LE DÉMEMBREMENT DE LA YOUGOSLAVIE

- Prélude aux guerres du 21ème siècle -


Voir aussi :  Pourquoi eux ?   Pourquoi pas nous ?




Des origines à 1990
Les guerres des années 1990     La guerre de 1999 (guerre "du Kosovo")
Les années 2000     "Indépendance" du Kosovo     Radovan Karadzic
Le "procès" de Slobodan Milosevic
Mission accomplie ?     La fin honteuse de la Serbie indépendante
2014 : "révolution colorée" en Bosnie ?     2016 : islamisme et séparatisme au Sandjak
2016-17 - Macédoine : crime et châtiment     2017 : Otanisation du Monténégro


Cartes de la Yougoslavie

Au fur et à mesure que le monde s'enfonce dans l'après-11 septembre, avec les agressions américaines contre l'Afghanistan et l'Irak (et bientôt contre l'Iran, la Syrie et d'autres pays - sans oublier les guerres israéliennes en Palestine et au Liban), on a de plus en plus l'impression que le démembrement de la Yougoslavie, survenu dans les années 1990, n'a constitué en fait que le prélude à une nouvelle catastrophe universelle - tout comme la Guerre d'Espagne (1936-39) avait été le signe annonciateur de la Deuxième Guerre mondiale, ou la Seconde Guerre des Balkans (1913 - voir un peu plus bas) celui de la Grande Guerre de 1914-18.


DES ORIGINES À 1990

  • 12ème siècle : Formation d'un royaume serbe ayant pour centre spirituel et politique la région du Kosovo. Avant les destructions de 1999, on comptait dans cette province plus de 1300 monastères et églises orthodoxes datant du moyen-âge. La ville de Pec a toujours été le siège traditionnel du patriarche orthodoxe serbe. C'est la raison pour laquelle les Serbes considèrent le Kosovo comme le berceau culturel de leur nation. Le mot Kosovo lui-même est un mot serbe et signifie merle.
    Quelques cartes : La Serbie en 1196   (gif - 55 ko)   -   Kosovo 1999   (quid.fr - gif - 224 ko)
    Serbie, Kosovo, Voïvodine, Monténégro - 1999   (quid.fr - gif - 141 ko)

  • 1389 : A Kosovo Polié (= champ des merles), victoire militaire turque sur les Serbes. La Serbie passe sous le joug de l'Empire ottoman. Le site de Kosovo Polié acquiert pour les Serbes une signification à la fois tragique et symbolique, d'autant plus qu'il sera plus tard le théâtre d'autres batailles (contre les Turcs, les Autrichiens et les Allemands). Kosovo Polié devient synonyme de résistance contre l'oppression étrangère.

  • Au cours des cinq siècles suivant : Exception faite de quelques courtes périodes au cours desquelles le pays est rattaché au royaume de Hongrie ou au Saint-Empire romain germanique, la Serbie demeure sous domination turque. Le territoire est islamisé "en douceur" ; un des procédés les plus efficaces consiste à soumettre les non-musulmans à une charge fiscale supplémentaire qui devient très vite insupportable. Beaucoup de Serbes quittent le Kosovo, tandis que Turcs et Albanais commencent à s'y installer - mais ces derniers ne seront jamais majoritaires dans la province au cours de cette période.

  • 1875-77 : Soulèvements contre la domination ottomane. Guerre russo-turque.

  • 1878 : La Serbie et le Monténégro deviennent indépendants (Congrès de Berlin, organisé à l'initiative du chancelier Bismarck). Le Kosovo et l'Albanie restent sous contrôle ottoman. Les Albanais ont fondé la Ligue de Prizren qui revendique la création d'une Grande-Albanie incluant le Kosovo. C'est là la source du conflit serbo-albanais actuel, un conflit qui ne remonte ni à Milosevic ni à Tito, mais a déjà 120 années d'existence en 1999, lorsque l'OTAN le porte à son paroxysme. Toujours en 1878, la Bosnie et l'Herzégovine, provinces turques où vivent de nombreux Serbes, sont intégrées à l'Empire austro-hongrois, qui occupe déjà la Croatie et la Slovénie. La Macédoine, elle, reste turque. Dans les années qui suivent, la Serbie s'efforce de réaliser une union de tous les peuples slaves des Balkans, ce qui bien entendu suscite la plus vive réprobation à Vienne, Budapest et Constantinople.

