GUY MÔQUET VU DE L'AN 2007


- Résistance / Deuxième Guerre Mondiale -




"Pour comprendre le présent, il faut connaître le passé."



(1924-1941)


Pourquoi Guy Môquet ?   On ne choisit pas son époque
Il avait le tort de ne pas s'appeler Anne Frank   "Il n'a jamais été résistant"
"Son parti a trahi la France"   "Kommunist, pas Français"
Chronologie 1914-1945



La décision de Sarkozy de faire lire dans les écoles la lettre d'adieu de Guy Môquet, jeune militant communiste arrêté en octobre 1940 par la police collabo et fusillé un an plus tard par les nazis à Châteaubriant (Loire-Atlantique), à l'âge de 17 ans, a déclenché en France une interminable discussion.


Pourquoi Guy Môquet ?

Il s'agit, bien sûr, d'un cas flagrant de récupération politique. Un président de droite joue à "l'ouverture" en s'appropriant - de façon tout à fait superficielle - quelques "symboles" de gauche. Jean Jaurès et Léon Blum, morts depuis longtemps, subissent en gros le même sort que Guy Môquet*, tandis que plusieurs dirigeants du PS actuel acceptent d'entrer, de leur vivant et en toute connaissance de cause, au service du nouveau locataire de l'Elysée. Mais qu'on se rassure, Sarkozy n'a pas retourné sa veste, il n'a nullement l'intention d'amorcer un virage à gauche. Il veut seulement faire croire qu'il est le président "de tous les Français".

* A Neuilly-sur-Seine, cette banlieue huppée dont Sarkozy a longtemps été le maire, il n'y a ni rue Jean-Jaurès (alors que presque toutes les communes de France en ont une), ni rue Léon-Blum (on s'en passe aisément), et encore moins de rue Guy-Môquet. Il n'y a même pas de rue de la République, c'est tout dire... Il y a bien, en revanche, une avenue Charles-de-Gaulle, baptisée ainsi par les prédécesseurs de Sarkozy, mais en voyant la docilité pro-américaine et pro-sioniste du nabot qui ose se réclamer de lui, le général doit se retourner dans sa tombe.

On peut se demander pourquoi le petit aristo de Neuilly* a jeté son dévolu sur un jeune prolo des Batignolles.** Mystère... Peut-être a-t-il confondu Guy Môquet et Guy Mollet. En 1981, Mitterrand avait bien pris Norman Mailer pour Arthur Miller. Ce sont des choses qui arrivent. (En tout cas, si l'on devait, en 2007, choisir entre Mollet et Môquet pour baptiser une station de métro, le choix serait clair - heureusement que Môquet a déjà sa station depuis 1946. Quant à Guy Mollet, l'homme sans principes, s'il avait vécu aujourd'hui, il aurait certainement été le premier socialiste à rallier Sarkozy.)

* De son vrai nom Sarközy de Nagy-Bocsa, "issu par son père d'une famille de la petite noblesse hongroise anoblie en 1628 par l'empereur Ferdinand II de Habsbourg" (Wikipédia).

** Bien que lycéen - presque un "privilège" à une époque où la plupart des jeunes finissent l'école à 14 ans - Guy Môquet est d'origine très modeste. Son père, Prosper Môquet, a d'abord été garçon de ferme en Normandie puis cheminot dans le 17ème arrondissement de Paris. Militant syndical et politique, il est député depuis 1936. Mais cette fonction ne lui apporte aucun avantage financier : comme tous les élus communistes, il reverse son indemnité parlementaire à son parti et ne conserve que l'équivalent d'un salaire d'ouvrier qualifié. (Prosper Môquet est déchu de son mandat et arrêté en octobre 1939 sous le gouvernement Daladier, donc un an avant son fils. Plus chanceux que celui-ci, il est envoyé en mars 1941 au bagne de Maison-Carrée près d'Alger, d'où il sera libéré en 1943 après le basculement de l'Algérie dans le camp de la France libre du général de Gaulle.)


La mémoire des morts pour mieux oublier les vivants


On ne choisit pas son époque

Si Guy Môquet revenait subitement sur terre en 2007, il serait bien surpris de voir dans quel misérable état se trouve notre société, plus éloignée que jamais de ce qu'il imaginait pour l'avenir. Notre revenant aurait tout de l'anti-héros, ringard de la tête aux pieds : cravate et costard du dimanche, pas de boucles d'oreilles, pas d'anneau dans le nez, le crâne même pas rasé, pas tatoué, pas percé, pas drogué, pas pédé - l'horreur !...  En plus de cet insurmontable handicap, une méconnaissance totale de tout ce qui fait un bon militant "de gauche" en 2007. Le "stal" qui ne sait même pas qu'il l'est. Le "coco" qui ignore que "l'islamo-fascisme" menace le monde et que les Etats-Unisraël [les judéo-fascistes] sont l'incarnation de la civilisation démocratique. Il n'a même pas lu Orwell, il est mort avant...  Il n'a pas signé la pétition pour le Darfour, n'a pas défilé pour la Birmanie, ne sait même pas où se trouve la Tchétchénie, n'a jamais entendu parler du réchauffement-climatique-dû-à-l'activité-humaine et n'a jamais manifesté pour "l'homoparentalité" [en français normal : le libre accès à la chair fraîche].  D'où il sort, ce mec ?...


Guy Môquet avait le tort de ne pas s'appeler Anne Frank

Sarkozy, en supposant qu'il ait su ce qu'il faisait, n'a pas eu la main très heureuse avec Guy Môquet. Chacun sait depuis longtemps qu'il y a de bonnes et de mauvaises victimes du nazisme - en fait, les mauvaises sont cinq fois plus nombreuses, mais cela tout le monde l'ignore. Quand la victime est "bonne", on dit qu'elle a péri dans l'Holocauste, on la sanctifie, on lit ses textes en classe, sans contestation, sans chahut, sans murmure. Môquet, lui, n'était pas juif : on peut donc s'en donner à cœur joie. Les protestations fusent de toutes parts.  Rendre hommage à un communiste ?  Et puis quoi encore !...

Refuser de lire à ses élèves la lettre de Guy Môquet, c'est un acte de résistance. Refuser de leur lire des passages du journal d'Anne Frank, c'est du négationnisme antisémite puni par la loi.


"Guy Môquet n'a jamais été résistant"

C'est ce qu'on peut lire un peu partout dans la presse et sur Internet. On nous raconte qu'il ne pouvait pas l'être puisque son parti, le PCF, était l'allié de Hitler depuis la signature du pacte germano-soviétique, fin août 1939. Or, comme on peut le voir plus bas, ce pacte, qui n'impliquait aucun changement idéologique (ni de la part de Moscou, ni de la part de Berlin), n'a été que la conséquence logique et l'aboutissement inévitable d'une politique occidentale visant à isoler l'URSS pour la livrer plus tard aux appétits du régime nazi. Malgré les apparences, les "démocraties" de Paris et de Londres n'ont jamais pu s'accommoder de l'existence de la Russie soviétique et ont espéré que Hitler les en débarrasserait (et qu'il les débarrasserait par la même occasion de syndicats ouvriers trop revendicatifs).

Pour les classes possédantes françaises, le nazisme n'a jamais incarné le mal, bien au contraire - du moins jusqu'en 1945. En revanche, le communisme soviétique a toujours représenté une menace potentielle, susceptible de mettre fin à leur domination. Inutile de préciser que ce n'est pas l'absence d'élections "libres" en URSS ou la brutalité de Staline qui gênait en quoi ce soit la grande bourgeoisie française. S'il en avait été ainsi, elle aurait commencé par balayer devant sa porte, en accordant le droit de vote aux femmes (ce qui ne s'est fait qu'en 1945), en renonçant à lancer ses flics et ses gardes mobiles contre les grévistes, et en se séparant de son empire colonial. Non, ce que l'URSS avait de gênant, c'était l'attrait que ce régime pouvait exercer - malgré les excès de Staline - sur de modestes travailleurs français.

