FAHRENHEIT 911

- un film de Michael Moore -


(2004)





Fahrenheit 451, roman de l'auteur américain Ray Bradbury, publié en 1953 et popularisé par le film de François Truffaut en 1966, dépeint un régime totalitaire fondé sur l'abrutissement télévisuel complet de la population et l'interdiction pure et simple de toute forme d'écriture, à commencer par la plus subversive : le livre. Dans cette société "future", les pompiers ont pour tâche de protéger la sécurité intérieure, de traquer les terroristes du mot imprimé, de confisquer les livres détenus illégalement et de les détruire par le feu pour préserver l'humanité d'une redoutable menace. 451 degrés Fahrenheit (233 Celsius), c'est la température à laquelle s'enflamme le papier.

Un demi-siècle plus tard, le cinéaste Michael Moore réalise son film Fahrenheit 911. Il choisit ce titre sans contacter Ray Bradbury au préalable, sans solliciter son consentement, sans l'informer de ses projets. Moore aurait pu, ne serait-ce que par courtoisie, expliquer l'origine du titre, rendre hommage à son inspirateur ; il néglige de le faire. Heureusement que Bradbury, à 83 ans, n'attache pas trop d'importance à ce genre de détails...  911 Fahrenheit (pour nous : 119), c'est la température à laquelle la liberté part en fumée.


Près de trois ans après les attentats terroristes, alors que les médias ne cessent de pratiquer la désinformation, il est agréable d'entendre une opinion divergente s'exprimer à haute et intelligible voix et non plus dans la semi-clandestinité du réseau Internet.

Moore est maintenant un homme très écouté, et les quinze millions d'Américains qui ont vu son nouveau film en l'espace de six semaines sont là pour prouver que la soif d'information est largement inassouvie dans ce pays qui prétend sans vergogne être celui de la "liberté". Si Michael Moore est plus populaire encore en Europe, n'oublions pas que la Palme d'or du Festival de Cannes 2004 lui a été attribuée, en fait, par un jury majoritairement américain.


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Le film Fahrenheit 911 s'articule autour de quatre thèmes principaux :


1 - La fraude

Le premier thème, déjà largement évoqué dans le livre Stupid White Men (stupidement traduit en français par Mike contre-attaque), est celui de la fraude électorale de novembre 2000. Moore nous présente dans son film quelques images impressionnantes et inédites de la manifestion populaire ayant accompagné l'entrée en fonction du nouveau "président". Mais la scène la plus forte est, sans conteste, celle où nous voyons le véritable vainqueur de l'élection présidentielle, Al Gore (vice-président sous Clinton et, à ce titre, président du Sénat), se jeter dans la bataille...  pour empêcher ses partisans (des députés noirs) de dénoncer la fraude qui vient de lui coûter la Maison Blanche. Cet épisode, passé sous silence par la totalité des médias, illustre à merveille l'hypocrisie, la lâcheté, la corruption et les magouilles politiques que la propagande américaine ose nous vendre sous le nom de "démocratie".

(Pour plus de détails sur ce coup de force électoral, voir notre page sur le complot préparé de longue date.)


2 - Le crétin

C'est là aussi un sujet présent dans Stupid White Men. Tout (ou presque) a été dit sur la question. Michael Moore a néanmoins déniché quelques documents exclusifs et présente un bon résumé de la situation.

Les images de l'école de Sarasota (Floride), bien que déjà partiellement diffusées à la télévision, sont saisissantes. Elles montrent la réaction (ou plutôt le manque de réaction) du "commandant en chef" après qu'un des hommes de sa suite soit venu lui annoncer le double attentat de New York.

On se demande comment des journalistes qui, avant le 11 septembre, savaient à quoi s'en tenir quant au niveau mental de GWB, ont pu s'abaisser, après cette date, à faire comme si de rien n'était, à jouer le jeu au nom d'une prétendue raison d'Etat.  Le plus étonnant est que ces gens reprochent maintenant à Michael Moore son "manque d'objectivité", son "penchant pour l'exagération" et les "effets faciles"...

(Voir ici pour plus de détails sur le profil "intellectuel" de George Bush et sur son emploi du temps du 11 septembre.)


