LA CHUTE DE L'URSS

- Porte ouverte à tous nos ennuis actuels -







Le pire dans le communisme...

Pourquoi l'URSS s'est écroulée :
Trahison ?   Confiance et contrôle   Tigre de papier   Copier au lieu d'innover, réagir au lieu d'agir

L'URSS et les Juifs   De la Crimée au Birobidjan   L'URSS et le sionisme   Coupables ou victimes ?
L'URSS et les trotskistes   Le point de vue d'Israël Shamir
L'URSS et les francs-maçons

Les dirigeants russes/soviétiques depuis 1917







"Le pire, dans le communisme, c'est ce qui vient après...", disait Adam Michnik, un des fondateurs - au début des années 1980 - du syndicat polonais dissident Solidarność.  La chute de l'URSS n'a pas seulement détruit ou ruiné des dizaines de millions d'existences en Europe de l'Est. Elle a eu, en outre, des conséquences désastreuses sur le reste du monde.

On ne soulignera jamais assez le rôle de rempart - involontaire mais réel - joué par l'URSS et les autres pays socialistes dans le développement social en Occident entre 1945 et 1990. La simple existence de ces pays a permis aux travailleurs d'Europe de l'Ouest d'atteindre un niveau de bien-être inconnu et impensable auparavant. Niveau atteint non pas grâce au capitalisme, mais malgré lui, pour la simple raison que nul ne pouvait se permettre - en Europe occidentale mais aussi dans d'autres parties du monde - de voir les pays de l'Est rattraper ceux de l'Ouest. ("Je n'aurais pas donné cher des 'utopies' socialo-communistes en Europe de l'Ouest sans un 'grand frère' comme l'URSS à deux étapes du Tour de France de chez nous", pouvait-on lire il y a quelque temps sur un forum du site Bellaciao.)

A cet égard, le cas de l'Allemagne divisée est typique : si les décideurs politiques et économiques en République fédérale avaient pratiqué dans les années 1950, 60, 70 et 80 ce qu'ils pratiquent depuis 1990, on aurait bien vite assisté à l'apparition d'un flux migratoire de l'Ouest vers l'Est, flux qu'il fallait bien sûr éviter à tout prix. Avec la disparition du rempart, tout est redevenu possible, la résistance à la régression étant quasiment inexistante.

Mais la pire conséquence de la disparition de l'Union Soviétique, c'est qu'elle a permis à l'autre camp, et spécialement aux Etats-Unis, d'inaugurer l'ère de la guerre permanente sans risque de se voir freiné au niveau mondial par un adversaire de force à peu près égale. Depuis la première guerre du Golfe de 1991 contre l'Irak, l'impérialisme américain n'a cessé d'accumuler les agressions ouvertes : Yougoslavie, Somalie, Soudan, Afghanistan, Irak, Pakistan, Yémen, Libye, etc... Sans oublier les multiples subversions "colorées", "conflits de basse intensité" et autres guerres israéliennes directes (Palestine, Liban) ou par procuration (Syrie), effectives ou annoncées (Iran).




Pourquoi l'URSS s'est-elle écroulée au début des années 1990 ?


Pour Egon Bahr, politicien allemand du SPD social-démocrate de cette époque, l'URSS s'est effondrée parce qu'elle était "incapable de se réformer".  Quelle foutaise...  D'abord , on sait ce que signifie le mot réforme dans la bouche de ces gens-là (en l'occurrence : virage à 180 degrés, capitulation, auto-destruction). D'autre part, l'URSS n'a cessé de se réformer (dans un sens moins extrême, il est vrai) depuis la mort de Staline en 1953.  (A ce sujet, voir un peu plus bas ce qu'en dit Zinoviev.)

Helmut Schmidt, autre politicien du SPD et chancelier allemand de 1974 à 1982, est nettement plus clairvoyant dans son diagnostic que son collègue Bahr. Pour lui, la chute de l'URSS est la conséquence des "expérimentations précipitées de Gorbatchev". Ce qui est parfaitement vrai, bien que les mesures liquidatrices de Gorbatchev ne soient que l'aboutissement logique (logique a posteriori) de toutes les réformes entreprises depuis Khrouchtchev (au Kremlin de 1953 à 1964), ainsi que l'explique également Zinoviev.


Trahison ?...

Oui, sans doute, mais pas au sens où on l'entend habituellement. Au sommet de l'appareil communiste, les traîtres n'ont pas à vrai dire été achetés par l'Occident ; ils n'ont pas été payés pour trahir. Pour certains, comme Gorbatchev (dernier secrétaire général du PC) ou Chévarnadzé (dernier ministre des Affaires étrangères), la récompense est venue après la trahison. Pour le premier, sous forme de "conférences" à 100.000 dollars l'unité et de livres "vendus" à des millions d'exemplaires. Pour l'autre, sous forme d'un fauteuil présidentiel en Géorgie et d'une propriété de onze millions d'euros à Baden-Baden.

Comme le montre le philosophe, sociologue, écrivain et... dissident russe Alexandre Zinoviev (1922-2006) dans son essai Le facteur de trahison, définir le mot trahison n'est pas si simple que cela.

Après avoir cerné les divers aspects de ce concept, Zinoviev écrit :

"La trahison... n'était pas inévitable. Elle aurait pu ne pas se produire. Elle a été le résultat d'un concours unique de circonstances historiques. Mais elle n'a pas eu lieu par hasard, en ce sens qu'elle a été préparée par tout le cours de l'histoire soviétique et par l'intention des maîtres du monde occidental de pousser une certaine partie du peuple soviétique à la trahison. Et cette intention a trouvé ici un terrain favorable."

[sous Staline]

"Le fait est que le système de dénonciation massive [institué sous Staline] est devenu une école de trahison organisée par l'Etat pour des millions de gens..."

"Dans les cas de trahison collective, les membres du collectif, pris séparément, ne passaient pas pour des traîtres et ne se considéraient pas comme tels. La responsabilité incombait à ceux qui dirigeaient le collectif. Et eux-mêmes ne l'assumaient pas puisqu'ils ne faisaient qu'exécuter les directives venues d'en haut..."

"L'édification d'un nouveau système social se poursuivait dans la lutte entre diverses factions. Cette lutte divisait les gens qui se rangeaient dans des camps opposés. Les adversaires de la politique stalinienne, par la logique même de cette lutte, étaient rejetés dans le camp des ennemis, ce qui les engageait sur la voie de la trahison."

"Mais les répressions staliniennes, en empêchant l'activité des traîtres actuels et potentiels, créaient les prémisses pour les traîtres futurs. D'une manière générale, toute l'activité du pouvoir soviétique pour la création et la consolidation d'un nouveau système social façonnait en même temps les futurs traîtres de ce système. Et, qui plus est, en grande quantité. N'oubliez pas que les traîtres soviétiques du plus haut niveau (Gorbatchev, Iakovlev*, Eltsine et beaucoup d'autres), étaient passés d'abord par l'école de trahison des Komsomols et du Parti de la période stalinienne..."

[* Selon Wikipédia : Un des principaux architectes de la perestroïka... Accusé d'avoir été manipulé par la CIA.]

"La tendance des citoyens soviétiques à la trahison a été remarquée par les organisateurs de la 'guerre froide' dès le début de celle-ci (en 1946). Mais ils décidèrent alors (et avec raison) que l'on ne pouvait vaincre les Russes dans une 'guerre chaude'. Et ils misèrent sur la trahison en tant que principal facteur de la guerre 'froide', quand les conditions favorables furent réunies pour cela, je pense, au début des années 1980."

[sous Khrouchtchev]

"L'époque stalinienne s'est achevée par la déstalinisation khrouchtchévienne [1956] ...  Des millions de staliniens, ayant à leur tête Khrouchtchev lui-même (et il fut un laquais de Staline !) ont trahi instantanément leur chef Staline et se sont transformés en antistaliniens actifs. Je ne me souviens pas d'un seul cas, dans ces années-là, où quelqu'un aurait exprimé en public sa fidélité à Staline et au stalinisme. Toute la déstalinisation s'est passée entièrement comme une trahison de masse, dont l'initiative avait été prise au sommet du pouvoir avec l'accord et la participation de presque toute la population soviétique active. Elle a été en quelque sorte la répétition de cette trahison générale et fatale qui, trente ans plus tard, s'accomplira sur l'initiative du pouvoir gorbatchévien et eltsinien..."

"La trahison de Khrouchtchev n'a touché que quelques aspects de la société soviétique, laissant sans changement sa structure sociale. C'est pourquoi elle n'a pas été fatale. De plus on a arrêté Khrouchtchev dans son élan et on l'a écarté du pouvoir [en 1964]. Mais son action avait révélé la vulnérabilité de l'état idéologique et moral de la société soviétique et la puissance dévastatrice de son système de pouvoir quand il tombait dans les mains d'idiots et d'aventuriers."

"L'épidémie de trahison à l'égard du stalinisme s'est propagée avec une rapidité fulgurante depuis le sommet du pouvoir à tous les niveaux de l'appareil de direction pour se répandre dans les masses. Les masses de la population ont montré une docilité particulière envers le pouvoir quand il a diminué ses exigences envers elles, alors que ces exigences étaient indispensables pour sauvegarder leur organisation sociale, c'est-à-dire lorsque le pouvoir a décidé de diminuer la tension de la lutte historique pour le communisme. Et tout cela a été remarqué par les organisateurs occidentaux de la 'guerre froide' et a été pris en compte."

[sous Brejnev]

"Dans les années Brejnev [1964-82] l'épidémie de trahison déclenchée par Khrouchtchev a été arrêtée et étouffée. Mais les virus de cette maladie n'étaient pas tués pour autant. Ils se multiplièrent rapidement et se mirent à contaminer l'organisme social soviétique par une multitude d'autres canaux. Les principaux de ces canaux ont été la fronde de l'intelligentsia libérale, le mouvement des dissidents et la vague d'émigration. Il faut toujours se rappeler que notre pays avait un ennemi puissant, le monde occidental, et que la 'guerre froide' suivait son cours. Nos traîtres de l'intérieur étaient formés par cet ennemi, ils étaient soutenus et achetés par lui. Ils prenaient leurs repères chez cet ennemi. S'il n'avait pas existé, ou s'il avait été plus faible ou moins actif, une telle épidémie de trahison n'aurait pas eu lieu. On aurait su l'empêcher."

