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SYRIE
سوريا


- L'autre guerre israélienne -
( I )


I : Liban - Préparatifs - 2005-2006     II : Liban - Agression et résistance - juillet-août 2006

III : Liban - Cessez-le-feu et paix incertaine - 2006-2010     IV : Syrie - Guerre terroriste - 2011-2012     V : 2013     VI : 2014






PRÉPARATIFS - 2005-2006


Le Liban et la Syrie dans le collimateur israélien
L'assassinat de Rafic Hariri     Les options     Les forces en présence au Liban

Chronologie 2005-2006
Mai-Juin 2005 : élections libanaises

Le Liban de 1920 à 2005     La Syrie de 1917 à 2005



Le Liban


La Syrie

Syrie - carte détaillée

Golan annexé et Liban sud occupé
Source : Le Monde Diplomatique
(février 2000 - 84 ko)

Sud du Liban - carte détaillée  (148 ko)

Liban sud - Zone frontalière israélienne - Fermes de Chebaa
(Source : Wikipédia - 123 ko)

Le Litani  (33 ko)

Israël / Palestine - partie nord
(Source : Le Guide du Routard - 98 ko)



2005 : Le Liban et la Syrie dans le collimateur israélien

Pays frontaliers de l'Etat juif, le Liban et la Syrie ont toujours été les premiers à subir les contrecoups du conflit palestino-israélien (voir ci-dessous la chronologie libanaise et la chronologie syrienne).

Le regain de tension enregistré depuis 2003 est consécutif à l'échec de l'aventure libanaise des sionistes israéliens. Harcelée par les combattants du Hezbollah, eux-mêmes soutenus par la Syrie,* l'"invincible" armée juive a été contrainte, en 2000, d'évacuer le territoire de son voisin du nord après dix-huit ans d'occupation et la mort de 20.000 civils arabes. Un retrait tout provisoire aux yeux des agresseurs, fermement décidés à revenir à la première occasion.**

* L'alliance Hezbollah-Syrie est purement politique. En effet, le Hezbollah (Parti de Dieu) est une organisation religieuse chiite, tandis que l'Etat syrien est laïque (et qui plus est, il n'y a pratiquement pas de musulmans chiites en Syrie). En revanche, le soutien que reçoit le Hezbollah de l'Iran chiite obéit avant tout à des motifs religieux.

** Israël occupe encore une petite portion de territoire libanais de 25 km2 située dans le sud-est, sur les pentes du Mont Hermon : les Fermes de Chebaa (voir carte - 123 ko - ne pas confondre avec le village de Chebaa qui se trouve près de là, mais du côté libanais de la frontière). Faisant partie du Liban à l'époque du mandat français, puis devenu syrien en 1946 et restitué au Liban dans les années 1950, le territoire des Fermes de Chebaa est maintenant colonisé par les sionistes sous prétexte qu'on ne sait pas de façon définitive s'il appartient au Liban ou à la Syrie. (Notez bien ce principe élémentaire de droit israélien : lorsque la propriété d'une terre fait l'objet d'une vague contestation entre deux voisins, l'Etat juif est autorisé à s'en emparer.) Lire ici à ce sujet un article du journaliste israélien Ran HaCohen, dans lequel il est également question des activités militaires du Hezbollah. Ran HaCohen montre parfaitement qui sont les terroristes et les agresseurs. Il est probable que sans les forces défensives du Hezbollah, le Liban n'existerait pas en tant qu'Etat. C'est bien pour cette raison que Tel Aviv et sa cinquième colonne américaine veulent désarmer et détruire cette organisation.


Ce qui distingue l'offensive en préparation de toutes les précédentes, c'est - d'une part - qu'elle s'inscrit dans la stratégie globale rendue possible par l'auto-attentat du 11 septembre et - d'autre part - qu'Israël y utilise à son profit toute la puissance politique et militaire des Etats-Unis.

En quelques années, les "expan-sion(n)istes" de Tel Aviv ont réussi à faire d'un problème somme toute limité et secondaire (la consolidation et l'extension de leur "Eretz" - en d'autres temps on aurait dit "espace vital") la pierre angulaire dont dépendent les conflits majeurs de la planète. Les mots prêtés à Daniel Bernard, ambassadeur de France en Grande-Bretagne en décembre 2001 ("La crise internationale actuelle a été déclenchée par Israël, ce petit pays de merde. Pourquoi devrions-nous courir le risque d'une troisième guerre mondiale à cause de ces gens-là ?"), ces mots résument parfaitement la situation même s'ils n'ont pas été dits de cette façon-là.

Le slogan "Mourir pour Israël" est plus que jamais à l'ordre du jour. Pour au moins 1500 soldats américains tués en Irak en deux ans de guerre (en fait, probablement le double ou le triple), le slogan est devenu réalité. Et leur "président", manipulé par les néo-cons likoudiens, prépare déjà les prochaines campagnes.


L'assassinat de Rafic Hariri

Le 14 février 2005, massacre de la Saint-Valentin à Beyrouth : un attentat à l'explosif coûte la vie à une quinzaine de personnes, dont l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Aussitôt, comme un seul homme, politiciens occidentaux et médias alignés, montrent du doigt la Syrie. Et pourtant, comme le souligne Gilles Munier dans son article  Qui a assassiné Hariri ?  il suffit de se demander à qui profite le crime pour comprendre qui en sont les auteurs.

L'énorme cratère causé par l'explosion ressemble à s'y méprendre à celui de l'attentat contre le QG de l'ONU à Bagdad (août 2003), ou à ceux de Bali, d'Istanbul et d'autres lieux. On reconnaît là, sans le moindre doute possible, la "signature" des terroristes du réseau Al-Bushaïda / Al-Mossaïda.

Autre indice révélateur : alors que l'ensemble de la presse veut nous faire croire que l'homme politique libanais a été liquidé par Damas parce qu'il était "antisyrien", un certain Comité américain pour un Liban libre (sic), composé de sionistes juifs, d'intégristes protestants et même - chose curieuse - d'anticastristes cubains, présente Rafic Hariri (sur le site www.freelebanon.org) comme un des "Lebanese Pro-Syrian Power Brokers". Jusqu'à une date très récente, on pouvait même voir sur le site en question un jeu de cartes semblable à celui imaginé par les Américains après l'invasion de l'Irak. Hariri y figurait en bonne place (as de coeur) parmi les hommes à abattre, les Lebanon's Top Syrian Agents. Après l'attentat de Beyrouth, Freelebanon.org a fait disparaître le jeu de cartes, mais on peut encore le trouver sur cet autre site antisyrien.

A noter qu'Elie Hobeika, ancien chef des milices chrétiennes libanaises et allié des Israéliens jusqu'à sa trahison, occupe également une place d'honneur dans le jeu de cartes, mais sa photo a été barrée d'un grand X rouge après qu'Israël l'ait fait assassiner en janvier 2002 pour lui apprendre à désobéir. (Hobeika voulait témoigner contre son complice Sharon devant le tribunal de Bruxelles où celui-ci était accusé de crimes de guerre pour les tueries de Sabra et Chatila en 1982.)  Quant à Walid Joumblatt, chef de file de "l'opposition" et chouchou de Bush en mars 2005, il était encore, quelques mois plus tôt, le roi de carreau au service de Damas, le "schizo qui vous poignarde dans le dos".  Allez comprendre...

Les néo-cons israélo-américains avaient prévu d'attaquer le Liban et la Syrie immédiatement après leur "victoire" contre l'Irak, au printemps 2003. Malheureusement pour eux, la "guerre éclair" contre Bagdad n'est toujours pas "gagnée" en 2005. Au lieu de battre en retraite, les agresseurs choisissent la fuite en avant. Faute d'avoir pu trouver, au cours de ces deux dernières années, un motif suffisant pour déclencher la nouvelle guerre contre Damas, les tueurs sionistes et leurs complices viennent de s'offrir, avec l'assassinat de Rafic Hariri, le prétexte qui leur manquait.  Joumblatt a eu de la chance : c'est lui qu'on aurait pu choisir comme "martyr".

Israël et l'assassinat de Rafic Hariri - La piste interdite  par Gilles Munier (sur www.oulala.net).

Attentat contre Rafic Hariri : une enquête biaisée  - le point de vue de Jürgen Cain Külbel (sur www.voltairenet.org).

Novembre 2010 : Révélations sur l'assassinat de Rafic Hariri  par Thierry Meyssan - Comment les terroristes israéliens ont tué l'ancien Premier ministre libanais.


Les options

A Clean Break : dans ce rapport de 1996 au gouvernement Nétanyahou, Richard Perle et Douglas Feith, les champions de la double allégeance USA-Israël, définissaient une nouvelle stratégie préconisant la guerre préventive contre les adversaires de l'Etat juif et conseillant notamment :

  • de lancer, depuis le Liban, des attaques contre le territoire syrien en utilisant des forces agissant pour le compte d'Israël ("Israeli proxy forces" - qu'un non-Juif emploie cette expression, et il sera automatiquement "antisémite") ;

  • d'attaquer des cibles militaires syriennes au Liban et, au cas où cela ne suffirait pas, de frapper des cibles en Syrie même.