3 - La complicité

Un autre thème traité par Michael Moore concerne la collusion entre les familles Bush et Ben Laden, l'implication des capitaux saoudiens dans l'économie américaine et la mansuétude des autorités de Washington vis-à-vis des riches Saoudiens au lendemain du 11 septembre. Aussi pertinente et documentée que soit cette partie du film, elle repose malheureusement sur une supposition fausse au départ : celle de la culpabilité de terroristes arabes. En fait, Michael Moore apporte de l'eau au moulin des adeptes de la théorie du complot islamiste. C'est là le véritable point faible de Fahrenheit 911. En reprenant à son compte la fable de "l'Amérique attaquée par des extrémistes musulmans", le réalisateur désamorce lui-même le dispositif qu'il a mis en place par ailleurs pour démasquer le régime de l'imposteur texan. Tout cela est bien dommage...

Contrairement aux apparences, Michael Moore est finalement moins un pamphlétaire politique qu'un observateur honnête révolté par certaines formes d'injustice ; il est plus spontané que réfléchi. Cela n'enlève rien à son mérite, mais restreint néanmoins son efficacité et ouvre la porte à toutes les tentatives de récupération, dès lors que quelqu'un s'oppose, comme lui, au "président" en exercice. Ainsi, après avoir soutenu la candidature de l'ancien général Wesley Clark (le criminel de guerre responsable du bombardement de la Yougoslavie en 1999), Moore appuie John Kerry (un criminel en puissance qui ne cache pas ses intentions).

Depuis quatre ans, Michael Moore a le regard fixé sur l'arbuste (en anglais : bush) et ne voit pas la forêt qui se cache derrière. Il ne comprend pas que si les princes et oligarques saoudiens n'ont pas été inquiétés après le 11 septembre, c'est qu'ils n'avaient strictement rien à voir avec les attentats terroristes. Et que les responsables de Washington étaient bien placés pour le savoir, puisqu'ils étaient eux-mêmes engagés dans le complot.

Le film de Michael Moore aurait-il vu le jour si son auteur avait reconnu et nommé les vrais coupables ?  On peut en douter...  Il est permis, aux Etats-Unis, d'égratigner un président (ou même pire, s'il s'agit de Bill Clinton) ; il n'est pas permis, par contre, d'aller au fond des choses, de dénoncer l'ensemble du système, d'appeler à un changement radical. Comme nous l'enseigne Hollywood, les aberrations politiques, militaires, judiciaires ou économiques sont toujours le fait d'individus isolés qui utilisent à leur profit certaines failles du système. A la fin, le coupable est toujours puni, et l'effacité des mécanismes de contrôle confirmée. Michael Moore, bien qu'étranger aux circuits hollywoodiens, est convaincu de la justesse de ce principe - et avec lui la plupart des Américains.

Les circonstances dans lesquelles Fahrenheit 911 a vu le jour sont d'ailleurs assez troublantes. Michael Moore (faute de moyens financiers suffisants ?) a confié la production de son film à Miramax, une filiale de Disney. Nul n'ignore le rôle et l'influence de ce groupe au sein de l'establishment culturel et politique. Si Disney a permis à Moore de réaliser son documentaire anti-Bush, c'est que les véritables détenteurs du pouvoir (ceux qui mènent la danse depuis quatre ans) étaient parfaitement d'accord et y trouvaient leur compte. A-t-on voulu, de cette façon, préparer l'après-Bush et la relance de la guerre permanente avec un nouveau président, plus "efficace" que l'idiot texan ?...

Le refus de Disney de distribuer le film en Amérique du Nord après l'avoir produit, relève assez du gag publicitaire, d'autant plus que ce sont finalement les dirigeants de Miramax qui assurent cette distribution (pour ainsi dire à titre privé). Ce "scandale" arrangé en marge du Festival de Cannes a permis une promotion gratuite de Fahrenheit 911.

Si tout cela a été possible, c'est tout simplement parce qu'on l'a voulu "en haut lieu". Si Moore n'avait pas dénoncé les Saoudiens (ces bad guys préférés des néo-cons sionistes), le film ne serait jamais sorti et "Mike" aurait eu un accident avant d'avoir pu "contre-attaquer"...


4 - La guerre

Fahrenheit 911 est un film contre la guerre américaine en Irak. C'est même le seul de cette catégorie, exception faite, peut-être, d'oeuvres confidentielles ne touchant que quelques centaines d'initiés.

