LA VALLÉE DES LOUPS - PALESTINE

Un film turc de Zübeyr Şaşmaz (2011)




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Le film complet - 1 h 45 mn
Version originale turque - sous-titres français
(sur le site de Paul-Eric Blanrue)

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On remarquera tout d'abord que Palestine se dit Filistin en turc (en arabe également). Ce nom vient de Philistins, un peuple arrivé dans la région vers 1200 avant notre ère. La venue des Philistins dans ce qui était alors Canaan (vassal de l'Egypte) a bouleversé la société locale et entraîné la sédentarisation, à l'intérieur du pays, de certaines tribus cananéennes jusqu'alors nomades. Ce phénomène, expliqué par Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman dans leur livre La Bible dévoilée (2002), est à l'origine de l'apparition des Hébreux, qui deviendront plus tard les Juifs. Sans les Philistins, ancêtres des Palestiniens actuels, les Juifs n'auraient jamais existé ; ils seraient restés des Cananéens bientôt assimilés comme tous les autres.

Indépendamment de cela, l'écrasante majorité des gens qui se disent juifs aujourd'hui ne sont pas du tout des descendants de ces Hébreux de l'Antiquité, mais ont en réalité des ancêtres berbères ou khazars, ainsi que l'a démontré l'historien Shlomo Sand dans son ouvrage Comment le peuple juif fut inventé (2008). La plupart des Juifs de la Palestine antique se sont fondus dans la masse des habitants de la région, se sont convertis au cours des siècles, d'abord au christianisme puis à l'islam, et sont devenus eux aussi... des Palestiniens. Pour Paul Eisen, un Juif britannique ("faux et honteux") qui dirige le Centre Deir Yassin Remembered de Londres, "la plupart des Palestiniens d'aujourd'hui ont probablement plus de sang hébreu dans le petit doigt que la plupart des Juifs occidentaux dans tout le corps."

Voir Hébreux, Juifs, Israélites, Israéliens - mythes bibliques de l'Ancien Testament, terre promise, peuple élu, droits ancestraux et autres balivernes.




Un peu plus de quatre ans après La Vallée des loups - Irak, les auteurs de la célèbre série télévisée turque envoient leur fameux agent Polat Alemdar en Palestine, avec pour mission de venger les victimes du massacre de la flottille humanitaire de Gaza et de liquider le responsable de ces atrocités commises en haute mer au mépris des lois internationales. Le commando des forces spéciales mené par Alemdar va utiliser le seul langage que comprennent les barbares israéliens : la violence. Le film mêle la politique-fiction aux scènes d'action de style hollywoodien (mais sans les habituels clichés sionistes des studios californiens).

Alemdar et son groupe entrent clandestinement en Palestine occupée via la Jordanie - une entreprise sans doute difficile, mais réalisable pour des professionnels connaissant bien le terrain et disposant sur place d'appuis sûrs. Arrivés à Jérusalem-Est, ils tombent sur une patrouille israélienne qui demande à voir leurs papiers. A l'officier qui l'interroge sur le but de sa visite en Israël, Alemdar répond qu'il n'est pas venu en Israël mais en Palestine, nuance... Le ton monte... L'agent spécial turc nargue les contrôleurs sionistes en leur "avouant" qu'il est venu pour tuer le général qui a dirigé le massacre de la flottille (dans le film, un certain Moshé Ben Eliezer*). A peine Alemdar a-t-il dit cela, que lui et ses hommes s'emparent des armes des Israéliens. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils liquident neuf tsahalos - les neufs victimes du Mavi Marmara sont en principe vengées, œil pour œil... Mais on n'en reste pas là, bien entendu.

* Il pourrait s'agir, en réalité, du général Gabriel Ashkenazi, chef d'état-major au moment du massacre, puisqu'on sait que l'opération a été décidée au sommet. Mais parmi les tueurs en série de l'armée du crime, on n'a que l'embarras du choix.