  • 1903 : L'Allemagne projette la construction d'une ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad qui traverserait l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Serbie et l'Empire ottoman. Tous les gouvernements sont d'accord, sauf celui de Belgrade, qu'il va donc falloir "convaincre" d'une manière ou d'une autre. C'est depuis cette époque que Berlin porte un "intérêt" tout particulier au petit pays slave.

  • 1912-13 : Première Guerre des Balkans, qui oppose Serbie, Monténégro, Bulgarie et Grèce à l'Empire turc. A l'issue de cette guerre, bien que n'ayant pas affronté les Turcs, l'Albanie acquiert son indépendance (sans le Kosovo). On peut donc dire que les Serbes se sont aussi battus pour la liberté des Albanais - mais ils en seront bien mal récompensés.

  • 1913 : Seconde Guerre des Balkans avec, cette fois, la participation des grandes puissances impérialistes. C'est en quelque sorte une répétition générale un an avant la Grande Guerre (qu'on appellera plus tard Première Guerre mondiale). Après la guerre de 1913, le Kosovo est rattaché à Serbie, la Macédoine est partagée entre la Serbie, la Bulgarie et la Grèce.

    Les Balkans à la veille de la Première Guerre mondiale   (www.atlas-historique.net - gif - 120 ko)

  • 1914 : Grande Guerre opposant l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie (Triple-Alliance) plus l'Empire ottoman - d'un côté - à la Grande-Bretagne, la France et la Russie tsariste (Triple-Entente) - de l'autre. Ces pays, qui sont alors les plus puissants de la planète (les Etats-Unis resteront neutres jusqu'en 1917), pratiquent depuis des années une course aux armements dont l'enjeu est un nouveau partage du monde. L'Allemagne, qui n'est unifiée que depuis 1871, veut rattraper le temps perdu et s'approprier, aux dépens de ses concurrents, une part plus grande du gâteau - une part correspondant davantage à son nouveau poids politique. C'est la première fois - mais pas la dernière - que l'impérialisme allemand agit de la sorte.

    En juin 1914, on est fin prêt ; il ne manque plus que le prétexte qui permettra de justifier l'ouverture des hostilités. Il ne sera pas nécessaire de mettre en scène un prétendu massacre, comme à Racak, 85 ans plus tard. L'étincelle qui mettra le feu aux poudres aura une origine tout à fait "naturelle". L'étudiant serbe Gavrilo Princip - considéré plus tard comme un héros national - tue à Sarajevo (Bosnie) le prince héritier de la couronne d'Autriche. C'est exactement ce que tout le monde attendait. Vienne adresse à Belgrade un ultimatum arrogant et inacceptable, et les troupes austro-hongroises peuvent déferler sur le méchant petit pays slave. Il est parfaitement inutile d'invoquer des "motifs humanitaires" comme on le fera à la fin du siècle.

    Le mouvement ouvrier - socialistes ou sociaux-démocrates, selon les pays - est puissant et aurait la possibilité d'empêcher la guerre, notamment grâce à l'arme de la grève générale. Mais ses dirigeants choisissent de trahir et de se ranger du côté de leurs gouvernements respectifs ; des millions de travailleurs le paieront de leur vie. Par réaction, après la guerre, une scission s'opérera dans le mouvement ouvrier et des partis communistes seront fondés un peu partout. Seuls les communistes russes réussiront à prendre le pouvoir et à le garder - la révolution universelle n'aura pas lieu.

    En attendant, en 1914, la guerre n'est pas possible sans intervention massive de l'infanterie. Les Autrichiens subissent des pertes considérables en Serbie et appellent au secours l'empereur allemand, ce qui était prévu dès le départ. A Berlin, l'hystérie antiserbe est à son comble. Le slogan préféré du moment est "Serbien muß sterbien", que l'on pourrait traduire par "La Serbie doit mouri". Pendant quatre ans, les troupes allemandes occupent en grande partie le pays et se livrent à des exactions semblables à celles que la propagande de l'OTAN mettra plus tard sur le dos du prétendu "boucher des Balkans" : terreur, assassinats, viols, pillages, incendies criminels. Après la guerre, l'écrivain allemand Kurt Tucholsky dira : "Soldaten sind Mörder" (les soldats sont des assassins), trois mots qu'il est toujours interdit de citer, en Allemagne, sous peine de poursuites judiciaires. En écrivant ces mots, Tucholsky pensait aussi à la Serbie.