On reproche aux communistes de n'être pas entrés en résistance à une époque où presque personne ne résistait, et surtout pas de façon organisée. En fait, les communistes n'ont pas attendu, pour agir, que l'Allemagne nazie attaque l'Union soviétique en juin 1941. Ils n'ont même pas attendu 1939-1940. Ils ont résisté contre le fascisme dès 1936, en défendant l'Espagne républicaine contre Franco et ses alliés. On ne peut pas en dire autant de tous les donneurs de leçons.


"Le parti de Guy Môquet a trahi la France"

Cette accusation grotesque, avant d'être reprise mécaniquement par des générations entières d'anticommunistes conscients ou inconscients, a été lancée tout d'abord par des gens dont l'activité politique n'a été que complaisance vis-à-vis du fascisme et, à des degrés divers, trahison des intérêts de la France et de ses alliés. La chronologie ci-dessous contient une bonne douzaine d'exemples de ces comportements honteux. Etrangement, c'est chez les anciens pétainistes et collabos, et chez leurs fidèles successeurs, que l'on entend le plus fréquemment "l'argument" de la "trahison communiste"...

Quand il fut arrêté à la gare de l'Est, en octobre 1940, Guy Môquet distribuait des tracts dont on ne connaît pas la teneur exacte, mais qui devaient certainement déplaire à l'occupant et à ses complices français, sinon ils ne l'auraient pas jeté en prison. S'il avait fait l'éloge de la collaboration franco-allemande et de l'"idylle" germano-soviétique, comme on le reproche à son parti, Môquet aurait très vite été remis en liberté avec les félicitations du commissaire. Or à cette époque, et depuis plus d'un an, la situation des communistes était radicalement différente - peu importe qu'ils aient été simples militants, comme Guy Môquet, ou responsables politiques comme son père, député "déchu" du 17ème arrondissement (voir plus bas).

Bien sûr, on dira qu'un tract, ce n'est pas de la résistance. Mais le chemin est long jusqu'à la lutte armée, surtout lorsqu'on ne dispose pas d'armes. La France de 1940 n'est absolument pas comparable avec l'Irak de 2003, où les actions de guérilla contre l'occupant ont été immédiates. Les patriotes irakiens ont eu le temps de se préparer (avec l'aide du gouvernement de Saddam Hussein) bien avant que l'invasion américaine ne commence. Rien de tel à Paris. Même plus tard, en août 1941, lorsque le colonel Fabien abattit son premier "boche" au métro Barbès, et même encore en 1944, à la Libération, on manquait parfois d'armes - du moins chez les résistants communistes, car les gaullistes, eux, bénéficiaient de parachutages réguliers.

Le geste de Guy Môquet, huit mois avant l'entrée en guerre de l'URSS, prouve que les communistes résistaient déjà comme ils le pouvaient. Et les actes similaires, nécessairement anonymes et peu "héroïques", n'étaient pas rares : collage d'affiches ou de papillons, lâchers de tracts dans les cinémas, interventions bruyantes pendant la projection des actualités, etc...  Le 11 novembre 1940, des étudiants et lycéens communistes manifestèrent à l'Etoile : voir ce tract...  Il y eut, avant juin 1941, au moins deux appels à la résistance émanant de dirigeants communistes. Le premier, rédigé par Charles Tillon, date du 17 juin 1940 (un jour avant l'appel du général de Gaulle). L'autre, du 10 juillet 1940, est de Jacques Duclos*. Il est vrai que ces messages n'ont pas dû atteindre beaucoup de Français durant les premiers mois de l'occupation - pas plus d'ailleurs que ne l'a fait l'appel du 18 juin.

* L'appel de Duclos, beaucoup moins clair que celui de Tillon quant à l'attitude à adopter vis-à-vis de l'occupant, encourage néanmoins à créer un "front de la liberté, de l'indépendance et de la renaissance de la France" et proclame "qu'il n'y a de paix véritable que dans l'indépendance des peuples". Tillon, qui a des comptes à régler avec Duclos, reprochera trente ans plus tard à ce dernier d'avoir joué la carte du "légalisme" politique entre juin et octobre 1940, et d'être ainsi responsable de l'arrestation de milliers de militants communistes (dont Guy Môquet). Lire ici : Après la défaite, premières actions de résistance.

Autres exemples de résistance communiste de cette période, évoqués par l'historien Gilbert Badia dans son livre Histoire de l'Allemagne contemporaine (1964) : grève d'une usine d'armenent d'Issy-les-Moulineaux travaillant pour la Wehrmacht (avril 1941), grève politique des mineurs du Nord (mai 1941, 100.000 grévistes*), fondation des FTP - Francs-Tireurs et Partisans (mai 1941), précédée, dès l'automne 1940, de la création des groupes armés clandestins de l'OS - Organisation spéciale de combat**. Des rapports de la police allemande signalent, en janvier 1941, que le PC organise le collectage d'armes provenant des stocks de l'armée française. En février 1941, il est question d'actes de sabotage contre les installations militaires allemandes.

* La répression sera terrible : 450 arrestations, 245 déportations.

** Un des premiers groupes de l'OS fut mis en place par Fabien dans la région de Marseille.


Un texte diffusé par le parti communiste à l'occasion du 1er mai 1941 a pour thème : "Ni la soumission à l'impérialisme allemand, ni la collaboration." Le 15 mai, le PCF clandestin propose la "création d'un large Front national de lutte pour l'indépendance de la France". A peu près au même moment, on lit dans une brochure de Gabriel Péri (journaliste à L'Humanité, fusillé quelques mois plus tard) :"Les communistes luttent pour libérer le sol de la Patrie de l'occupation nazie."  De la trahison, tout cela ?...

Une tactique souvent utilisée ces derniers temps consiste à opposer le PCF ("abominables traîtres") au jeune Guy Môquet (plein de bonne volonté, mais naïf et "exploité par les hommes de Moscou"). Môquet trop jeune pour savoir ce qu'il faisait, mais assez mûr pour être fusillé ?...  A une époque où la conscience politique n'existe plus - quel que soit l'âge - et où l'engagement ne se conçoit que pour des causes bidon (lutte anticlimatique ou "sauvetage" de faux orphelins au profit de cercles pédophiles ou de trafiquants d'organes), Guy Môquet ne peut passer que pour un ébloui ou un fanatique. Or, il n'a pas une tête de fanatique... - quoique certains milieux sionistes n'hésitent pas à prétendre - sans preuves, cela va de soi - qu'il avait en sa possession un tract dénonçant... les Juifs. Il est plus facile de scander "Communistes = Nazis = Antisémites" que de se pencher sur le rôle abject joué par les fascistes juifs (collaboration SS-Haganah, UGIF, etc.) à une époque où des dizaines de milliers de Juifs antisionistes, bien souvent communistes, combattaient le fascisme.


"Kommunist, pas Français..."

C'était un des slogans préférés des nazis* (et de leurs assistants) durant les premiers mois de l'occupation, alors que les pillages systématiques n'avaient pas encore commencé et que le commandement de la Wehrmacht recommandait au soldat allemand d'être bien poli envers les civils et se céder sa place aux femmes enceintes dans le métro. On distinguait alors entre les "bons" Français (ceux qui obéissaient) et les autres. Inutile de préciser qu'un communiste faisait toujours partie de la seconde catégorie.

Lorsque les occupants introduisirent le système des "otages", qui consistait à exécuter un certain nombre de détenus pour chaque Allemand tué ou blessé par la Résistance, on prit tout d'abord les communistes qu'on avait sous la main, qu'ils aient été arrêtés sur l'ordre d'Edouard Daladier (dès septembre 1939), de Paul Reynaud et Georges Mandel (à partir de mars 1940), de Philippe Pétain (à partir de juin 1940) ou des autorités d'occupation (à partir de la même date). Parmi ces "otages" figuraient, entre autres, les 27 fusillés de Châteaubriant du 22 octobre 1941 (dont faisait partie Guy Môquet), les 21 de Nantes fusillés le même jour et les 100 fusillés du Mont-Valérien du 15 décembre 1941.