Après ce premier affrontement, le commando turc se replie, accompagné d'une jeune Américaine elle aussi prise à partie par les soldats israéliens. Séparée pour d'obscures raisons du groupe de touristes auxquels elle montrait la Vieille ville, elle redoute des ennuis après la fusillade. Alemdar, ses hommes et l'Américaine sont accueillis peu après par une famille palestinienne proche de la Résistance. C'est l'occasion d'évoquer les horreurs du régime d'occupation. Les sionistes tuent n'importe qui (hommes, femmes, enfants, vieillards, malades), n'importe quand, sans motif, simplement parce qu'ils le peuvent. Ils n'accordent jamais de permis de construire aux Palestiniens, attendent qu'une construction "illégale" soit achevée, puis rasent le tout au bulldozer. Un peu plus tard, d'ailleurs, les occupants démoliront la maison palestinienne où nous nous trouvons et empêcheront les femmes terrorisées de sauver l'enfant handicapé resté à l'intérieur. Les fans de l'Etat terroriste juif crient à l'antisémitisme quand on leur montre de telles scènes. Et pourtant, elles se sont produites des douzaines de fois, à Gaza, à Jénine, à Hébron, à Jérusalem et ailleurs.

Il se trouve que l'Américaine, dont c'est le premier contact avec la réalité palestinienne, est de confession juive ; elle s'appelle Simone Lévi. Quand le jeune handicapé palestinien l'apprend, il en fait part à sa grand-mère, qui lui explique : "Nos ennemis ne sont pas les Juifs, nos ennemis sont les tyrans..."  Encore un signe flagrant d'antisémitisme - les propagandistes pro-israéliens appellent cela de la "propagande".

Entre-temps, Polat Alemdar et son commando repartent en guerre, s'emparent d'un véhicule militaire israélien, forcent l'entrée du QG de Ben Eliezer, tuent un nombre impressionnant de tsahalos et blessent le général au visage. Peu après, ils pénètrent dans le centre de contrôle et détruisent le matériel de pointe à l'aide duquel les Israéliens traquaient les "terroristes" turcs, palestiniens et autres. Le général est conduit à l'hôpital mais n'y reste pas très longtemps. Il débranche sa perfusion, enlève le pansement qui lui entoure la tête, constate qu'il perdu un œil. Pas grave, il se lève et réclame un bandeau qu'il se met autour du crâne. L'amoché Ben Eliezer ressemble maintenant à Moshé Dayan, le criminel de guerre préféré de tous les enfants israéliens. On voit que l'adversaire de Polat est un dur à cuire, pas une petite tapette genre Ehoud Barak. Le héros turc n'en a que plus de mérite.

Ben Eliezer crie vengeance, rassemble ses soldats armés jusqu'aux dents et se met en route vers le quartier arabe à la tête d'une impressionnante colonne militaire. Il a l'intention de "punir les coupables", à savoir : Alemdar, son commando, les Palestiniens qui l'hébergent, le cheik musulman qui exerce une "mauvaise" influence sur la population, etc... Juste avant d'arriver au but, les tsahalos rencontrent une patrouille de la police palestinienne qui refuse de les laisser passer (on aimerait bien voir ça). Bien entendu, les Israéliens ne font qu'une bouchée des flics de Mahmoud Abbas et continuent leur progression. Ils vont mettre la ville à feu et à sang et détruire la maison des "complices" d'Alemdar (qui n'est pas là, sinon il ne laisserait pas faire). Les tsahalos enterrent vivant l'enfant handicapé que Ben Eliezer lui-même vient de jeter à bas de son fauteuil. La grand-mère, grièvement blessée par un soldat israélien fier de ce carton réussi, rampe sur les décombres dans l'espoir vain de sauver son petit-fils ; ils mourront tous les deux. Les atrocités de ce genre sont le lot quotidien de la population palestinienne.

Dans une autre scène, on voit des jeunes jeter des pierres sur les chars de l'occupant. Ben Eliezer réplique en faisant bombarder le quartier au phosphore - on pense aussitôt à Gaza. En Allemagne, où le lobby innommable a tenté de bloquer la sortie du film programmée pour le 27 janvier 2011 (un jeudi, jour habituel des changements de programme), les fans des holocausteurs israéliens ont crié à la provocation. Le 27 janvier est en effet une date sacrée dans le calendrier du Shoah Business - une parmi 365. Les Allemands, plus sionisés que quiconque, célèbrent fidèlement l'Holocauste juif, mais jamais les Holocautes de Dresde, de Hambourg et de toutes leurs autres villes détruites par le feu en 1944-45. Alors, quelques centaines de Palestiniens brûlés vifs de plus ou de moins...