A l'époque, les sionistes étaient encore embourbés au Liban et cherchaient une issue "honorable" à leur aventure ; Clinton était président. Deux fraudes électorales, quatre années de junte Bush et un attentat du 11 septembre plus tard, les fauteurs de guerre sentent le moment venu de réaliser ce plan et d'aller bien au-delà. Plusieurs options s'ouvrent à eux :

  • La plus radicale consisterait à faire intervenir les mêmes "proxy forces" qu'en Irak, à savoir les forces armées américaines.

  • Une autre option, plus "soft", utiliserait comme "proxy" les milieux pro-israéliens (ou ouvertement antisyriens) de la société libanaise. On s'acheminerait donc vers une renaissance de la guerre civile. Sachant que les mêmes causes produisent en général les mêmes effets, le résultat est loin d'être garanti.

  • Reste une solution pacifique, "à l'ukrainienne", à savoir le soutien politique massif à "l'opposition libanaise" (représentée par le dirigeant druze Walid Joumblatt) dans le but d'instaurer à Beyrouth un régime pro-occidental hostile au Hezbollah et à Damas. Après avoir "réglé" la question libanaise, on "s'occuperait" de la Syrie. C'est la version que privilégient la France de Chirac et l'Union Européenne. Mais il est assez peu probable qu'elle puisse être couronnée de succès, sauf capitulation préalable de ceux contre qui elle est dirigée.

L'avenir dira ce qu'il en est.

Le Liban présente un intérêt certain pour Tel Aviv, car après une "révolution" à l'ukrainienne ou une "guerre de libération" réussie, on pourrait y parquer - le plus loin possible de la frontière israélienne - les Palestiniens "transférés" de Cisjordanie et de Gaza.

La Syrie, provisoirement "source de tous les maux", est plus intéressante encore. Elle possède des ressources pétrolières (modestes mais suffisantes) et surtout, elle se situe entre Israël et l'Irak. Sa conquête, par les armes ou par la "persuasion", permettrait de colmater un vide gênant sur la carte des possessions de l'Empire.

Les forces en présence au Liban

Depuis l'indépendance, la constitution libanaise s'efforce de réaliser un équilibre politique entre les trois principaux groupes religieux. C'est ainsi que le Président de la République doit être maronite, le Premier ministre sunnite, et le Président du Parlement chiite. Sans cet équilibre, l'Etat libanais est menacé dans son existence.

Alors qu'en 1946 la population chrétienne était majoritaire (52 %), le développement démographique ultérieur a joué en faveur des musulmans (croissance naturelle et afflux de réfugiés palestiniens). Les chrétiens ne représentent plus aujourd'hui que 40 % du total (dont 25 % de maronites). Les musulmans (60 %) se répartissent entre chiites (32 %), sunnites (21 %) et druzes (7 %).*

* Certaines sources, comme par exemple le site de la Francophonie, donnent un pourcentage plus élevé pour les musulmans en général, et pour les chiites en particulier. Le principal groupe religieux (chiites) rassemblerait en fait 40 % des Libanais (un chiffre qui sera fréquemment cité à l'occasion de la guerre de juillet 2006). Aucun recensement n'a été effectué depuis 1932, mais si l'on voulait en avoir le coeur net, la tâche ne serait pas trop difficile, vu que chaque Libanais est obligatoirement enregistré quelque part sous sa confession, et tout le monde - sans exception - doit en avoir une. Mais compiler toutes ces données équivaudrait à briser l'équilibre et à mettre en jeu l'unité du pays - ce que (presque) personne ne souhaite.

Dans cet Etat un peu artificiel et dénué de caractère véritablement national, les soubresauts politiques s'articulent le plus souvent - du moins au départ - en fonction de l'appartenance religieuse, même s'ils sont presque toujours exploités et amplifiés par l'intervention de puissances extérieures (France, Etats-Unis, Israël, Syrie).

A cela est venu s'ajouter, au cours des décennies passées, l'essor du nationalisme pan-arabe (création puis accession au pouvoir du parti Baas en Syrie et en Irak, union entre la Syrie et l'Egypte), l'affrontement politique dans le contexte de la guerre froide (alliances changeantes des pays voisins avec les USA et l'URSS), les interventions occultes ou ouvertes de l'Etat d'Israël, et enfin le fait que la Syrie a toujours considéré le Liban comme un territoire syrien arraché de force par la puissance coloniale française dans les années 1920 (un peu comme le Koweït a été arraché à l'Irak par les Britanniques à la même époque).

C'est l'existence de ce mélange explosif qui a permis aux extrémistes chrétiens manipulés par Tel Aviv de mettre le feu aux poudres en 1975.

Il est extrêmement difficile d'y voir clair dans le labyrinthe des factions libanaises et de leurs alliances (aussi bien internes qu'avec les puissances étrangères impliquées). Les antagonismes sont tout à la fois d'ordre religieux (chrétiens, sunnites, chiites, druzes), politique (gauche laïque, droite pro-israélienne, pro-américaine ou pro-française, pan-arabisme, islamisme), national (pour ou contre la Syrie, pour ou contre l'unité libanaise) ou tout simplement financier (qui paie le mieux, qui offre les meilleures possibilités de s'enrichir). Les alliances sont souvent instables et semblent parfois défier la logique. Même à l'intérieur d'une confession donnée, les affrontements ne sont pas rares : les divers clans maronites se sont combattus plus d'une fois, de même que les deux grands partis chiites (Hezbollah et Amal). Le Liban est le terreau idéal pour cultiver la zizanie. En 2005, après 15 ans de "paix syrienne" et de reconstruction du pays, tout est de nouveau remis en question.

La loi électorale libanaise, presque inchangée depuis 1960, prévoit une répartition des sièges au Parlement selon un système de quotas confessionnels. Sur les 128 sièges, la moitié (64) est réservée aux chrétiens (34 maronites, 14 grecs-orthodoxes, 8 grecs-catholiques, 5 arméniens-orthodoxes, 1 arménien-catholique, 1 anglican, 1 "divers") ; l'autre moitié aux musulmans (27 chiites, 27 sunnites, 8 druzes, 2 alaouites). Chaque circonscription élit un certain nombre de députés de tel ou tel groupe, en fonction de la structure religieuse de la population locale. Dans ce cadre, l'électeur est "libre" de choisir son représentant.

Quelle que soit la volonté politique des citoyens, la composition confessionnelle du Parlement reste une donnée fixe. Dans ces conditions, il est impossible de présenter une liste laïque* ne tenant pas compte de la religion des candidats. La religion domine la vie politique et sociale ; rien d'important ne peut se faire en dehors d'elle.**

* "Les communistes, avec plus de 15 % des voix des électeurs, n'ont pu avoir un seul député, vu la loi électorale et la répartition de majorités confessionnelles dominantes dans les différentes circonscriptions." (Marie Nassif-Debs sur le site d'Al-Oufok)

** Tout citoyen libanais doit impérativement appartenir à un groupe confessionnel ; l'athéisme n'a pas d'existence officielle. Les enfants obtiennent automatiquement la religion de leur père et ne peuvent en changer. L'appartenance religieuse est mentionnée sur la carte d'identité. Dans beaucoup de domaines, des lois différentes sont applicables selon la religion de l'intéressé. (Des dispositions similaires existent également en Israël, à cette différence près qu'au Liban, aucun groupe n'est privilégié au détriment d'un autre - au contraire).


Ce système électoral probablement unique au monde n'est, réflexion faite, ni plus ni moins démocratique que n'importe quel autre, à commencer par l'américain (qui confie le "choix des urnes" aux faussaires du vote électronique), le français (qui écrase les petits partis) ou l'israélien (qui contraint les candidats arabes à accepter la notion d'Etat juif).

Le strict pluriconfessionnalisme politique n'a pu empêcher la guerre civile de 1975-90, mais il a contribué à la stabilité de ces quinze dernières années. Il ne peut fonctionner que si tous les groupes qui composent la société libanaise acceptent de l'appliquer, ce qui n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Les quotas ne correspondent pas, comme on peut le voir, à la structure religieuse actuelle de la population, même en tenant compte du fait que de nombreux habitants n'ont pas le droit de vote (les 300.000 réfugiés palestiniens, par exemple, qui refusent l'intégration par crainte de perdre leur droit au retour dans leur ancienne patrie).

Pour les néo-cons, ces considérations sont sans importance. Leur objectif est de détruire le système libanais et peut-être même l'Etat libanais lui-même (en tout cas l'Etat multiconfessionnel). Pour ce faire, ils ont déjà choisi leurs pantins locaux parmi les partis dits d'opposition, principalement celui de Walid Joumblatt, le PSP ou Parti Socialiste Progressiste (qui n'est, bien entendu, ni socialiste ni progressiste). Joumblatt est un peu le Fouché libanais ; il a été l'allié de tout le monde et l'adversaire de tout le monde - le candidat idéal, en somme. Qu'il soit druze est un avantage : à la fois musulman (même s'il ne s'agit que d'une secte) et ami des sionistes (en Israël, la minorité druze est la seule qui collabore ouvertement avec le "peuple élu").

