MUNICH

- Film du réalisateur juif américain Steven Spielberg (2005) -




La prise d'otages de Munich

Le 5 septembre 1972, vers 5 heures du matin, un groupe palestinien armé de l'organisation Septembre noir* s'introduit dans les locaux habités par l'équipe israélienne au village olympique de Munich et capture neuf sportifs (tous des militaires). Deux Israéliens qui tentaient de résister sont abattus par le commando.

* En septembre 1970, le dictateur jordanien Hussein, "roi hachémite" par la grâce de l'Occident, lance une attaque militaire contre les réfugiés palestiniens de son pays, avec l'accord et le soutien discret de ses amis sionistes. Prétexte invoqué : un attentat que les Palestiniens auraient eu l'intention de perpétrer sur son auguste personne. Après quelques jours de combats inégaux, les Palestiniens doivent quitter la Jordanie pour se réfugier au Liban. Ces événements sont qualifiés, depuis lors, de Septembre noir et restent symptomatiques de l'hostilité de beaucoup de dirigeants arabes vis-à-vis de la résistance palestienne. (Cela n'empêche pas les sionistes de prétendre encore, 35 ans plus tard, que "la Jordanie est l'Etat palestinien" et qu'il est par conséquent inutile d'en créer un second dans les territoires occupés.)

L'objectif du commando de Munich n'est pas de tuer les otages - même si la presse unanime tente de le faire croire - mais de les échanger contre 230 prisonniers politiques détenus en Israël et, accessoirement, contre plusieurs sympathisants allemands de la cause palestinienne, dont les fondateurs de la RAF Ulrike Meinhof et Andreas Baader. Cinq ans plus tard, ce dernier, toujours emprisonné à Stammheim près de Stuttgart, sera retrouvé "suicidé" dans sa cellule après le passage de tueurs du Mossad ayant le feu vert des autorités ouest-allemandes (source : Selbstmord oder Mord ?  de l'avocat Karl-Heinz Weidenhammer, un des défenseurs de la "bande à Baader").

Les gouvernants de Bonn (chancelier Willy Brandt, ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher) contactent aussitôt les services israéliens et suivent à la lettre tous leurs "conseils", tout en donnant l'impression d'agir de manière "indépendante". On fait mine de céder aux ravisseurs. Deux hélicoptères évacuent les huit Palestiniens et leurs neuf otages vers l'aéroport militaire de Fürstenfeldbruck, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la capitale bavaroise. Un Boeing de la Lufthansa les y attend, afin de les conduire dans un pays arabe de leur choix.

Mais bien entendu, les responsables allemands, se pliant entièrement aux volontés israéliennes ("Pas de compromis avec les terroristes"), n'ont nullement l'intention de laisser partir le commando et ses prisonniers. Des tireurs d'élite ont été postés à proximité de l'avion et ont reçu l'ordre de liquider les Palestiniens dès que l'occasion s'en présentera. Il arrive donc ce qui devait arriver : lorsque quatre des Palestiniens quittent les hélicoptères pour inspecter l'avion, les tireurs tuent trois d'entre eux. Leurs camarades ripostent. Dans la fusillade qui s'ensuit, un des hélicoptères explose. Bilan final : neuf otages israéliens tués, cinq Palestiniens morts et trois prisonniers*, un policier tué.

* Les trois hommes seront libérés ultérieurement suite à une nouvelle action palestinienne (détournement d'un avion de la Lufthansa). Deux d'entre eux seront tués par le Mossad (c'est le sujet du film), le troisième est encore en vie.

On ne sait des événements de Fürstenfeldbruck que ce que les autorités allemandes et israéliennes ont bien voulu communiquer à la presse. Aucun journaliste, aucun témoin impartial ne se trouvant sur place, il est difficile de dire comment les choses se sont vraiment déroulées. Les otages ont-ils été massacrés par les Palestiniens - qui auraient lancé une grenade dans un des hélicoptères et abattu les autres Israéliens à la mitraillette ? C'est la version officielle.  Où est-ce au contraire l'unité de la police allemande (comprenant peut-être elle-même des Israéliens) qui est directement responsable du massacre ? Ces questions resteront sans réponses : secret d'Etat oblige. La légende veut que la police bavaroise n'ait pas été "à la hauteur", ce qui aurait incité le gouvernement allemand à créer un peu plus tard les forces spéciales du GSG9.

Toujours est-il que si les autorités avaient laissé partir les Palestiniens sans intervenir, les sportifs israéliens seraient restés en vie. Mais il est probable que la marge de manœuvre du gouvernement de Bonn était extrêmement réduite et que tout s'est décidé à Tel Aviv. Il est impensable que les Allemands aient pris sur eux de tuer ou de laisser tuer des otages juifs - ou même seulement qu'ils aient couru ce risque - sans s'assurer au préalable de l'appui israélien. S'il existe des documents à ce sujet, ils sont sous clé pour très longtemps.