"Les services occidentaux, impliqués dans la 'guerre froide', ont sciemment misé sur la trahison. Ils employaient un personnel hautement qualifié et bien informé. Ils étaient au courant des trahisons des années staliniennes. Ils étaient au courant de la capitulation des millions de soldats soviétiques au début de la guerre de 1941-45. Ils étaient au courant de la déstalinisation précisément du point de vue de la trahison de masse. Les services occidentaux se donnèrent pour objectif de créer une « cinquième colonne » en Union Soviétique. Ils avaient mis au point toute une technologie pour ce travail de sape. L'un des procédés de leur travail était, par exemple, le choix de personnalités, que l'on distinguait, en particulier, dans la sphère de la science, de la culture et de l'idéologie. On réservait à ces personnalités un traitement de faveur pour les mettre en valeur et on les opposait à la masse de leurs collègues et de leurs camarades de travail. On faisait leur éloge, on les exaltait dans les moyens d'information occidentaux de masse et on dénigrait les autres, que l'on tournait en dérision. On publiait en Occident les œuvres de ces personnalités privilégiées, on leur organisait des expositions, on les invitait, on leur versait beaucoup d'argent. En vertu de la logique des relations mutuelles internes les premiers se transformèrent en traîtres volontaires ou involontaires, en inspirant aux autres des sentiments d'envie et l'esprit de trahison. Je pense que le désir de ravir aux dissidents et aux critiques du régime la gloire mondiale, joua un rôle important dans la transformation de Gorbatchev en traître historique."

"En Occident, on fit de la publicité aux dissidents dans les campagnes de propagande antisoviétiques organisées pour les défendre. Ils reçurent aussi des moyens matériels. On exerça même une pression économique et politique sur le pouvoir soviétique. On prépara à l'avance pour les émigrants des lieux de travail, on leur donna de bonnes aumônes. On favorisa le nationalisme. On créa des organisations nationalistes et des centres spéciaux pour encourager le nationalisme. On cajola les chefs des mouvements dissidents et nationalistes. En un mot on fit un travail patient, sur de longues années, pour injecter à la société soviétique les virus de l'antisoviétisme et de l'anticommunisme."

[sous Gorbatchev]

"Toute l'évolution de la trahison dont nous avons parlé s'est concentrée dans la trahison gorbatchevo-eltsinienne. L'élément nouveau qui s'y est greffé a été le fait que la trahison s'est accomplie comme l'aboutissement d'une opération de destruction interne du pays entreprise par l'Occident et destinée à terminer la 'guerre froide'. Gorbatchev, en tant que chef du parti et de l'Etat, a donné le signal de la trahison et, comme une avalanche, elle a submergé le pays..."

"Le devoir [du gouvernement] consistait dans le maintien et le renforcement de la structure sociale existante, la protection de l'unité territoriale du pays, la défense et le renforcement de la souveraineté du pays sous tous les aspects de son organisation sociale (le pouvoir, le droit, l'économie, l'idéologie, la culture), la sécurité personnelle des citoyens, la sauvegarde du système d'éducation et d'instruction publique, des droits sociaux et civiques, bref, de tout ce qui avait été acquis pendant les années soviétiques et qui était devenu le mode de vie habituel de la population. Le pouvoir savait cela. La population était persuadée que le pouvoir allait remplir ses obligations et elle faisait confiance au pouvoir..."

"La trahison est restée inaperçue et impunie, parce que ses initiateurs et ses chefs (les organisateurs) ont impliqué dans ce processus des millions de citoyens soviétiques 'en noyant' leur propre trahison dans la trahison de masse et en se lavant ainsi de leur propre responsabilité."

"La population, ou bien est devenue la complice et l'instrument de la trahison, ou bien est restée passive (indifférente) à son égard. D'une manière générale, la majorité n'a pas compris ce qui était arrivé. Et quand elle a commencé à comprendre quelque chose, la trahison était déjà accomplie. Une circonstance qui a joué un rôle dans tout cela est le fait que le peuple soviétique pendant soixante-dix ans a supporté le poids très lourd d'une mission historique. Il était las de cette mission. Il perçut le renversement contre-révolutionnaire comme une libération de ce poids historique et il a soutenu le renversement ou, en tout cas, il n'y a pas fait obstacle, sans réfléchir et sans envisager les conséquences qui résulteraient de cette libération. Il ne venait alors à l'esprit de personne que le peuple soviétique, en rejetant le poids de sa mission historique, capitulait devant l'ennemi sans combattre, qu'il commettait une trahison envers lui-même."

"Il va de soi que dans le comportement de la population, le régime social de notre pays a joué un rôle. Le système du pouvoir était organisé de telle sorte que les masses de la population étaient totalement privées d'initiative sociale et politique. Cette initiative était entièrement le monopole du pouvoir. Et dans le cadre du pouvoir lui-même, elle était concentrée au sommet et ne se répercutait que dans une faible mesure aux différents niveaux de la hiérarchie. On avait inculqué à la population une confiance absolue dans le pouvoir. Et à l'intérieur du pouvoir cette confiance s'était focalisée au sommet. Il ne venait pas à l'esprit des gens que le sommet du pouvoir pouvait s'engager sur la voie de la trahison. De sorte que lorsque le processus de la trahison a commencé, la population l'a interprété comme une simple initiative du pouvoir et que l'aspect de trahison est passé inaperçu."

"L'idéologie a aussi apporté son tribut à la préparation de la trahison. Comme on sait, l'un des principes de l'idéologie soviétique est l'internationalisme. D'une part, ce principe s'est confondu avec le cosmopolitisme pour une certaine partie de la population, essentiellement pour la partie cultivée, aisée et non russe. Les tentatives de Staline de lutter contre le cosmopolitisme s'étaient soldées par un échec. D'autre part, l'internationalisme favorisait le fait que la plupart des citoyens d'origine russe se trouvaient en Union Soviétique dans la situation la plus misérable. La politique nationale du pouvoir s'est avérée antirusse, elle s'est faite dans une large mesure au détriment des Russes. Cela a conduit à l'effacement ou, tout au moins, à l'amenuisement de la conscience nationale des Russes, à la dénationalisation de la Russie. Et cela a entraîné à son tour l'indifférence du peuple russe envers la trahison des dissidents, des émigrants, des dirigeants politiques, des personnalités de la vie culturelle (non russes pour la plupart) et des autres catégories de citoyens qui avaient une orientation cosmopolite."

"Est-ce que la trahison a joué un rôle décisif dans la faillite du système ? Si on entend par le mot 'décisif' que si la trahison n'avait pas eu lieu, le régime social de l'Union Soviétique et l'Union Soviétique elle-même auraient pu être sauvés et que le pays aurait évité la catastrophe, on peut probablement répondre par l'affirmative à la question posée. La probabilité d'une pareille issue de la guerre froide s'est renforcée par le fait que, dans la dernière étape de cette guerre, la stratégie occidentale a misé presque à cent pour cent sur cette trahison. La contre-révolution soviétique (russe) a pris justement la forme historique concrète de la trahison, une trahison imposée par les ennemis du dehors, organisée par l'élite idéologique dirigeante du pays, soutenue par la partie socialement active de la population et par la masse passive du reste de la population qui a capitulé sans combattre."


Les aveux du traître Gorbatchev : "Le but de toute ma vie fut la destruction du communisme, insupportable dictature sur les hommes. Je fus entièrement soutenu par ma femme, qui en comprit la nécessité encore avant moi. C'est exactement dans ce but que j'ai utilisé ma position dans le Parti et dans le pays. C'est exactement dans ce but que ma femme m'a toujours poussé à occuper une position de plus en plus élevée dans le pays."


La confiance c'est bien, le contrôle c'est mieux  (formule attribuée à Lénine)

Un système basé sur la confiance aveugle de la population (voir plus haut citation Zinoviev, 'Gorbatchev', 2ème paragraphe) est à la merci des abus de pouvoir. Aucun garde-fou n'empêche la trahison venue "d'en haut". Aucune motivation interne assez forte n'existe pour prévenir une telle trahison. Dans la société capitaliste, cette motivation est monétaire, financière, les classes possédantes n'ayant aucun intérêt à trahir leurs propres intérêts. Un milliardaire qui détiendrait (ou contrôlerait) le pouvoir politique pourrait à la rigueur renoncer à ses milliards et à ses privilèges (on l'enfermerait dans un hôpital psychiatrique), mais il ne pourrait jamais contraindre les autres milliardaires à l'imiter. En régime capitaliste, c'est la puissance de l'argent qui sous-tend le pouvoir politique. En URSS et dans les autres pays du bloc dit communiste, rien ne sous-tendait ce pouvoir, du moins rien de concret, de solide, de tangible.

Pour remplacer efficacement ce "vide", il aurait fallu instituer des mécanismes soumettant les instances dirigeantes à un contrôle collectif permanent des citoyens, ce qui aurait fait de l'URSS une démocratie authentique (une forme d'Etat qui n'a jamais existé nulle part). Il aurait fallu, de plus, inculquer aux gens qu'aucune conquête sociale n'est acquise définitivement sans lutte perpétuelle (quelque chose qu'on semble également avoir oublié en Occident).

Il est évident que la "démocratie des urnes", telle que nous la connaissons, est indissolublement liée au capitalisme. Elle s'arrête aux portes des entreprises et ne s'exerce - dans de très étroites limites - que le jour des élections. Et encore, à condition qu'elle ne soit pas occultée par l'électro-nique électorale ou qu'elle ne contredise pas les objectifs des maîtres du monde, auquel cas on ne tient pas compte du vote ou organise une nouvelle consultation (voir le référendum européen de 2005).

Une telle "démocratie" n'aurait certainement pas fourni les mécanismes de contrôle permettant à l'URSS de préserver ses acquis sociaux. Au contraire, son introduction a accompagné la destruction de ces acquis ; les Russes (et les autres peuples de l'ex-URSS) peuvent le vérifier chaque jour dans leur écrasante majorité depuis la fin de l'ère Gorbatchev.

Hommage aux Rouges  par Stephen Gowans

Nous voulons tout  par Michael Parenti


Le communisme n'était-il donc qu'un tigre de papier ?

Tout d'abord, il convient de préciser que ce que nous appelons pour simplifier "le communisme", n'a pas grand-chose à voir avec ce que les classiques du marxisme entendaient par là. Le communisme était pour eux une société future, lointaine et encore utopique, dans laquelle les besoins matériels de tous les individus seraient satisfaits sans problème, et à laquelle chacun apporterait sa contribution dans la mesure de ses possibilités et de ses talents. Le progrès technique, l'optimisation des ressources, la suppression du gaspillage et de l'accaparation des biens par une petite minorité, la moralité de "l'homme nouveau" enfin, permettraient la réalisation de ce "monde idéal" d'où les rapports marchands et l'argent lui-même auraient disparu, et où ce que nous appelons "l'Etat" n'existerait plus. (C'est là que communisme et anarchisme se rejoignent.) On voit que l'URSS, pour qui le communisme a constitué durant sept décennies l'objectif final, était encore très, très éloignée de cette forme de société.

En attendant d'y parvenir, on avait prévu une étape intermédiaire, "le socialisme", dans laquelle les moyens de production et d'échange étaient propriété collective (de l'Etat ou de coopératives) mais sans qu'aient disparu les rapports marchands, l'argent, le travail salarié et la répartition inégale des ressources (limitées) en fonction du salaire, donc du travail de chacun. Cette étape, tant bien que mal réalisée, a duré aussi longtemps que l'URSS.