* L'écrivain Louis Aragon écrit que lorsque les corps des martyrs de Châteaubriant furent mis en bière, " l'un des cadavres était trop grand pour la caisse. Un Allemand prit une barre de fer pour l'y faire entrer. Comme le fossoyeur municipal, qui était présent, protestait, l'autre cria : « Kommunist, pas Français ! » " - texte complet.



Qu'on nous pardonne si c'est un peu long...

Avant de porter un jugement sur Guy Môquet et sur la politique de son parti en 1939-40, il est nécessaire de connaître la chronologie des événements politiques de l'entre-deux-guerres - ce qui, vu la complexité du sujet, ne peut malheureusement pas se récapituler en trois lignes :


CHRONOLOGIE 1914-1945
  • Août 1914 :  La Première Guerre mondiale éclate entre - d'une part - la France, la Grande-Bretagne et la Russie tsariste et - de l'autre - l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Empire ottoman et l'Italie (ce pays changera de camp un peu plus tard). L'Allemagne, qui n'existe comme Etat unifié que depuis 1870, veut faire réviser en sa faveur le partage colonial du monde, notamment en Afrique. La France, amputée depuis 44 ans de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine et le regard fixé sur la "ligne bleue des Vosges", veut prendre sa revanche. La Russie, l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman, conglomérats multinationaux secoués par de multiples revendications indépendantistes, espèrent que la guerre contribuera à les consolider. La Grande-Bretagne, au sommet de sa puissance, craint pour son empire colonial. Les Etats-Unis resteront à l'écart du conflit jusqu'en 1917 et n'interviendront qu'après que leurs alliés européens (Angleterre, France) se soient épuisés. Après 1918, les USA prendront la relève comme première puissance du monde.

    Quelques années auparavant, l'opposition pacifiste à la guerre impérialiste qui s'annonce est encore très vive, animée par les partis socialistes et sociaux-démocrates. Mais petit à petit les dirigeants des partis ouvriers trahissent et se rangent derrière leurs bourgeoisies respectives. Ceux qui ne sombrent pas dans l'union sacrée, la collaboration de classe et la trahison sont soit assassinés (comme le Français Jean Jaurès), soit emprisonnés (comme les Allemands Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg), soit en exil (comme les Russes Lénine et Trotski).

  • 1917 :  La guerre, qui ne devait durer que quelques semaines, s'étire en longueur et devient extrêmement meurtrière (on comptera plus de 8.000.000 de morts, surtout des militaires). Des mutineries spontanées éclatent dans l'armée française. Pour "rétablir l'ordre", le général Pétain fait fusiller "pour l'exemple" des soldats pris au hasard dans les régiments révoltés...  En Russie, la révolution triomphe en février. La monarchie est abolie et remplacée par un gouvernement bourgeois (Kérenski), mais la guerre se poursuit. Lénine quitte son exil suisse en avril et rentre clandestinement en Russie (les autorités allemandes lui permettent de traverser leur territoire car elles savent qu'en cas de victoire de sa part, il fera la paix sur le front oriental). Lénine est à la tête du parti social-démocrate majoritaire de Russie (en russe, majoritaire se dit bolchevik). En octobre-novembre 1917, les bolcheviks prennent le pouvoir à Pétrograd (Saint-Petersbourg). Appuyé par les conseils (en russe : soviets) de soldats et ouvriers russes, Lénine déclare la paix à l'Allemagne et à ses alliés.

  • Mars 1918 :  Les négociations de paix russo-allemandes s'avèrent difficiles. L'Allemagne profite de la situation pour arracher de vastes territoires à la Russie (traité de Brest-Litovsk). Parallèlement, plusieurs provinces russes dominées par des forces nationalistes et contre-révolutionnaires soutenues par l'étranger, proclament leur indépendance : la Finlande (grand-duché de l'Empire russe depuis 1809), la Pologne (dont la partie orientale est russe depuis la fin du 18ème siècle), les pays baltes (russes depuis Pierre le Grand - vers 1700).

  • Novembre 1918 :  La Première Guerre mondiale se termine sur la défaite de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman. Dans l'esprit de Lénine et de Trotski, la révolution russe devait être suivie d'autres révolutions dans le reste de l'Europe, afin de former une grande République socialiste universelle. Des tentatives ont bien lieu en Allemagne, en Autriche et en Hongrie, mais elles sont réprimées avec l'aide des partis sociaux-démocrates. A Berlin, Liebknecht et Luxemburg sont assassinés par les Corps-francs, des groupes réactionnaires armés, précurseurs du fascisme. Un peu partout en Europe, des scissions interviennent dans les partis sociaux-démocrates ou socialistes ; des partis communistes se constituent (KPD en Allemagne, PC en France après le Congrès de Tours de 1920). En France, la scission politique s'accompagne, en 1921, d'une scission syndicale (CGT réformiste et CGTU révolutionnaire).

  • 1919-1921 :  En Russie, guerre civile doublée d'une intervention étrangère à grande échelle. L'armée rouge mise en place et dirigée par Trotski, doit faire face aux armées blanches contre-révolutionnaires soutenues par la Grande-Bretagne (Ukraine, mer Noire, Caucase), la France (Pologne, où se "distingue" le capitaine de Gaulle) et même par les troupes les plus "sûres" des pays vaincus (Allemagne, Autriche). L'intervention étrangère et la terreur blanche ne sont pas faites pour inciter le nouveau régime à la "démocratie" de type occidental. La situation est un peu comparable à celle de la France révolutionnaire assiégée, avec ses Chouans aidés par l'Angleterre et les armées d'invasion des coalisés de Coblence. La contre-révolution des ci-devant et des cléricaux français a produit 1793 et le jacobinisme de Robespierre ; la contre-révolution russe produit le communisme de guerre (mais sans le 9 thermidor).

  • 1922 :  Les forces révolutionnaires russes parviennent peu à peu à s'imposer, mais les bolcheviks doivent se rendre à l'évidence : leurs camarades européens ne sont pas venus à leur secours, la révolution universelle sera pour plus tard. Les partis communistes créés un peu partout sont affiliés à l'Internationale communiste (Komintern) dont le siège est à Moscou. Ils sont en fait des sections de cette Internationale. Le PC français s'intitule PC-SFIC (pour section française de l'Internationale communiste). Bien sûr, le parti socialiste se présente sous un sigle analogue qu'il conservera jusqu'en 1971 (SFIO ou section française de l'Internationale ouvrière). La seule différence, c'est que l'Internationale ouvrière (fondée par Marx) n'existe plus que sur le papier et ne décide pas vraiment de la politique que doivent suivre les divers partis socialistes. L'Internationale communiste, elle, définit la ligne politique de ses membres et n'admet aucune entorse à la discipline.

    En 1922, création de l'URSS, dont la Russie n'est qu'une des républiques. La Finlande et les pays baltes sont indépendants, de même que la Pologne, reconstituée à partir des morceaux repris à l'Allemagne (Poznan), à l'Autriche-Hongrie (Cracovie, Lvov) et à la Russie (Varsovie, Vilnius). Comme tous les Etats nés du traité de Versailles de 1919 (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, etc.), la Pologne est très hétérogène. Elle comprend des régions où vit une forte population lituanienne, ukrainienne, biélorusse, juive ou allemande.



    La Pologne vers 1922


    L'Allemagne après la Première Guerre mondiale
    (Cartes : Atlas historique Larousse)

    Toujours en 1922, Mussolini prend le pouvoir à Rome, établissant le premier régime fasciste en Europe. Le mot fasciste vient de fascio (faisceau), qui est à la fois l'emblème du mouvement et le nom donné aux groupes de combat de celui-ci. Plus tard, fascisme deviendra un terme générique pour désigner toute dictature d'extrême droite érigée ou soutenue par le grand capital, à commencer par le national-socialisme allemand, qui est bien national mais n'a absolument rien de socialiste - bien au contraire.