  • 1918 : La guerre mondiale se termine sur la défaite des Allemands, des Autrichiens et des Turcs. L'Italie, sentant le vent tourner, a basculé à temps du côté des vainqueurs (France, Angleterre et Etats-Unis, ces derniers étant entrés en guerre en 1917 après avoir laissé leurs alliés tirer les marrons du feu). La Russie révolutionnaire de Lénine et Trotski s'est désengagée du conflit en 1917, faisant la paix avec l'Allemagne et l'Autriche.

  • 1920 : Le traité de paix de Versailles bouleverse profondément la carte de l'Europe. De nouveaux Etats indépendants - ou supposés tels - font leur apparition : Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchécoslovaquie et, dans les Balkans, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. L'unité politique et territoriale des Slaves du sud (Yougo-Slaves) est réalisée - sous domination serbe et avec l'appui décisif des vainqueurs, en particulier de la France.
    Formation de la Yougoslavie (carte : www.atlas-historique.net - gif - 118 ko)

  • 1928 : Le nouvel Etat reçoit le nom de Yougoslavie. Des tensions surgissent entre Serbes (en majorité orthodoxes) et Croates (catholiques). En 1934, à Marseille, un terroriste croate assassine le roi Alexandre 1er.

  • 1941 : Seconde Guerre mondiale : de nombreux pays sont occupés par les nazis (Pologne, Tchécoslovaquie, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, France). C'est le moment que choisit la Yougoslavie (en fait le prince-régent Karadjordjevic) pour s'allier aux puissances de l'Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Japon). Un putsch de généraux serbes (nationalistes tchetniks) empêche cette manoeuvre. Hitler envahit alors la Yougoslavie. Son aviation bombarde Belgrade le 6 avril, tandis que ses fantassins sont accueillis à bras ouverts (ou plutôt à bras tendus) en Croatie. A Zagreb, l'Allemagne érige un régime fantoche à la fois clérical et pronazi et permet à cette "Croatie nouvelle" dominée par les collabos du mouvement oustachi de s'agrandir aux dépens des autres provinces. Le reste de la Yougoslavie est partagé entre l'Allemagne, l'Italie et leurs alliés (Hongrie, Roumanie et Bulgarie). L'Italie de Mussolini établit un "protectorat" albanais dont les frontières correspondent à celles dont les extrémistes de Tirana rêvaient pour leur Grande-Albanie, c'est-à-dire l'Albanie proprement dite + le Kosovo + de vastes portions du Monténégro, de la Macédoine et de la Grèce - carte (jpg - 37 ko). Les fascistes albanais (ballistes*) fondent ce qu'ils appellent la Seconde Ligue de Prizren.

    * Le mot vient de Balli Kombëtar - ce qui signifie Front National (!)

  • 1941-45 : Dans l'ensemble de la Yougoslavie, mais surtout en Croatie et au Kosovo, les occupants et leurs alliés déclenchent d'incroyables bains de sang qui se traduisent par une "épuration" à la fois ethnique, religieuse et politique. Serbes, Juifs, Tziganes, communistes ou supposés tels, opposants de toutes sortes sont massacrés à tour de bras. A la Libération, on comptera plus d'un million et demi de victimes tuées par les oustachis fascistes croates, les ballistes albanais et, bien sûr, les occupants allemands.

    En octobre 1941, la Wehrmacht (l'armée régulière qui, paraît-il, avait horreur qu'on la compare aux SS) assassine par mesure de "représailles" 2.300 civils à Kragujevac. Une attaque des maquisards contre les troupes allemandes avait fait 10 morts et 26 blessés. Avec une minutie toute germanique, les criminels de guerre nazis massacrent 100 Yougoslaves pour chaque mort allemand et 50 pour chaque blessé). Comme il n'a pas été possible de trouver suffisamment d'hommes et de femmes à fusiller, on prend aussi des écoliers. Après 1945, on érigera un monument à la mémoire des 2.300 victimes. Le 27 mars 1999, les bombes de l'OTAN détruiront ce mémorial. Commentaire superflu...