Bien entendu, lorsque les communistes (soviétiques, français ou italiens) parlaient de "socialisme", le mot n'avait pas du tout le même sens que chez les "socialistes" occidentaux, lesquels étaient en fait des sociaux-démocrates. On sait que ces derniers avaient largué l'idée de "socialisme" dès avant la guerre de 1914. Mais le fait que les communistes, en France et en Italie, n'aient que le mot "socialisme" à la bouche, a fini par pousser leurs électeurs dans les bras de leurs rivaux qui, eux, se disaient encore et toujours "socialistes". Comme quoi la pureté sémantique peut conduire (aussi) au suicide politique...

Dès le départ, la révolution russe a dû faire face à des conditions particulièrement défavorables. Premièrement, cette révolution n'avait jamais été prévue comme un événement limité à la seule Russie. Au contraire, Lénine comptait fermement sur l'aide des travailleurs du reste de l'Europe (et même des Etats-Unis) pour déclencher leurs propres révolutions, le tout devant déboucher sur un mouvement unifié donnant naissance à une République universelle. La chose n'a pas fonctionné : des soulèvements ont eu lieu ici et là (Allemagne, Hongrie) avant d'etre réprimés ; les ouvriers français, anglais, américains n'ont pas bougé. Pire encore, personne n'a pu empêcher l'intervention militaire des puissances occidentales en Russie aux côtés des contre-révolutionnaires de l'Ancien Régime, même s'il y a eu des exceptions (comme la mutinerie de la mer Noire avec André Marty, en 1919).

A la mort de Lénine, en 1924, la Russie était dévastée. Elle ne retrouva son niveau industriel de 1914 qu'au début des années 1930. Il va sans dire que tous ces contre-coups ont été mis sur le dos de Staline, y compris la famine en Ukraine (lire : L'Holodomor, nouvel avatar de l'anticommunisme "européen"  par l'historienne Annie Lacroix-Riz).

Voir également cette brève chronologie de la révolution russe.


EUX OU NOUS :

Traduction 1917 :
Soit la mort du capitalisme, soit la mort sous la botte du capitalisme.

Traduction post-soviétique "politiquement correcte" :
Soit la dictature, soit la démocratie.

Assiégée de toutes parts, l'URSS de Staline n'a pratiquement jamais pu reprendre souffle, économiquement, ni dans les années 1930, ni pendant la guerre (c'est évident), ni après. La politique stalinienne n'en est que partiellement responsable. Si la Russie etait restée capitaliste, on l'aurait laissée tranquille. Elle aurait été, comme la Turquie, la Hongrie ou les Balkans, l'arrière-cour pouilleuse de l'Europe. Personne n'aurait "déploré" ses "déficits démocratiques" ou la misère de ses habitants. Au lieu de cela, et malgré la dureté de son régime politique, la Russie soviétique a rattrapé une partie de son retard industriel, évité la grande crise de 1929, connu des avancées sociales impensables en Occident et vaincu le nazisme. Pendant ce temps (et même après), les "démocraties" occidentales donneuses de leçons s'empêtraient dans les guerres coloniales ou la ségrégation raciale.

Du point de vue économique, à l'échelle mondiale, l'URSS a toujours piétiné loin derrière le peloton de tête, malgré sa force indéniable dans certains domaines, comme le militaire ou le spatial. Militairement, après la mort de Staline (1953), elle n'a plus constitué une vraie menace pour l'Occident, mais plutôt un épouvantail très pratique.

Comme l'a montré la course à l'espace et le spectacle Apollo, la rivalité Est-Ouest à partir de 1957 (lancement du premier Spoutnik) n'est plus que de façade et couvre une indispensable complicité soviétique. Alors que Staline, tout comme d'ailleurs son prédécesseur Lénine, voulait véritablement vaincre le système capitaliste et ne coopérait avec lui que parce qu'il ne pouvait faire autrement et espérait se renforcer à ses dépens, ses successeurs ne se font plus aucune illusion. Leur "fougue révolutionnaire" s'est effondrée ; il ne leur reste plus que les vieux slogans. La "coexistence pacifique", à l'origine simple tactique de survie voulue provisoire, devient la raison d'être du régime. Le but n'est pas de supprimer l'adversaire mais de "gagner". La concurrence avec l'Occident prend des allures de compétition sportive. On multiplie les succès astronautiques un peu comme on rafle les médailles olympiques (peu importe dans quelles conditions).

Khrouchtchev parle à tout bout de champ de triomphe du communisme mais se contente finalement d'une invitation à Disneyland - pour lui, c'est déjà un triomphe. Son successeur Brejnev ne fait que renforcer cette tendance.


Copier au lieu d'innover, réagir au lieu d'agir

En supposant qu'une révolution du type de celle de 1917 puisse jamais réussir dans un seul pays, quelle que soit sa taille, il aurait fallu, pour que cette révolution s'impose définitivement en Russie, que le progrès social* s'accompagne, malgré les handicaps historiques, d'avancées matérielles* tangibles pour la population (consommation) et d'une réelle innovation technique et scientifique. Au lieu de cela, l'URSS s'est pratiquement toujours efforcée de copier l'Occident, pensant le dépasser en reproduisant ses aberrations et ses gaspillages.**

* Le progrès social "immatériel" mais pourtant bien réel (comme la gratuité des soins de santé, de l'éducation à tous les niveaux, de la culture, etc.) est rarement pris en compte par la population qui en bénéficie. Ce qui est acquis revêt moins d'importance, pour la plupart des gens, que ce qui fait défaut - "l'homme nouveau" reste une utopie...

** En octobre 2013, le politologue français "russophile" Aymeric Chauprade déclare dans cette interview : "Si la Russie court derrière le modèle occidental, elle sera toujours en retard..."  Ce qui est vrai dans le cas de la Russie post-communiste, l'a été plus encore dans le cas de l'Union Soviétique - dans un contexte bien entendu différent.


Alors que la théorie marxiste expliquait la nécessité objective d'un changement de système (en l'occurrence le passage du capitalisme au socialisme) en invoquant les limites imposées à l'épanouissement des forces productives (main-d'œuvre, machines, technologie) par l'archaïsme des rapports de production (propriété privée des moyens de production), l'économie soviétique montrait chaque jour que la collectivisation ne conduit pas fatalement à l'épanouissement.

Avec des "si" et des "mais", il est facile de refaire le monde. Mais on peut néanmoins imaginer qu'il aurait été possible, dans certains domaines comme par exemple l'organisation des transports, de profiter de la centralisation des ressources et des pouvoirs de décision, pour mettre en place un système entièrement nouveau, à la fois radicalement différent et moins coûteux que celui de l'Occident. La chose ne s'est pas produite, sans doute parce que l'imagination ne faisait guère partie de ces fameuses "forces productives" - quoiqu'il y ait eu des exceptions...

On a émis l'hypothèse que même si des facteurs extérieurs n'avaient pas provoqué - ou accéléré - l'effondrement de l'URSS et du camp socialiste aux alentours de 1990, l'heure fatidique aurait sonné de toute façon quelques années plus tard, avec l'avènement de l'Internet et l'explosion des télécommunications dans le monde occidental. Le besoin de se couper des influences étrangères serait devenu de plus en plus difficile à réaliser. Le retour à une autarcie presque totale, depuis longtemps abandonnée en URSS, aurait été impossible à imposer. L'exemple de la Corée du Nord, un pays qui n'a pratiquement jamais connu rien d'autre, n'est pas transposable à l'Europe.

Un projet révolutionnaire qui reste constamment sur la défensive face à ses adversaires de l'extérieur, est finalement voué à l'échec. C'est vrai aussi bien sur le plan technique qu'au niveau des idées. Or, l'URSS, qui avait pourtant enthousiasmé beaucoup de gens en Occident à ses débuts, a singulièrement manqué d'initiative et de conviction à partir des années 1960. La stagnation des 25 ou 30 dernières années est aussi une des causes de la chute...





Le démembrement de l'URSS (1990-91)


L'URSS et les Juifs

On peut dire qu'il existe deux manières - contradictoires et en principe incompatibles - d'aborder le sujet :

■ La première consiste à associer - voire assimiler - Juifs et marxistes comme responsables du communisme. Héritée de la droite et galvaudée par les nazis, cette vue des choses est aujourd'hui non seulement "politiquement incorrecte" mais totalement taboue. Alexandre Soljenitsyne (1918-2008), Nobel de littérature 1970 (prix attribué pour des motifs politiques de soutien à la dissidence russe) l'a longuement analysée dans son livre Deux siècles ensemble (tome 2 couvrant la période à partir de 1917)*. L'auteur a abondamment documenté le fait que les organes dirigeants du parti et de l'Etat (comité central, commissaires politiques, gouvernement, services secrets, appareil répressif, Goulag**, etc...) étaient, à un moment ou à un autre, composés en grande partie de Juifs, de même d'ailleurs que les secteurs essentiels de la vie politique, économique, scientifique, culturelle, etc...  L'ouvrage de Soljenitsyne, publié en 2002, n'est pas vraiment interdit en Occident mais c'est tout comme. S'il est permis à notre époque de dénoncer l'horreur des crimes staliniens - c'est même fortement recommandé -, il ne faut en aucun cas mentionner une quelconque participation juive dans cette affaire.

* Deux siècles ensemble (pdf - 5,1 mo - 915 pages).  Tome 2 (Juifs et Russes pendant la période soviétique) à partir de la page 440 (ou 460).

** Soljenitsyne a passé huit années dans le Goulag. Ce mot (un acronyme russe signifiant Direction centrale des camps de travail) a été popularisé par l'écrivain dans son livre L'Archipel du Goulag, publié en 1973. C'est le livre qui l'a rendu célèbre et lui a valu le Prix Nobel. Soljenitsyne a pu quitter l'URSS en 1974, avec l'aide de son collègue allemand Heinrich Böll (Nobel 1972). Il s'est installé dans le Vermont, aux Etats-Unis, et n'est rentré en Russie qu'en 1994. Malgré ses idées très marquées à droite (anticommunisme, stricte religiosité, attachement à la "Russie éternelle", rejet de toute révolution), il a toujours refusé de se laisser manipuler par la société américaine, qu'il jugeait décadente. D'abord adulé en Occident pour son anticommunisme, puis considéré comme irrécupérable à cause de son ultraconservatisme, il a définitivement sombré dans le camp des zabominables zantisémites avec son livre sur les Juifs de Russie, un ouvrage pourtant modéré et même judéophile par endroits (pour ne pas dire plus). Il est évident que ses détracteurs ne l'ont pas lu (voir les élucubrations de Sionipédia).

Dans Deux siècles ensemble, Soljenitsyne écrit (page 681) : "Le personnel dirigeant du Goulag, je l'ai nommé dans L'Archipel. Oui, la part des Juifs n'a pas été mince, là non plus. D'avoir reproduit les portraits des chefs de chantier du fameux canal Mer Blanche-Baltique trouvés dans le recueil publié en 1936 pour célébrer cette glorieuse entreprise, provoqua l'indignation : on m'accusa de n'avoir sélectionné que des Juifs. Mais je n'ai sélectionné personne, j'ai reproduit les photos de tous les chefs du camp Mer Blanche-Baltique qui figurent dans ce livre impérissable - et qui a fait cette sélection, à qui la faute si c'étaient des Juifs ?..."  [Ce sont des prisonniers politiques qui ont construit le canal.]