  • 1923 :  A Munich, tentative de putsch infructueuse d'un groupuscule d'extrême droite dirigé par Adolf Hitler. En prison (prison dorée), Hitler écrit son livre Mein Kampf (Mon Combat), dans lequel il expose les principes du national-socialisme : abrogation du traité de Versailles et revanche allemande, supériorité de la "race" germanique, conquête d'un nouvel "espace vital" en Europe de l'Est. Hitler désigne clairement ses ennemis : les Slaves, les bolcheviks, les Juifs et les Français (ennemis héréditaires de l'Allemagne). Il rêve par contre d'une alliance avec l'Angleterre. Dans les années qui suivent, le parti hitlérien (NSDAP), généreusement financé par le grand capital allemand* qui trouve la droite traditionnelle trop molle, devient une organisation de masse dotée de puissants groupes paramilitaires (SA et SS). Après 1933, industriels et banquiers seront largement récompensés (anéantissement du mouvement ouvrier, réarmement, pillage de l'Europe).

    * En octobre 1931 sera fondé le Harzburger Front, une alliance regroupant le NSDAP, diverses ligues d'anciens combattants d'extrême droite, le magnat de la presse Hugenberg, des industriels de la Ruhr, un ex-président de la Reichsbank, un général de l'ancienne Reichswehr et le fils de l'empereur déchu.

    Le sens profond du salut hitlérien :

    Petit nazi deviendra grand
    Si tu lui donnes beaucoup d'argent

    (photomontage de John Heartfield - 1932)

  • 1924 :  Lénine meurt des suites d'une longue maladie. Contrairement à ce qu'avait prévu - paraît-il - le chef révolutionnaire, ce n'est pas Trotski qui lui succède, mais Staline. Trotski préconise la "révolution permanente" à l'échelle mondiale, tandis que Staline se résigne à la "construction du socialisme dans un seul pays". Le "dissident" sera contraint à l'exil en 1929 et assassiné au Mexique en 1940, à l'instigation de son rival. Nul ne peut dire ce qui se serait passé si Trotski l'avait emporté sur Staline. Quoi qu'il en soit, celui-ci va progressivement éliminer, dans les années qui suivent, tous les anciens chefs bolcheviks de 1917 et établir sa dictature personnelle.

  • 1932 :  La division entre socialistes et communistes, qui perdure depuis la fin de la guerre, semble plus insurmontable que jamais - du moins au sommet. Pour Moscou et les états-majors communistes, les socialistes/sociaux-démocrates sont des "sociaux-fascistes" qui ne valent pas mieux que les nazis. Pour les dirigeants socialistes, Staline et Hitler sont des frères jumeaux. A la base, heureusement, les militants sont moins sectaires et font souvent grève ensemble. Quant aux gouvernements occidentaux, pas de changement depuis 1917 : malgré la normalisation des relations diplomatiques, l'URSS reste pour eux l'ennemi numéro un, le régime à abattre. Le fascisme, variante radicale du capitalisme, est un moindre mal, voire une option possible.

  • 30 janvier 1933 :  Hitler accède au pouvoir et établit aussitôt sa dictature. Les partis de gauche allemands SPD et KPD, profondément divisés, sont éliminés en quelques semaines, de même que les syndicats. Le patronat français est admiratif, tout comme une bonne partie de la caste politique. En juin 1933, le gouvernement de Paris signe un "Pacte à quatre pour la paix" avec Berlin, Rome et Londres. C'est un premier geste d'apaisement vis-à-vis de l'Allemagne fasciste et une façon d'isoler l'URSS, qui cherche à établir des alliances au sein de la Société des Nations (le précurseur de l'ONU).

  • Février 1934 :  Le 6 février, émeute fasciste à Paris. Les ligues d'extrême droite (Action française, Camelots du Roi, Croix-de-feu, etc.) aimeraient reproduire en France ce qui a si bien réussi en Allemagne. Mais le coup de force échoue ; il y a 17 morts. Le 9 février, réaction commune SFIO-PC ; la manifestation est réprimée par la police (neuf morts). Le 12, grève générale organisée par la CGT (pro-socialiste) et la CGTU (pro-communiste). C'est le premier signe d'un rapprochement à gauche, annonciateur du Front populaire. Imposée par la base, l'unité d'action est progressivement acceptée, puis récupérée, par les états-majors politiques. Le Komintern finit par donner son accord ; à Moscou, on semble avoir découvert d'où vient le véritable danger et tiré les leçons de la débâcle allemande. Les dirigeants socialistes français, quant à eux, comprennent l'intérêt présenté par l'électorat communiste comme force d'appoint.

  • 14 juillet 1935 :  Naissance officielle du Front populaire, regroupant le PC, la SFIO et le parti radical-socialiste. Rapprochement entre la CGT et la CGTU ; la réunification syndicale aura lieu en mars 1936.

  • 1935-36 :  L'Italie fasciste, déjà puissance coloniale en Libye, en Somalie et en Erythrée, part à la conquête de l'Abyssinie (Ethiopie). La France et l'Angleterre n'y voient pas d'inconvénient, leurs empires coloniaux n'étant pas mis en cause. L'URSS proteste à la Société des Nations.

  • Mars 1936 :  Alors que le traité de Versailles prévoit que la Rhénanie restera zone démilitarisée, Hitler donne l'ordre à ses troupes de réoccuper cette région. Londres et Paris s'abstiennent de toute réaction. L'année précédente, l'Allemagne a rétabli le service militaire obligatoire (également en violation du traité) et rattaché la Sarre au Reich (après plébiscite).

  • 3 mai 1936 :  Victoire électorale du Front populaire. La gauche obtient 386 députés sur 608. Le gouvernement dirigé par Léon Blum (SFIO) est composé de socialistes et de radicaux. Les communistes le soutiennent de l'extérieur. Une vague de grève (avec occupation des usines) submerge le pays, contraignant le patronat (et le gouvernement) à accepter des réformes sociales en profondeur (de véritables réformes sociales et non des contre-réformes antisociales comme 70 ans plus tard). Les accords de Matignon, signés le 7 juin 1936, instaurent les congés payés (deux semaines) et réduisent la durée hebdomadaire du travail à 40 heures (au lieu de 48). A cela viennent s'ajouter de substantielles augmentations de salaires, la mise en place de conventions collectives, la reconnaissance des droits syndicaux, l'amélioration des retraites, des allocations chômage et de l'assurance maladie, sans oublier les nationalisations (SNCF, industries d'armement, aéronautique) et les mesures prises dans le domaine culturel et scientifique (création de nombreux musées, du CNRS, etc.). Bref, du jamais vu en France (pays assez retardaire par rapport à ses voisins, l'Allemagne notamment, où de nombreux acquis sociaux remontent à 1919, sinon à Bismarck). L'oligarchie française ne s'accommodera jamais de ces concessions et n'aura de cesse qu'elles ne soient abolies. Son slogan favori sera : "Plutôt Hitler que le Front populaire". La trahison nationale de la bourgeoisie française, qui surviendra trois ans plus tard, est programmée dès l'été 1936.

  • 18 juillet 1936 :  En Espagne, coup de force militaire fasciste du général Franco contre le gouvernement républicain (la République a été proclamée en 1931 ; depuis février 1936, un gouvernement de Front populaire est également au pouvoir à Madrid). La guerre civile va durer trois ans et sera en quelque sorte le prélude à la Seconde Guerre mondiale. Dès le départ, les putschistes espagnols reçoivent le soutien de l'Allemagne et de l'Italie*, qui bombardent les populations civiles. En avril 1937, l'aviation allemande massacre plus de 1.500 personnes à Guernica, au Pays basque. Ce carnage, rendu célèbre par la fresque de Picasso, n'en est qu'un parmi beaucoup d'autres.

    L'URSS, de son côté, fournit des armes et du matériel à l'Espagne républicaine et encourage la formation des Brigades internationales, mais ces forces ne seront pas suffisantes pour vaincre les fascistes, d'autant plus que le camp républicain est miné par les divisions internes où s'affrontent communistes, trotskistes et anarchistes. La France de Léon Blum pratique la "non-intervention", c'est-à-dire qu'elle laisse le fascisme écraser la "République sœur".

