse le gouvernement de Nawaz Sharif, accusé d'avoir empêché la victoire face à l'Inde. (Nawaz Sharif était chef du gouvernement depuis 1997, après une première tentative entre 1990 et 1993.)

  • 2001 : En juin, Musharraf se proclame président. Après le 11 septembre, il participe passivement à la mascarade américaine de la "lutte antiterroriste", faisant semblant de croire à la responsabilité de la mythique Al-Qaïda et de son increvable Ben Laden dans les attentats de New York et de Washington. Tandis que la guerre de George W. Bush en Afghanistan déverse toujours plus de réfugiés vers le Pakistan, Musharraf profite - politiquement, militairement et financièrement - de son statut d'allié fidèle de l'Empire.

  • 2002 : Elève modèle des Etats-Unis, Musharraf est de plus en plus impopulaire parmi ses compatriotes et chez les réfugiés afghans. L'islamisme gagne du terrain et échappe toujours davantage à ses promoteurs occidentaux. Aux élections d'octobre, le parti de Benazir Bhutto arrive en tête, mais le pouvoir de Musharraf n'est pas encore menacé.

  • Octobre 2007 : Après avoir été amnistiée sous la pression des Américains, Benazir Bhutto rentre d'exil et espère prendre la place de Musharraf. Mais elle sera assassinée en décembre.

  • Janvier 2008 : Près de la frontière afghane, onze soldats pakistanais sont tués par des tirs américains ("bavure").

  • Printemps 2008 : Barack Obama, candidat à la présidentielle de novembre et poulain de Brzezinski (voir plus haut), annonce sa volonté d'intensifier la guerre américaine en Afghanistan et de l'étendre au Pakistan. En Europe, Obama est considéré comme un "pacifiste".

  • Août 2008 : Musharraf est contraint de céder sa place à une coalition plus pro-américaine que lui, à la tête de laquelle se trouvent Asif Ali Zardari (le veuf de Benazir Bhutto) et Nawaz Sharif (que Musharraf avait chassé en 1999). Au Pakistan, on semble aimer les revenants.

  • Septembre 2008 : Un commando des forces US en Afghanistan entre dans un village pakistanais du Waziristan, au sud de Peshawar, et tue une vingtaine de civils, principalement des femmes et des enfants. Même Zardari*, nouvelle marionnette de Washington à Islamabad, se peut s'empêcher de protester contre ce crime. Deux jours plus tard, un drone américain lance un missile sur un village de la même province : six morts de plus, tous des civils. La semaine suivante, un nouveau tir de missile coûte la vie à douze autres Pakistanais.

    Jusqu'à présent, les Américains se contentaient de tirer au hasard depuis l'Afghanistan. Ils n'hésitent plus, maintenant, à pénétrer sur le territoire de leur "allié" pour tuer ses ressortissants. Est-ce le début d'une nouvelle guerre américaine au Pakistan ?

    * Le nouveau président, Zardari veuf Bhutto, est encore plus impopulaire que sa défunte épouse. Ce champion de la corruption est surnommé "Monsieur 10 %", un sobriquet qui ne le quitte plus depuis qu'il a été responsable des marchés publics au ministère de l'Industrie.

    Le 20 septembre, un attentat terroriste détruit l'hôtel Marriott d'Islamabad, tuant plus de 60 personnes (des Pakistanais pour la plupart). C'est, paraît-il, à l'aide d'un camion "bourré de 600 kg d'explosifs" que "les talibans" auraient exécuté cette attaque. Malheureusement, l'aspect des lieux (un cratère de plusieurs mètres de profondeur) rappelle étrangement d'autres attentats imputés à tort au "terrorisme international" ou à l'imaginaire "Al-Qaïda", mais organisés en fait par Al-Bushaïda ou sa soeur jumelle Al-Mossaïda.


    Comment 600 kg d'explosifs "talibans" ont-ils pu creuser un tel cratère ?
    Comment une explosion à l'extérieur du bâtiment a-t-elle pu provoquer un tel incendie à l'intérieur ?
    Depuis le 11 septembre 2001, tous les miracles sont possibles.