Autre valeur sûre, côté chrétien : le Courant Patriotique Libre - CPL (qui n'est, lui non plus, ni l'un ni l'autre). Son patron est le général Michel Aoun, exilé en France depuis la fin de la guerre civile (voir plus bas). Il y a aussi le PNL ou Parti National Libéral (fondé par le maronite Camille Chamoun), le Mouvement Kataëb (rescapés des Phalanges d'extrême droite) et quelques autres groupuscules qui ne représentent qu'eux-mêmes.

Face à cette "opposition"* dont les partisans se produisent à longueur de journée sur les écrans de toutes les télévisions occidentales avec des pancartes rédigées en anglais (comme à Kiev, ils sont payés pour), on trouve la majorité "silencieuse"** libanaise "prosyrienne", en grande partie musulmane (mais pas exclusivement), notamment la population chiite et ses deux partis Hezbollah et Amal.

* Il ne s'agit pas d'une opposition au sens où on l'entend en régime parlementaire. En effet, le gouvernement libanais, quel qu'il soit, comprend toujours 50 % de ministres chrétiens et 50 % de ministres musulmans. Les "opposants" ne s'opposent donc pas à une "majorité" gouvernementale - qui ne peut pas exister puisqu'il y a les quotas ; ils s'opposent au consensus national qui permet de sauvegarder l'équilibre - précaire mais réel - de la société libanaise.

** Cette majorité n'est silencieuse que pour les médias alignés qui la passent sous silence - voir la grande manifestation du 8 mars.



Chronologie 2005-2006

  • mai 2004 : Sous la pression du lobby sioniste, les Etats-Unis promulgent une loi antisyrienne (Syria Accountability Act) "exigeant" le retrait complet des forces syriennes du Liban et le désarmement des milices du Hezbollah libanais ; la loi prévoit des "sanctions" économiques. Parallèlement, les USA font adopter une résolution similaire (numéro 1559) par le Conseil de Sécurité de l'ONU (l'Assemblée générale n'est pas consultée).

  • 14 février 2005 : Assassinat à Beyrouth de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Les tueurs et leurs complices accusent la Syrie (voir plus haut).

  • 28 février 2005 : Démission du gouvernement d'Omar Karamé (dirigeant sunnite "prosyrien"). Emile Lahoud (chrétien maronite "prosyrien") reste Président de la République.

  • février-mars 2005 : Menaces verbales d'Israël, des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux à l'encontre de la Syrie. Manifestations antiysriennes à Beyrouth, organisées par "l'opposition" avec l'aide matérielle, logistique et financière des services de Washington, Tel Aviv et Paris. Démesurément gonflées et présentées par la presse et la télévision comme un "phénomème de masse", ces manifestations rassemblent quelques milliers, au plus quelques dizaines de milliers de "protestataires", dont beaucoup sont là pour des raisons "professionnelles". Etrange impression de déjà-vu (Belgrade, Tbilissi, Kiev...)  Compte tenu des "liens privilégiés" qui unissent la France à la grande bourgeoisie maronite libanaise et à ses satellites, le pouvoir français est particulièrement actif au Liban, sentant le moment venu de se réconcilier complètement avec les Etats-Unis en participant sans réserve à la prochaine action militaire contre la Syrie.

  • 6 mars 2005 : La Syrie annonce le retrait prochain de ses 14.000 soldats encore stationnés au Liban. Dans un premier temps, les troupes se replient vers l'est. Bien entendu, Bush, Sharon et compagnie jugent ces mesures "insuffisantes".

  • 8 mars 2005 : A Beyrouth, à l'appel du Hezbollah et d'autres organisations, une manifestation monstre contre l'ingérence occidentale et pour la solidarité avec la Syrie réunit au moins un demi-million de personnes de toutes confessions (un million selon certaines sources, plus d'un million selon Richard Labévière* de Radio France Internationale, un million et demi selon le Réseau Voltaire**). Dans un pays de 4.500.000 habitants, c'est un peu comme si plus de sept millions de Français (et peut-être même dix, douze, quinze ou vingt millions) allaient manifester dans les rues de Paris - impensable. Cependant, les médias occidentaux minimisent l'événement et se concentrent sur les déclarations menaçantes de Bush, de Sharon et de quelques autres.

    * En voilà un qui ne va pas tarder à subir le sort de son ex-collègue Alain Ménargues, congédié par RFI pour avoir critiqué Sharon. Voir ici son article sur le triangle libanais.

    ** Lire également comment le Comité américain pour un Liban "libre" (déjà mentionné plus haut) a réussi à intoxiquer l'opinion internationale avec la prétendue "révolution des cèdres".


  • 9 mars 2005 : Manifestation similaire à Damas.

  • 10 mars 2005 : Encouragé par "la rue", Omar Karamé revient et annonce la formation d'un nouveau gouvernement à Beyrouth.

  • 12 mars 2005 : Au cours des derniers jours, la Syrie a retiré 4.000 soldats du Liban ; il en reste encore environ 10.000.

  • 13 mars 2005 : A Nabatiyé, dans le sud-est du pays, nouvelle manifestation de masse organisée par le Hezbollah et Amal avec, là aussi, plusieurs centaines de milliers de participants : silence radio dans les médias occidentaux (qui se rattraperont le lendemain).

  • 14 mars 2005 : Pour ne pas être en reste, "l'opposition" pro-israélicaine mobilise également ses partisans. Pour la première fois depuis le début de la crise, elle réunit elle aussi plusieurs centaines de milliers de personnes, mais beaucoup moins semble-t-il que les organisateurs du 8 mars. Quoi qu'il en soit, d'un côté comme de l'autre, on brandit le drapeau libanais - ce qui permet à CNN et à d'autres chaînes de faire passer indifféremment les "pro" et les "antisyriens" pour des "révolutionnaires du cèdre". La confusion avait d'ailleurs commencé le jour des obsèques de Rafic Hariri : quiconque se trouvait alors dans la rue pour rendre hommage à l'ancien Premier ministre était automatiquement "contre Damas" et revendiquait le "retrait des troupes syriennes". A noter également que tout le monde, sans exception, demande que la lumière soit faite sur l'assassinat du 14 février, ce qui ne signifie pas nécessairement la même chose partout (les commanditaires de "l'opposition", eux, exigent que soit "confirmée" la "culpabilité" de la Syrie).

  • 19 mars 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth - 11 blessés dans un quartier chrétien. Joumblatt accuse aussitôt les Syriens et "exige" la démission du Président de la République, le chrétien Emile Lahoud. Les néo-cons et leurs marionnettes sont-ils en train de relancer la guerre civile ? Viennent-ils de déclencher la phase 2 de leur "révolution" ?

  • 23 mars 2005 : Encore un attentat à la bombe, à Jounieh cette fois, au nord de la capitale : trois morts.

  • 26 mars 2005 : Nouvelle bombe près de Beyrouth, à Dékouaneh : deux morts.

  • 2 avril 2005 : La Syrie annonce le retrait complet de ses troupes avant le 30 avril. Nouvel attentat près de Beyrouth, à Broumanna.

  • 4 avril 2005 : L'organisation islamiste internationale des Frères musulmans, responsable de l'assassinat du président égyptien Sadate en 1981 et d'un soulèvement armé contre le régime d'Al-Assad en 1982, déclare qu'elle a l'intention de revenir en Syrie à la faveur des "événements". Le chef de l'organisation est en exil à Londres, où il jouit du soutien plus ou moins discret du gouvernement Blair. De toute évidence, pour les fanatiques occidentaux de la "guerre contre la terreur", les Frères musulmans comptent parmi les "bons" terroristes, ceux qu'on peut utiliser contre "l'axe du Mal".

  • 25 avril 2005 : Le retrait des troupes syriennes est achevé.

  • 5 mai 2005 : A l'instigation du lobby sioniste, le boycott économique américain contre Damas (= "sanctions") est reconduit. Comme si de rien n'était, George W. Bush invoque le "danger syrien au Liban". Quelques jours plus tard, un certain Tom Casey, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, s'en prend violemment à la Syrie, lui reprochant "d'attiser la guerre en Irak". Ce comportement cynique prouve une fois de plus qu'il ne sert à rien de se montrer conciliant face au monstre israélicain : plus on lui en donne, et plus il en veut.

  • 7 mai 2005 : Après que la justice libanaise ait amnistié le général Aoun pour les délits et crimes commis jusqu'en 1990, y compris les détournements de fonds (15 millions de dollars), le chef de la droite chrétienne quitte son exil parisien pour Beyrouth, où il est accueilli par les partisans du clan pro-occidental. Avec sa modestie habituelle, Aoun se présente comme le "sauveur" du pays - ce n'est pas pour rien que les Libanais le surnomment "Napolaoun".

  • 14 mai 2005 : Depuis quelques jours, la guerre américaine contre l'Irak se rapproche dangereusement de la frontière syrienne. L'aviation US bombarde les localités situées le long de l'Euphrate. Washington a-t-il l'intention d'étendre l'agression militaire à la Syrie ?