■ L'autre démarche présente au contraire les Juifs comme des victimes du communisme. Elle est plus récente que la première, car le lobby innommable n'a pas toujours été aussi puissant qu'il l'est aujourd'hui. Elle s'est imposée peu à peu à partir des années 1950, avec des pointes de croissance vers 1967-72 (guerre israélienne des six jours, agitation gauchiste de mai 1968, campagnes antisoviétiques récurrentes), vers 1989-90 (reconquête des pays de l'Est) et après les auto-attentats du 11 septembre 2001.

Laquelle de ces deux théories faut-il croire ?...


Pour utiliser un langage qu'auraient désavoué les communistes, les Juifs ont été pour eux à la fois une "bénédiction" et une "malédiction".

Une "bénédiction" pendant la révolution, dans la mesure où de nombreux Juifs de Russie étaient communistes, mais pas cependant en tant que groupe ethnique poursuivant un but communautaire. Trotski en est le meilleur exemple, lui qui avait pour habitude d'envoyer promener quiconque venait le relancer en tant que Juif : "Je ne suis pas juif, je suis internationaliste..." *

* Comme le signale Soljenitsyne dans son livre, il existait en Russie au moment de la révolution bourgeoise de février 1917 (qui renversa la monarchie et précéda de huit mois la révolution bolchevique), de nombreux partis politiques juifs non-communistes (et non-socialistes) : "le Bund, le Poalei-Tsion, les sionistes, les sionistes-socialistes, les sionistes-territorialistes, le SERP ou POSJ (Parti ouvrier social juif)..."  Constitués sur des bases purement raciales et ayant pour seul souci de développer leurs privilèges communautaristes, ces partis juifs disparaîtront par la suite. Beaucoup de leurs partisans émigreront en Europe occidentale, aux Etats-Unis ou en Palestine. Certains "rejoindront le camp des vainqueurs" (Soljenitsyne).

Entre ces partis purement juifs et le parti bolchevique (qui est à l'origine l'aile communiste majoritaire du parti social-démocrate), on trouve bien sûr d'autres partis, soit socialistes (parti menchevique ou social-démocate minoritaire, parti menchevique internationaliste, parti social-révolutionnaire SR, parti SR de gauche, parti social-démocrate unifié), soit bourgeois (parti constitutionnel démocrate KD aussi appelé Cadets).  Des Juifs non-communautaristes militent dans tous ces partis, et se retrouveront plus tard, comme les autres, soit au parti communiste soit dans l'émigration.


Les Juifs ont également été une "bénédiction" pour les communistes au cours des années 1920 (voir un peu plus bas) et plus tard, au cours des années 1930-40, compte tenu du rôle joué par la communauté juive américaine dans la mise en place de la politique d'alliance du président Franklin Roosevelt avec l'URSS, alliance impliquant une aide matérielle sans laquelle les Soviétiques auraient été vaincus. A cette époque, les Juifs d'URSS - ou du moins certains d'entre eux, comme l'écrivain Ilya Ehrenbourg - faisaient jouer leurs relations familiales ou personnelles aux Etats-Unis. D'autres, qui avaient combattu en Espagne du côté républicain, renouaient avec leurs camarades américains maintenant influents.

Inversement, les Juifs ont constitué une "malédiction" pour l'URSS après l'éclatement de la guerre froide, surtout avec la mainmise des sionistes sur la politique américaine (après 1956). Vu le rôle joué par les "cosmopolites" (personnes ayant de fortes attaches avec l'étranger) dans la subversion antisoviétique et anticommuniste (trotskistes, agents de la CIA, "révolutionnaires colorés" avant l'heure), des relations jugées positives dix, quinze ou vingt ans plus tôt devenaient subitement dangereuses pour les intéressés.


Mais on peut aussi envisager la question sous un autre angle, en se demandant si les Juifs, en tant que groupe, ont globalement profité de la révolution russe ou si au contraire ils en ont souffert.

Comme on s'en convaincra à la lecture du tome 2 de Deux siècles ensemble, si les Juifs ont joué un rôle de premier plan dans cette révolution, ils n'ont pas pour autant été épargnés par la répression, ni sous Staline, ni avant lui ni après. Mais c'est précisément parce que cette répression était purement politique ; elle n'avait rien d'ethnique ni de religieux.* Les Juifs de Russie ont obtenu la pleine égalité des droits dès février 1917. En tant que minorité, ils étaient protégés comme toutes les autres minorités. Mais cela ne leur conférait, en principe, aucun privilège politique particulier.

En tant que groupe ethnique, les Juifs ont toutefois été favorisés socialement par le régime dans certains domaines. Dans son livre, Soljenitsyne cite l'exemple suivant (page 607) : "Durant les années 20, des étudiants en cours de formation étaient exclus des établissements d'enseignement supérieur à cause de leur origine sociale, parce qu'ils étaient issus de la noblesse, du milieu ecclésiastique ou de celui des fonctionnaires, de la bourgeoisie et même de la petite-bourgeoisie ; pendant des années on a refusé l'accès à l'Université à ceux qui étaient simplement issus de parents instruits. Ces mesures discriminatoires ne furent pas étendues aux Juifs parce que ceux-ci appartenaient à une « nation persécutée sous le régime tsariste » : la jeunesse juive, même d'origine bourgeoise, était accueillie à bras ouverts dans les universités ; on pardonnait au Juif de ne pas être prolétaire."

* Quelques exemples donnés par Soljenitsyne : "Quand eut été écrasée l'opposition trotskiste [au début des années 1930], le nombre des Juifs dans l'appareil du Parti baissa considérablement. Mais cette purge n'avait nullement une orientation antijuive." (page 672)  -  "Si l'on étudie séparément les listes des hauts dirigeants qui ont péri en 1937-1938 [lors des grandes purges politiques de Staline], on constate que les Juifs y constituent une très grosse proportion... Si du 1er janvier 1935 au 1er janvier 1938, les représentants de cette nationalité étaient à la tête de 50 % des principaux services de l'appareil central pour les Affaires intérieures, ils n'occupaient plus, au 1er janvier 1939, que 6 % des postes..." (page 684)  -  "Nous remarquons une forte proportion de Juifs dans les listes aujourd'hui publiées des chefs de guerre fusillés en 1937-1938... (page 687)  -  "L'écrasante supériorité en nombre des Juifs haut placés qui tombèrent sous le couperet de Staline n'empêche pas de constater, comme cela ressort des pages mêmes écrites par des publicistes juifs d'Occident, que ce phénomène en soi n'était pas perçu comme une offensive contre les Juifs sur le plan de leur nationalité : les Juifs sont tombés dans le hachoir parce qu'ils occupaient en grand nombre des postes éminents..." (page 692)

Pourtant, tout cela est considéré par certains comme une preuve de "l'antisémitisme" du régime...  Si les purges de Staline avaient épargné les Juifs pour ne frapper que les goyim, si elles avaient fait passer le pourcentage de Juifs aux postes de commande de 50 à 80 %, personne aujourd'hui ne s'en plaindrait - quoique...


Au niveau strictement religieux, les Juifs n'ont pas connu, sous les communistes, d'hostilité instutionnelle comparable à celle que rencontrait l'Eglise orthodoxe. Mais il est vrai que cette dernière était un adversaire de taille aux yeux des révolutionnaires, un peu comme l'Eglse catholique française pour les Jacobins de 1793. Les Juifs de Russie, eux, étaient le plus souvent athées, et ceux qui ne l'étaient pas ne représentaient aucun danger pour le régime communiste. Il y eut néanmoins des fermetures de synagogues et d'écoles religieuses juives, avec l'appui des Juifs athées.

Pour ce qui est de l'hostilité ambiante émanant de la sociéte, c'est une autre affaire. Elle s'explique, comme le montre Soljenitsyne, par l'accession subite aux postes-clés et aux situations intéressantes, de très nombreux Juifs parfois venus de l'étranger pour "aider" les bolcheviques. Ce phénomène spontané de rejet, qui se serait produit de la même façon avec n'importe quelle autre nationalité, fut bien entendu présenté comme un symptôme "antisémite" * et combattu comme tel par le régime communiste.

Mais il est arrivé plus d'une fois que le rejet ait été perçu correctement par les instances dirigeantes russes. Elles tentaient alors d'y apporter un correctif en s'attaquant aux causes et non plus aux effets - ce qui, à l'étranger, était forcément considéré comme "antisémite".*

De manière plus générale, chaque fois que le pouvoir soviétique, croyant bien faire, prenait des mesures politiques ou économiques favorisant directement ou indirectement les Juifs (par exemple, la création de sections juives au sein du parti communiste ou la libéralisation appelée NEP qui permit à des commerçants et financiers juifs de s'enrichir), la communauté juive étrangère était d'accord. Mais quand ces mesures étaient annulées quelques années plus tard, c'était de "l'antisémitisme" * (voir le livre de Soljenitsyne, pages 634-647).

Même chose pour le Comité antifasciste juif (CAJ), créé par Staline en 1942 afin d'amadouer ses alliés américains, puis dissous après la guerre, quand le maître du Kremlin s'aperçut qu'il était dangereux d'accorder trop de pouvoir à des sionistes à peine camouflés. Wikipédia signale que ce comité "s'impliquait dans la recherche et la collecte de documents sur l'extermination des juifs dans les territoires conquis par les forces allemandes, ce travail de recherche allant à l'encontre de la politique officielle soviétique de présenter les atrocités commises par les Allemands comme commises contre les citoyens soviétiques et de ne pas reconnaître la spécificité du génocide des Juifs." De plus, "certains des membres du Comité étaient aussi des partisans de l'Etat d'Israël, créé en 1948 et que Staline soutint pendant une courte période. Leurs contacts avec la diaspora juive, spécialement celle des Etats-Unis au début de la guerre froide, les rendaient vulnérables aux accusations d'ennemi du socialisme." [Ce que, bien sûr, ils n'étaient pas - qu'allez-vous chercher là !...]

Staline se laissa prendre au piège du sionisme, ne mesurant pas, en 1948, les conséquences de son soutien à Israël. Quand il tenta de redresser la barre, en mettant au pas la cinquième colonne israélienne qu'il avait laissée se créer en URSS, il fut évidemment traité d'antisémite...*  Soljenitsyne (page 770) : "Staline n'avait pas prévu que sa politique allait considérablement stimuler la conscience nationale des Juifs soviétiques. De nombreuses voix s'élevèrent pour appeler le CAJ à organiser des collectes de fonds destinés à l'armée israélienne, d'autres se proposèrent de rejoindre celle-ci en qualité de volontaires, on forma le projet de créer une division spéciale constituée de Juifs. C'est dans cette atmosphère survoltée que prit ses fonctions le premier ambassadeur d'Israël à Moscou, Golda Meïr. Les synagogues de Moscou comme l'ensemble de la communauté juive lui firent un accueil triomphal. Et aussitôt les demandes d'émigration en Israël se multiplièrent : la conscience nationale des Juifs soviétiques ne faisait que croître et se renforcer dans des proportions que Staline n'avait sans doute pas imaginées...."