    * En février 1941, Mussolini dira : "Sans l'intervention italienne et allemande, le pronunciamiento de Franco aurait été liquidé dans les premieres semaines" (cité par Charles Tillon dans ses mémoires On chantait rouge - 1977). Tillon, chef militaire des FTP français de 1941 à 1944, estime que l'erreur fatale de la République espagnole a été de consacrer trop d'efforts à l'unification de son armée (une gageure compte tenu des divisions politiques) et de trop miser sur la guerre conventionnelle avec ses lignes de front et ses batailles rangées, alors que la guérilla derrière les positions franquistes aurait été plus efficace. (Et pourtant ce sont les Espagnols qui ont inventé la guérilla, vers 1810-12, contre les armées de Napoléon.)

  • Juin 1937 :  Léon Blum et les autres politiciens de la SFIO et du parti radical, embarqués par pur opportunisme dans l'expérience du Front populaire, se sont toujours efforcés de freiner l'ardeur de leurs troupes. Blum démissionne et est remplacé par le radical Camille Chautemps. De remaniement en reniement, le gouvernement de Front populaire va glisser inexorablement vers la droite. Il n'y aura pas de déferlante populaire comme en 1936 pour l'en empêcher. En mars 1938, Blum repasse brièvement à la tête du gouvernement, avant que le radical Édouard Daladier ne lui succède, avec son slogan : "Remettre la France au travail" (on croirait entendre Sarkozy). Le gouvernement Daladier comprendra des hommes de droite, comme par exemple Georges Mandel, ministre des Colonies. En juin 1936, ce grand bourgeois parvenu critiquait les réformes sociales du Front populaire comme une "menace pour la productivité française" (voilà qui rappelle le MEDEF)*. En mars 1940, il sera ministre de l'Intérieur du gouvernement Paul Reynaud et, à ce titre, responsable de la chasse aux communistes - ce qui ne lui portera pas bonheur : étant juif, il sera arrêté sous Pétain, déporté et assassiné (Reynaud et Blum, déportés eux aussi, survivront).

    * De son vrai nom Louis Georges Rothschild, Mandel n'avait paraît-il aucun lien de parenté avec le banquier. En revanche il avait des rapports bien concrets avec le Comité des forges (le "MEDEF" des marchands de canons de l'époque) qui le finançait généreusement. Toujours plein de zèle pour ses bienfaiteurs, Georges Mandel avait débuté sa carrière politique sous Clemenceau, lequel disait de lui : "Il n'a pas d'idées mais il est prêt à les défendre jusqu'à la mort..."  et aussi : "Quand c'est moi qui pète, c'est lui qui pue."  Après la guerre, la légende fera de Georges Mandel un "résistant".

  • Août 1936 - mars 1938 :  Les procès de Moscou, initiés par Staline, éliminent les derniers restes de la "vieille garde" de 1917 (Zinoviev, Kamenev) et décapitent l'état-major militaire (huit des plus hauts généraux exécutés en juin 1937).

  • 13 mars 1938 :  L'Allemagne nazie annexe l'Autriche. La France laisse faire - apaisement oblige.

  • 29 septembre 1938 :  Signature des accords de Munich entre l'Allemagne nazie, la France (Daladier) et la Grande-Bretagne (Chamberlain). Hitler obtient des Occidentaux ce qu'il voulait. Conséquences pour la Tchécoslovaqie, "alliée" de la France et de la Grande-Bretagne : l'Allemagne annexe les Sudètes (région frontalière germanophone située au nord et à l'ouest du pays). Pour donner un vernis légal à ce viol de la Tchécoslovaquie, les accords de Munich prévoient que la population de la région sera consultée par référendum. Mais ce référendum n'aura jamais lieu, Hitler y étant opposé. Paris et Londres acquiescent en silence.

    Comme l'écrit l'historien Gilbert Badia, "Munich, c'est l'illustration de la politique qui consiste à traiter avec l'Allemagne, à coopérer avec elle, en lui laissant les mains libres à l'Est ; on évinçait de la discussion l'Union soviétique qui, jusqu'au bout, avait prôné l'application des principes de sécurité collective et proposé à la Tchécoslovaquie son aide militaire."  Staline, de son côté, dira un peu plus tard : "On a donné aux Allemands des territoires faisant partie de la Tchécoslovaquie, comme prix de leur engagement à se lancer dans une guerre contre l'URSS."

    Dans les mois suivants, l'Union soviétique "exige des puissances occidentales autre chose que de vagues promesses : elle veut avoir des preuves tangibles de leur volonté de s'allier avec elle contre Hitler ; elle veut être sûre que l'esprit de Munich est bien mort" (Badia). Malheureusement, l'esprit de Munich ne mourra pas.

    Le mot munichois, qui désigne les politiciens qui s'aplatissent devant le nazisme, par lâcheté ou par complaisance, deviendra très vite une insulte. Beaucoup de munichois sombreront plus tard dans la collaboration pure et simple. Daladier, lui, sera déporté en 1943 - l'apaisement ne paie pas...

  • Novembre 1938 :  Les Brigades internationales quittent l'Espagne. La guerre civile se terminera en avril 1939 par la victoire de Franco.

  • Février 1939 :  Le gouvernement Daladier reconnaît le régime fasciste espagnol et fait interner les réfugiés républicains qui affluent en France par dizaines de milliers. Ceux qui seront encore dans les camps français en juin 1940, seront livrés aux nazis par la police de Vichy et déportés à Mauthausen.

  • Mars 1939 :  Hitler envahit le "reste de la Tchéquie", avec la complicité tacite des gouvernements de Paris et de Londres. La Bohème-Moravie est érigée en "protectorat" allemand, tandis que la Slovaquie devient un Etat "indépendant", fasciste et clérical. Quelques jours après le dépècement de la Tchécoslovaquie, Staline propose la tenue d'une conférence à cinq (URSS, Grande-Bretagne, France, Pologne et Roumanie). Ces deux derniers pays, bien qu'ayant des régimes d'extrême droite, ne sont pas à l'abri des appétits allemands, surtout la Pologne ("espace vital" de l'Allemagne nazie). Londres et Paris font semblant de négocier.

    Toujours en mars 1939, le "Führer" annexe Memel (Klaïpeda). Ce territoire, situé aux confins de la Prusse orientale et de la Lituanie, a été allemand jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, avant de devenir autonome en 1924. Hitler peut se permettre cette nouvelle annexion car il sait depuis longtemps que les "démocraties" occidentales lui passent tous ses caprices.

  • Avril 1939 :  L'Italie fasciste occupe l'Albanie. Paris et Londres ne pipent pas.

  • Printemps-été 1939 :  Les attaques verbales de Hitler contre la Pologne se multiplient. La propagande se déchaîne, accusant les Polonais de brimer la minorité allemande, en Pologne et dans la ville libre de Dantzig. Les nazis utilisent en gros les mêmes arguments que contre les Tchèques quelques mois plus tôt. Les pays occidentaux ne réagissent pas. On ne va quand même pas "mourir pour Dantzig", comme dit le slogan.

  • Avril-juillet 1939 :  Nouvelles négociations anglo-franco-soviétiques "aussi laborieuses que stériles" (Badia). Les Occidentaux, qui ne veulent pas de traité avec l'URSS, cherchent à gagner du temps, tandis que l'Allemagne se prépare à la guerre. Parallèlement, Londres négocie secrètement avec Berlin (Hitler, depuis Mein Kampf, aimerait s'entendre avec l'Angleterre).

  • Juillet 1939 :  L'Allemagne nazie veut isoler la Pologne et éviter à tout prix une guerre sur deux fronts, au cas où les puissances occidentales voleraient au secours de leur allié polonais attaqué. Berlin ne ménage donc aucun effort diplomatique pour parvenir à un accord avec Moscou, sachant probablement dans quelle situation désespérée se trouve l'URSS (armée désorganisée, pas d'entente possible à l'Ouest).

  • 23 août 1939 :  Signature du pacte germano-soviétique, dont les aspects principaux seraient les suivants : 1) l'alliance entre le nazisme et le communisme ; 2) le partage de la Pologne entre Hitler et Staline ; enfin 3) le pacte aurait rendu possible la Deuxième Guerre mondiale.