    Mysterious Activity Going on in the Marriott Hotel

    Acculée en Afghanistan, l'OTAN organise un attentat au Pakistan  par Thierry Meyssan

    Il est probable que cet acte criminel, qui nécessitait bien d'autres moyens que ceux dont disposent les combattants afghans, permettra à ses véritables auteurs de "justifier" la nouvelle agression à grande échelle qu'ils projettent contre le Pakistan avec l'aide de leurs marionnettes locales.

    C'est la première fois qu'un pays doté de l'arme atomique se laisse ainsi manipuler et bousculer par des impérialistes étrangers. On peut d'ailleurs se demander dans quelle mesure ces bombes nucléaires pakistanaises, jusqu'ici dirigées contre l'Inde, sont utilisables sans l'intervention matérielle de Washington. Si les maîtres du monde permettent, en 2008, à un Etat islamique de détenir des armes de destruction massive, il doit y avoir une bonne raison à cela.

  • Octobre 2008 : Dans un village du nord du Waziristan, l'armée US massacre 24 habitants à coup de missiles (tous des "extrémistes"). Un peu plus tard, dans le sud de la province, un drone tue 20 villageois. Les attaques américaines (aériennes et terrestres) sont continuelles. L'extension de la guerre, promise par le "pacifiste" Barack Obama en cas de victoire électorale le 4 novembre, est déjà une réalité avant même le départ de George Bush.

  • Novembre 2008 : Les massacres américains au Waziristan se poursuivent. Fin novembre, une série d'attentats contre diverses cibles de Bombay (deux grands hôtels, un restaurant, une gare, un centre juif) fait près de 200 morts. Le gouvernement indien, manipulé par Israël, accuse le Pakistan sans fournir la moindre preuve. Les médias déclenchent une nouvelle campagne "anti-islamiste" qui semble préparer l'opinion à une intervention américaine ouverte contre le Pakistan.

    The International Backers of the Mumbai Attacks

  • Décembre 2008 : Depuis quelque temps, les attaques armées se multiplient, au Pakistan, contre les convois qui assurent le ravitaillement des troupes occidentales en Afghanistan. Le 7 décembre, pour couronner ces actions, un groupe de résistance attaque un dépôt de l'OTAN à Peshawar et incendie 160 camions. Le lendemain, une opération similaire permet de détruire 50 véhicules de plus.

    Sans l'appui logistique du gouvernement pakistanais (et du gouvernement russe, plus au nord), la guerre américaine contre les talibans serait infiniment plus difficile à mener.

  • Janvier 2009 : Le 24 janvier, un drone américain tue 22 civils au Waziristan. Il s'agit des premiers morts pakistanais depuis l'entrée d'Obama à la Maison Blanche.

  • Février 2009 : Dans la vallée de Swat, située au nord-est de Peshawar, l'influence des talibans ne cesse de croître. Pour mettre fin aux accrochages entre les insurgés et l'armée pakistanaise, le gouvernement d'Islamabad accepte le rétablissement, au niveau local, de la loi islamique (charia).

  • Mars 2009 : Obama annonce qu'il va "détruire Al-Qaïda" (sic) et que les Etats-Unis considèrent la région frontalière du Pakistan comme faisant partie du champ de bataille afghan.

  • Avril 2009 : Durant les dix premières semaines du gouvernement Obama, les tirs de drones américains ont tué 687 civils pakistanais et 14 combattants.

  • Mai 2009 : Fin du cessez-le-feu dans la vallée de Swat, les troupes pakistanaises ayant tenté de désarmer les talibans. C'est très certainement le gouvernement américain qui a incité Islamabad à rompre la trêve conclue en février.

    Un secret de Polichinelle révélé par le président Zardari : Ben Laden, agent de la CIA  (en 1989 et aujourd'hui encore, à titre posthume).