  • 17 mai 2005 : Le secrétaire général de l'ONU, Kofi "Oncle Tom" Annan, fidèle serviteur de l'Empire états-unien, charge l'Allemand (juif et sioniste) Detlev Mehlis "d'enquêter" sur l'assassinat de Rafic Hariri. Mehlis, qui a exercé les fonctions de procureur dans son pays, était en son temps chargé du dossier de l'attentat de 1986 contre la discothèque La Belle de Berlin, un attentat mis sur le compte de la Libye. Gageons que le rapport Mehlis confirmera mot pour mot la version israélo-américaine du massacre de la St-Valentin. [Deux mois plus tard, Mehlis déclare au quotidien libanais L'Orient Le Jour : "Les Israéliens sont réputés pour avoir de bons renseignements, notamment technologiques. Nous les avons approchés pour qu'ils nous livrent des informations sur l'attentat. Ils nous ont donné de bons renseignements."  Bravo, Detlev, t'es sur la bonne piste...]

  • 18 mai 2005 : Une tentative d'assassinat sur la personne de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, échoue suite à l'arrestation d'un groupe de comploteurs palestiniens recrutés en Tunisie par les services israéliens.

  • 21 mai 2005 : En riposte à des tirs israéliens qui avaient occasionné des dégâts dans le village libanais de Chebaa, le Hezbollah bombarde une position israélienne dans le secteur occupé des Fermes de Chebaa - voir plus haut.

  • 25 mai 2005 : Damas met fin à sa coopération avec les Etats-Unis en matière de renseignement et d'affaires militaires. Est-ce à dire que la Syrie ne torturera plus de "terroristes" pour le compte de la CIA, comme elle le faisait depuis le 11 septembre 2001 ? Aurait-on l'intention de résister en cas d'agression israélo-américaine ?

Elections libanaises

Voir également : Elections législatives de juin 2009

  • 26 mai 2005 : Le Hezbollah annonce qu'il présentera, aux prochaines élections législatives, une liste commune avec Amal, l'autre parti chiite. De son côté, Joumblatt tente de "s'allier" avec le genéral Aoun*... qui l'envoie aussitôt sur les roses. La girouette druze ne se décourage pas pour autant et va, dans la foulée, proposer ses services au Hezbollah. "Nous devons améliorer nos relations avec Damas", proclame Joumblatt, lui qui s'égosillait encore quelques semaines plus tôt à réclamer "le départ des occupants syriens".

    * Finalement, Aoun appelle les électeurs de la capitale à s'abstenir - comprenne qui pourra...

    Toutes ces tractations politiques ne changeront rien au résultat global des élections (pourcentage immuable pour chaque confession - voir plus haut). Mais dans ce cadre, il est bien entendu possible de s'entendre par delà les appartenances religieuses. Une liste conduite par un candidat d'une confession donnée peut inclure des candidats d'autres confessions. En aucun cas, cependant, un groupe religieux ne peut avoir plus d'élus que prévu. Dans les circonscriptions où une confession réunit plus de 50 % des électeurs, les sièges correspondants sont attribués automatiquement au groupe confessionnel en question. Il ne peut alors y avoir de "choix" que si deux ou plusieurs listes de même confession entrent en concurrence.

    Ce système, assez déconcertant pour l'observateur étranger, bloque tout changement véritable, à moins que n'intervienne une alliance politique interconfessionnelle stable - chose peu probable à l'heure actuelle. Les médias occidentaux continuent cependant de parler de "premières élections libres* depuis trente ans" et de "victoire probable de l'opposition".

    * Le seul signe de "liberté", par rapport aux élections précédentes, c'est que le général Aoun a été libre de revenir au Liban sans être inquiété et qu'il peut présenter ses listes où bon lui semble.

  • 29 mai 2005 : Début des élections libanaises. Etalées sur quatre dimanches consécutifs, elles se termineront le 19 juin. Le 29 mai, on vote à Beyrouth (19 sièges à pourvoir) ; le 5 juin, dans le Liban sud (23 sièges) ; le 12 juin, au Mont-Liban (= Centre - 35 sièges) et dans l'Est (= plaine de la Békaa - 23 sièges) ; le 19 juin, enfin, dans le Nord (28 sièges).

    A Beyrouth les 19 sièges se répartissent obligatoirement ainsi : 1 maronite, 2 grecs-orthodoxes, 1 grec-catholique, 1 anglican, 1 "divers", 3 arméniens-orthodoxes, 1 arménien-catholique, 6 sunnites, 2 chiites, 1 druze. Le taux de participation est très faible (27 %), ce qui n'est guère étonnant puisque les jeux sont en grande partie faits d'avance. La presse célèbre néanmoins "l'écrasante victoire" de Saad Hariri, fils du dirigeant sunnite assassiné et tête de liste dans la capitale.

  • 2 juin 2005 : Un nouvel attentat à l'explosif coûte la vie au journaliste Samir Kassir. Aussitôt, une violente campagne se déchaîne contre la Syrie que l'on rend responsable du meurtre. On croit enfin tenir la "preuve" que les services secrets de Damas sont encore actifs au Liban. Pourtant, il y a fort à parier que les terroristes qui ont perpétré cet attentat sont les mêmes que ceux du 14 février.

    On a l'impression que les agresseurs du camp israélo-américain viennent de comprendre que les élections en cours ne changeront strictement rien à la situation politique au Liban, puisque la loi électorale est restée la même. Les "réformes" qu'ils prétendent imposer (démantèlement du pays, anéantissement du Hezbollah) ne peuvent pas sortir des urnes, c'est évident.* Ils ont donc recours à des moyens plus violents. Il semblerait qu'une "révolution à l'ukrainienne" soit maintenant exclue.

    * Même en faisant des pieds et des mains, en promettant des postes à tout le monde et en distribuant des bakchichs à droite et à gauche, le général Aoun (qui rêve de devenir président) ne pourra jamais remporter plus de 34 sièges au Parlement, soit 27 % - et encore, à condition que ses concurrents maronites le laissent faire. Joumblatt, l'autre atout des Occidentaux, n'obtiendra dans le meilleur des cas que 8 sièges (6 %) ; il sera tout au plus ministre, sa confession (druze) ne lui permettant pas de viser plus haut. Les partis chiites Hezbollah et Amal peuvent, de leur côté, remporter 27 sièges, soit 21 % (alors que les chiites constituent 32 % de la population). La règle des quotas est à leur désavantage, mais elle ne permet pas cependant de les éliminer. Tout cela, encore une fois, résulte de la loi électorale libanaise que les pro-occidentaux veulent, bien entendu, abroger.

    Détail cocasse : pour "enquêter" sur l'attentat contre Kassir, on a fait venir à Beyrouth des "experts" du FBI. "On", c'est-à-dire cet horrible gouvernement "prosyrien" que "l'opposition démocratique" veut à tout prix renverser !...  D'ailleurs, comme chacun sait, la police américaine est bien placée pour mener ce genre investigations (voir 11 septembre). La prochaine fois, on pourrait carrément faire intervenir des "enquêteurs" du Mossad.

  • 5 juin 2005 : Elections au Liban sud. Les 23 sièges à pourvoir se répartissent par avance de la façon suivante : 14 chiites, 3 sunnites, 1 druze, 2 maronites, 2 grecs-catholiques , 1 grec-orthodoxe. Comme on pouvait s'y attendre dans cette région directement exposée aux visées expansionnistes de l'Etat juif, la victoire des partis chiites est écrasante* (sans guillemets, cette fois). Mais la presse ne trouve guère le temps d'en parler, préférant se concentrer sur les suites de l'attentat du 2 juin. C'était sans doute un des buts de la manoeuvre.

    * Avec un taux de participation de 45 % - taux exceptionnellement élevé pour une élection libanaise. C'est un peu comme si les électeurs du Liban sud avaient eux aussi eu leur référendum. Et leur réponse a été NON - NON à la menace étrangère.

  • 12 juin 2005 : Elections au Mont-Liban où la répartition obligatoire des sièges est la suivante : 25 chrétiens (19 maronites, 3 grecs-orthodoxes, 2 grecs-catholiques, 1 arménien-orthodoxe) et 10 musulmans (5 druzes, 3 chiites et 2 sunnites). Dans la Békaa : 9 chrétiens (3 maronites, 3 grecs-catholiques, 2 grecs-orthodoxes, 1 arménien-orthodoxe) et 14 musulmans (8 chiites, 5 sunnites, 1 druze).

    Au Mont-Liban, le taux de participation (54 %) est encore plus élevé que dans le Sud. Conformément à la structure religieuse de la région, les maronites l'emportent. La seule "surprise" réside dans le fait que le général Aoun, qui n'appelle plus au boycott comme à Beyrouth, devance largement les partisans de son coreligionnaire Lahoud (le président "prosyrien"). La presse nous "apprend" qu'il faut également voir dans ce vote une éclatante victoire du maronite Aoun sur le druze Joumblatt - évidemment...  Dans la Békaa, 49 % des citoyens ont voté. La liste conduite par les partis chiites Hezbollah et Amal l'emporte logiquement.

    Et pendant que les Libanais votent, George Bush menace de nouveau la Syrie et lui ordonne de retirer immédiatement tous ses "agents secrets" du Liban. Au pays des cèdres, de toute évidence, seuls les espions, agitateurs, saboteurs et poseurs de bombes du Mossad et de la CIA ont le droit d'opérer.