    Dans ces conditions, il va sans dire que la résistance croît à vue d'oeil. Deux organisations dirigent la lutte : d'une part, les tchetniks (monarchistes et nationalistes serbes) ; d'autre part, sous la direction de Josip Broz Tito, des partisans communistes des toutes nationalités. Tito, dont le père est croate et la mère slovène, veut ériger une nouvelle Yougoslavie socialiste dans laquelle tous les groupes ethniques auront les mêmes droits et coexisteront en paix. Comme dans les autres pays occupés, l'Occident (Londres) soutient la résistance non-communiste. Mais finalement, les partisans de Tito l'emportent et libèrent leur pays sans aide extérieure.

  • 1945-48 :   Renaissance de la Yougoslavie (carte : www.atlas-historique.net - gif - 106 ko)
    La Yougoslavie renaît dans ses anciennes frontières, agrandie de l'Istrie, une région autrefois italienne où vivent de nombreux Slovènes et Croates. Pour ne pas mettre en danger la paix entre les divers groupes nationaux qui composent le pays, on prend bien soin, lorsqu'on punit les criminels de guerre et les collaborateurs, de ne pas se laisser aller à une vengeance aveugle qui frapperait les seuls Croates et Albanais. Pour Tito, la question sociale est infiniment plus importante que les questions nationales. On lui a reproché, plus tard, d'avoir "favorisé les Serbes", ce qui est tout simplement absurde : Tito, comme nous le disions plus haut, n'était pas serbe, et un de ses slogans favoris disait précisément que pour renforcer la Yougoslavie, il fallait affaiblir la Serbie.

    Une des conséquences de la politique multinationale de Tito, c'est que personne dans son entourage - à de rares exceptions près - ne juge nécessaire de remettre en cause le bien-fondé des frontières intérieures entre les differentes républiques et provinces, ou de prendre en considération un éventuel déséquilibre ethnique, ou encore de rétablir, ici ou là, une situation d'avant-guerre entre-temps modifiée. Tito est au-dessus de toutes ces considérations, qu'il juge définitivement dépassées, révolues, d'un autre âge. Pour lui, tous les habitants de son pays sont avant tout yougoslaves.

    C'est ainsi, par exemple, qu'on déconseille aux Serbes chassés du Kosovo par les fascistes albanais de retourner dans la province après la Libération ; au lieu de cela, on leur demande de rester où ils sont et on les aide à s'adapter. Les choix de Tito contribuent grandement à faire de la Yougoslavie, pays dominé par les Serbes jusqu'en 1941, un Etat multinational et multiculturel égalitaire, en quelque sorte un avant-goût de cette République socialiste universelle dont rêve le dirigeant communiste yougoslave. Plus tard, après la mort de Tito, et après que les questions de nationalité et de religion soient redevenues plus importantes que la question sociale, cette vision titiste sera condamnée par les nationalistes serbes comme une erreur fatale ayant permis la destruction du pays.

    Quoi qu'il en soit, les trois premières années de l'après-guerre sont pour la Yougoslavie les meilleures de son histoire. Ce sont aussi les seules années où la confrontation serbo-albanaise, particulièrement aiguë depuis des décennies, semble enfin sur le point de disparaître. Les antifascistes d'Albanie et de Serbie ont combattu ensemble - avec d'autres peuples - pour la libération de la région. Savoir sous quelle égide le pays sera administré devient presque secondaire, puisque Belgrade et Tirana sont en train de construire des systèmes sociaux similaires. Les communistes albanais ne repoussent pas l'idée d'intégrer leur pays à une Fédération balkanique dont ferait partie la Yougoslavie. Ainsi, la question du Kosovo se règlerait d'elle-même. Pour la première fois - et pour la dernière aussi - ces frères ennemis que sont la Yougoslavie, l'Albanie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, ont enfin la chance de se réconcilier et de s'unir. Bien sûr, le "grand frère" soviétique veille pas très loin de là, mais en 1945-47, il évite encore de se manifester de façon trop intempestive... Simultanément, une guerre civile déchire la Grèce ; les partisans communistes, après avoir combattu les nazis allemands pendant quatre ans, essaient maintenant de renverser le régime issu de la collaboration, que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont mis en place à Athènes. Les partisans grecs, abandonnés par Moscou, finiront par être vaincus - le monde a été partagé à la conférence de Yalta, et la Grèce fait partie de la zone d'influence occidentale.