"Sans doute effrayé par l'effervescence régnant parmi les Juifs, Staline - à partir de la fin de l'année 1948, et pendant tout le temps qui lui restait à vivre - changea brutalement de politique à leur endroit. Mais à sa façon : agissant brutalement mais sans effet d'annonce, radicalement mais à petits pas, et dans des domaines en apparence secondaires, marginaux..."

A propos du "complot des blouses blanches" de 1952, Soljenitsyne écrit (page 778) : "Cette affaire des médecins n'était pas au départ spécifiquement dirigée contre les Juifs, comme le montre la liste des accusés parmi lesquels figurent aussi des médecins russes de haut niveau. Elle eut bel et bien pour cause la psychose de Staline, sa peur du complot, sa méfiance envers les médecins, surtout quand son état de santé se fut dégradé..."

(Voir également plus bas : L'URSS et le sionisme)

* Le véritable antisémitisme, y compris sous sa forme la plus brutale - pogroms et massacres - se manifesta en deux occasions : 1) pendant la guerre civile, dans les régions tenues par les contre-révolutionnaires - 2) pendant l'occupation allemande, avec les exactions perpétrées par les nazis et leurs collaborateurs locaux.


De la Crimée au Birobidjan  (voir le livre de Soljenitsyne mentionné plus haut, page 639 et suivantes)

A début des années 1920, "le pouvoir soviétique cherche à s'attirer la sympathie de la bourgeoisie étrangère, tout particulièrement de la bourgeoisie juive" (Soljenitsyne). Pour cela, il croit bon d'instaurer des colonies agricoles juives en Ukraine (sans demander leur avis ni aux Juifs ni aux Ukrainiens). L'idée de départ est la suivante : "Au cours de leur longue errance, les Juifs ont été privés de la possibilité de cultiver la terre et ce n'est que par nécessité et contre leur gré qu'ils se sont adonnés à l'usure et au commerce ; désormais, ils peuvent enfin prendre racine, renoncer aux mauvaises habitudes héritées du passé et, grâce au travail productif qu'ils auront réalisé sous le ciel soviétique, dissiper toutes les légendes malveillantes qui circulent à leur sujet !..."

Comme le signale Soljenitsyne, on peut lire dans le Jewish Chronicle de Londres d'octobre 1925 : "On projette de remplacer la Palestine par la Crimée. A quoi bon envoyer les Juifs en Palestine, cette terre si peu fertile et qui ne justifie pas de si grands sacrifices et un labeur si harassant ? Les riches terres de l'Ukraine leur sont ouvertes et les champs fertiles de la Crimée sourient au pauvre Juif... Moscou va devenir la protectrice des Juifs de Russie et peut prétendre au soutien moral des Juifs de tous les pays. De plus, elle n'aura rien à débourser, les Juifs américains prenant sur eux toutes les dépenses..."  [Pour permettre aux Juifs russes de troquer l'usure contre l'agriculture, les communistes font appel aux usuriers juifs occidentaux, notamment au banquier Paul Warburg... Logique...]

Soljenitsyne ajoute : "L'idée d'une réhabilitation du travail de la terre par les Juifs souleva une vague d'espérance joyeuse dans la communauté juive internationale. En septembre 1925, un Congrès pangermanique de la bourgeoisie juive, présidé par le président de la Reichsbank, Hjalmar Schacht [non-Juif, ministre de l'Economie sous Hitler de 1933 à 1937, jugé et acquitté à Nuremberg en 1946] prit la décision d'apporter son aide au projet. En France, Léon Blum [Juif socialiste, à la tête du gouvernement de Front Populaire en 1936] collecta des fonds pour envoyer des tracteurs aux nouveaux paysans juifs. A New York fut créée l'Association pour l'aide à l'agriculture juive en URSS..."

A cette époque, "on prévoyait de transplanter vers le sud de l'Ukraine et la Crimée* environ cent mille familles juives, soit près de 20 % de la population juive de l'URSS ; on prévoyait également de créer des régions juives autonomes. Cependant, beaucoup de Juifs, quoique sans travail, refusèrent de se consacrer à l'agriculture, et la moitié seulement des Juifs qui avaient accepté de partir, se fixèrent durablement sur leurs nouveaux lieux d'habitation..."

* Jusqu'en 1954, cette presqu'île de la mer Noire faisait partie de la Russie (une des 15 républiques de l'URSS) avant d'être rattachée à l'Ukraine par l'Ukrainien Nikita Khrouchtchev, chef du parti communiste soviétique.

La "politique juive" du Kremlin de ces années-là peut être interprétée selon le goût de chacun : soit comme une attitude philosémite, presque comme la variante de gauche du sionisme ; soit au contraire comme de l'antisémitisme pur (non-respect de la volonté des intéressés, déportations plus ou moins forcées, opposition ouverte au vrai sionisme qui commence à coloniser la Palestine). Il faut dire que Staline, qui était lui-même mi-Géorgien mi-Ossète, avait une façon très particulière d'aborder les questions nationales. Mais finalement, les Juifs ne peuvent pas se plaindre quand on les compare à d'autres nationalités de l'URSS, comme les Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga ou les Tchétchènes. Il est vrai que parmi ces peuples, la tendance à la collaboration avec l'ennemi - en temps de guerre - était autrement plus répandue que parmi les Juifs.

Soljenitsyne : "C'est en Crimée que l'on plaçait le plus d'espoirs. Le projet prévoyait d'attribuer à la colonisation juive 455.000 hectares en Ukraine et en Biélorussie, et 697.000 hectares en Crimée [donc en tout 11.500 km² - la superficie d'Israël est de 20.000 km²].  Conformément au Plan décennal de transfert des Juifs en Crimée, leur pourcentage dans la population devait y passer de 8 % en 1929 à 25 % en 1939 (on supposait que les Juifs allaient devenir plus nombreux que les Tatars), et il ne saurait y avoir d'objections de principe à la constitution d'une République ou d'une Région autonome juive de Crimée du Nord dans le cadre de la République autonome soviétique de Crimée...  L'établissement des Juifs en Crimée provoqua des réactions hostiles parmi les Tatars (« Alors, on cède la Crimée aux Juifs ? ») et la paysannerie locale insuffisamment pourvue de terres."

Quand on lit cela, on comprend pourquoi le vol des terres palestiniennes par les colons israeliens n'a jamais préoccupé Staline. Pour lui, déposséder un peuple au profit d'un autre ne posait pas le moindre problème...

Finalement, "ce programme de conversion des Juifs à l'agriculture fut un échec ; rien n'incitait vraiment les colons à rester..."  Survint alors la collectivisation, "et les kolkhozes juifs furent réunis aux autres, le projet de colonisation agricole juive en Ukraine et en Crimée fut définitivement enterré..."

Un peu plus tard, on tenta de nouveau l'expérience en Extrême-Orient, "au Birobidjan, territoire situé entre deux affluents de l'Amour, à la frontière de la Chine, d'une superficie presque égale à celle de la Suisse" [36.000 km², presque deux fois Israël]. Le nouveau territoire, peuplé de Cosaques russes installés là depuis 1860-1880 - et sans doute aussi d'autochtones dont personne ne parle -, fut officiellement attribué au "peuple juif" en 1934, sa langue officielle étant le yiddish. Mais "les organisations juives [étrangères] refusèrent d'emblée de financer le lointain Birobidjan, considérant toute cette entreprise comme trop chère et risquée. Si elles ne l'approuvèrent pas, c'est qu'elle émanait non de la volonté des Juifs, mais de celle du pouvoir soviétique qui s'était mis en tête de remodeler le pays de fond en comble."

A la fin de la guerre, on relança la question de la judaïsation de la Crimée. Soljenitsyne explique dans son livre (page 767) : "Après la libération de la Crimée par l'Armée rouge en 1943, à Moscou, au sein de l'élite juive, on se remit à parler du projet de colonisation de 1920, c'est-à-dire de l'installation des Juifs en Crimée. Le gouvernement soviétique ne s'opposa pas à cette initiative, espérant qu'ainsi les Juifs américains se montreraient particulièrement prodigues de leurs dollars envers l'Armée rouge. Au cours de l'été 1943, Mikhoëls et Fefer [deux dirigeants du CAJ - voir plus haut] firent une tournée triomphale aux Etats-Unis, afin de mener des pourparlers avec les sionistes américains en vue d'un soutien financier..."

"Les espoirs entretenus par les Juifs connurent là leur zénith... Les dirigeants du CAJ nageaient dans l'euphorie. Ils se mirent à croire (surtout après le voyage en Occident de Mikhoëls et Fefer) qu'en mettant un peu la pression, à l'instar de l'élite juive américaine, ils pourraient exercer leur influence sur les cercles dirigeants et participer à la mise en place d'une politique favorable aux intérêts des Juifs soviétiques. Mais Staline abandonna ce projet - et ce, pour des raisons stratégiques. Les dirigeants soviétiques, qui s'attendaient à une guerre avec l'Amérique, pensaient sans doute qu'au cas où celle-ci aurait lieu, les populations juives de Crimée risqueraient de faire montre de sympathies envers les Etats-Unis..."

Le Comité antifasciste juif prévoyait aussi de fonder une république juive dans la région de Saratov, sur le territoire où vivaient les Allemands de la Volga avant qu'ils ne soient déportés au Kazakhstan. Mais ce projet n'aboutit pas non plus.

Au 21ème siècle, les seules traces qui subsistent encore de ces tentatives de colonisation sont au Birobidjan. Cependant, si l'on en croit Wikipédia, "la population y est russe à 92 % et il ne reste plus qu'un pour cent de Juifs" : une attraction folklorique pour touristes égarés...

Tout cela en dit long sur la manière dont Staline et les "élites" juives soviétiques interprétaient le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes...


L'URSS et le sionisme

La position de Moscou vis-à-vis du sionisme n'a pas manqué d'ambiguïté (voir plus haut pour ce qui est des années 1917-1945). En 1948, l'URSS a permis la création d'Israël et l'écrasement des Arabes de Palestine (grâce aux livraisons d'armes via la Tchécoslovaquie qu'elle contrôlait) ; elle ne s'est jamais vraiment opposée aux crimes sionistes, se contentant la plupart du temps de protestations verbales ; elle a permis, dès les années 1970, l'émigration vers Israël de centaines de milliers de Juifs soviétiques, cédant aux pressions du lobby sioniste exercées par l'intermédiaire des Etats-Unis. On peut dire qu'après la Deuxième Guerre mondiale, les Juifs soviétiques ont toujours été plus ou moins utilisés pour manipuler Moscou.