    Obama aggrave la situation au Pakistan et en Afghanistan  par Graham E. Fuller, ancien de la CIA à Kaboul (un article intéressant en dépit de quelques divagations sur le thème d'"Al-Qaïda").

  • Juin 2009 : Dans le sud du Waziristan, des drones américains lance-missiles tuent plusieurs civils et mitraillent ensuite les sauveteurs : il a 13 morts. Quelques jours plus tard, pendant les obsèques des victimes, une nouvelle attaque US contre la procession funéraire coûte la vie à 50 autres personnes. Comme dirait Obama, l'homme du "changement" : "Yes, we can... kill them all."

  • Août 2009 : The U.S. Invades and Occupies Pakistan (sur le site PakAlert). L'invasion américaine au Pakistan a commencé : marines par milliers, véhicules militaires, tueurs à gages de Blackwater, fortification des sites occupés par le personnel US, construction à Islamabad de la plus grande "ambassade" américaine du monde, etc...

  • Novembre 2009 : Depuis quelques semaines, les attentats terroristes se multiplient, causant des centaines de morts tant à Peshawar (près de la frontière afghane) qu'à Islamabad et Rawalpindi. Comme toujours, la presse occidentale les attribue "aux talibans". Hakimullah Mehsud, un des chefs de cette organisation, remet les choses en place et déclare que les auteurs des carnages sont les hommes de Blackwater et des services pakistanais.

  • Février 2010 : Les attaques de drones deviennent presque quotidiennes. Un exemple parmi d'autres : dans le village de Dattakhel, 18 missiles sont tirés depuis huit appareils et tuent 16 personnes (toutes déclarées "talibans", cela va de soi). Mais l'impunité dont jouissent les militaires américains sur ce nouveau front n'est pas totale. Désormais, il en meurt aussi au Pakistan (trois, au début du mois, dans la localité de Dir).

  • Juin 2010 : Près d'Islamabad, les talibans font sauter un convoi de 80 camions-citernes pleins de carburant destinés aux troupes américaines en Afghanistan.

  • Août 2010 : Des inondations sans précédent submergent le bassin de l'Indus qui traverse le pays du nord-ouest au sud-est. La région de Peshawar, centre de l'agression militaire américaine, est particulièrement touchée - très "pratique" pour le "pacifiste" Obama. Officiellement, on dénombre 2.000 morts, beaucoup plus en réalité. Il n'est pas impossible que les Etats-Unis aient utilisé l'arme climatique, ce ne serait pas la première fois - Is the CIA playing the HAARP in Pakistan ?

  • Septembre 2010 : L'utilisation d'armes de destruction massive par les Américains n'exclut pas, bien entendu, le recours aux armes classiques. Le 24 septembre, l'aviation US bombarde le Waziristan, tuant plus de 30 personnes. Le 27, elle recidive et en tue 50. Le 28, des drones américains massacrent une douzaine de civils de plus dans un autre village de la même région.

  • Octobre 2010 : Au début du mois, des attaques à répétition contre les convois d'approvisionnement de l'OTAN détruisent des douzaines et des douzaines de camions de carburant.



    Chaud, chaud, l'automne sera chaud...


  • Décembre 2010 : 42 civils tués en quelques heures dans des attaques de drones au Waziristan. Au cours de l'année 2010, les USA ont lancé 115 attaques de ce type, massacrant plus d'un millier de personnes. Obama, lauréat du Nobel de la "Paix" et plus grand criminel de guerre noir de toute l'histoire des Etats-Unis, a promis de se surpasser en 2011.