  • 1948 : La Fédération balkanique meurt avant d'avoir vu le jour ; l'idylle est-européenne prend fin. Un conflit ouvert éclate entre Belgrade et Moscou. Les communistes yougoslaves ont libéré leur pays sans l'aide de personne et ne voient pas pourquoi ils devraient se soumettre aux règles édictées par Staline. Ils rejettent donc toute immixtion soviétique. Du jour au lendemain, la Yougoslavie se trouve isolée de ses voisins. L'Albanie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie s'alignent sur Moscou et considèrent désormais Tito comme un "renégat". L'Occident capitaliste se frotte les mains, bien sûr : "Vous voyez, on vous l'avait bien dit..." Mais cette jubilation est de courte durée, car la Yougoslavie n'a nullement l'intention d'abandonner son option socialiste. Dans les décennies qui suivent, Tito va naviguer entre les blocs - avec succès. Il sait utiliser à son profit les divergences et les contradictions Est-Ouest et s'appuie pour cela sur les Etats du Tiers-Monde. Il est un des fondateurs du mouvement des pays non-alignés, mouvement dont il devient la figure de proue.

    Après la rupture avec Tito, les gouvernements de Tirana et de Sofia ravivent sans le moindre scrupule les vieux conflits nationaux et formulent leurs revendications territoriales : les Bulgares veulent la Macédoine, et les Albanais le Kosovo. Les agents de Tirana franchissent quotidiennement la frontière et attisent la subversion. Belgrade réagit mollement et continue de jouer la carte multinationale. L'autonomie et les droits des Kosovars albanais sont préservés.

  • 1956 : Après la mort de Staline (1953) et la dénonciation de ses crimes par Khrouchtchev (1956), on observe une certaine détente dans les rapports de Belgrade avec Moscou et Sofia. Mais cela ne vaut pas pour les relations avec Tirana, car le régime albanais rejette la "déstalinisation" pratiquée dans les pays de l'Est et la considère comme une trahison. Petit à petit, l'Albanie s'isole des autres pays communistes ; les rapports avec Belgrade se dégradent toujours plus. La politique d'infiltration et de déstabilisation du Kosovo s'accentue. Malgré cela, et peut-être pour tenter de calmer les esprits, le gouvernement de Belgrade - moins nationaliste que jamais - accorde aux Kosovars albanais une autonomie plus grande encore.

  • 1963-68 : La situation politique au Kosovo se détériore. En 1968, comme un peu partout en Europe, des troubles éclatent dans la province. Les Albanais, qui constituent entre-temps les deux tiers de la population, revendiquent une république à eux au sein de la Fédération yougoslave. Jusqu'à présent, il n'existe que six républiques (Slovénie, Croatie, Serbie, Monténégro, Macédoine et Bosnie-Herzégovine). Le Kosovo et la Voïvodine (région à forte population hongroise) sont des provinces autonomes au sein de la république serbe. Les Albanais du Kosovo ne demandent pas encore l'indépendance pure et simple et, compte tenu de la situation précaire dans laquelle se trouve l'Albanie, ils ne réclament pas non plus le rattachement à la "mère-patrie". Le système albanais est plus dur que jamais, stalinien au sens propre du terme (il continue de pratiquer le culte de Staline), isolé du monde entier à l'exception de la Chine. Pékin (où sévit la "révolution culturelle") et son allié de Tirana considèrent que les dirigeants du Kremlin (et ceux de Belgrade) sont des "révisionnistes"* qu'il faut combattre par tous les moyens. La déstabilisation du Kosovo se poursuit ; de nombreux Serbes quittent la province.

    * En 1968, ce mot n'a pas encore le sens qu'on lui donne aujourd'hui.

    Sur le plan économique, la situation en Yougoslavie est relativement favorable, bien qu'on observe de très grandes différences entre le nord et le sud : à Zagreb ou Ljubljana, on vit pratiquement comme en Autriche ou en Italie ; en Macédoine ou au Kosovo, en revanche, les conditions sont beaucoup modestes. L'autogestion des entreprises, idée centrale du socialisme yougoslave, ne semble guère fonctionner. Les Yougoslaves sont nombreux à émigrer en Europe occidentale, en Allemagne notamment.