Staline lui-même n'a compris que trop tard le danger représenté par les concessions faites aux sionistes en 1942 (voir plus haut l'affaire du CAJ) et surtout après la guerre. Il a cru - ou fait semblant de croire - que l'entreprise israélienne avait quelque chose de "socialiste", et entraîné dans cette voie aberrante tous les partis communistes qui le suivaient, dont le PCF. Et pourtant, ce dernier savait déjà en 1936 à quoi s'en tenir, si l'on en juge par cet article de Gabriel Péri.

Paradoxalement, pendant que l'URSS frayait avec Israël, la presse communiste dénonçait le sionisme, faisant comme si celui-ci n'avait rien à voir avec l'Etat juif nouvellement fondé. On condamnait des gens à Moscou, à Prague ou à Budapest pour "complot sioniste", tandis que le Kremlin continuait de collaborer avec Tel Aviv.

Staline a tout de même fini par rompre les relations diplomatiques avec Israël, mais il ne l'a fait que le 11 février 1953, trois semaines seulement avant sa mort. Et encore, ce n'est que parce que le Mossad avait organisé un attentat contre son ambassade deux jours plus tôt, histoire de "punir l'antisémitisme" soviétique. Mais quatre mois après la disparition du "Petit Père des Peuples", ses successeurs rétablissaient les relations. [Elles seront de nouveau rompues sous Brejnev, après l'agression militaire israelienne de juin 1967 (guerre des six jours), puis rétablies sous Gorbatchev en 1990.]

Soljenitsyne (page 784) : [Sous Khrouchtchev, avec le "dégel" de 1956,] "des centaines de Juifs soviétiques prenaient part, sous une forme ou sous une autre, aux réunions organisées dans diverses villes par les groupes ou cercles sionistes renaissants, auxquels participaient activement des sionistes de la vieille génération qui avaient gardé des contacts avec des parents ou des amis établis en Israël..."  Malgré tout, vers la même époque, l'URSS oppose son veto à une résolution de l'ONU demandant d'ouvrir le canal de Suez aux navires israéliens (mars 1954), puis met fin à l'expédition coloniale franco-anglo-israélienne contre l'Egypte (novembre 1956 - détails).

Cependant, le lobby sioniste se mobilise. Toujours en 1956, "une délégation canadienne en visite à Moscou insista pour que le comité central du parti communiste soviétique publie une déclaration spécialement et exclusivement consacrée aux souffrances endurées par les Juifs - mais elle se heurta à un refus catégorique..." (Soljenitsyne, page 785)

"De 1957 à la guerre des six jours de 1967, le mouvement sioniste en URSS ne fit que prendre de l'ampleur. Les contacts entre les Juifs soviétiques et l'ambassade d'Israël se firent de plus en plus fréquents et moins risqués. Le samizdat juif [littérature dissidente clandestine] prit rapidement de l'importance..." (Soljenitsyne, page 797)


Le soutien de Staline aux Juifs sionistes et à leur nettoyage ethnique de la Palestine

Pendant des décennies, l'URSS a entretenu un parti communiste israélien, en principe ouvert à tous sans distinction d'origine, mais ayant en réalité à sa tête des sionistes "modérés" dont le rôle consistait à encadrer solidement la masse des "travailleurs arabes". Ce parti existe toujours, sous un autre nom, et sa politique est la même : veiller à ce que les Palestiniens restent soumis - détails.

De toute évidence, les communistes russes n'ont pas lu ce que Karl Marx, Juif allemand émancipé et assimilé, écrivait en 1843 sur la question juive, et s'ils l'ont lu, ils n'en ont pas tenu compte.

Il y a eu toutefois des exceptions, comme en témoigne cette brochure officielle de 1972 : L'anticommunisme, profession des sionistes (pdf - 12 mo - 98 pages). Un texte passé inaperçu à l'époque mais tout à fait révélateur, dans lequel les imposteurs sionistes en prennent pour leur grade. Jamais aucun parti communiste occidental ne s'est exprimé ainsi :

■  Les "élites" juives ont été les premières à enfermer les Juifs dans les ghettos, et quand les murs de ces ghettos se sont écroulés, elles ont créé le sionisme pour les remplacer.

■  A l'intérieur du mouvement ouvrier, les sionistes ont toujours érigé des organisations parallèles purement juives allant à l'encontre de l'internationalisme général.

■  Pendant la révolution russe, la riche bourgeoisie juive s'est alliée aux contre-révolutionnaires massacreurs de Juifs (Pétlioura, gardes blancs) ; en Ukraine, Jabotinski, le père du fascisme juif, a aidé Pétlioura à organiser des pogroms dirigés contre les Juifs pauvres.

■  Plus tard, pour attirer des "pigeons" juifs en Palestine, on leur a fait miroiter la promesse d'y édifier un "Etat juif socialiste" [aussi aberrant qu'un "Etat juif démocratique" - on remarquera au passage que les sionistes ratissent large : de l'extrême droite à l'extrême gauche, tout y passe].

■  "Si les sionistes ont eu besoin de la théorie totalement inconsistante du point de vue scientifique de la 'nation juive mondiale', c'est surtout pour établir le contrôle de la grande bourgeoisie juive (Rothschild, Loeb, Kuhn, Guinsbourg et autres) sur les masses des travailleurs juifs. Et cela non pas dans un pays isolé mais dans le monde entier. En même temps les sionistes agissent sur la population non-juive des pays capitalistes. Se couvrant de l'habit des 'interprètes des intérêts de tous les Juifs', ils mobilisent l'opinion publique en leur faveur, spéculent sur les souffrances que les pogroms ont infligées aux Juifs pauvres, cherchant soutien et sympathie auprès de gens fort éloignés du sionisme."

■  "Le pacte avec le diable : dans les années 1930, ayant senti que le fascisme était une force, les sionistes s'empressèrent de s'assurer de l'appui de ses leaders... Avec l'approbation des autorités nazies, on installa près de Berlin et d'autres villes importantes d'Allemagne, des 'camps de rééducation' spéciaux où les jeunes Juifs étaient préparés au travail dans les kibboutz."  [Un camp d'entraînement a existé jusqu'en 1938 à Groß-Breesen, près de Guben, à une centaine de kilomètres au sud-est de Berlin.]

■  Comment les organisations sionistes ont collaboré avec les nazis, l'objectif n'étant pas de sauver les Juifs persécutés, mais de tout faire pour promouvoir l'émigration vers la Palestine et, bien entendu, l'affaiblissement de l'ennemi commun : l'URSS.  [Voir aussi Fascisme juif.]

Toutes ces évidences ont été plus ou moins oubliées, refoulées, après 1945. Si le régime soviétique en avait tenu compte, s'il avait empêché la création de l'Etat d'Israël au lieu de l'approuver à l'ONU, l'histoire du monde aurait sans aucun doute évolué différemment. Mais bien entendu, la brochure soviétique ne mentionne pas ce genre de choses...

Staline a fait preuve de mansuétude vis-à-vis du fléau sioniste, c'est incontestable, mais il est mort en 1953 ; ses successeurs portent une responsabilité plus grande encore.

Retour à la brochure et à ses "révélations" concernant les années 1945-1972, notamment :

■  sur le rôle des sionistes pendant la guerre froide (aux Etats-Unis et, en Europe, à la tête de l'Internationale socialiste et du mouvement gauchiste).

■  sur les efforts sionistes en vue de la destruction [future, presque annoncée] de l'URSS et du camp communiste. Programme de 1967 : "Israël doit jouer le rôle d'une écharde dans le corps du mouvement communiste, autour de laquelle se formera peu à peu un abcès."

■  sur le soi-disant "Printemps" de Prague de 1968 : "Une grande influence fut exercée par les forces qui opéraient énergiquement à partir des positions du sionisme. Le centre sioniste en Tchécoslovaquie (Kriegel, Pelikan, Lustig, Goldstücker, Liehm, Loebl, Winter et plusieurs autres) était activement soutenu de l'étranger... Les sionistes s'étaient emparés de postes dirigeants dans les moyens d'information de masse de Tchécoslovaquie et, à l'aide de ce puissant levier d'action sur l'opinion, se livraient à une furieuse propagande contre le parti communiste et l'Union Soviétique... Les mass media avaient fait de l'attitude envers les Juifs et Israël une sorte de critère principal de progressisme de la politique d'après janvier [1968]. Le sioniste Goldstücker et sa camarilla 'd'intellectuels' se servaient tant qu'ils pouvaient de l'épouvantail de l'antisémitisme pour combattre le parti communiste..."

■  sur la Ligue de "défense" juive - "les S.A. en chemises bleues", anciens massacreurs de Deir-Yassine...

■  sur les campagnes antisoviétiques du début des années 1970, axées comme il se doit sur "l'antisémitisme" en URSS.


C'est à la lumière de ce texte de 1972 qu'il faut voir ce qui suivra en 1989-90...


Russes errants sans terre promise  (vidéo d'une heure).  L'historienne française Marion Sigaut décrit la situation dramatique des émigrants russes tombés dans le piège israélien en 1991. Pour coloniser la "terre sans peuple" volée aux Palestiniens, les sionistes n'ont pas hésité à créer artificiellement une "vague d'antisémitisme" en Russie. Une fois sur place, les nouveaux arrivants déçus n'avaient pratiquement aucune possibilité de repartir, et s'ils y parvenaient, certains Etats européens (comme les Pays-Bas) s'empressaient de les renvoyer en Israël. Un Arménien pouvait obtenir l'asile en Europe, un Juif était réexpédié en "Terre promise" où il devait faire face au racisme, à la perversion et à la cupidité de ses "compatriotes". Le seul choix était bien souvent : les colonies... ou la prostitution.


Alors, finalement : coupables ou victimes ?

Pour en revenir au point de départ (voir plus haut), l'impression qui se dégage à la lecture du livre de Soljenitsyne, c'est qu'il est indéniable que de très nombreux Juifs ont apporté leur contribution à la révolution bolchevique. Mais cela ne suffit pas pour affirmer que cette révolution a été leur œuvre en tant que groupe. Contrairement à ce que nous voyons aujourd'hui dans les pays occidentaux, les Juifs de Russie ont également été, assez souvent, du côté des victimes - ce qui n'aurait pas été le cas s'ils avaient vraiment maîtrisé la situation comme on le prétend parfois. A la limite, on pourrait affirmer que les communistes non-juifs (Lénine, Staline, etc.) ont habilement utilisé les compétences (bonnes ou mauvaises) de leurs "camarades" juifs, sans qu'il ait été nécessaire de les "forcer".

En fait, la révolution aurait eu lieu en Russie même s'il n'y avait pas eu de Juifs - comme la révolution chinoise ou la révolution française, qui ne doivent rien ni l'une ni l'autre au "peuple élu". Si les Juifs ont joué un rôle important* dans la révolution russe, c'est pour la simple raison qu'ils étaient proportionnellement nombreux là où elle s'est faite : dans les grandes centres urbains.