C'est probablement la première fois que le public américain, abruti et désinformé par les incessants mensonges officiels à la Fox News* et CNN, voit en images le résultat de l'action de ses troupes sur la population civile irakienne. C'est la première fois, également, que des soldats US s'expriment librement sur les écrans de leur pays, que ce soit pour révéler leur propre perversité ou pour exprimer leur dégoût. C'est la première fois que quelqu'un dévoile sans ambages le rapport existant entre les horreurs de la guerre et les gigantesques bénéfices de quelques profiteurs. C'est la première fois qu'est dénoncée, devant des dizaines de millions de spectateurs, l'hypocrisie de députés et sénateurs qui votent la guerre sans y envoyer leurs enfants, et qui adoptent des textes liberticides qu'ils n'ont même pas lus. On est tellement habitué aux prestations débiles et uniformisées de pseudo-journalistes cireurs de bottes, qu'on reste presque bouche bée en entendant Michael Moore proclamer enfin une petite partie de la vérité.

* prononcer : Fausses News

Bien sûr, il ne faut pas se faire d'illusions sur l'impact réel de Fahrenheit 911. Ce n'est guère qu'une goutte d'eau dans l'océan de l'intox quotidienne. Mais cette goutte d'eau existe, et elle nous fait redécouvrir l'importance de l'information - d'une information honnête, libérée de la dictature de l'argent, de la propagande et du bourrage de crâne.

Michael Moore est américain et il s'adresse avant tout à un public américain. Il en résulte un certain déséquilibre dans la description de cette guerre et une tendance à présenter avec une sympathie et une indulgence parfois exagérées ceux qu'il considère aussi comme des "victimes", à savoir les braves gars du Michigan ou de Californie que George Bush envoie au casse-pipe.

Le chômage, la pauvreté, la misère, qui sont le lot quotidien de dizaines de millions d'Américains, peuvent expliquer certains comportements ; ils n'excusent rien. Personne ne contraint le Lumpenproletariat des ghettos à s'engager dans l'armée ou dans la garde nationale ; le service militaire n'est pas obligatoire. En 2003-2004, on peut encore dire merde au sergent recruteur. Ceux qui ne le font pas et se laissent embobiner ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes.

On voit dans Fahrenheit 911 une assez longue interview avec une certaine Mrs. Lipscomb, de Flint (Michigan), la ville dont Michael Moore est originaire. Flint, un ancien centre de l'industrie automobile proche de Détroit, était autrefois une cité prospère. Aujourd'hui c'est une ville fantôme où l'armée vient se ravitailler en chair à canon. Mrs. Lipscomb, en bonne "patriote", a toujours approuvé l'action du gouvernement. Son fils s'est engagé, est parti pour l'Irak et y a trouvé la mort. Pour une mère, perdre son enfant est un drame terrible. Mais quand on sait que cette mère a encouragé son fils à devenir soldat et qu'elle l'a fait en connaissance de cause, ses pleurnichements, lorsqu'il est trop tard, ont quelque chose de malsain.

Il est clair, cependant, que Michael Moore n'avait pas le choix. Il voulait mobiliser ses compatriotes, et il ne pouvait pas le faire en les montrant du doigt, en les brusquant ou en les insultant.


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Fahrenheit 911 n'est pas seulement un documentaire qui renseignera (peut-être) l'historien des décennies futures. C'est un film "engagé", dans le meilleur sens du terme, même si cet engagement, dans l'immédiat, débouche sur une voie de garage.

Espérons que Michael Moore, qui soutient le candidat John Kerry sans que la réciproque soit vraie, s'apercevra à temps de son erreur et rectifiera son tir.

Quoi qu'il en soit, son film n'aura pas été inutile dans la mesure où il ouvre un peu les yeux du public américain.


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On pourrait établir une longue liste de tout ce que contient Fahrenheit 911, et une liste sans doute aussi longue de tout ce qu'il ne contient malheureusement pas. La mystification de l'opinion publique par les autorités (exception faite des fameux "mensonges présidentiels") est un sujet totalement absent du film. A la fin du roman de Bradbury (et du film de Truffaut), Montag, le pompier pyromane repenti et passé à la clandestinité, assiste avec étonnement à sa propre capture et à sa fin violente, le tout retransmis "en direct" à la télévision. La junte de Washington recourt elle aussi à ce genre de mise en scène (voir la "capture de l'ex-dictateur").






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