    1) En fait, il n'y a pas plus d'alliance dans ce pacte de non-agression, qu'il n'y en avait un an plus tôt dans les accords de Munich. Mais contrairement aux munichois, Staline ne cède pas devant Hitler, il veut gagner du temps pour renforcer les capacités de défense de son pays face à la menace nazie. (La faiblesse militaire de l'URSS en 1939 est la conséquence des purges qui ont frappé l'armée deux ans plus tôt, mais cela l'opinion publique l'ignore à l'époque.) L'autre raison pour laquelle l'URSS signe ce pacte, c'est que les pays occidentaux ont systématiquement rejeté jusqu'à présent toutes les offres d'entente émanant de Moscou. Les gouvernements de Londres et de Paris ont toujours espéré que l'Allemagne nazie et l'Union soviétique se détruiraient mutuellement, ou du moins que l'Allemagne détruirait l'URSS avant de s'épuiser complètement. Les vrais responsables du pacte sont donc avant tout les Occidentaux, qui sont assez mal placés pour faire la morale aux Soviétiques. Après la guerre, Paul Reynaud dira : "L'alliance avec la Russie nous fut offerte, c'est nous qui l'avons refusée."



    (Source : Wikipédia)

    2) Ce que l'Occident présente comme un "partage", n'est pour Staline que le rétablissement partiel de la situation géopolitique de 1917. A l'exception de la Finlande et de la partie centrale de la Pologne, l'URSS retrouvera vingt ans après les territoires arrachés à la Russie soviétique à la fin de la guerre, notamment la partie nord-ouest de l'Ukraine et la Biélorussie*, puis (en juin 1940) les pays baltes et la Bessarabie (Moldavie). Pourquoi un acte considéré comme parfaitement légitime dans le cas la France (récupération de l'Alsace-Lorraine), serait-il une abomination dans le cas de l'URSS ?...  Une région comme l'Ukraine est au moins aussi russe que l'Alsace est française (Strasbourg, par exemple, a été annexée sous Louis XIV et Mulhouse faisait encore partie de l'Empire germanique en 1789). Quant aux différences culturelles et linguistiques, elles n'étaient pas moindres entre l'est de la France et Paris qu'entre l'ouest de la Russie et Moscou. La différence, c'est que la Russie a toujours laissé les peuples non-russes parler leurs langues, tandis que la France - surtout après la Révolution - a extirpé par la violence les "parlers" locaux. Deux poids, deux mesures...

    * La "ligne de partage" suit, à peu de choses près, la "ligne Curzon", fixée en 1919 comme frontière entre la Russie et la Pologne - avant que la guerre de 1920 et l'intervention étrangère, puis le traité de Riga de 1921, ne la repoussent vers l'est (voir la carte de la Pologne vers 1922). La partie ouest de l'Ukraine (région de Lvov ou Lemberg) avait été autrichienne avant de devenir polonaise en 1921.

    3) "Contrairement à ce qu'on a dit maintes fois, le pacte germano-soviétique n'est ni la cause ni le prétexte de la guerre. Il ne l'a pas provoquée, il n'a même pas hâté son déclenchement. Par contre, il est fort probable que la signature d'un pacte anglo-franco-russe eût retenu Hitler à la dernière minute, ou bien l'eût forcé à capituler rapidement." (Gilbert Badia)

    On peut ajouter que si Staline n'avait pas saisi la perche du pacte germano-soviétique que lui tendait Hitler, celui-ci se serait probablement mis d'accord avec les Occidentaux. Un nouveau Munich, pire que le précédent, aurait non seulement permis à l'Allemagne nazie d'annexer l'ensemble de la Pologne sans tirer un seul coup de feu, il aurait également permis à la Wehrmacht de continuer sur sa lancée en direction de Moscou. L'URSS aurait sans aucun doute résisté, mais compte tenu de la faiblesse de son armée, de la plus grande "fraîcheur" des troupes allemandes venant de faire l'économie d'une guerre*, et enfin de la moindre étendue de territoire russe à conquérir par les Allemands, compte tenu de tout cela, une défaite de l'Union soviétique était plus que plausible. Et qui sait si Londres et Paris n'auraient pas alors aidé Berlin à parfaire sa victoire sur le bolchevisme en mettant au point une nouvelle intervention antisoviétique, comme en 1919-21 ?  En acceptant le pacte, Staline s'est accordé un sursis de 22 mois, sursis qu'il a su mettre à profit pour renforcer le pays et, finalement, contraindre les Occidentaux à s'allier avec lui contre Hitler. Mais, bien entendu, toutes ces considérations stratégiques n'étaient absolument pas évidentes pour le public de 1939, et ce n'est pas du tout ainsi que le pacte a été perçu.

    * Il faudrait dire, en fait, l'économie de plusieurs guerres, car ce n'est pas seulement la campagne de Pologne qui aurait été évitée, mais aussi les suivantes (Danemark, Norvège, Hollande, Belgique, France), lesquelles auraient été annulées ou reportées.

    Ce qui choque beaucoup de communistes en août 1939, c'est bien sûr le revirement subit de Staline et l'absence totale d'explication ou de signe précurseur.* Du jour au lendemain, l'URSS n'est plus le "berceau de l'internationalisme prolétarien", mais un Etat politicien, aussi dénué de principes que n'importe quel Etat bourgeois. Une fois le pacte signé, Staline joue d'ailleurs la carte du patriotisme soviétique, voire du patriotisme russe (bien qu'il soit lui-même géorgien). Pour les communistes français, les conséquences immédiates sont désastreuses : interdiction du parti par le gouvernement Daladier et plongeon dans la clandestinité. Bien entendu, pour les munichois et autres futurs traîtres et collaborateurs, la véritable raison de la mise hors la loi des communistes ne réside pas dans leur prétendue "trahison",** mais tout simplement dans le fait qu'on veut depuis longtemps se débarrasser d'eux et que l'occasion est enfin propice. Plus d'un communiste arrêté sous Daladier se retrouvera quelques mois plus tard aux mains des nazis.

    * Les volte-face inattendues sont un phénomène récurrent dans l'histoire du communisme soviétique, qu'il s'agisse de la stratégie politique vis-vis des partis socialistes occidentaux (années 20 et 30), du pacte germano-soviétique, de la déstalinisation (Khrouchtchev, 1956), des relations avec les "pays frères" (Yougoslavie, Albanie, Chine, dans les années 40-50-60) ou du sabordage final (Gorbatchev, 1989).

    ** Le 25 août, un communiqué du groupe parlementaire communiste déclare : "Si Hitler déclenche la guerre, alors qu'il sache bien qu'il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples."  Le 26 août, L'Humanité titre : "Union contre l'agresseur hitlérien" (numéro saisi par Daladier).


    Une des conséquences les plus perverses et les plus schizophrènes du pacte germano-soviétique en France fait que ce sont précisément les sympathisants plus ou moins discrets du nazisme qui reprochent aux premiers adversaires de celui-ci d'en être les complices. Après la débâcle de mai-juin 1940, ces mêmes sympathisants, après avoir trahi la France, abandonnent subitement l'accusation anticommuniste de "trahison" (elle n'a plus aucun sens), mais n'en continuent pas moins de pourchasser les communistes. Peu importe le "motif", c'est le résultat qui compte. Le mythe de la trahison communiste disparaît presque complètement pendant les années noires de l'occupation et dans l'euphorie de la Libération. Mais il refait surface à partir de 1947 et se renforce au fur et à mesure que le PCF recule.

    Aujourd'hui, le pacte germano-soviétique est un de ces sujets bénis qui font l'unanimité. De l'extrême droite à l'extrême gauche, tout le monde est d'accord pour condamner, sans nuance et sans analyse, les communistes de l'an 40. C'est l'union sacrée comme en 14, et mieux encore : des lepénistes aux anarchistes, en passant par la droite classique, le centre, les socialistes, les "communistes" à 1,9 %, les trotskistes de toutes tendances, les écologistes, les sionistes, les islamistes et le reste...  Au lieu de perdre son temps avec Guy Môquet, Sarkozy devrait faire de la dénonciation du pacte germano-soviétique le point unique de son programme ; il aurait 99,9 % de la population derrière lui. La différence de 0,1 % représente les incorrigibles indifférents et quelques rares individus qui ne se laissent pas berner par la moustache de Staline.