* Si l'on prend les trois principaux acteurs de la révolution bolchevique (Lénine, Trotski, Staline), on constate que seul Trotski était juif. Staline ne l'était pas du tout (racines géorgiennes et ossètes). Quant à Lénine, il l'était "à 25 %". Soljenitsyne écrit à ce sujet dans Deux siècles ensemble (page 502) : "Lénine était un métis issu de races différentes : son grand-père paternel, Nikolaï Vassiliévitch, était de sang kalmouk et tchouvache ; sa grand-mère, Anna Alekséievna Smirnova, était une Kalmouke ; son autre grand-père, Israël (Alexandre de son nom de baptême) Davidovitch Blank, était juif ; son autre grand-mère, Anna Iohannovna (Ivanovna) Groschopf, était la fille d'un Allemand et d'une Suédoise, Anna Beata Estedt..."  [Dans les milieux d'extrême droite, on invoque parfois ce quart de "sang juif" et ce huitième de "sang allemand" pour "expliquer" que Lénine était "au service du judaïsme international et de l'Allemagne impériale".]

Karl Marx, l'inspirateur de la révolution russe, avait des origines juives, ce qui est parfois avancé comme argument pour démontrer le "caractère juif" de toute l'entreprise. En réalité, Marx n'etait pas seulement athée, il s'était aussi radicalement libéré de l'idéologie juive - voir plus haut.


La responsabilité collective, que les "élites" sionistes imposent aux autres peuples (aux Allemands notamment), est un concept qu'elles rejettent avec horreur quand il s'agit de "leur" peuple. C'est en principe une bonne chose, à condition de l'appliquer pareillement à tout le monde, ce qui n'est évidemment pas le cas. Si de nombreux Juifs soviétiques sont individuellement responsables d'avoir soutenu la révolution bolchevique, au même titre que les ressortissants de divers groupes nationaux (Soljenitsyne parle souvent des Lettons), d'autres Juifs soviétiques (parfois les mêmes) ont efficacement contribué à la lente déconstruction du système intervenue à partir de 1942 (affaire du CAJ - voir plus haut). Mais ça, bien sûr, personne ne le dit. Et c'est bien dommage, car on a là non seulement une des causes de la chute de l'URSS, mais aussi une explication de la politique russe post-soviétique. Comment Poutine pourrait-il résister au lobby tout-puissant, alors que Staline lui-même n'a pas su - ou pas pu - résister au lobby naissant ?...

Quant à l'autre aspect de la question, "l'antisémitisme stalinien" (ou post-stalinien) dont auraient été victimes les Juifs soviétiques, on peut dire qu'il est à peu près aussi réel et consistant que celui dont nous sommes témoins quotidiennement depuis que la mafia sioniste est devenue omnipotente. La seule différence, c'est que de nos jours, la moindre bagatelle (la moindre quenelle) entre dans cette catégorie, alors que sous Staline, quand un Juif était touché par les purges (pour des motifs politiques, au même titre que n'importe quel goy), les dégâts étaient bien réels. Mais le principe, qui consiste à tout ramener à sa propre souffrance communautaire - vraie ou fantasmée - est le même...

L'accusation abusive d'antisémitisme est aujourd'hui une arme de destruction massive privilégiée des sionistes totalitaires qui l'utilisent toujours et partout. C'est contre l'URSS d'après-guerre qu'elle a été testée pour la première fois.

Voir également plus bas ce qu'en dit Israël Shamir.


L'URSS et les trotskistes

Léon Trotski a joué dès le début un rôle éminent dans la révolution bolchevique d'octobre 1917. Il est le fondateur et commandant en chef de l'Armée rouge. Sans lui, la victoire communiste sur les troupes contre-révolutionnaires et les forces d'intervention occidentales aurait été plus difficile (voir chronologie - 1919-21).

Son opposition à Staline à partir de 1924 (mort de Lénine) ne signifie pas qu'il réprouvait les méthodes plus tard qualifiées de staliniennes. Au contraire, Trotski les a appliquées lui-même plus d'une fois (y compris contre la dissidence de gauche, anarchiste ou social-révolutionnaire - voir cet article de Wikipédia). Il était un ardent défenseur du "communisme de guerre" pur et dur*, et n'a pas hésité à associer les termes terrorisme et communisme. En fait, Trotski ne s'opposait aux méthodes "staliniennes" que lorsqu'elles étaient dirigées contre lui-même ou ses partisans. S'il avait réussi à vaincre politiquement Staline, rien ne dit que les choses auraient évolué différemment en Russie. Il est même probable qu'on parlerait aujourd'hui avec horreur de "méthodes trotskistes". Si ce n'est pas le cas, c'est bien parce que l'idéologie qui porte son nom a infecté les médias occidentaux (voir plus bas).

* Dans son livre Deux siècles ensemble (voir plus haut), Alexandre Soljenitsyne écrit que pendant la guerre civile de 1919, il arrivait à Trotski de "donner l'ordre de fusiller un soldat sur dix dans les détachements de l'Armée rouge susceptibles de flancher", lesquels détachements étaient parfois recrutés de force (page 540).

Expulsé d'URSS en 1929, exilé en Turquie, puis en France, en Norvège et au Mexique, Trotski est assassiné dans ce pays en 1940, sur ordre de Staline. L'Occident n'a jamais mis beaucoup d'empressement à le soutenir contre son rival. Pour la plupart des politiciens, un communiste est un communiste, quelle que soit la chapelle dont il se réclame. Quant aux partisans occidentaux de la révolution, ils jouent la carte de l'efficacité. Soutenir Staline est efficace, soutenir Trotski ne l'est pas - avec peut-être la parenthèse de la guerre d'Espagne de 1936-39 (affrontements internes entre communistes fidèles à Moscou et trotskistes) et du pacte germano-soviétique de 1939 (voir la chronologie). Mais tout "rentre dans l'ordre" après 1941, quand l'Occident et l'URSS s'allient contre l'Allemagne nazie. Le processus est facilité par le fait que Trotski n'a pas de successeur digne de lui. D'ailleurs, les trotskistes eux-mêmes ne souhaitent pas la défaite de l'URSS, ils veulent seulement - pour plus tard - un changement de cap dans le cadre de la révolution.

Ce n'est qu'après 1945 et l'éclatement de la guerre froide, que l'Occident reconnaît l'avantage du phénomène trotskiste pour nuire à l'URSS. Les trotskistes vont d'ailleurs profiter de la "chasse aux sorcières" qui s'instaure aux Etats-Unis, et recruter d'anciens amis de Moscou soucieux de prouver qu'ils ont toujours été "contre Staline". Le mot "stalinien" est devenu l'insulte suprême, le mot "trotskiste" évoque l'esprit de résistance.

Le FBI noyaute à tour de bras ces milieux "post-communistes" désormais furieusement antisoviétiques. A partir de là, ce qui n'était que concurrence en vue de prendre le pouvoir à Moscou et ailleurs (guerre d'Espagne), devient une lutte contre l'URSS et pour la soumission du mouvement ouvrier international aux exigences - plus ou moins discrètes - du camp américain. On ne cherche plus à "réformer le communisme stalinien", on veut le détruire. Mais ce n'est qu'en 1989 qu'on comprendra le vrai programme du trotskisme.

Comme les Juifs sont massivement surreprésentés dans les cercles dirigeants trotskistes, ils ne tardent pas à jeter par-dessus bord le principe énoncé jadis par Léon Trotski (voir plus haut) : ils deviennent ouvertement sionistes. C'est ainsi que vont apparaître les "néo-cons" aux Etats-Unis. Dans ce pays, où les séquelles des "années rouges" de l'ère Roosevelt sont surmontées depuis longtemps, on n'a aucune raison de camoufler une idéologie franchement réactionnaire. En France, où le fait d'appartenir à "la gauche" revêt encore un caractère positif, on voit naître des groupuscules comme la LCR ("communiste et révolutionnaire"). Mais qu'ils soient gauchistes ou "néo-conservateurs", ces gens servent finalement la même cause - et le yiddish pourrait être leur "langue de travail".

Bien sûr, les trotskistes du 21ème siècle nient qu'il en soit ainsi, comme le montre cet exemple de 2003 : Les racines historiques du néoconservatisme : une réplique à une attaque diffamatoire  par Bill Vann (wsws). Examinant le cas de deux ex-trotskistes devenus néo-cons, Max Shachtman et Irving Kristol [juifs l'un et l'autre], l'auteur dit que le premier est un renégat et que le second n'a été que peu de temps trotskiste. Et alors ?... Et les autres, notamment Norman Podhoretz, Martin Diamond, David Horowitz, Michael Ledeen [tous juifs eux aussi] ?...  Personne ne prétend que tous les trotskistes (y compris ceux de wsws) sont des néo-cons, et encore moins que Léon Trotski lui-même serait le fondateur de cette secte criminelle. Personne ne nie non plus que le néo-conservatisme a aussi d'autres sources d'inspiration...

Quoi qu'il en soit, on peut dire que l'action militante trotskiste (ou d'inspiration trotskiste) prend en gros trois formes :

■  à un très haut niveau, influence directe des néo-cons sur la politique de l'administration américaine ;

■  au niveau des médias, amplification du sentiment antisoviétique, surtout au sein de la gauche des pays européens ;

■  après 1968, activités en direction de l'URSS et des autres pays de l'Est, pas nécessairement sur place, où la chose est trop risquée (ce n'est plus le "Printemps" de Prague - voir plus haut), mais par le biais d'intermédiaires bien choisis parmi les voyageurs occidentaux se rendant à l'Est et les citoyens de l'Est voyageant en Occident - voir plus haut). Dans les années 1980, avec l'effervescence syndicale en Pologne et l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, il y a déjà moins de précautions à prendre.

En 1989, les trotskistes sont présents sur tous les "fronts", passent du matériel en contrebande, distribuent des tracts, se lancent dans l'agitation verbale, bien souvent en anglais, une nécessité quand on ne maîtrise pas la langue du pays à "réformer". A Berlin-Est, au moment de la chute du Mur, ils sont aux premières lignes - mais là, on n'a déjà plus besoin d'eux. La population s'intéresse moins à leur dernière brochure de propagande qu'au nouveau catalogue de Volkswagen. La CIA, elle, profite du chaos général pour récupérer certains dossiers de la Stasi (Opération Rosenholz). Personne n'a l'intention de s'opposer au rétablissement du système capitaliste dans cette partie du monde, les trotskistes moins que quiconque...


En France, prenant pour exemple l'arnaque Mélenchon (vidéo 14 mn), le sociologue Alain Soral explique comment le PCF a été phagocyté par les trotskistes francs-maçons, qui sont également sionistes même quand ils ne sont pas juifs. Jean-Luc Mélenchon vient de l'OCI (Organisation communiste internationaliste), un groupuscule trotskiste issu du mouvement dit "lambertiste". Le mot vient de "Lambert", pseudonyme du fondateur Pierre Boussel (d'origine russe ashkénaze). Les lambertistes étaient associés au Socialist Workers Party - SWP américain (la CIA n'était pas loin - voir la photo un peu plus bas) et militaient au syndicat FO (créé par les services américains en 1947 pour affaiblir la CGT proche du PCF).