  • Mai 2011 : Attaque particulièrement bien réussie des "talibans" contre une base aéronavale pakistanaise à Karachi. Le plus étrange, dans cette affaire, c'est que les assaillants, qui se disent affiliés à "Al-Qaïda" (drôles de "talibans"), revendiquent cette action pour venger la mort d'Oussama Ben Laden. Sachant qu'Al-Qaïda est une invention américano-sioniste et que la mort de Ben Laden est la troisième en dix ans, on ne serait pas étonné d'apprendre que cette opération est le prélude à une intensification de la guerre contre le Pakistan. On sait que les Etats-Unis et Israël contrôlent les armes nucléaires de ce pays. Ils pourraient en profiter pour déclencher une provocation à grande échelle avec l'aide des zombies "d'Al-Qaïda". Après tout, l'armée pakistanaise vient de prouver son "incapacité"... La Chine est sur ses gardes, sachant pertinemment qu'elle est visée indirectement.

    La Chine apporte son soutien militaire au Pakistan face aux USA  par Webster G. Tarpley :

    "Le nouveau représentant spécial des Etats-Unis pour l'Afghanistan et le Pakistan, Marc Grossman, est un des faucons les plus durs de Washington. Connu pour ses liens avec les services israéliens, il a renforcé la collaboration entre la CIA, le Mossad et la RAW." [Grossman est un des innombrables conseillers sionistes juifs de Barack Obama - La RAW est la CIA indienne ou, pour employer l'expression de Gordon Duff (Veterans Today), "un junior partner du Mossad."]

    "La CIA, la RAW et le Mossad ont créé ensemble de pseudo-talibans." (Webster Tarpley)

    "Sommes-nous en juillet 1914 ?" demande Tarpley. [On sait que la Première Guerre mondiale a éclaté le 4 août 1914.]

  • Novembre 2011 : Les massacres de civils par les drones américains sont devenus tellement courants que plus personne n'en parle. Pour que les médias consacrent quelques lignes ou quelques minutes au Pakistan, il faut une "bavure" notable coûtant la vie à plusieurs douzaines de soldats pakistanais, ces "alliés" des USA dans leur sale guerre. La chose est arrivée le 26 novembre : au moins 28 militaires ont été tués. Le gouvernement est paraît-il furieux et fait part de son intention de "prendre des mesures", comme la fermeture des postes frontaliers par lesquels les Américains ravitaillent leurs bases en Afghanistan, ou encore l'ordre donné à la CIA de quitter la base militaire de Shamsi (sud-ouest du Pakistan) dans un délai de deux semaines. C'est bien entendu de la poudre aux yeux : la CIA n'a pas d'ordres à recevoir de ses élèves pakistanais, et les voies de ravitaillement ne sont pas indispensables pour poursuivre l'effort de guerre, la Russie faisant depuis longtemps le nécessaire. Indépendamment de cela, ce n'est pas la première fois que les marionnettes pakistanaises font mine de se fâcher ; dans quinze jours, tout sera oublié.

  • Mai 2012 : La "Kill List" d'Obama  ou comment le chef terroriste noir de la Maison Blanche supervise personnellement "le programme d'élimination physique de personnalités d'Al-Qaïda", non seulement au Pakistan mais aussi en Afghanistan, au Yémen, en Somalie...  Pour comprendre à quel point ces assassinats à l'aide de drones sont "ciblés", il faut savoir que "dans le périmètre où atterrit le missile, seuls les femmes et les enfants sont considérés comme des civils. Les hommes, eux, sont réputés appartenir à la mouvance Al-Qaïda... Le mode de décompte des 'dommages collatéraux' aboutit à une sous-évaluation systématique des 'bavures'..."  Et grâce au téléguidage des drones depuis les bases militaires US (parfois même depuis le territoire américain), les tueries sont parfaitement automatisées et ne présentent plus le moindre risque pour les tueurs en uniforme (ou sans uniforme).





L'islamisme au Pakistan :

L'intégrisme musulman a toujours joué un rôle ambigu dans ce pays.

Etat artificiel basé dès la première heure sur l'islam, le Pakistan a connu en alternance des périodes de religiosité modérée - presque laïque - et des accès de fièvre islamique. Toujours manipulé de l'extérieur, l'Etat pakistanais a suivi les zigzags de la stratégie américaine.