Au cours des procès intentés plus tard par les familles des otages en vue d'obtenir de la République fédérale une indemnisation plus élevée que celle déjà versée en 1973 (un million de marks par victime), un des arguments avancés a été, précisément, que certains des otages étaient tombés sous les balles allemandes.


Munich vu par Spielberg

Bien que la prise d'otages ne soit pas le sujet central du film, mais seulement son point de départ, le réalisateur se conforme dans les moindres détails à la version officielle des événements et se fait l'écho des clichés idéologiques habituels - on imagine d'ailleurs mal le contraire. C'est ainsi que :

  • les Palestiniens sont des terroristes, tandis que les Israéliens ne font que réagir au terrorisme ;

  • les Palestiniens frappent, les Israéliens ripostent ;

  • les otages ont été massacrés par les Palestiniens ;

  • les Arabes sont des fanatiques, Israël représente la civilisation (entendre la criminelle Golda Meïr proférer une telle bourde ne manque pas d'humour - humour involontaire de la part de Spielberg) ;

  • les Israéliens font la guerre de façon humaine, les Palestiniens sont des brutes ;

  • les Juifs ont besoin d'Israël car ils n'ont aucun autre endroit où aller. Cet "argument" est particulièrement cocasse quand on voit que le héros du film est lui-même allemand et qu'il finit par se fixer à Brooklyn (New York) où vivent des centaines de milliers de Juifs, à tel point que les habitants appellent cette ville Jew York. Des millions d'Israéliens ont deux passeports en poche (à commencer par des dirigeants comme Nétanyahou). Et tous ceux qui n'ont pas de papiers américains, canadiens, français, britanniques ou allemands, peuvent les obtenir sur simple demande. Depuis que l'Union Européenne a été élargie à 25 membres, la Pologne et les pays baltes sont devenus les chouchous des "pauvres Juifs israéliens sans autre patrie". Bien sûr, il y a des exceptions : bien des Israéliens pauvres (surtout des Juifs orientaux) sont défavorisés dans cette course au second passeport. Une course qui illustre d'ailleurs à la perfection l'idée que se font les intéressés des chances de survie à long terme de leur Etat juif.

Mais revenons au film de Spielberg. Le réalisateur ne dit rien :

  • sur les causes profondes des actions palestiniennes : occupation de la Cisjordanie et de Gaza depuis 1967, nettoyages ethniques de 1948-49 (voir nos pages sur le conflit israélo-palestinien) ;

  • sur la problématique du terrorisme groupusculaire face au terrorisme d'Etat (voir nos pages sur le terrorisme) ;

  • sur l'absurdité des histoires de "Terre promise", de "Peuple élu" et de "droits ancestraux", qui constituent le fondement de la colonisation juive en Palestine ;

  • sur l'exploitation éhontée que font les sionistes de l'Holocauste juif (alors que, simultanément, ils passent sous silence les 30 millions de victimes non-juives du nazisme et, bien entendu, toutes les victimes palestiniennes - et autres - de l'Etat juif) ;

  • sur le caractère profondément raciste du système israélien.

A la réflexion, personne n'attend de Spielberg qu'il aborde de tels sujets. Personne n'a la naïveté de supposer qu'il en serait capable. Mais il faut tout de même en parler, ne serait-ce que pour montrer qu'on n'est pas dupe face à une presse, comme toujours unanime, qui tend à le présenter comme un apôtre de la paix osant s'en prendre aux tabous préférés des Israéliens.


Jusqu'où va l'audace de Spielberg ?

Pour ce qui est des reproches faits à Spielberg par les milieux sionistes, l'expérience montre que dans ce domaine l'exagération est toujours de mise. C'est particulièrement vrai vis-à-vis des goyim (un exemple entre cent : plus Chirac lèche les bottes des représentants autoproclamés du peuple juif, et plus ceux-ci l'accusent d'antisémitisme - c'est de bonne guerre). Mais ce principe vaut aussi vis-à-vis des Juifs, très vite classés dans la catégorie des "honteux". Se justifier face aux inquisiteurs qui ne se justifient jamais, c'est entrer dans leur jeu, c'est avouer un peu sa "culpabilité", c'est céder du terrain dans l'espoir chimérique d'éviter des "ennuis" qui viendront de toute façon.