  • 1er septembre 1939 :  Les troupes allemandes envahissent l'ouest et le centre de la Pologne. C'est le début officiel de la Deuxième Guerre mondiale. En quelques semaines, l'Allemagne récupère les provinces perdues en 1919 et annexe des territoires autrefois russes ou autrichiens. Ces territoires, où se trouvent Varsovie et Cracovie, deviennent le "Gouvernement général", une sorte de "protectorat".  L'armée soviétique entre en Pologne orientale le 17 septembre sans rencontrer de résistance. Tandis que les nazis, dans leur secteur, appliquent le programme de Mein Kampf (chasse aux communistes, aux Juifs et aux intellectuels polonais), les Soviétiques se concentrent sur leurs adversaires politiques et leurs ennemis de classe.

    La France et la Grande-Bretagne, laissent faire Hitler*, se contentant, pour la forme, de lui déclarer la guerre et de proclamer la mobilisation générale. L'armée française reçoit l'ordre de rester passive**, tandis que les Allemands renforcent leurs positions et préparent la prochaine offensive. Jusqu'en mai 1940, ce sera la "drôle de guerre". Après la défaite de la Pologne, Paris et Londres attendront bien tranquillement que l'Allemagne nazie s'empare également du Danemark, de la Norvège, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la Belgique, avant de se tourner vers son "ennemi héréditaire", la France.

    * Quelques jours avant le début de la guerre, les diplomates anglais essayaient encore de convaincre la Pologne d'amadouer Hitler en lui "offrant" le "corridor", cette portion de territoire - allemand jusqu'en 1919 - qui relie la Pologne à la mer Baltique mais coupe Königsberg et la Prusse orientale du reste de l'Allemagne. Avec des "amis" comme la France et l'Angleterre, la Pologne n'avait pas besoin d'ennemis - et pourtant elle en avait.

    ** Au procès de Nuremberg, le maréchal hitlérien Keitel dira : "Nous avons été surpris de voir la France ne pas attaquer l'Allemagne pendant la campagne de Pologne. Nous n'avons pas compris que la France ne saisisse pas cette unique occasion, et cela nous confirma dans notre idée que les puissances occidentales ne voulaient pas la guerre contre nous."


    En France, Daladier, au lieu de faire la guerre à Hitler, fait la guerre aux communistes. Le PCF est mis hors la loi, ses députés sont déchus de leur mandat, 40 d'entre eux sont emprisonnés, le journal L'Humanité est interdit, les arrestations de militants politiques et syndicaux se multiplient. Le patronat jubile et peut enfin prendre sa revanche sur le Front populaire. Les militants recherchés qui ne répondent pas à l'ordre de mobilisation sont déclarés "déserteurs" (le plus célèbre d'entre eux sera Maurice Thorez*). Ceux qui se soumettent sont incarcérés ou envoyés aux bataillons disciplinaires ; dans le meilleur des cas, ils se retrouvent dans une unité du génie, où la pelle remplace le fusil.

    * Thorez répondra d'abord à l'ordre de mobilisation, mais quittera son régiment de sapeurs quelques jours plus tard à la demande de l'Internationale communiste et gagnera clandestinement l'Union soviétique. A la Chambre des députés, juste avant l'interdiction de leur parti, les communistes voteront les crédits de guerre.

  • Novembre 1939 :  Guerre russo-finlandaise. La Finlande, ancienne province russe, est une dictature militaire dirigée par Mannerheim. Le régime entretient des liens très étroits avec l'armée allemande, depuis que celle-ci l'a aidé, en 1918, à écraser la révolution et à proclamer l'indépendance. Staline pense que l'occasion est propice pour tenter une reconquête. Mannerheim, de son côté, veut "casser les reins à l'URSS". L'Allemagne nazie soutient la Finlande contre son prétendu "allié" soviétique. La France "démocratique" de Daladier se joint à Hitler et fournit à Mannerheim des armes et du matériel qui font défaut sur le front de la "drôle de guerre". On prévoit même l'envoi d'un corps expéditionnaire, juste avant que l'armistice russo-finlandais ne soit signé en mars 1940. Et c'est les communistes que Daladier accuse d'être pro-nazis !...

  • Mars-avril 1940 :  Alors que la France est officiellement toujours en guerre contre l'Allemagne, le gouvernement Reynaud donne l'ordre au général Weygand de concentrer des troupes en Syrie ("protectorat" français depuis 1920) et de se préparer à bombarder les puits de pétrole du Caucase. Deux ans avant Rommel, Reynaud veut aider Hitler à prendre l'Union soviétique en tenaille. Et c'est les communistes qu'il accuse de trahison !...

  • Avril 1940 :  L'Allemagne occupe le Danemark et la Norvège. A Oslo, Hitler installe un gouvernement fantoche présidé par Quisling. La mythologie nazie considère les Norvégiens comme des "frères aryens".

  • 10 mai 1940 :  Hitler fait bombarder la Belgique et la Hollande (destruction de Rotterdam). La Wehrmacht envahit ces deux pays et progresse vers la frontière française. Les troupes anglaises, encerclées dans le nord de la France, rembarquent à Dunkerque, emmenant avec elles un certain nombre de soldats français. Les Allemands foncent maintenant vers Paris. Mitraillés par les Stukas, des centaines de milliers de civils tentent de fuir vers le sud, entravant la marche des troupes françaises déjà passablement démoralisées et abandonnées par l'état-major. C'est l'exode et la débâcle.* L'Italie fasciste, profitant de la situation, attaque dans le sud-est. A Londres, Churchill, partisan de la résistance à Hitler, remplace Chamberlain à la tête du gouvernement. Les Anglais semblent avoir compris qu'ils sont les prochains de la liste. (Si Churchill est plus réaliste que Chamberlain, il n'est pas moins anticommuniste que son prédécesseur : vers 1920, il a été étroitement mêlé à l'intervention contre la Russie soviétique.)

    * Un slogan fait fureur pendant la guerre de 39-40. C'est cette phrase "historique" de Paul Reynaud, reprise par le général Gamelin, commandant en chef des forces armées : "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts !"

  • Juin 1940 :  Le gouvernement Reynaud se réfugie à Tours, puis à Bordeaux, avant de céder la place au maréchal Pétain. Le 14 juin, les troupes allemandes entrent dans Paris. Le 16, Pétain demande l'armistice. De Gaulle part pour Londres et lance son fameux appel. La France est désormais coupée en deux (sans compter la zone italienne, l'Alsace-Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais).


    La zone sud, dite "libre", est administrée depuis Vichy par le traître Pétain*, fidèle vassal de Hitler. La République française, exilée à Londres puis à Alger, est remplacée par le soi-disant "Etat français".

    * A la Libération, Pétain sera condamné à mort pour haute trahison, mais grâcié (par de Gaulle) à cause de son grand âge (il a 90 ans).

  • Juillet-novembre 1940 :   Bombardements allemands sur l'Angleterre. Destruction de Coventry (comme à Rotterdam, Hitler recourt à la terreur aérienne contre les populations civiles, ce que les Anglo-Américains lui rendront au centuple à partir de 1942). Mais le potentiel défensif britannique dissuade les nazis de tenter un débarquement. La Grande-Bretagne ne sera pas occupée (à l'exception de Jersey et des Iles Anglo-Normandes, trop proches des côtes françaises pour être protégées).

  • Avril 1941 :   Invasion de la Yougoslavie et de la Grèce.

  • 22 juin 1941 :   Invasion de l'URSS. Le pays n'est pas prêt à faire face ; Staline était persuadé que l'Allemagne n'attaquerait pas, du moins pas avant longtemps. Le 17 juin, averti par ses services de renseignement de l'imminence de l'agression nazie, il refuse d'y croire et menace de faire fusiller les informateurs. Durant les dix premiers jours de l'invasion, il disparaît de la scène politique. Ce n'est que le 3 juillet qu'il reprend les choses en mains et s'adresse à la population pour l'appeler à résister.