  • 19 juin 2005 : Quatrième et dernière manche. Au Liban Nord, les chrétiens ont 15 sièges (9 pour les maronites, 6 pour les grecs-orthodoxes) ; les musulmans en ont 13 (11 sunnites, 2 alaouites). Participation massive (pour une élection libanaise) de près de 50 %. Saad Hariri "gagne" à Tripoli.

    Après ce marathon électoral, on retrouvera au Parlement les blocs confessionnels de toujours : le bloc sunnite de Hariri (mené maintenant par le fils), les blocs chiites Amal et Hezbollah, le bloc druze de Joumblatt, le bloc maronite (avec Aoun - qui n'a enlevé que 14 des 34 sièges disponibles, mais c'est déjà un changement notable*) et le "bloc des indépendants". En somme, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Mais pour la presse occidentale, il ne fait aucun doute que "l'opposition antisyrienne l'a emporté".

    * Le général Aoun est probablement le plus imprévisible de tous les chefs politiques du Liban 2005. Bien qu'"oppositionnel", il refuse cependant de s'allier avec les autres leaders présentés comme tels (Joumblatt, Hariri). Ennemi juré de la Syrie, qui est à l'origine de son exil parisien, il se réconcilie avec le Hezbollah et fait front commun avec ce parti soutenu par Damas. La question est de savoir si cette brusque volte-face de dernière minute est à prendre au sérieux ou s'il ne s'agit pas tout simplement d'une des innombrables péripéties dont le monde politique libanais est coutumier.

    Chacun des grands blocs parlementaires comporte des éléments d'autres confessions : 9 sur 36 des pro-Hariri ne sont pas sunnites ; 8 sur 16 des pro-Joumblatt ne sont pas druzes ; 2 sur 29 des pro-Amal-Hezbollah ne sont pas chiites. Ces éléments, comme le souligne le quotidien libanais L'Orient Le Jour, peuvent encore choisir de ne pas suivre les chefs de file des listes sur lesquelles ils ont été élus. C'est chose courante au Liban. "Comme sur le marché du football, des transferts politico-parlementaires sont encore possibles", précise le journal de Beyrouth.

  • 21 juin 2005 : Pour rappeler au monde que la fin des élections ne signifie pas la fin de l'intervention étrangère, bien au contraire, un nouvel attentat à la voiture piégée tue Georges Haoui, ex-secrétaire général du parti communiste libanais - un "antisyrien", cela va de soi. George Bush, qui vient de féliciter les Libanais pour leurs élections démocratiques,* va-t-il déclencher les hostilités contre Damas pour "venger" la mort d'un ancien chef communiste ?...

    * Comme chacun sait, le "président" américain est un expert en la matière.

    Au Liban même, le Hezbollah - qui vient de remporter 14 sièges contre 12 précédemment - reste la cible numéro un des Israélo-Américains.

  • 27 juin 2005 : Nabih Berry, chef "prosyrien" du mouvement Amal, restera président du Parlement libanais. Ce poste revient d'office à un chiite, et le Hezbollah n'a pas l'intention de lui faire concurrence. Mieux encore, le bloc "oppositionnel" Hariri (Courant du futur) a décidé d'appuyer la candidature de Berry. Il est probable que les chiites renverront l'ascenseur au leader sunnite quand il s'agira de choisir le Premier ministre.  Et si Hariri est pour, Joumblatt ne va pas être contre. Il soutient donc lui aussi Berry, mais sans qu'on sache trop ce qu'il attend en retour. C'est ça, la politique libanaise : les alliances se font et se défont, tous unis dans la division, la stabilité dans la volatilité...

    Pour ce qui est du fauteuil présidentiel, le général Aoun devra patienter, car Emile Lahoud, le "prosyrien" dont les fonctions expirent en 2007, refuse de démissionner (il doit se prendre pour Chirac*).

    * Nous attendons d'ailleurs avec impatience que le guignol élyséen réclame la démission de Lahoud.

    Il est clair que le changement voulu par les néo-cons ne pourra pas avoir lieu dans le cadre de ces institutions et avec cette "opposition". Les prochains attentats ne vont pas tarder...

  • 29 juin 2005 : Israël bombarde le Liban sud. Le Hezbollah riposte par un pilonnage de la zone occupée des Fermes de Chebaa.

    Au Parlement de Beyrouth, tout le monde est d'accord pour désigner comme Premier ministre le "bras droit" de Saad Hariri, Fouad Siniora. (Siniora a été ministre des finances de 1992 à 2004. Quand les Syriens étaient au Liban, il était "prosyrien" comme tout le monde ; à présent, il est bien entendu "anti".) Le général Aoun, qui soutient lui aussi Siniora, s'est "réconcilié" avec ses anciens adversaires - qui était-ce au juste ?...

  • 12 juillet 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth. Cette fois, c'est le ministre de la Défense sortant Elias Murr (donc un "prosyrien") qui est visé. Murr est seulement blessé, mais il y a deux morts. Va-t-on encore une fois accuser la Syrie ?...

    Depuis une dizaine de jours, des négociations sont en cours pour former le nouveau gouvernement. Selon les règles en vigueur, il doit y avoir 24 ministres : 12 musulmans (5 sunnites, 5 chiites et 2 druzes) et 12 chrétiens (5 maronites, 3 orthodoxes, 2 grecs-catholiques et 2 arméniens). Chacun des quatre grands ministères (Défense, Intérieur, Finances, Affaires étrangères) revient de droit à un des quatre grands groupes confessionnels (sunnites, chiites, maronites, orthodoxes). Les négociations tournent autour de deux questions importantes : 1) Aoun va-t-il participer au gouvernement ? (il est pour, tout en étant contre)  - 2) Le Hezbollah va-t-il obtenir le portefeuille des Affaires étrangères comme il le réclame ?  On imagine la réaction israélicaine si le parti chiite parvient à s'imposer : une "révolution" pour rien.

    Il n'est pas exclu que le nouvel attentat ait un rapport avec cette question.

  • 20 juillet 2005 : Fouad Siniora présente son cabinet. Le nouveau ministre des Affaires étrangères (Faouzi Salloukh), sans être affilié au Hezbollah, est néanmoins proche de ce parti et du mouvement Amal. On a donc trouvé un compromis qui semble satisfaire tout le monde - sauf les Américains, qui s'empressent de réitérer leurs menaces. Washington et Tel Aviv digèrent mal le fait qu'un autre des cinq ministres chiites (Mohammed Fneich, Énergie et Eau) soit membre du Hezbollah (c'est une première), et qu'un troisième (Trad Hamadé, ministre du Travail) soit un sympathisant du Parti de Dieu. Au lieu de polariser les forces politiques, le nouveau gouvernement fait l'union nationale - à la seule exception des partisans d'Aoun qui ont préféré rester sur la touche.

    A la frontière irakienne, les troupes américaines ouvrent le feu sur des soldats syriens sous prétexte de "chasse aux terroristes". Cette nouvelle guerre qui tarde à venir a pour certains quelque chose de frustrant...

  • 22 juillet 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth, dans le "quartier des noctambules". Il y a une douzaine de blessés et de lourds dégâts matériels.

  • 24 juillet 2005 : Condoleezza Rice, ministre américaine de l'immixtion dans les affaires étrangères, est en visite à Beyrouth où elle rencontre Saad Hariri et Michel Aoun (mais pas le nouveau premier ministre). Hariri ("ex-oppostion victorieuse") et surtout Aoun ("nouvelle opposition") sont à présent les deux atouts de la junte de Washington. Joumblatt ne convient plus, car il soutient maintenant le Hezbollah et rejette la résolution de l'ONU qui réclame le désarmement du parti chiite : "La Résistance nationale et islamique est le symbole même de la dignité, de la fierté. Elle est l'immunité du corps libanais national et islamique, l'immunité pour notre unité, notre indépendance réelle et notre souveraineté... L'insistance occidentale quotidienne concernant la résolution 1559, qui s'écarte de tous les usages, vise à faire perdre au Liban l'élément principal de sa protection et à lui imposer une hégémonie..."

    De toute évidence, le Hezbollah s'est très bien adapté à la situation nouvelle, tissant un réseau d'alliances tous azimuts qui devraient rendre encore plus difficile, dans des conditions normales, les projets israélo-américains. Il ne sera guère possible d'isoler, de désarmer et d'écraser ce parti sans recourir à la force brute et sans entraîner les autres groupes libanais dans le conflit.

  • 7 août 2005 : Visite du président syrien Bachar Al-Assad à Téhéran, à l'occasion de l'entrée en fonctions du nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Les deux pays, pareillement menacés par les Etats voyous de l'axe américano-sioniste, décident de se serrer les coudes face au danger. Reste à savoir si cette déclaration d'intention sera suivie de mesures concrètes.

  • 22 août 2005 : Attentat à Zalka, près de Beyrouth - une dizaine de blessés légers et de lourds dégâts matériels.

