La bataille d’Israël, à Fallujah

par Rashid Khashana


in Al-Hayat (quotidien arabe publié à Londres) du lundi 22 novembre 2004
[traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier]

 


Il est clair, désormais, qu’Israël a joué un rôle majeur dans la bataille de Fallujah, en dépit du soin mis par les Etats-Unis à dissimuler cette réalité. Les informations qui ont pu filtrer, venant de la part d’officiers, de soldats et même de rabbins à double nationalité qui ont pris part aux combats, et dont certains ont été tués par les balles de la résistance irakienne, ne représentent que le sommet émergé de l’iceberg. L’assassinat d’un officier israélien à Fallujah a révélé l’existence d’un grande nombre d’officiers, de tireurs d’élite et de parachutistes (israéliens), en Irak.

 

D’après des chiffres cités dans la presse israélienne, Israël n’entretient pas moins de mille officiers et soldats en Irak, répartis dans les unités américaines en opération dans ce pays. De plus, trente-sept rabbins opèrent au sein des troupes américaines, ce qui conduit à penser que leur nombre réel est plus élevé ; le quotidien Ha’aretz ayant admis que certains d’entre eux dissimulent leur identité juive, il peut s’agir d’Israéliens engagés à titre individuel.

 

Actuellement, est en cours une campagne de recrutement, coïncidant avec l’escalade des opérations militaires en Irak, qui demande qu’une assistance plus importante soit envoyée dans ce pays. Parmi ces campagnes, notons l’appel du rabbin Irving Elson, dans sa dernière conférence prononcée à New York, à nommer plus de « rabbins combattants » et à les encourager à s’engager dans les forces américaines. A quoi il faut ajouter un avis rendu par un autre rabbin, déclarant « martyrs » tous les juifs tués au combat à Fallujah.


L’Amérique a bien besoin de l’expérience israélienne en matière de guerre de guérilla, afin de gérer les batailles urbaines en Irak ; étant donné que deux générations de ses forces armées n’ont pas « bénéficié » de cette expérience, depuis la guerre du Vietnam. Toutefois, le rôle des Israéliens n’est ni technique, ni celui de supplétifs du plan américain. Il s’inscrit plutôt dans la vision formalisée par ses dirigeants militaires et politiques, avant même le déclenchement de la guerre en Irak, visant à annihiler tout rôle de l’Irak dans la région, et à éliminer toute menace susceptible d’émaner de ce pays, à l’avenir.

 

Le projet israélien est désormais connu, en raison de différents titres dans la presse, dont les plus importants concernaient l’envoi d’opérationnels du Mossad afin de créer des bureaux et des réseaux tant dans le nord que dans le sud de l’Irak ; l’élimination de scientifiques irakiens et l’intensification des achats immobiliers et fonciers, dans le nord, en particulier dans les environs d’Arbil, Kirkuk et Mossoul. Cela vient compléter le projet précédent, lancé dix ans avant la chute de Bagdad, par l’intermédiaire de juifs turcs. Israël encourage les dirigeants kurdes à se distancer de Bagdad, dans la gestion de leurs régions, mais en même temps, il entend faire jouer aux partis kurdes un rôle central dans l’Irak de l’après-guerre, en raison des relations historiques qu’il a établi, de longue date, avec eux.

 

Israël a très vraisemblablement avancé dans la mise en application du plan annoncé il y a quelques années par le ministre des Infrastructures Joseph Paritzky, visant à installer des pipelines pétroliers conduisant d’Irak en Israël, à travers la Jordanie ; un rapport des services turcs de sécurité a d’ailleurs été publié récemment par le quotidien turc Cumhuriyyet, confirmant les efforts d’Israël en vue de relancer l’utilisation de la canalisation débouchant à Haïfa dès que cela sera possible. Cela a amené les Israéliens à mettre sur pied leurs propres canaux avec les pouvoirs locaux, à partir du point focal du nord, et à faire progresser le projet de réalisation, qu’ils avaient préparé dès avant la chute de l’ancien régime irakien. Toutefois, ils évitent actuellement toute confrontation avec la Turquie, laquelle est préoccupée par leur expansion dans les régions du  nord de l’Irak.


A cette fin, Israël incite les juifs irakiens à rejoindre le front, afin de prendre la direction de l’organisation des relations avec le nouveau gouvernement, et en particulier afin d’intensifier les initiatives commerciales avec l’Irak, via la Jordanie. Israël veut également avoir son mot à dire quant au devenir de l’Irak, au moyen d’une influence indirecte au sommet de Sharm el-Shaykh, ce qui a rendues furieuses tant la Syrie que la Turquie.

 

L’expansion très étendue et inattendue du rôle israélien dans divers domaines, en Irak, confirme qu’Israël est le principal bénéficiaire du prolongement de la guerre, de la même manière qu’il est le premier bénéficiaire de l’escalade américaine face à l’Iran, au sujet de son dossier nucléaire. L’Irak, ce n’est pas la Russie, et l’Iran, ce n’est pas la Chine : ces deux pays ne sont pas de taille à menacer les Etats-Unis. Néanmoins, ils représentent l’un comme l’autre une menace pour l’Etat hébreu. Pour conclure, on peut dire que les Likoudniks accomplissent les visées d’Israël en Irak. On peut en tirer la conclusion que l’objectif de la bataille de Fallujah, c’est de casser la colonne vertébrale de la résistance (irakienne), et de paver la voie vers l’achèvement du plan israélien.