  • 1974 : La Yougoslavie adopte une nouvelle constitution qui étend considérablement les droits des nationalités. Beaucoup de Serbes voient dans cette constitution "le commencement de la fin" de la Yougoslavie. Au Kosovo, les Albanais occupent désormais toutes les positions-clés. La province autonome est devenue de facto une république fédérée - mais une république dans laquelle les minorités ethniques non-albanaises (Serbes, Roms, etc.) ont de moins en moins de droits. L'influence de Belgrade se limite en fait aux questions de défense et de politique monétaire. Dans le reste de la Yougoslavie, la situation économique se détériore peu à peu. Tito semble impuissant dans son pays, alors même que sa stature internationale grandit de jour en jour.

  • 1980 : Après une longue maladie, Tito meurt. Le monde entier vient s'incliner devant sa dépouille. Tous les chefs d'Etat et de gouvernement se rendent à Belgrade pour lui rendre un dernier hommage (une scène que l'on peut voir dans le film Underground d'Emir Kusturica). Mais simultanément, on a l'impression que c'est la Yougoslavie qu'on enterre ce jour-là. C'est comme si les successeurs de Tito n'attendaient que cet instant pour précipiter le pays encore plus profondément dans la crise. A partir de là, plus rien ne compte, hormis l'appartenance à tel ou tel groupe national. Seuls les Serbes semblent avoir conservé le sens des responsabilités pour l'ensemble de la Fédération. Il faut dire qu'ils sont aussi pratiquement les seuls à être présents dans toutes les régions du pays.

    Les pays occidentaux tentent de tirer profit de la situation. Bien entendu, on ne peut pas encore se permettre ce qui sera possible dix ans plus tard. Le monde est divisé en deux blocs, et bien que la Yougoslavie n'appartienne à aucun d'entre eux, la question des frontières reste taboue. Impossible de modifier en quoi que ce soit le statu quo territorial en Europe. La Yougoslavie est néanmoins aux prises avec le Fonds monétaire international et avec la Banque mondiale, deux organismes internationaux dont le rôle consiste, sous couvert d'aide au développement, à appauvrir et à paralyser toujours plus les pays pauvres. Tandis que le gouvernement de Belgrade se plie docilement au diktat du FMI, la population se rebiffe face la déchéance économique : des grèves et des émeutes éclatent un peu partout. Les politiciens régionaux proposent des solutions nationalistes. En Slovénie et en Croatie, ils parlent de se débarrasser du "ballast" que représente pour eux le sud du pays. Les politiciens kosovars albanais (le "ballast") jouent eux aussi la carte de la sécession, mais pour d'autres raisons.

    Pour les Serbes qui vivent au Kosovo, les choses empirent de jour en jour. Ils se sentent rejetés, émigrent ; le pourcentage d'Albanais dans la province augmente sans cesse, à la fois par suite de l'immigration incontrôlée en provenance de l'Albanie proprement dite, et du fait d'un taux de natalité plus élevé. Cet article du New York Times de 1982 décrit la situation après les émeutes sanglantes de Pristina et donne les chiffres suivants pour illustrer "l'exode serbe" : 74 % d'Albanais et 21 % de Serbes/Monténégrins au Kosovo en 1971 ; 78 et 15 % respectivement dix ans plus tard.* C'est bel et bien une épuration ethnique - antiserbe - qui a lieu dans la province. Mais personne, en Occident, ne semble s'en inquiéter...

    * Vingt ans plus tard, en 1991, ces pourcentages passeront à 82 % pour les Albanais, et 10 % pour les Serbes/Monténégrins.

  • 1989 : Slobodan Milosevic, le numéro un de la Ligue des communistes de Serbie, a fait son ascension politique au cours des années 80. Il est partisan d'une Yougoslavie mutinationale à la Tito et s'efforce de freiner les tendances centrifuges qui menacent l'unité du pays. Au Kosovo, province faisant partie de la Serbie et entrant donc dans son champ d'action, Milosevic s'appuie sur les forces nationalistes serbes - il n'a guère le choix. En mars, les députés du Parlement fédéral yougoslave - donc pas seulement Milosevic et la Serbie - mettent fin à l'autonomie des deux provinces serbes du Kosovo et de la Voïvodine, autonomie que garantissait la Constitution de 1974.

    Erreur fatale ?... Oui, sans doute, mais existait-il une autre solution, sinon l'indépendance pour tous ? La situation aurait-elle évolué différemment sans cette mesure d'annulation de l'autonomie ? Peut-être, mais seulement dans l'hypothèse d'une reprise économique, et en éliminant les multiples ingérences extérieures - ce qui était, bien sûr, totalement impossible, comme l'avenir n'allait pas tarder à le montrer.