  • 31 août 2005 : Detlev Mehlis, chargé depuis le 17 mai de "l'enquête" sur l'assassinat de Rafic Hariri, aboutit enfin au résultat désiré par ses commanditaires : les "coupables" sont des "prosyriens". L'Allemand fait arrêter quatre hauts fonctionnaires libanais, dont le chef de la garde présidentielle d'Emile Lahoud et trois généraux des services de renseignement et de la police.

  • 17 septembre 2005 : Attentat à Achrafieh, un quartier de la capitale - un mort et 22 blessés.

  • 25 septembre 2005 : Une journaliste chrétienne est blessée dans un attentat.

  • 21 octobre 2005 : Mehlis présente son rapport accusant la Syrie. Avec la complicité du gouvernement français, les USA s'apprêtent à saisir le Conseil de Sécurité de l'ONU.

    Le gouvernement de Beyrouth, lui, semble suivre une autre piste. Selon Al-Jazeera, le ministère libanais de la Justice s'intéresse de près à des "Australiens" qui auraient quitté le Liban en catastrophe quelques heures à peine après l'attentat du 14 février. Ce détail ne manque pas de piquant quand on sait qu'une des tactiques du Mossad consiste précisément à voler des passeports étrangers vierges pour les "attribuer" à des "terroristes islamistes" (deux Israéliens se sont fait prendre la main dans le sac en Nouvelle-Zélande en juillet 2004).

  • 31 octobre 2005 : Le Conseil de Sécurité vote à l'unanimité une résolution par laquelle la Syrie est sommée de coopérer à l'enquête sur la mort de Hariri (sous-entendu : dans l'esprit du rapport Mehlis). Les USA et leurs laquais n'ont pas vraiment obtenu ce qu'ils voulaient, à savoir la menace de "sanctions" économiques et politiques en cas de "non-coopération". Cependant, la lâcheté de certains gouvernements (Russie et Chine en premier lieu, mais aussi Algérie et quelques autres pays du tiers-monde) permet encore une fois aux agresseurs de fêter bruyamment ce qu'ils considèrent comme une "victoire". On verra bien ce qui se passera le jour où Moscou, Pékin ou Alger seront à leur tour sur la sellette. L'absence totale de solidarité entre victimes présentes et victimes futures de l'impérialisme israélo-américain a quelque chose d'assez terrifiant.

  • 14 novembre 2005 : On apprend que Mehlis a offert la somme de 10 millions de dollars à Luai Zakra, un "terroriste" syrien incarcéré en Turquie et présenté comme le "numéro cinq d'Al-Qaïda", à condition que l'homme accuse le gouvernement de Damas d'être responsable de l'assassinat de Hariri. Zakra ayant refusé de "coopérer", Mehlis est à la recherche d'un nouveau "témoin à charge". Avant de s'adresser à Zakra, Mehlis, l'homme sans honte et sans scrupules, avait déjà tenté d'utiliser les "informations" d'un certain Zouhir Sedik, gangster syrien poursuivi pour escroquerie.

  • 23 novembre 2005 : Après avoir bombardé des localités du Liban sud proches de la région de Chebaa, l'aviation de l'Etat terroriste juif survole Beyrouth et largue des tracts de propagande anti-Hezbollah. Parallèlement, les incursions américaines en Syrie se multiplient depuis le territoire irakien occupé ; deux militaires syriens sont tués. Damas se garde bien de réagir aux provocations.

  • 1er décembre 2005 : Jamais deux sans trois - Hossam Taher Hossam, autre "témoin" présenté par Detlev Mehlis pour "étayer" la thèse de la "culpabilité" syrienne, se rétracte après avoir précisé que ses "aveux" ont été obtenus sous la torture. Déçu, Mehlis donne sa démission... mais ne change rien à son "rapport".

  • 12 décembre 2005 : Comme pour compenser le fiasco de leur "enquêteur", les terroristes néo-cons frappent une nouvelle fois : quatre personnes meurent à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée, dont Gebrane Tuéni, député maronite et PDG du quotidien An-Nahar. Si ce n'est pas un motif d'intervention...

    Autre "atout" des fauteurs de guerre israélicains : ils viennent de "découvrir un charnier"* à proximité d'un ancien centre des services de renseignement syriens au Liban. A la bonne heure - depuis la fin de la guerre de Yougoslavie, les mystifications du genre Srebrenica-Racak commençaient à nous manquer.

    * En fait de "charnier", c'était un cimetière ottoman vieux de trois siècles.

    Pour la petite histoire : Walid Joumblatt (le politicien libanais qui ne change jamais d'avis plus d'une fois par jour) est aujourd'hui contre les Syriens.

  • 23 janvier 2006 : John Bolton, le gangster qui représente la junte Bush à l'ONU, exige de la Syrie qu'elle désarme le Hezbollah libanais... mais oublie de préciser comment Damas devrait s'y prendre, maintenant qu'il n'y a plus de troupes syriennes au Liban.  On a l'impression d'entendre Sharon ordonnant à Arafat, séquestré à Ramallah, d'intervenir contre les "terroristes" du Hamas. Les ventriloques sionistes font vraiment la pluie et le beau temps à Washington et ne prennent même plus la peine de se cacher.

  • début février 2006 : A Beyrouth et à Damas, manifestations suite à la provocation danoise des caricatures de Mahomet. Spontanée au départ, la protestation dégénère bien vite grâce à l'action de nombreux agents sionistes présents sur place. Opération réussie : aux yeux de l'opinion publique occidentale, les musulmans ne sont plus les offensés mais les "coupables" ("fanatiques", "vandales", "terroristes").

  • mars 2006 : Le Hezbollah et le CPL (parti de Michel Aoun) ont opéré entre-temps un rapprochement politique et signent maintenant un document d'entente. Avec l'aide d'Amal, l'autre parti chiite, ils sont parvenus à empêcher la destitution du président Emile Lahoud (chrétien boycotté par la France et le bloc occidental) et à freiner l'ardeur des "antisyriens" dans l'affaire du meurtre de Rafic Hariri. Ces derniers, qui se réclament d'un "mouvement du 14 mars" né un an plus tôt lors de la manifestation de Beyrouth, se considèrent comme la "majorité gouvernementale" - ce qui ne veut pas dire grand-chose, compte tenu du système électoral en vigueur et du fait que "l'opposition" est elle aussi présente au gouvernement (exception faite d'Aoun qui a refusé d'y participer).

  • mai 2006 : Un attentat à la voiture piégée, commandité par Tel Aviv, tue un dirigeant du Djihad islamique palestinien à Saïda. Quelques jours plus tard, l'aviation israélienne attaque le sud du Liban et lance des bombes à fragmentation contre des localités proches de la frontière.

  • juin 2006 : La sécurité militaire libanaise démantèle un réseau terroriste israélien reponsable de l'attentat de Saïda et de quelques autres explosions criminelles plus anciennes. Encore un petit effort, et on connaîtra le nom des assassins de Rafic Hariri.

  • 5 juillet 2006 : Deux appareils de l'armée de l'air de Tel Aviv violent l'espace aérien syrien au-dessus de Lattaquié. Prétexte invoqué par l'Etat voyou juif : la Syrie héberge des dirigeants du Hamas, le parti politique palestinien vainqueur des élections de janvier 2006. Cette nouvelle provocation du régime sioniste coïncide avec l'agression militaire menée à Gaza.

    Suite... (l'agression du 12 juillet 2006)


Les réseaux terroristes israéliens au Liban  par le journaliste allemand Jürgen Cain Külbel (sur le site du Réseau Voltaire).


Le Liban de 1920 à 2005

  • 1920 : Vainqueurs de la Première Guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne se partagent le Proche-Orient, jusqu'alors partie intégrante de l'Empire ottoman vaincu. La France reçoit de la Société des Nations le "mandat" sur la Syrie (dont fait partie le Grand Liban).

  • 1922 : La France détache le Grand Liban de la Syrie. Ce territoire, que domine la bourgeoisie chrétienne maronite, a des "liens privilégiés" avec la France depuis le 19ème siècle, comme en témoigne son nouveau drapeau.

  • 1926 : Le Grand Liban devient la "République libanaise" et conserve son beau drapeau. Le pays restera dans le giron français jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

  • 1941 : Après la défaite de la France en mai 1940, troupes britanniques et forces françaises libres occupent le Liban ; violents combats contre les "troupes françaises du Levant" fidèles au traître Pétain.

  • 1943 : Le 22 novembre, l'indépendance est proclamée. C'est un compromis entre le maintien du "protectorat" français, souhaité par les chrétiens, et le rattachement à la Syrie, voulu par les musulmans.

  • 1946 : Retrait des troupes étrangères.

  • 1948 : Pendant la guerre israélo-palestinienne, les sionistes envahissent une partie du Liban, mais sont contraints de se retirer face à la réaction internationale. Les plans israéliens prévoient l'annexion de la région située au sud du fleuve Litani.

  • 1954 : Les Israéliens proposent de "partager pacifiquement" les eaux du Litani avec le Liban et la Syrie. (Bel exemple de chutzpah sioniste - à moins que ce ne soit de l'humour juif.)

  • 1958 : En juillet, l'armée américaine intervient à Beyrouth pour porter secours au président chrétien Camille Chamoun et empêcher l'adhésion du Liban à la République Arabe Unie nouvellement fondée par la Syrie et l'Egypte.

