(Source: www.chez.com/ubu2/ubufelicitesharogne.htm)


UBU FÉLICITE SHAROGNE



Ubu - Félicitations, mon cher Sharogne,  je ne cesse d’admirer ta géniale stratégie !

Sharogne - Tu as vu ça ! Et pas plus de cent jours, tels que les demande le Berlusconnot pour ses réformes, moi, pour mon génocide: méthodiquement, exaspérer à fond ces minables Palestiniens, une escalade savante, chaque jour un petit coup de plus, d’abord une maison et trois civils zigouillés (en dosant les femelles et les gniards); en réponse ils me blessent deux gars ; je riposte avec trois maisons et cinq civils; ils me tuent un colon (ça c’est toujours une provision de gain); je leur casse un poste de police et un ou deux policiers en plus des civils; ils ratent un attentat suicide; j’envoie des avions massacrer quelques personnalités de l’Arabfat; là mes Amerlos trouvent que j’ai été un peu trop fort (histoire de faire semblant d’être neutres) et ces tantouzes d’Européens reprennent en choeur; je fais semblant de reculer; je suis tranquille, je sais que les gamins palestiniens sont incapables de se retenir après chaque enterrement; j’ai droit à une voiture piégée (un mort, cinq blessés); je bousille une dizaine de sodats de l’Arabfat...  

Ubu - Et puis tout sec, tu dis «Pouce ! Je cesse le feu !  Je suis au fond un homme de paix. Voyez ma bonne volonté.» Et toute la chienlit internationale de te féliciter, de dire que la voie de la paix est rouverte, grâce à ta modération. J’en rie encore ! Tu sais que tu risques le Nobel de la Paix, comme le Kissinger de l’opération Condor !

Sharogne - J’avais bien mesuré. Et pas dit que j’arrêtais la construction de nouvelles colonies dans leurs zones de merde. Je peux compter sur le Hamas. Ces gens-là, je suis sûr de leurs réactions. J’étais sûr de mon affaire. J’attendais, tranquille comme Baptiste. Et pan ! le coup de l’attentat suicide dans une discothèque. J’avais gagné. Tu l’a vue, la Communauté internationale de mes deux, et leurs merdias unanimes... «C’est insupportable ! Arabfat doit s’arrêter !»

Ubu - A se tordre ! comme disait mon vieil oncle Alphonse Allais. «Cette fois, la voie de la paix est coupée ! Tuer tant d’Israéliens d’un coup, c’est pas du jeu ! Les Palestiniens brisent le cessez-le-feu. Arabfat doit arrêter cette violence !»

Sharogne - Et moi blanc comme neige: les mères des morts serrées sur mon coeur, et au chevet des blessés. Un saint !

Ubu - A oui ! A propos, tu as perdu là quelques bons petits gars et filles qui auraient fait de bons soldats !

Sharogne - Bah ! On ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. Et puis, comme disait l’autre stratège: une nuit de Tel aviv réparera tout ça ! L’important, c’est que l’Arabfat soit obligé de reculer...

Ubu - Et s’il ne recule pas ?

Sharogne - On continuera. Ce n’est pas la guerre qui me fait peur. J’aime même ça par-dessus tout. J’ai une si belle armée: il faut s’en servir, non ? Et  Yaveh  n’est-il pas le dieu des Armées ? Tu sais que c’est lui qui nous a donné cette terre, il y a trois mille ans. Il nous aidera à la reprendre.

Ubu - Charie pas ! Tu as des papiers signés de lui ?

Sharogne - La Bible, la Torah. C’est dicté par lui. Et c’est reconnu sacré.

Ubu - Tu sais bien que ce sont des documents apocryphes, rassemblés de bric et de broc cinq siècles avant Jésus-Christ, comme l’a démontré Spinoza.

Sharogne - Ne me parle pas de ce faux Juif, cet intellectuel, sinon on va se fâcher.