Spielberg, aussi célèbre et aussi riche soit-il, ne fait pas exception en la matière. Mais comme il est Spielberg et non un vulgaire auteur de série B ou pire, il pouvait difficilement concocter un film de pure propagande, en quelque sorte une version cinématographique des élucubrations primaires de nos "nouveaux philosophes". Il a donc "osé" effleurer les thèmes suivants :

  • Les escadrons de la mort du Mossad : tout le monde, en Israël et au sein de la communauté juive, sait parfaitement à quoi s'en tenir. On est, le plus souvent, fier des "exploits" de ces "héros", on les admire, on chante leurs louanges, on veille à ce que la jeune génération reprenne le flambeau. A la rigueur, quand on n'a pas encore surmonté cette abominable "haine de soi", on déplore les "bavures" ou les "excès isolés", mais on les comprend. Le tout sans trop de complexes - tant qu'on est entre membres du "peuple élu". Mais là où rien ne va plus, c'est lorsqu'un Juif s'oublie au point de raconter tout cela en dehors de la communauté : scandale, trahison...

  • Œil pour œil : c'est, contrairement à la légende, un adage qu'Israël est loin de pratiquer. Pour la forme, on tuera onze Arabes pour venger les onze otages juifs. Mais en marge de ce décompte, il y aura des douzaines d'autres victimes palestiniennes, notamment dans les camps de réfugiés bombardés "en prime". Pourtant, comment peut-on avouer une chose pareille en présence de goyim, même s'il ne s'agit que d'une courte réplique au détour d'un dialogue ?...

  • Il arrive que les tueurs se trompent de cible, c'est-à-dire qu'ils tuent "par accident" une personne qu'ils n'avaient pas l'intention de tuer. En montrant cela, Spielberg joue avec le feu. Car enfin, si les gens - et particulièrement les non-Juifs - commençaient à se poser des questions ? S'ils mettaient en doute la légitimité de tous les meurtres extra-judiciaires commis par l'Etat d'Israël, y compris et surtout ceux qui ne reposent pas sur une "erreur" ? On voit que le terrain est glissant... Heureusement que le réalisateur nous montre les états d'âme, les scrupules et la droiture morale des hommes du Mossad, qui n'hésitent à interrompre une de leurs actions pour épargner la vie d'une petite fille : vraiment très émouvant et très réaliste...

  • Aucun respect pour Ehoud Barak : l'ancien premier ministre israélien est fier d'avoir dirigé un raid du Mossad contre Beyrouth en 1973 et d'avoir tué de ses "propres" mains plusieurs Palestiniens ; mais fallait-il le représenter dans cet accoutrement de travelo, comme le fait Spielberg ? (Ce n'est pas que Barak n'ait pas la tête de l'emploi...)

  • Le contact personnel - involontaire - avec les "terroristes" palestiniens : là, Spielberg pousse le bouchon un peu loin. Un vrai héros juif hollywoodien ne se laisserait jamais entraîner sur ce terrain. Chacun sait qu'on ne peut pas discuter avec les Palestiniens. Ce sont, par définition, des fanatiques et des sauvages. Alors quand Spielberg nous montre des gens qui savent ce qu'ils veulent et qui n'obéissent pas seulement à des mobiles bas et mesquins, il y a de quoi crier "Au secours !..."

  • Spielberg, comble de la trahison, nous parle d'Arabes spoliés par les Juifs en Palestine. Comment peut-on prétendre une chose pareille, alors que chacun sait que toutes ces terres sans peuple appartiennent de droit au peuple juif ? Certes, la séquence en question ne dure que dix secondes, mais ce sont quand même dix secondes de trop.

  • Enfin, insulte suprême, le réalisateur a recours à des sources non homologuées par le lobby israélien : le film est tiré du livre Vengeance du Canadien George Jonas, livre lui-même basé sur les "souvenirs" de l'ex-agent du Mossad Gad Schimron. Pour le Mossad, Shimron est un "imposteur" qui n'a jamais "travaillé" pour cette organisation. Manque de chance, Spielberg explique dans Munich comment et pourquoi le Mossad a coupé les ponts avec son agent avant de l'envoyer en mission. Peu importe, pour les enragés sionistes, le mal est fait... Circonstance aggravante pour Spielberg : le scénario du film porte la signature de Tony Kushner, un homme qui estime que "la création d'Israël fut un désastre historique, moral et politique pour le peuple juif" (hérésie relevée par le néo-con Charles Krauthammer).


Aussi timorée que soit sa démarche, Steven Spielberg a déjà "payé" pour son "audace": Munich, depuis sa sortie aux Etats-Unis, a fait un bide un peu partout dans le monde - sans le lobby, le réalisateur n'est rien au niveau communication. Gageons cependant qu'il saura surmonter ce "désastre" financier et que son prochain film, plus conformiste, remplira les salles.




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