  • Décembre 1941 :   Entrée en guerre des Etats-Unis après l'attaque-"suprise" de Pearl Harbor

  • 1942-43 :   Les troupes nazies occupent de vastes portions du territoire soviétique mais ont été stoppées près de Léningrad (qu'elles assiègent), devant Moscou et surtout à Stalingrad. C'est le tournant de la guerre.

  • 1943 :   A Moscou, Staline dissout l'Internationale communiste. C'était une des conditions posées par les Etats-Unis pour coopérer avec l'Union soviétique en guerre et lui accorder l'aide matérielle dont elle a besoin. Les rapports de "Big Brother" avec les "partis frères" deviendront plus subtils, mais pas trop.

  • 1941-44 :   Petit à petit la Résistance française s'organise et se développe, animée principalement par les communistes et les gaullistes. 30.000 résistants seront fusillés, plus de 100.000 mourront en déportation.  A partir de 1942, une coalition antifasciste internationale se constitue, regroupant l'URSS, les USA, l'Angleterre et les mouvements de résistance des pays occupés. Elle conduira à la victoire de 1945.

  • 1944-45 :   Débarquement, Libération, Auschwitz et...  Jay Leno - ou comment certains falsifient l'histoire 60 ans après.

    La Deuxième Guerre mondiale a fait 60 millions de morts en tout - dont 35 millions tués par les nazis et leurs alliés européens (parmi les victimes, au moins 20 millions de Soviétiques, 6 millions de Juifs*, 3 millions de Polonais, 1,5 million de Yougoslaves). 7 millions d'Allemands ont perdu la vie. En Asie, où les pertes ont été "moindres" (tout est relatif), on a compté plus de 13 millions de morts chinois et 2 millions de morts japonais.

    * Conformément à l'usage "politiquement correct", les vies juives sont décomptées séparément. Car on sait que pour les sionistes, il y a d'un côté l'Holocauste (avant 1978, le mot n'existait même pas), et de l'autre... rien, si ce n'est une Europe criminelle, collectivement responsable et redevable de tout à Israël.



    L'Allemagne pendant la guerre


    L'Allemagne après la guerre
    (Cartes : Atlas historique Larousse)

  • 1945 :   A la Libération de Paris, en août 1944, le général de Gaulle est chef du gouvernement provisoire. Le parti communiste sort grandi de la Résistance et revendique sa place au soleil. Mais son secrétaire général, Maurice Thorez, est encore considéré comme "déserteur". De Gaulle, autre "déserteur" de juin 1940, menace de faire arrêter Thorez à son retour en France si celui-ci refuse de dissoudre les milices patriotiques* de son parti. Thorez accepte, est "grâcié", rentre à Paris et devient ministre de la Fonction publique. (On lui doit le statut des fonctionnaires, que Sarkozy veut faire abolir car il confère trop de "privilèges" à ce groupe professionnel.)

    * Ces forces de police mises en place dans les villes et les usines pour "assurer la protection des civils contre la milice de Pétain et empêcher les déportations", puis chargées de "liquider les poubelles de la collaboration" (Tillon), existent encore à l'automne 1944, tandis que les FTP (militaires) ont été fusionnés avec les forces gaullistes pour former les FFI (Forces françaises de l'interieur), elles-mêmes fondues ensuite dans l'armée régulière.

    En octobre 1945, avec 26 % des voix aux élections, le PCF a cinq ministres (dont Maurice Thorez et Charles Tillon). En janvier 1946, de Gaulle, "lassé par le jeu des partis", démissionne et sera remplacé par Félix Gouin. Thorez devient alors vice-président du Conseil. Aux législatives de novembre 1946, le parti communiste améliore son score à 28,6 % (son meilleur résultat de tous les temps - deux fois plus qu'en 1936). Le PCF étant le premier parti de France, Thorez devrait diriger le gouvernement, mais il ne sera que vice-président du Conseil dans le gouvernement Ramadier (jusqu'à l'éviction des ministres communistes en mai 1947, mesure imposée par les Américains comme condition à l'octroi de l'aide économique du plan Marshall).

    Compte tenu du rapport de forces en 1945 et par peur d'une révolution*, on met en application le programme du Conseil National de la Résistance. On entreprend des réformes sociales - des vraies - qui vont plus loin encore que celles de 1936 : sécurité sociale, retraites, durée du travail, droits syndicaux, conventions collectives, etc.  On nationalise les secteurs-clés (les transports publics, Air France, Renault, l'industrie aéronautique, les charbonnages, le gaz, l'électricité, les grandes banques et compagnies d'assurance, etc...  Ce n'est peut-être pas tout à fait ce que Guy Môquet envisageait pour l'après-guerre, mais tout de même, on peut dire que sa mort "a servi à quelque chose" (comme il l'espérait lui-même dans sa lettre)...  Soixante ans plus tard, hélas, Sarkozy - ce grand admirateur du martyr de Châteaubriant - s'apprête à effacer toutes ces avancées sociales, du moins celles que les gouvernements précédents ont laissé subsister.

    * La révolution n'aura pas lieu car Staline et Roosevelt se partagent le monde à Yalta, et la France fait partie de la zone US. Un soulèvement communiste en France aurait été écrasé par les troupes américaines stationnées dans le pays, comme il l'a été en Grèce à la même époque, sans que Staline ne bouge le petit doigt. Ce qui n'empêche pas les super-rrrrrrévolutionnaires de salon (trotskistes et autres) de fustiger le PCF pour son manque d'audace : il s'est laissé désarmer en 1944, a rejeté l'arme de la grève jusqu'en 1947, a fait trop de concessions aux capitalistes, n'a pas su faire barrage à la scission syndicale (création de la CGT-FO avec l'aide de la CIA), ni empêcher la guerre d'Indochine - tout cela pour quelques postes ministériels...

    On a souvent dit la même chose, ou presque, en diverses occasions, en particulier à propos de mai 1968 : le PC et la CGT auraient alors tué dans l'œuf la belle révolution qui s'annonçait. Quelle révolution ? Celle de Cohn-Bendit, de Jospin et de Kouchner ? On voit ce que sont devenus aujourd'hui ces ardents révolutionnaires...  Quand les communistes représentaient encore quelque chose, il était de bonne guerre de les attaquer à la fois sur leur droite et sur leur gauche, comme lorsque les socialistes s'alliaient aux gauchistes du Quartier latin pour "prendre le pouvoir" - quelle rigolade !...  Pour leurs ennemis, les "cocos" en ont toujours fait trop ou, au contraire, pas assez. (Staline s'est d'ailleurs vu reprocher par ces mêmes gens à la fois sa politique dominatrice vis-à-vis des pays de l'Est et sa non-intervention en Grèce.)  Et ce petit jeu continue, même à présent que les communistes ont complètement disparu en tant que force organisée.  Il est probable qu'on ne cessera de leur taper dessus que le jour où les islamistes auront pour de bon repris le flambeau (Ben Laden = Staline ; Al-Qaïda = Komintern ; djihad = marxisme ; nébuleuse terroriste = spectre qui hante l'Europe ; kamikaze = homme au couteau entre les dents...)



    La chute de l'URSS - Porte ouverte à tous nos ennuis actuels




Voir également :
Historiographie.info
(site de l'historienne Annie Lacroix-Riz, professeure à l'Université Paris VII)

et en particulier :
Juin 1940 et la résistance communiste
(format pdf - 170 ko)

Le choix de la défaite
(conférence d'Annie Lacroix-Riz pour Solidarité et Progrès - 3 h 22 mn)







2007 :

Le slogan de L'Humanité revu et corrigé par Guy Môquet

Le nouveau siège du journal




Une citation :

" A la Libération, André Malraux disait qu'il y avait les communistes, les gaullistes... et rien d'autre.
Aujourd'hui, il n'y a plus de communistes, plus de gaullistes et le
'rien' est devenu 'tout'"

Régis Debray (janvier 2010)





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