LE RÉGIME TALIBAN

(2001)






Des règles morales d'un autre âge:

Les talibans ont édicté depuis 1996 de nombreuses règles de conduite auxquelles doit impérativement se soumettre la population, en particulier la population féminine. La stricte application de ces règles est surveillée par les agents du tout-puissant Ministère de la Répression du Vice et de la Propagation de la Vertu. Voici quelques-unes de ces règles:

  • Interdiction faite aux femmes de travailler en dehors de chez elles (quelques rares exceptions dans le secteur médical).
  • Interdiction faite aux médecins ou infirmiers hommes de soigner des femmes.
  • Obligation pour les femmes de porter la burka (ou tchadri).
  • Interdiction faite aux femmes de se déplacer en taxi sans être accompagnées par un parent de sexe masculin.
  • Interdiction faite aux femmes de conduire une voiture (cette mesure vaut également pour les étrangères travaillant auprès d'organisations humanitaires).
  • Les petites filles ne sont autorisées à fréquenter l'école que jusqu'à l'âge de 8 ans.
  • Stricte séparation des hommes et des femmes dans tous les lieux publics (y compris les cantines des organisations humanitaires).
  • Interdiction faite aux hommes de se raser ou de se tailler la barbe; un homme aperçu avec une barbe rasée ou taillée sera emprisonné jusqu'à ce que sa barbe soit touffue.
  • Interdiction des cheveux trop longs pour les hommes.
  • Interdiction du prosélytisme religieux dès lors qu'il s'agit de religions autres que l'islam.
  • Les seuls Afghans non-musulmans autorisés à pratiquer leur religion sont les Hindous et les Sikhs. Les Hindous sont tenus de porter comme signe distinctif un morceau de tissu jaune sur leurs vêtements. Les Sikhs, reconnaissables à leur turban, en sont dispensés.
  • Les prières communes aux heures définies sont obligatoires pour tous. Tout homme adulte rencontré dans un lieu public à ces heures-là est passible d'emprisonnement.
  • Interdiction de la télévision, de la musique, des cassettes audio et vidéo, de la peinture, du dessin, de la photographie, des cinémas et - bien entendu - de l'Internet. (La radio n'est pas interdite, mais les rares stations existantes ne diffusent que des programmes religieux entrecoupés de nouvelles. Il n'y a en tout et pour tout que 160.000 postes récepteurs dans tout le pays.)
  • Interdiction du jeu d'échecs (détourne les gens de la prière).
  • Interdiction des jeux traditionnels (y compris les cerfs-volants et les poupées pour enfants).
  • Interdiction des compétitions sportives.
  • Interdiction des costumes occidentaux et des chaussettes blanches.
  • Interdiction des tambourins, des danses et des chants dans les mariages.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la grande majorité de la population afghane, rurale et analphabète, a toujours appliqué ces règles et n'y voit aucune contrainte nouvelle. Il en va autrement des couches sociales urbaines, plus instruites et sensibles aux influences extérieures. Elles rejettent ces préceptes médiévaux et les sanctions arbitraires et barbares qui les accompagnent (châtiment corporel, mutilation, exécution publique).

A qui les talibans doivent-ils leur accession au pouvoir ?

Sans l'intervention massive des Saoudiens, il n'y aurait probablement pas de talibans. On sait que les règles qui régissent le système absolutiste et intégriste de Riyadh sont en grande partie aussi barbares qu'à Kaboul. Mais personne ne s'en offusque, car l'Arabie est le pays des pétro-dollars. Une partie de cet argent sert à financer l'expansion idéologique et religieuse du wahhabisme sunnite dont se réclament les despotes saoudiens. En implantant dans le monde musulman des écoles coraniques de leur obédience, ils espèrent repousser l'influence de leurs concurrents chiites iraniens. Ce phénomène est à la fois confessionnel et politique. Il contribue à déstabiliser des régions entières et ouvre la porte au fanatisme religieux qui constitue souvent la base du terrorisme (artisanal).

Mais les talibans ne sont pas apparus par la seule volonté des Saoudiens. L'intervention occulte des USA en Afghanistan depuis 1978 y a elle aussi contribué. Après la défaite des Soviétiques en 1989, les Américains ont eu la surprise de voir que le conflit continuait, opposant dans une interminable guerre civile des groupes divers aux intérêts obscurs et changeants, engagés dans des alliances mouvantes et éphémères. Bref, une situation incompréhensible et inextricable, un financement aussi coûteux qu'inutile d'une multitude de warlords dignes de la Guerre de Trente ans.

Au bout de quelques années, cependant, un des groupes antagonistes, les talibans, émerge et semble se distinguer du reste. Aussi fanatique, sans doute, mais guidé davantage par le purisme religieux que par l'appât du gain, les talibans réussissent à conquérir la capitale et la presque-totalité de l'Afghanistan. Ils deviennent donc le partenaire privilégié des Etats-Unis qui voient en eux un facteur de stabilité: plus de morcèlement territorial, plus de contrôles arbitraires sur les routes, plus de brigandage pratiqué par des bandes armées. En somme, un retour à la normale permettant enfin de gagner de l'argent.

Le nord du pays abrite justement des gisements de pétrole, dont l'exploitation n'est possible que dans un cadre politique sûr. En outre, la compagnie pétrolière américaine Unocal est très intéressée par la construction d'un oléoduc-gazoduc traversant l'Afghanistan de bout en bout afin d'acheminer pétrole et gaz naturel du Turkménistan au Pakistan, en contournant l'Iran, toujours sous le coup de l'embargo US - carte. Ce projet d'une valeur de 4 milliards de dollars n'est réalisable que si la guerre civile cesse dans cette région du pays. En finançant les talibans (100 millions de dollars par an), Unocal compte garantir la sécurité du pipeline qui rapporterait, à terme, quelques 2 milliards annuels. L'enjeu est donc considérable. Dans ces conditions, que pèsent quelques ridicules violations des droits de l'homme - et de la femme ?

Finalement, le projet échoue. Les talibans s'avèrent moins efficaces que prévu, d'autant que leurs adversaires reçoivent eux aussi de multiples soutiens extérieurs. Et puis, il y a l'affaire Ben Laden. Toujours est-il que les Américains, fin 2001, ne misent plus sur les talibans - provisoirement sans doute car on parle déjà d'inclure les plus "modérés" d'entre eux dans un futur gouvernement de coalition.

En fait, l'enjeu stratégique est plus vaste: on sait que l'Asie centrale et la région de la Caspienne regorgent de pétrole...



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