YVONNE RIDLEY MET EN CAUSE LES SERVICES SECRETS OCCIDENTAUX

Par Mike Collett-White
Reuters
12 décembre 2001



LONDRES - La journaliste britannique Yvonne Ridley accuse les services de renseignements occidentaux d'avoir tenté d'obtenir son exécution par ses geôliers talibans pour mieux faire accepter par l'opinion publique les bombardements américains de l'Afghanistan.

L'envoyée spéciale du Sunday Express de Londres en Afghanistan a lancé cette accusation à l'occasion de la sortie, mercredi, de son livre témoignage intitulé In the Hands of the Taliban relatant ses dix jours de captivité.

Ridley avait été arrêtée fin septembre par les miliciens intégristes aujourd'hui en déroute alors qu'elle avait franchi la frontière pakistanaise sans visa et en se dissimulant sous la "bourka" (le voile intégral grillagé au visage que toute Afghane devait porter à l'extérieur de chez elle). Dans un premier temps, les Talibans l'avaient accusée d'espionnage avant de la relâcher le 8 octobre, au lendemain des premiers raids aériens américains.

"Je suppose que si j'avais été exécutée en public pour espionnage, je serais devenue un énorme instrument de propagande aux mains des Occidentaux, et cela aurait servi de bâton contre les pacifistes", a déclaré à Reuters la journaliste.

Celle-ci assure dans le dernier chapitre de son ouvrage que des services de renseignements, dont elle ne donne pas le nom, ont fabriqué de fausses preuves pour la faire passer pour une espionne aux yeux des Talibans. Pour elle, des documents interceptés ainsi que les preuves selon lesquelles son appartement londonien a été "visité" pendant son séjour en Afghanistan donnent à penser qu'il y a eu un coup monté contre elle.

"Je ne sais vraiment pas qui a essayé de me compromettre: la CIA américaine, les services britanniques, le Mossad israélien, les trois ensemble ou même quelqu'un d'autre ?" s'interroge la journaliste britannique.

Ironie de l'histoire, Ridley est persuadée que cette opération visant à la faire passer pour une espionne lui a en fait sauvé la vie.

"Les Talibans m'ont plainte. Quelqu'un avait essayé de les convaincre de façon vraiment très maladroite que j'étais une espionne."

Selon elle, des documents comme des relevés de banque et les modalités de la vente d'une maison exagérant ses revenus et laissant entendre qu'elle était stipendiée par des services secrets ont mystérieusement atterri entre les mains de ses ravisseurs afghans.

De même, des copies du passeport israélien de son ancien mari et d'un code secret le compromettant apparemment avec le Mossad sont également parvenues entre les mains des anciens maîtres de l'Afghanistan, de même qu'une photographie du couple et de leur fille soi-disant prise en Iran alors que le cliché avait été pris en Angleterre.

Ridley, qui a observé une grève de la faim et tenu un carnet de route secret durant sa captivité, n'a aujourd'hui aucun regret.

"Sauf d'avoir passé ma colère sur un malheureux âne, mon moyen de locomotion qui a été à l'origine de la découverte de ma présence illégale en Afghanistan. Sinon, je ne regrette rien", assure-t-elle.

[d'après Yahoo-France / JLF]