LA VALLÉE DES LOUPS - IRAK

- Un film turc de Serdar Akar (2006) -




Dès sa sortie, ce film d'action inspiré de la série télévisée La Vallée des loups a connu un immense succès en Turquie. Il s'agit en fait du film le plus cher jamais réalisé dans ce pays, avec un coût de production de dix millions d'euros, largement amortis en l'espace de quelques jours.

Dans les pays occidentaux, notamment en Allemagne où la communauté turque est fortement représentée, les critiques ont été presque exclusivement négatives. Pas étonnant, quand on sait que l'action se déroule en Irak et que la soldatesque américaine y est montrée telle qu'elle est vraiment, et non telle que la présente habituellement la propagande états-unienne. Comme ce film très réussi ne sort pas des studios d'Hollywood et que ni le réalisateur, ni le scénariste, ni le producteur ne sont juifs, et que - circonstance aggravante - aucun d'eux ne se plie au "politiquement correct" de rigueur en pareil cas, il est évident que La Vallée des loups - Irak est "antisémite" et "antiaméricain". Et tant pis si un des rôles principaux (celui du commandant US) est tenu par Billy Zane, un Américain natif de Chicago que l'on a déjà pu voir dans Titanic, Retour vers le futur et quelques autres films.


Le point de départ du scénario repose sur un événement réel survenu en juillet 2003 dans le nord de l'Irak, occupé depuis peu par les troupes d'invasion. On sait que depuis la guerre du Golfe de 1991, le Kurdistan irakien est une région particulièrement sensible. Déclarée province autonome soustraite à l'influence de Saddam Hussein, cette région est plus ou moins aux mains des séparatistes kurdes, étroitement surveillés par leurs mentors américains, turcs et israéliens - le tout, bien entendu, sans aucun caractère officiel.

Les Turcs, membres de l'OTAN et alliés des Etats-Unis, poursuivent au Kurdistan irakien des objectifs qui ne coïncident pas toujours avec ceux des USA. Ils veulent, avant tout, consolider leur propre influence et contrôler au plus près la politique kurde afin d'éviter que la fièvre de l'indépendantisme ne déborde vers leur propre pays. A la veille de l'agression de mars 2003, Ankara est confronté, comme bien d'autres gouvernements proches de Washington, à l'arrogance de la junte Bush, qui veut tout obtenir sans rien concéder. La Turquie refuse donc de mettre son territoire à la disposition de la "coalition", ce qui complique quelque peu les opérations militaires. Les Etats-Unis n'oublieront pas cet "affront" de dernière minute infligé par leur allié.

Quelques mois plus tard, ils ont enfin l'occasion de se venger. L'armée turque, bien que ne participant pas à l'invasion de l'Irak, a néanmoins des soldats sur place. Le 4 juillet 2003 (fête nationale américaine), les troupes US encerclent le poste turc de Souleimaniye, capturent une douzaine de militaires et les traitent comme ils ont coutume de le faire avec les "terroristes" : ils leur ligotent les mains derrière le dos et leur mettent un sac sur la tête avant de les exhiber en public. Toute la Turquie, en voyant ces images à la télévision, subit une gigantesque commotion. Le chef du détachement, à qui ses supérieurs avaient interdit d'opposer la moindre résistance à l'action américaine, se sent déshonoré et met fin à ses jours.

C'est là que débute la partie "fiction" du film : un commando composé de membres des forces spéciales turques se rend en Irak dans le but de châtier le commandant américain coupable de cette humiliation. En réalité, bien sûr, rien de tel ne s'est produit. Les USA se sont "excusés" auprès du gouvernement d'Ankara, et tout a continué comme par le passé. Le commandant américain n'a d'ailleurs pas agi de sa propre initiative ; il s'est contenté d'obéir aux ordres du Pentagone. Il n'y a pas eu - hélas - de confrontation entre GIs et militaires turcs. Mais puisque le film se conforme aux règles de la dramaturgie hollywoodienne (en inversant les rôles), le Bon (sauveur de l'honneur turc) sort vainqueur du combat contre le Méchant (l'humiliateur). Et comme il se doit, la scène finale voit s'affronter les deux protagonistes dans un combat singulier à la loyale où le meilleur finit par l'emporter : déjà vu 250.000 fois à la télé...


S'il n'y avait que cela, le film ne présenterait strictement aucun intérêt. Mais il y a autre chose, et c'est là que le bât blesse - du moins lorsqu'on est partisan de l'axe israélicain :

  • Les racistes qui occupent l'Irak méprisent tous les Orientaux - qu'ils soient irakiens, turcs, kurdes, arabes ou turkmènes, qu'ils soient musulmans ou chrétiens. Peu importe que le commandant Sam - le bien nommé - s'allie provisoirement à tel ou tel groupe, qu'il donne la préférence à telle ou telle marionnette, tout n'est que tactique. Ami aujourd'hui, ennemi demain... Le film montre bien cela : antiaméricanisme ou réalité ?...

  • Le Sam en question est un fanatique religieux qui "communique" directement avec Dieu le Père et Dieu le Fils, exactement comme le fait l'illuminé de la Maison Blanche. Antiaméricanisme ?...