  • 1967 : Après la défaite arabe dans la guerre des six jours contre Israël, afflux de réfugiés palestiniens.

  • 1968 : Attaque terroriste israélienne contre l'aéroport de Beyrouth : 13 avions des Middle East Airlines et d'une autre compagnie libanaise sont détruits.

  • 1970-71 : Chassés de Jordanie, les combattants palestiniens de l'OLP se replient vers le Liban.

  • 1973 : En avril, raid israélien sur Beyrouth et assassinat de trois dirigeants palestiniens.

  • 1975 : Les immixtions incessantes de l'Etat juif au Liban finissent par provoquer une guerre civile qui durera jusqu'en 1990. Tout commence en avril 1975, à Beyrouth, lorsqu'un groupe armé chrétien attaque un bus et massacre 27 passagers musulmans, dont de nombreux Palestiniens. Le prétexte invoqué (attentat contre une église) sent la provocation à plein nez. Les milices chrétiennes, soutenues par Israël, se voient très vite confrontées à un front uni de toutes les forces musulmanes (sunnites, chiites, druzes) auxquelles viennent se joindre les Palestiniens.

  • 1976 : L'intervention de troupes syriennes dans la guerre civile libanaise fait apparaître les premiers désaccords au sein de l'alliance musulmane. Les services israéliens savent exploiter ces divisions à leur profit. Il n'est pas exclu que l'entrée de la Syrie dans le conflit libanais ait été le résultat de pressions américaines (Henry Kissinger) exercées à l'instigation d'Israël. (La Syrie, qui a toujours oscillé entre les deux blocs, penche alors du côté américain.) Quoi qu'il en soit, l'entrée en guerre de Damas provoque l'inverse de l'effet voulu : la situation empire, les alliés de 1975 vont bientôt se combattre les uns les autres - c'est tout à fait ce que veulent les sionistes.

  • 1977 : Les Israéliens ne se contentent plus de soutenir les milices chrétiennes mais interviennnent ouvertement dans le conflit en mettant en place une armée "sud-libanaise" de 3.000 hommes, sous le commandement de leur marionnette Saad Haddad.

  • 1978-81 : En mars 1978, Israël envahit le sud du Liban (jusqu'au fleuve Litani) et ne se replie que trois mois plus tard, confiant le "pouvoir" à Haddad. Parallèlement, l'Etat juif accentue son soutien aux milices chrétiennes phalangistes de Gemayel et les aide à anéantir leurs concurrents chrétiens des clans Chamoun et Frangieh. Les incursions israéliennes dans le sud du Liban sont incessantes.

    Comment le Mossad a assassiné Tony Frangieh - ou plutôt : comment il l'a fait assassiner par les tueurs du psychopathe Samir Geagea.

  • 1982 : En juin, invasion israélienne à grande échelle dans le but de s'emparer des ressources hydrauliques du Liban et de détruire les forces de l'OLP. L'armée sioniste bombarde Beyrouth et fait le siège des quartiers musulmans de l'ouest de la capitale. En août, les combattants de l'OLP doivent quitter le Liban pour la Tunisie. Les non-combattants (femmes, enfants, vieillards) restent sur place. En septembre, les phalangistes chrétiens massacrent 3.500 d'entre eux à Sabra et Chatila. L'armée israélienne, commandée par le général Sharon, fournit aux tueurs l'appui logistique dont ils ont besoin et assure le bouclage des camps de refugiés afin d'empêcher la fuite des victimes. (Prétexte avancé pour "justifier" la tuerie : l'assassinat, deux jours plus tôt, de Béchir Gemayel, chef phalangiste et "président" du Liban par la grâce d'Israël.)  Une force multinationale, composée de militaires américains, français et italiens, a été mise en place quelques semaines auparavant ; elle n'a pas empêché les massacres de Sabra et Chatila.

    C'est en 1982 que se crée le Hezbollah (Parti de Dieu). Il résulte d'une scission du groupe Amal (Espoir), jusqu'alors la seule grande organisation chiite libanaise. Les premiers militants du Hezbollah reprochent aux dirigeants d'Amal leur collaboration avec les phalangistes chrétiens et les occupants israéliens.

  • 1983 : La force multinationale soutient de plus en plus ouvertement le clan Gemayel. (Après l'assassinat du chef phalangiste Béchir Gemayel en septembre 1982, c'est son frère Amine qui lui succède à la tête du clan.)  Réaction : en avril 1983, un attentat à l'explosif détruit l'ambassade US à Beyrouth, où se trouvait le siège de la CIA pour tout le Proche-Orient. En septembre 1983, la force multinationale bombarde des positions druzes, intervenant ainsi directement dans les combats entre phalangistes et musulmans. Quelques semaines plus tard, à Beyrouth, des attentats contre des installations militaires des USA et de la France coûtent la vie à 240 marines et à 58 parachutistes français. Le message passe : la force multinationale se retire du Liban. (Ces attentats seront imputés au Hezbollah mais l'organisation chiite ne les a jamais revendiqués.)

  • 1983-85 : Israël concentre peu à peu ses troupes d'invasion dans le sud du Liban (zone dite de "sécurité"). L'occupation durera encore une quinzaine d'années. Dans la région de Beyrouth, Amal et ses milices chiites attaquent les Palestiniens que soutient le Hezbollah.

  • 1988 : La guerre civile continue, les alliances sont changeantes. Amine Gemayel, "président de la République" par la grâce des Occidentaux et d'Israël, nomme un nouveau "Premier ministre", le général Michel Aoun. Aoun est chrétien, alors que selon la constitution libanaise le poste revient à un sunnite ; d'ailleurs, il y a déjà un chef de gouvernement sunnite. Mais les extrémistes chrétiens, s'ils prétendent représenter le Liban, se fichent éperdument de la constitution. Ce qu'ils veulent depuis longtemps, c'est un Etat exclusivement chrétien, solidement ancré en Occident.  Aoun veut transformer la guerre civile libanaise en croisade antisyrienne (les Syriens ont 40.000 soldats au Liban). La capitale (bientôt un champ de ruines) est coupée en deux ; à Beyrouth-Est, il y a un "gouvernement" chrétien soutenu par Paris, Washington et Tel Aviv ; à Beyrouth-Ouest, un "gouvernement" musulman soutenu par Damas. Dans le monde arabe et musulman, on se sent contraint de prendre position. L'Iran se range du côté de la Syrie, alliée des milices chiites, en particulier du Hezbollah. L'Irak de Saddam Hussein, en guerre contre l'Iran depuis 1980 et partenaire privilégié des USA, prend parti pour le général Aoun.

    Dans le camp chiite, Amal lance une grande offensive contre le Hezbollah et échoue. A partir de là, le Parti de Dieu garde la main et devient le parti de la résistance anti-israélienne. Beaucoup de combattants quittent Amal pour rejoindre le Hezbollah dont l'influence ne cesse de s'étendre. Dans le sud, dans la plaine de la Békaa et dans les banlieues pauvres de Beyrouth, il prend de plus en plus la place de l'Etat inexistant, créant (avec l'aide financière de Damas et surtout de Téhéran) tout un réseau d'aide sociale qui assure sa stabilité.

    La guerre du Liban s'accompagne d'enlèvements de ressortissants occidentaux (plus de 150 en tout ; 10 d'entre eux trouvent la mort). Inutile de dire que la presse s'y intéresse infiniment plus qu'aux victimes libanaises de la guerre civile ou de la terreur israélienne. Bien qu'on ne sache pas exactement qui est à l'origine de ces rapts, la propagande sioniste les met presque tous sur le compte du Hezbollah, qui n'en a jamais revendiqué aucun. En réalité, il semblerait qu'une trentaine de groupes et groupuscules différents - pas toujours politiques et pas toujours libanais - soient impliqués dans ces actions.

  • 1989 : Signés en octobre, les accords de Taëf (Arabie Saoudite) mettent fin à la guerre civile au Liban et reconnaissent le rôle de la Syrie dans ce pays. Un retrait progressif des troupes syriennes est prévu par les accords, mais aucun calendrier n'est fixé. Quinze ans plus tard, Damas maintient encore un contingent de 14.000 hommes au Liban. Sans cette présence syrienne, il est probable que la guerre civile aurait repris depuis longtemps (en quinze ans, elle a coûté la vie à 150.000 personnes). Alors que les diverses milices sont dissoutes ou intégrées symboliquement aux "forces libanaises", le Hezbollah conserve ses unités combattantes indispensables pour tenir tête aux envahisseurs israéliens. Qui pourrait prendre leur place ? Une armée régulière libanaise n'existe pratiquement pas, et Damas veut à tout prix éviter une guerre directe avec Tel Aviv.

  • 1990-91 : Pour obtenir l'entrée de la Syrie dans la coalition anti-irakienne de la guerre du Golfe, les Etats-Unis (Bush père) laissent tomber le général Aoun et les extrémistes chrétiens libanais qui refusent de reconnaître les accords de paix. Washington permet ainsi à son allié de Damas de s'imposer au Liban. Aoun, contraint à l'exil va "se réfugier" en France en attendant des jours meilleurs. Après une longue "traversée du désert" (il se prend aussi un peu pour de Gaulle), Aoun deviendra en 2005 un des favoris de Bush fils et des néo-cons likoudiens pour le poste de président dans un Liban "démocratisé". Mais il se verra vite "disqualifié" à cause de sa nouvelle ligne politique (alliance avec le Hezbollah).