A la fin des années 1970, les Etats-Unis considèrent l'islam radical comme une arme idéologique permettant de venir à bout des Etats musulmans tentés par l'expérience socialiste. Au Pakistan, ils soutiennent Zia-ul-Haq contre Ali Bhutto ; en Afghanistan, les "moudjahiddines" contre le régime proche de Moscou. Lorsque, quelques années plus tard, la campagne antisoviétique bat son plein autour de Kaboul, Washington forme des plans pour étendre la subversion aux régions traditionnellement musulmanes du sud de l'URSS (Asie centrale, Caucase). Zbigniew Brzezinski, l'architecte de cette stratégie, en est particulièrement fier. Elle a parfaitement fonctionné et fonctionne encore trente ans plus tard contre la Russie post-communiste. Entre-temps, "Big Zbig" a plus de 80 ans, mais son influence sur la politique américaine reste entière.

Malheureusement pour les manipulateurs américains, l'islamisme suit parfois sa propre dynamique et échappe à ses promoteurs. Après le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan, en 1989, l'action US a cessé en direction de ce pays, mais les groupes intégristes n'en ont pas disparu pour autant. Au contraire, stimulée par la poursuite de la guerre civile afghane des années 1990, la situation a empiré dans les provinces pakistanaises proches de la frontière (en particulier les régions tribales situées près de Peshawar - en rouge sur la carte).

Depuis 2001, le gouvernement d'Islamabad, toujours plus dépendant de l'aide financière américaine (source numéro un d'enrichissement personnel), s'efforce de satisfaire ses maîtres en combattant les islamistes qu'il devait autrefois protéger. Les affrontements entre groupes militants armés et "forces de l'ordre" sont quasiment quotidiens. Certains éléments de la police et de l'armée collaborent en sous-main avec les insurgés ou sont achetés par eux.


L'influence afghane :

Depuis que les troupes américaines et leurs supplétifs de l'OTAN ont envahi l'Afghanistan, en octobre 2001, le Pakistan est le théâtre d'une guerre larvée qui menace, en 2008, de se transformer en guerre ouverte - une de plus au palmarès de l'Empire.

L'islamisme ne sert plus maintenant à combattre le communisme et ses alliés. Sous l'impulsion des sionistes, toujours plus influents à Washington, il est devenu le repoussoir permettant de "justifier" toutes les agressions contre les adversaires du nouvel ordre mondial unipolaire.

Les combattants afghans que l'on qualifie de "talibans", sans qu'il soit possible de dire dans quelle mesure ils s'apparentent encore aux talibans de la période 1996-2001, ont gagné en influence dans leur pays, où ils constituent le gros de la résistance anti-USA et anti-OTAN. Il est évident que ces combattants utilisent toutes les possibilités de repli et de ravitaillement dont ils disposent de l'autre côté de la frontière, en territoire pakistanais, d'autant plus que cette région abonde de réfugiés afghans.

A leurs yeux, la frontière est purement fictive ; d'un côté comme de l'autre, on parle la même langue, le pachtoun. En 2009, les Pachtouns représentent environ 16 % de la population pakistanaise (28 millions sur 170) et 40 % de la population afghane (13 millions sur 33). Les Pachtouns sont donc deux fois plus nombreux au Pakistan qu'en Afghanistan. Si depuis la fin du 19ème siècle, ils vivent séparés par une frontière, c'est à l'impérialisme britannique qu'ils le "doivent". Pour Graham E. Fuller, qui a "travaillé" pour la CIA à Kaboul, la guerre américaine "contre les talibans" est en réalité une guerre contre les Pachtouns - détails. En Afghanistan, les Pachtouns "ont perdu la voix au chapitre" depuis l'invasion de 2001.

Pour les USA, la tentation est grande d'étendre au Pakistan cette guerre qu'ils ne peuvent pas gagner - comme dans les années 1960-70, lorsque la guerre du Viêt-Nam fut étendue au Cambodge et au Laos. C'est le réflexe de fuite en avant qui précède (de combien d'années ?) une débandade programmée d'avance.





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