Retour à l'écran : histoire de prouver qu'ils sont les maîtres, les tsahalos du film kidnappent tous les Palestiniens qui leur tombent sous la main et les jettent dans une geôle des environs, un de ces nombreux goulags humides et malsains où ils séquestrent, maltraitent et torturent plus de 12.000 Palestiniens, quand ils ne les tuent pas pour leur voler leurs organes. La réalité est cent fois pire que ce qu'il est possible de montrer à l'écran. D'autant plus que Polat Alemdar, contrairement aux vrais combattants de la Résistance, réussit à s'introduire dans la prison après avoir démoli le mur d'enceinte à coup de canon (il s'est emparé d'un char israélien). Il libère des douzaines de prisonniers et confisque, par-dessus le marché, un stock d'armes et de munitions qu'il fait distribuer aux volontaires. Ils vont en avoir besoin pour l'affrontement final qui s'annonce, affrontement au cours duquel Moshé Ben Eliezer sera tué par Polat Alemdar (on s'en doutait).

Si Ben Eliezer est le bras militaire des tueurs israéliens, leur maître à penser est un certain Avi, une sorte de Ben Gourion qui a quitté très jeune sa Pologne natale sans jamais y remettre les pieds, et consacré toute sa vie à justifier et organiser le terrorisme israélien, avant de finir grand patron de l'administration pénitentiaire sioniste. Ce qui ne l'empêche pas de donner aux autres - en particulier à la jeune Américaine - des leçons de souffrance juive. Simone Lévi, "descendante des gardiens du Temple" comme l'indique son nom, reste insensible à ce genre de rhétorique. Elle en a trop vu au cours des dernières heures et ne se fait plus d'illusion sur le caractère véritable du sionisme. Aux "arguments" de l'idéologue professionnel, elle rétorque qu'il ne vaut guère mieux que les nazis allemands qu'il dénonce. Et pan !... Bien sûr, Avi est partisan du Grand Israël : pour lui, la Terre promise s'étend du Nil à l'Euphrate. L'intellectuel de la terreur sioniste sera capturé par Polat, échangé contre le cheik musulman que Ben Eliezer a fait arrêter, puis tué [cris d'horreur des Israéliens] dans l'explosion finale arrangée par le commando turc. Explosion qui détruit la base militaire tandis que Polat et son équipe prennent le large à bord d'un hélicoptère emprunté aux occupants.

Moshé et Avi représentent les deux faces de la même médaille israélienne. Le premier est un fonceur qui n'hésite pas à mettre lui-même la main à la pâte quand il s'agit d'achever un combattant palestinien blessé. L'autre est un lâche qui délègue à ses subordonnés le soin de torturer les prisonniers ; mais tout se passe selon ses instructions et ses principes. Pour lui, les Arabes sont comme des rats de laboratoire : sous l'effet de la douleur, ils peuvent et doivent apprendre à se tenir tranquilles et à obéir.  En résumé : Moshé "punit", Avi "éduque" - c'est exactement ce que fait Israël depuis plus de soixante ans. Sauf changement radical de type sud-africain, l'Etat voyou juif est appelé à subir le même sort que ses deux représentants.


Réalisme ?

Il est inutile de chercher la moindre trace de réalisme dans les scènes d'action de ce film, et elles sont nombreuses. Alemdar et ses hommes tuent à eux seuls autant de soldats israéliens que toutes les guerres depuis 1948. Si la Résistance palestinienne faisait preuve de seulement 10 % de cette efficacité, le pays serait libéré depuis longtemps. Comme dans les productions hollywoodiennes, le courage et la volonté du héros suffisent pour surmonter tous les obstacles. D'un côté, on a des tsahalos bottés, casqués, avec leurs gilets pare-balles et leurs armures de protection, leur équipement sophistiqué et leur technologie dernier cri. De l'autre, des combattants en T-shirt, qui se procurent sur place les véhicules et les armes dont ils ont besoin (sans jamais être en rupture de stock).