  • 1992 : Le sunnite Rafic Hariri est nommé Premier ministre. Il le restera jusqu'en 1998 et reviendra à la tête du gouvernement de 2000 à 2004. D'origine modeste, il devient homme d'affaires et s'enrichit en Arabie saoudite pendant la guerre civile libanaise. De retour au pays, il amasse plusieurs milliards grâce à la spéculation immobilière qui accompagne la reconstruction. Ses fonctions politiques lui facilitent la tâche. Ne serait-ce que par réalisme, Hariri a toujours accepté la présence syrienne au Liban comme un facteur de stabilité. Son assassinat, en février 2005, n'est certainement pas l'oeuvre de Damas - voir plus haut.

  • 2000 : Après 18 ans d'occupation et face à la résistance opiniâtre du Hezbollah, les envahisseurs israéliens doivent évacuer le Liban. Mais leurs crimes (20.000 civils arabes tués) restent impunis comme tous les autres. Contrairement à ce que prétend la propagande sioniste, le Hezbollah, au Liban sud, adopte une attitude strictement défensive, se contentant de répliquer par des tirs de roquette aux pilonnages israéliens en provenance de Galilée ou des Fermes de Chebaa - voir plus haut.

  • 2005 : Le 14 février, assassinat de Rafic Hariri.


Qui sont les terroristes ?  Farid Abboud, ambassadeur du Liban aux Etats-Unis en 2002, face à un crétin de la chaîne américaine Fox News (en français : Fausses News).

Le Hezbollah est-il une organisation terroriste ?   Les origines et la fondation d'un mouvement islamo-nationaliste, par Patrick Gillard (Oulala.net).

Depuis des années, avec l'aide du lobby sioniste, l'Etat d'Israël s'efforce de faire inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes (sans succès en ce qui concerne l'Europe : Jacques Chirac a encore rejeté une demande en ce sens le 14 février 2005, jour de l'assassinat de Hariri).  S'il faut inscrire quelqu'un sur cette liste, pourquoi ne pas commencer par y mettre les gouvernements terroristes de Bush et de Sharon ?...

Le Hezbollah est, en 2005, un parti tout aussi démocratique que n'importe quel autre parti libanais. Il est représenté au Parlement (avec 14 sièges sur 128) et au gouvernement (avec 3 ministres affiliés ou apparentés sur 24). Mais c'est aussi un mouvement de résistance armée contre la menace israélienne, et la société libanaise lui doit beaucoup, qu'elle le veuille ou non. Le Hezbollah a toujours respecté la diversité politico-religieuse du Liban et n'a jamais tenté d'établir un régime islamique - ni dans les zones où il est très influent, ni dans le reste du pays. C'est la propagande israélienne qui essaie de nous persuader du contraire.




La Syrie de 1917 à 2005

  • 1917 : Soulèvement arabe contre la domination ottomane. Arrivée des forces britanniques.

  • 1918 : La Grande-Bretagne met en place une administration militaire arabe.

  • 1919 : Les Français prennent le contrôle du territoire en septembre 1919.

  • 1920 : En mars 1920, contre la volonté des Occidentaux, un certain Faysal proclame le "Royaume de Syrie" et monte sur le trône. Trois mois plus tard, il est détrôné par l'armée française et s'exile en Irak. La population locale continue de résister contre l'occupation. La France se fait attribuer par la Société des Nations le "mandat" sur la Syrie et divise le pays en cinq provinces : Damas, Alep, Lattaquié, le Djebel druze et le Grand Liban.

  • 1922 : Le Grand Liban est séparé de la Syrie.

  • 1925-27 : Révoltes contre l'occupant français.

  • 1932 : Création d'une "République de Syrie" sous la houlette de la France.

  • 1941 : Après la défaite française de 1940 face à l'Allemagne, occupation de la Syrie par les troupes britanniques auxquelles se sont jointes des forces de la France libre ; violents combats contre les "troupes françaises du Levant" fidèles au traître Pétain. Proclamation de "l'indépendance", qui ne deviendra effective qu'en 1946.

  • 1945 : En mai, soulèvement contre l'occupation étrangère.

  • 1946 : Le 17 avril, indépendance effective. Retrait des troupes françaises et britanniques.  Fondation du parti Baas (pan-arabe et socialiste). Son objectif est d'établir l'unité du monde arabe sur des bases laïques et progressistes. Il sera actif non seulement en Syrie mais aussi en Irak.

  • 1958 : Union avec l'Egypte de Nasser. La République Arabe Unie ne survivra que jusqu'en 1961.

  • 1963 : La parti Baas accède au pouvoir.

  • 1967 : En juin, guerre des six jours. Israël s'empare du Golan, ce qui lui permet d'exercer le contrôle sur les ressources en eau de la région (Jourdain, Yarmouk, rive orientale du lac de Tibériade, pentes du Mont Hermon).

  • 1970 : Le général Hafez Al-Assad devient président.

  • 1972 : Formation d'une Fédération arabe entre la Syrie, l'Egypte et la Libye. Elle sera dissoute en 1977.

  • 1973 : En octobre, la guerre du Kippour contre Israël permet à la Syrie (et sourtout à l'Egypte) de laver l'affront de 1967. Après cette victoire toute relative, la Syrie entreprend de se rapprocher des Etats-Unis et de faire la paix avec l'Etat juif. Elle récupèrera plus tard une partie du Golan.

  • 1976 : Pour des raisons assez obscures, la Syrie intervient dans la guerre civile du Liban à un moment où les forces musulmanes de ce pays ont le dessus. Cette intervention provoque l'inverse de l'effet voulu : la guerre civile s'étend et l'alliance islamique se désagrège. Il n'est pas exclu que l'entrée de la Syrie dans le conflit libanais ait été le résultat de pressions américaines exercées à l'instigation d'Israël. Henry Kissinger, Juif sioniste pro-israélien, était à l'époque ministre américain des Affaires étrangères.

  • 1980 : La Syrie signe un traité d'amitié avec l'URSS.

  • 1982 : Quelques mois après l'assassinat du président égyptien Sadate par les Frères musulmans, ce groupe islamiste déclenche, à Hama, un soulèvement contre le gouvernement syrien ; les armes sont fournies par l'Occident, l'argent par l'Arabie Saoudite, le tout est coordonné par les services israéliens. Après des semaines de combats, on dénombre plusieurs milliers de morts - détails. Vaincus, les terroristes quittent le pays mais ils reviendront trente ans plus tard.

  • 1989 : Les accords de Taëf (Arabie Saoudite), qui mettront fin à la guerre civile au Liban, reconnaissent le rôle de la Syrie dans ce pays. Les extrémistes chrétiens libanais du général Aoun continuent de "résister".

  • 1990-91 : Pour obtenir l'entrée de la Syrie dans la coalition anti-irakienne de la guerre du Golfe, les Etats-Unis (Bush père) laissent tomber Aoun et permettent à Damas de s'imposer au Liban.

  • 2000 : Décès de Hafez Al-Assad après trente ans de pouvoir (il avait été "réélu" président en 1999 avec 99,9 % des voix - ce qui est mieux que George Bush, mais moins brillant que Saddam Hussein). Son fils Bachar Al-Assad prend sa succession.

  • 2001-2005 : Après le 11 septembre 2001, bien qu'alliée des Etats-Unis,* la Syrie se voit soumise à des attaques verbales de plus en plus virulentes. Conformément au scénario du Clean Break, les Likoudiens lui reprochent son soutien au Hezbollah libanais, qui lui-même appuie la résistance palestinienne. Les néo-cons déplorent en outre une "alliance de fait" du gouvernement de Damas avec celui de Téhéran (attention : "Axe du Mal"). En 2004, le Congrès des Etats-Unis - presque totalement à la solde d'Israël - vote une loi "exigeant" le retrait des troupes syriennes du Liban et infligeant des "sanctions" économiques. En février 2005, après l'assassinat (par le Mossad) de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, les menaces d'agression contre la Syrie prennent un tour plus concret.

    * A l'occasion. Damas collabore avec Washington dans le cadre la "lutte contre le terrorisme" et de la "délocalisation" de la torture (par exemple dans le cas du Canadien Maher Arar).


Groupes religieux en Syrie : 90 % de musulmans (dont 80 % de sunnites, 7 % d'alaouites, 2 % de druzes) et 10 % de chrétiens (orthodoxes grecs, orthodoxes arméniens, catholiques arméniens). Etat laïque.


Voir également nos pages sur le conflit palestino-israélien et sur la guerre d'Irak.




I : Liban - Préparatifs - 2005-2006     II : Liban - Agression et résistance - juillet-août 2006

III : Liban - Cessez-le-feu et paix incertaine - 2006-2010     IV : Syrie - Guerre terroriste - 2011-2012     V : 2013     VI : 2014




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