Comme le souligne Soral : les trotskistes ont toujours été financés par les Américains contre l'URSS (et pour Israël) ; le PCF n'était pas noyauté par la franc-maçonnerie (voir plus bas) ; il avait une forte base ouvrière ; chez les trotskistes, par contre, il n'y a jamais eu un seul ouvrier ; ce que les trotskistes appellent le "stalinisme", c'était finalement le communisme avec des ouvriers...



LE TROTSKISME, OUTIL DES SERVICES AMÉRICAINS :



illustrations tirées d'une brochure* du Cercle Henri Barbusse :
Le trotskisme, une division du travail dans le travail de division
- juin 2012, 36 pages -

* Contenu intéressant dans l'ensemble, quoique lourdement sectaire par endroits,
et parfois même franchement débile (par exemple, page 21, le texte sur Alain Soral).


(On sait qu'après 1989, le NED a poursuivi ses activités subversives
en se consacrant aux "révolutions colorées" et aux "printemps arabes".
Les trotskistes ont toujours été de la partie - voir pages 30-32 de la brochure.)

Pour comprendre le rôle joué globalement par le trotskisme, il suffit de considérer les prises de position et les actes de ce mouvement depuis 1989 (aide à la restauration du capitalisme au niveau mondial, soutien actif aux innombrables guerres américano-sionistes, destruction des bases de la société), et de se demander ensuite ce qu'auraient dit ou fait, dans la même situation, les anciens partis communistes aujourd'hui disparus.

A posteriori, force est de constater, comme le dit la brochure du Cercle Barbusse :

"Il existe une multitude de groupes trotskistes en France et dans le monde qui, au moins en apparence, s'opposent les uns aux autres, s'accusent mutuellement de trahison, se déchirent sur des positions contradictoires. Pas un pourtant ne peut revendiquer la moindre paternité dans les conquêtes révolutionnaires qui ont jalonné le vingtième siècle. Pas un seul n'a bénéficié d'un véritable soutien de masse, contrairement aux partis communistes du monde entier à la même époque."

"On serait donc tenté d'affirmer que le trotskisme, comme courant politique se réclamant de la révolution mondiale, présente un bilan nul. Et personne ne s'étonnera, au passage, du fait qu'il soit resté si marginal tout au long du siècle dernier."

"Mais alors pourquoi a-t-il survécu ?..."

"Le trotskisme ne s'est pas consolidé grâce à des gloires révolutionnaires, mais bien au contraire parce qu'il a servi la bourgeoisie impérialiste dans sa lutte contre l'Union Soviétique et l'ensemble du camp socialiste."

"Le bilan du trotskisme n'est pas nul, au contraire. On peut même affirmer que, s'il n'en a évidemment pas été la cause, il a au moins contribué, directement et indirectement, à l'effondrement du camp socialiste en 1990-91 et à la régression sociale généralisée dans les ex-pays socialistes mais aussi en France et dans les autres pays capitalistes. Comme théorie révolutionnaire, le trotskisme est donc stérile et inoffensif. Comme pratique contre-révolutionnaire, il a au contraire fait ses preuves tout au long du vingtième siècle."



Et au 21ème siècle, le trotskisme se présente ainsi :

Sionisme + pédérastie = "valeurs de gauche"
(Antifa ne signifiant pas antifasciste mais antifamille)


Notre bon vieux temps  par Israël Shamir. Ce journaliste juif (né en URSS en 1947, dissident, émigré en Israël en 1969, guéri du sionisme dans les années 1990, converti au christianisme orthodoxe - et bien sûr "abominable antisémite") écrit des choses très pertinentes sur la Russie, les Juifs et le trotskisme, et il est bien placé pour en parler (texte de 2004).

Quelques extraits :

"Comment a-t-on pu restaurer le capitalisme, sans même en passer par une guerre civile ?... Il faut reconnaître cette triste vérité : l'esprit des gens est susceptible d'être manipulé. Beaucoup d'hommes et de femmes sont prêts à agir à l'encontre de leurs propres intérêts bien sentis si on parvient à les convaincre que « c'est ce qui est juste ». J'en ai été témoin, récemment, dans un kibboutz israélien, une entreprise riche, stable, prospère. La part moyenne individuelle du capital détenu, dans cette copropriété, était proche du million de dollars. Ils se sont laissés prendre à l'arnaque de la privatisation et du « chacun pour soi », et ils sont tombés dans l'indigence. Aujourd'hui, beaucoup de membres des kibboutz, naguère millionnaires, survivent en glanant dans les champs. Leur vaste propriété est échue aux mains de quelques familles haut placées."

"J'ai demandé à ces kibboutzniks : « La privatisation ne vous pas été imposée. Vous l'avez acceptée, vous l'avez votée : pourquoi donc avez-vous levé la main, pour approuver un schéma qui ne pouvait que vous ruiner ? »  - « On nous a dit que c'était une solution plus progressiste », m'ont-ils répondu."

"Cela ayant marché avec quelques milliers de kibboutzniks israéliens, prospères et bien formés, combien avait-il été encore plus facile de convaincre des millions de Russes innocents que « la propriété de l'Etat était contraire au développement économique » - idée largement répandue par un million de haut-parleurs, diffusant à partir de l'Occident. Les trotskos ont joué un rôle prééminent dans la guerre idéologique : ils y allèrent allègrement de leurs citations de Marx, convainquant les Russes du fait que ce qu'ils avaient n'était, de toute manière, ni le socialisme, ni le communisme, mais « la dictature de la nomenklatura »..."

"En Russie, le communisme a perdu la guerre froide, de la même manière qu'il a perdu la guerre du discours... L'anticommunisme est devenu partie intégrante de tout mouvement politique ou philosophique, tant en Europe qu'en Amérique du Nord. Nos amis trotskistes formèrent l'aile gauche du front anticommuniste... La campagne antistalinienne fut une arme idéologique extrêmement puissante dans la guerre pour la maîtrise du discours... En regardant en arrière, nous comprenons que la plus grande part des philippiques des gauchistes occidentaux contre Staline et contre l'URSS ne tenaient pas debout... Pratiquement, toute assertion « antistalinienne » et antisoviétique peut être contredite..."

[C'est un dissident soviétique qui dit cela...  Et Shamir cite de nombreux contre-exemples : l'univers carcéral et concentrationnaire aux Etats-Unis et en Israël, les exactions colonialistes occidentales, les guerres américaines passées et présentes, les interventions ouvertes ou occultes des USA, les coups de force américains un peu partout dans le monde, etc...]

"Les troupes soviétiques avaient fait échouer des tentatives de coup d'Etat en Hongrie, en Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie. La gauche l'a déploré, on le sait. Mais, à la même époque, les Américains écrasaient les insurrections pro-communistes en Grèce et en Malaisie, au Nicaragua et à Cuba, en Indonésie et au Cambodge.* Mea culpa : je dois reconnaître qu'en ma qualité de jeune dissident soviétique, j'ai soutenu le Printemps de Prague au moment où il s'épanouissait. Mais aujourd'hui, je regrette que les Soviétiques n'aient pas osé faire Tiananmen à Moscou, ni arrêter les « putschistes de velours » pro-américains, dans les années 1990..."

[* Petite précision : il n'y a pas eu d'insurrection communiste en Indonésie, même si la CIA invoqua ce prétexte pour justifier son putsch de 1965 et les massacres qui suivirent. A Cuba (en 1961) la révolution n'a pas été écrasée ; c'est la tentative américaine de débarquement dans la Baie des Cochons qui l'a été. Mais on comprend ce que Shamir veut dire. La liste des agressions américaines est d'ailleurs bien plus longue.]

"La question juive a joué un rôle important dans la montée du communisme russe, puis dans son effondrement. La gauche occidentale avait des liens très forts avec des Juifs. Certains de ceux-ci étaient contaminés par le nationalisme juif, et ils trempèrent leur plume dans le vitriol pour discréditer le communisme, quand ils sentirent que le communisme russe finirait par devenir essentiellement russe. Afin de justifier leur trahison, ils disséminèrent le mensonge éhonté de l'« antisémitisme russe »..."

"Cette version trafiquée de l'histoire est diffusée par l'écrivain trotskiste Alan Woods... Pour Woods, c'est très simple : les Juifs sont toujours innocents. Qu'ils aient été impliqués dans les excès de la Sécurité d'Etat ou qu'ils aient encouragé la déportation de masse des Tatars de Crimée, qu'ils aient eu des tendances sionistes ou qu'ils se soient carrément alliés aux Etats-Unis : ils sont intouchables..."

"Les Juifs étaient-ils persécutés, en tant que groupe ethnique, sous Staline ? Bien sûr que non... La Russie de Staline traitait les Juifs en égaux. Non en êtres supérieurs, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Si le nationalisme juif était traité, en Angleterre et aux Etats-Unis, comme il l'était à Moscou, à l'époque de Staline, les citoyens de Bagdad, de Téhéran et de Ramallah pourraient dormir tranquilles..."

Le trotskiste britannique (juif) Alan Woods, auquel se réfère Shamir dans son article, est un aventurier cosmopolite qui fera parler de lui plus tard à propos de la révolution bolivarienne au Venezuela (voir plus haut la brochure du Cercle Barbusse, pages 9 et 28). Une spécialité des trotskistes consiste en effet à pratiquer "l'entrisme", c'est-à-dire le noyautage d'un parti ou d'un mouvement existant afin de le dévoyer en leur faveur ou, plus simplement, de le faire capoter. Et quand cela arrive, les sionistes sont bien entendu au cœur du processus.


L'URSS et les francs-maçons

Ou plutôt : "Le communisme et les francs-maçons", car cette idéologie est essentiellement occidentale. Dans la mesure où elle a eu des répercussions sur le mouvement communiste, c'est moins en Union Soviétique qu'en Europe de l'Ouest.

Fondée au 17ème siècle en Grande-Bretagne, puis exportée dans toute l'Europe (et en Amérique du Nord), la franc-maçonnerie était à l'origine un outil clandestin par lequel la riche bourgeoisie "montante" luttait contre le pouvoir politique de l'aristocratie, classe dominante de l'époque. Dans un contexte d'absolutisme, il fallait évidemment se cacher pour agir. Ce qui a parfaitement réussi, d'abord dans ce qui deviendra les Etats-Unis, puis en France, avec la révolution de 1789.

Si les francs-maçons n'ont pas abandonné leur clandestinité une fois arrivés au pouvoir, c'est que leur agenda, sous prétexte d'apporter les "Lumières" et les "Droits de l'homme", avait en fait pour but de ne pas mener la révolution à son terme. C'est-à-dire d'empêcher qu'elle ne prenne un caractère social et n'abolisse les privilèges conférés par la fortune comme elle avait aboli ceux conférés par "le sang".

C'est pourquoi les communistes, notamment le PCF, ne toléraient aucune taupe franc-maçonne dans leurs rangs. Aujourd'hui, où il n'y a plus de communistes organisés, la franc-maçonnerie s'insinue partout. Inutile de préciser qu'elle est hautement compatible tant avec le sionisme qu'avec le trotskisme.











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