Pas de réalisme non plus au niveau de la communication entre les divers personnages. Nous avons là des gens dont la langue habituelle est le turc, l'arabe, l'hébreu ou l'anglais. Mais ils n'éprouvent pas la moindre difficulté à se comprendre. Comme à Hollywood, tout se dit et tout se fait dans la langue du réalisateur - ici : le turc.

La Vallée des loups - Palestine montre aussi, loin de tout réalisme politique, à quoi aurait pu ressembler la réaction d'Ankara au massacre de la flottille si le gouvernement turc avait eu le courage d'aller au-delà des mots. Evidemment, personne n'attendait d'un pays membre de l'OTAN allié des USA (et d'Israël) qu'il envoie un commando en Palestine. Mais on aurait pu, au moins, faire acte de présence militaire dans les eaux internationales au large d'Israël. Si deux ou trois navires de la marine turque avaient accompagné la flottille (ou escorté plus tard une autre flottille), les terroristes de Tel Aviv n'auraient pas osé l'attaquer. Ils n'étaient certainement pas prêts à déclencher une guerre contre la Turquie. S'en prendre à des faibles, à des civils, à des femmes, à des enfants, à des Etats pratiquement sans défense, a toujours été le choix privilégié (pour ne pas dire unique) de ces assassins judéo-fascistes. Mais se frotter à un adversaire de force égale, pas question. Le problème est que les dirigeants turcs ne sont pas disposés à affronter de face le monstre sioniste. La Vallée des loups - Palestine reste malheureusement de la fiction. Quoi qu'on en dise, le lobby innommable est très actif en Turquie, et les pressions (exercées directement ou par l'entremise de l'OTAN, des USA, de l'UE) sont permanentes. Le Premier ministre Erdoğan est courageux mais pas téméraire.

Mais le réalisme existe tout de même dans ce film ; il se situe à un tout autre niveau, celui de la vie quotidienne dans un régime colonial, raciste, répressif, inhumain et hypocrite. Les détails sont trop connus pour qu'on s'étende sur la question. Disons seulement que La Vallée des loups - Palestine dépasse, d'une part, ce que l'on verra dans n'importe quel autre film du genre (surtout, bien sûr, dans les productions d'Hollywood). D'autre part, ce film occulte sans le vouloir (comment faire autrement ?) 90 % de la réalité. Ce n'est pas un documentaire, mais il documente suffisamment bien la situation - en tout cas pour un film d'action.

La chose vaut aussi bien pour les détails matériels (arbitraire, injustice, violence, folie meurtrière, cynisme, impunité de l'occupant) que pour leur justification idéologique (fadaises pseudo-religieuses, mythes, chutzpah, déformation des textes). Moshé Ben Eliezer reprend Polat Alemdar quand celui-ci invoque le commandement biblique Tu ne tueras point.  Non, réplique le général sioniste, la Torah ne commande pas de ne point tuer, elle commande de ne point tuer d'autres Juifs. C'est à la fois vrai (en principe) et faux (en pratique) : quand c'est pour la "bonne cause", les sionistes n'hésitent pas à tuer leurs propres gens, au besoin après avoir consulté un rabbin extrémiste qui leur confirmera qu'on peut toujours tricher avec Dieu, pourvu qu'on dispose d'une excuse "valable".

Ben Eliezer raconte d'ailleurs à son adversaire (quand ils ne se tirent pas dessus, ils ont d'intéressantes conversations) une histoire juive rapportée ici par Uri Avnery : Tue un Turc et repose-toi.  C'est un Juif russe d'autrefois qui s'engage dans l'armée tsariste pour combattre les Turcs et en tuer beaucoup, tout en ayant bon espoir qu'il ne risque rien puisqu'il ne veut de mal à personne. Cette histoire est l'occasion de confronter les conceptions morales diamétralement opposées des Juifs sionistes et des goyim. Elle est aussi un rappel du fait, bien souvent oublié, que presque tous les sionistes de la première heure, comme le personnage d'Avi (bien qu'il soit trop jeune pour cela, tant pis), venaient en fait de Russie (qui comprenait alors la Pologne, les Pays baltes et l'Ukraine).  Ces Juifs de l'Empire russe descendaient bien sûr des Khazars et n'avaient pas le moindre lien ethnique ou ancestral avec la Palestine de l'Antiquité (voir tout en haut).




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