  • Pas de complaisance, non plus, pour les brutalités et les exactions américaines, commises au nom de la "liberté" et de la "démocratie". Les militaires US arrêtent n'importe qui, au hasard, tuent des enfants, massacrent des civils pacifiquement réunis pour fêter un mariage, détruisent des mosquées au canon, trouent à la mitrailleuse les parois d'un conteneur dans lequel sont entassés des prisonniers, torturent et humilient des détenus. Tout cela est arrivé en Irak et ailleurs (Afghanistan). Antiaméricanisme ?... Non, la réalité est pire. S'il fallait montrer des scènes de torture comme celles qui se pratiquent couramment à Abou-Ghraïb, le film ne pourrait être projeté nulle part.

  • On voit dans La Vallée des loups - Irak un médecin juif (américain ou israélien, c'est la même chose), philosopher lourdement sur les vertus du "peuple élu"... et prélever sur les prisonniers des organes qui seront expédiés à Tel Aviv, New York ou Londres. Exagération ?... Antisémitisme ?... Qui a inventé l'expression "peuple élu" ?... Les Arabes, par antisémitisme ?...  Et est-ce qu'Israël ne se livre pas au trafic d'organes ?... A tel point que même les télévisions occidentales en ont parlé (en France : Envoyé Spécial sur France 2). Tel Aviv y était présenté comme "la capitale mondiale des acheteurs d'organes de contrebande". Principal pays "fournisseur", en son temps : la Moldavie. Plus d'un malade, opéré pour une appendicite, s'est réveillé avec un seul rein.*

    * Le trafic d'organes n'est pas la seule activité lucrative illégale de la médecine israélienne. Selon le quotidien Ha'aretz (article de Zvi Zrahiya et Jonathan Lis du 23 octobre 2006), des docteurs du Kaplan Hospital de Rehovot et du Hartzfeld Geriatric Hospital de Gedera ont effectué des "expériences médicales" sur des patients, entraînant la mort de douze d'entre eux. Et il ne s'agit pas de "cas isolés", puisque douze médecins sont impliqués. Aucun de ces Mengele israéliens n'a été arrêté - ce serait sans doute trop "antisémite"...

    (En août 2009, l'attention du monde civilisé s'est de nouveau portée sur les voleurs et trafiquants d'organes de l'Etat voyou juif.)

  • Enfin, le film montre l'islam sous un jour favorable, pacifique. Très peu de fanatisme religieux, voire pas du tout. Un personnage-clé, Abdurrahman, incarne la sagesse et la tolérance, même s'il rejette la résignation : quelle insupportable violation du dogme américano-sioniste dont on nous abreuve depuis des années...

Toutes ces vérités ne sont pas bonnes à dire. Le réalisateur, lui, a eu le courage de les énoncer dans son film. Qu'il en soit remercié. Car même en Turquie, la chose ne doit pas être aisée : le lobby sioniste, s'il écrase un peu moins la société que dans les pays occidentaux, n'en est pas moins présent.

Mais Serdar Akar sait qu'il exprime le sentiment de l'ensemble de la population - turque et kurde - de son pays, et qu'il traduit le ras-le-bol général de ses compatriotes face à l'arrogance américano-israélienne devant laquelle le monde s'aplatit un peu trop vite.

Le seul reproche que l'on pourrait adresser au réalisateur, c'est de colporter sans discernement la légende des "coupeurs de têtes" et le mythe des "attentats-suicides", même si, au détour d'un dialogue, ce mythe est mis en doute. Pour ce qui est du rôle joué par Israël et par ses créatures dans le déclenchement et dans la poursuite quotidienne de l'agression, de même que dans l'organisation d'attentats visant à accréditer la thèse de la "guerre civile" et des "affrontements interconfessionnels", le film est malheureusement bien silencieux. Mais on ne peut pas tout avoir...



P.S. (janvier 2010) : Le succès de la série télévisée La Vallée des loups ne se dément pas en Turquie, au grand dam des sionistes. Dans un épisode diffusé récemment, le héros du feuilleton, pour sauver un enfant turc enlevé par le Mossad, tue un agent israélien d'une balle dans la tête. On voit le sang du kidnappeur gicler et maculer l'étoile de David. Lorsqu'un autre salopard du Mossad reproche au héros turc d'avoir commis un crime de guerre, celui-ci rétorque : "Pourquoi ?  Il n'y a que vous qui avez le droit d'en commettre ?..."  Pour les criminels israéliens, La Vallée des loups est "antisémite" et devrait être interdite ; si la Turquie était membre de l'Union européenne, ce serait l'affaire de cinq minutes...

Il est à la fois étonnant et encourageant de voir un pays proche de nous appeller un chat un chat et résister ainsi à la bête immonde. Depuis le massacre de Gaza (décembre 2008-janvier 2009), le premier ministre turc Erdoğan ne ménage pas les tueurs de Tel Aviv.


P.P.S (janvier 2011) : Un peu plus de six mois après un nouveau massacre israélien, celui de la la flottille humanitaire de Gaza (neuf morts turcs), sortie du film La Vallée des loups - Palestine.




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