    Fin juin 1989, à l'occasion du 600ème anniversaire de la bataille de Kosovo Polié, plus de 600.000 Serbes se rassemblent sur le "champ des merles" : c'est deux ou trois fois plus que le nombre total d'habitants serbes de la province. Compte tenu des discriminations continuelles dont ces derniers sont victimes, l'ambiance est explosive. Milosevic, tout en profitant de la situation pour promouvoir sa propre carrière politique, essaie de calmer l'exaltation nationaliste. Comme on peut le lire ici, son discours est très modéré et n'a rien à voir avec ce que lui prête la propagande antiserbe.

  • 1990 : A Moscou, Gorbatchev, après six années passées au Kremlin, a enfin atteint le but qu'il s'était fixé : la liquidation de son pays et de tout le camp socialiste européen. Petit à petit, réussissant à placer ses créatures aux postes-clés du pouvoir, il est parvenu à imposer sa catastroïka. Le manque de conscience politique de ses concitoyens et la corruption omniprésente ont favorisé cette entreprise de destruction à laquelle presque personne ne s'est opposé.

    La RDA est sacrifiée sur l'autel de la réunification allemande sans que ses dirigeants - à de rares exceptions près - aient saisi le sens du processus en cours (jusqu'à sa mort, Erich Honecker se vantera d'avoir été fidèle à Moscou... et à Gorbatchev). Les républiques soviétiques quittent l'Union, l'URSS est dissoute, le capitalisme rétabli partout. Sous couvert de "démocratie", la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie et l'Albanie voient la restauration de leurs anciens régimes et le retour des classes parasitaires chassées en 1945. La Tchécoslovaquie est en outre scindée en deux.

    Dans ces conditions, pourquoi la Yougoslavie serait-elle épargnée ?... Au cours de la décennie suivante, le pays sera morcelé et ravagé par des guerres meurtrières imposées de l'extérieur, d'abord en Croatie et en Bosnie, puis au Kosovo et dans le reste de la Serbie.




LES GUERRES DES ANNÉES 1990

Le démembrement de la Yougoslavie après 1991 (carte : www.atlas-historique.net - gif - 105 ko)

  • 1991 : Comme en URSS, on assiste en Yougoslavie à un renforcement des forces centrifuges qui veulent faire éclater l'Etat multinational. Et comme en URSS, ces forces finissent par l'emporter grâce aux encouragements et à l'aide directe qu'elles reçoivent de l'étranger. Mais à la différence du numéro un soviétique, Milosevic fait tout son possible pour sauver l'existence de la Fédération yougoslave. La Croatie et la Slovénie, dont les dirigeants caressent depuis longtemps l'idée d'une sécession, sont systématiquement poussés, par l'Allemagne, l'Autriche et le Vatican, à déclarer sans délai leur indépendance.

    Fin juin 1991, c'est chose faite. Milovan Djilas, qui a été compagnon d'armes de Tito avant de devenir son adversaire, lance une mise en garde : "La reconnaissance de l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie par l'Allemagne*, l'Autriche et d'autres pays conduit directement à la guerre civile en Yougoslavie." Mais le gouvernement de Bonn réussit à convaincre ses partenaires européens encore sceptiques et hésitants. Six mois plus tard, l'UE, les USA et l'ONU reconnaissent officiellement les deux nouveaux Etats. La guerre civile a déjà commencé.

    * Le journaliste belge Michel Collon signale que le BND (service secret allemand) était actif à Zagreb dès 1979. Mais c'est avec la réunification de l'Allemagne, en 1990, que tout a empiré.

    La SLOVÉNIE possède une structure ethnique très homogène ; les Slovènes représentent plus de 90 % de la population. De ce fait, la proclamation du nouvel Etat ne pose pas de problèmes, exception faite d'une résistance courte et symbolique de la part des troupes fédérales yougouslaves qui contrôlent les frontières extérieures avec l'Italie, l'Autriche et la Hongrie. Quant aux habitants, il va de soi que personne ne les a consultés pour connaître leur point de vue sur la question. L'écrivain et dramaturge autrichien Peter Handke, qui a lui-même des racines slovènes, résume ainsi l'absurdité de ce bouleversement politique : "Rien jusqu'à présent dans l'histoire slovène, absolument rien, ne signalait un quelconque désir de créer un Etat distinct. Jamais, au grand jamais, le peuple slovène n'a rêvé d'indépendance." Absurde ou pas, quelle importance ?... Apparemment, il suffit de faire miroiter aux yeux des politiciens locaux l'espoir d'une aide financière et d'une adhésion ultérieure à l'Union européenne, et voilà, le tour est joué. C'est ainsi qu'on amène les petits Gorbatchev de province à vendre "leur" pays.

    En CROATIE, la situation est totalement différente. Les frontières de l'ancienne province sont le produit d'une évolution historique agitée ; autrement dit, elles sont en grande partie arbitraires. Sous Tito, elles n'ont pratiquement pas été modifiées. Les questions nationales étant alors devenues secondaires, il n'y avait pas lieu de procéder à une rectification. En d'autres termes, les frontières de la Croatie de 1991 ne correspondent en aucune façon à la réalité ethnique sur le terrain.

    De vastes portions de territoire croate sont majoritairement peuplées de Serbes : la Slavonie orientale (au nord-est, avec la ville d'Osijek) et la Kraïna (adossée à la Bosnie-Herzégovine, avec Knin* comme ville principale) - voir la carte (jpg - 40 ko). Les Serbes qui vivent dans ces régions n'ayant nullement l'intention de devenir étrangers dans leur propre pays, ils ne tardent pas à prendre les armes contre les milices de Zagreb. Les villes d'Osijek et de Vukovar, en Slavonie, sont le théâtre de violents combats et rappellent bientôt les champs de ruines de Beyrouth. Dès la première heure, les médias occidentaux, qui soutiennent la partition de la Yougoslavie, font peser tous les torts sur les Serbes. Ces derniers représentent nécessairement "le Mal" puisqu'ils ont le front de s'opposer activement à l'entreprise de destruction germano-croate.

    * De décembre 1991 jusqu'à l'épuration ethnique antiserbe d'août 1995 (voir plus bas), Knin sera la capitale de la République serbe de Kraïna.

    Franjo Tudjman, le nouveau président croate, est un extrémiste de la pire espèce, un raciste qui renoue avec les traditions de l'Etat croate clérical et fasciste fondé cinquante ans plus tôt par la grâce d'Adolf Hitler. Il va sans dire que Tudjman est un grand admirateur d'Ante Pavelic, le führer de l'état fantoche oustachi, responsable du massacre de centaines de milliers de Serbes. L'hymne national, le drapeau et les symboles du nouvel Etat sont les mêmes qu'en 1941 - c'est un peu comme si l'Allemagne réunifiée avait repris le drapeau à croix gammée et les chants nazis.

    L'homme fort de Zagreb érige un régime autoritaire dans lequel les Serbes n'ont aucun droit, ces "sous-hommes" étant appelés à quitter le pays, de gré ou de force - en août 1995, ce sera de force, avec l'aide décisive de l'Allemagne et de l'OTAN. Pour la petite histoire, il faut mentionner que Tudjman n'est pas seulement antiserbe mais aussi antisémite (authentiquement antisémite) comme son idole Pavelic. Mais curieusement, personne ne s'en offusque, et surtout pas le lobby sioniste.* En revanche, lorsqu'il s'agira, quelques années plus tard, de renverser Milosevic, l'argument de l'antisémitisme (un antisémitisme imaginaire en l'occurrence) sera assené sans le moindre scrupule. Ce ne sera pas la seule incohérence de la croisade anti-yougoslave : on verra également les pays occidentaux faire appel aux services de terroristes islamistes (y compris Ben Laden) pour venir à bout de la résistance serbe en Bosnie et au Kosovo.

    * Cette remarque vaut pareillement pour le président et chef terroriste bosniaque Alija Itzetbegovic (voir plus bas).

    En septembre 1991, c'est au tour de la MACÉDOINE de proclamer son indépendance. La population de cet ancienne république yougoslave est composée d'Albanais, de Serbes et de Macédoniens - voir la carte (jpg - 89 ko). Entre Serbes et Macédoniens, la différence est bien mince dans tous les domaines (langue, culture, religion). En fait, c'est un peu comme si quelqu'un se mettait à opérer une distinction entre Limousins et Auvergnats... Cela n'empêche pas la Bulgarie de considérer les Macédoniens comme des Bulgares.*

    * Bulgares et Serbes sont très proches eux aussi ; bien que parlant deux langues distinctes, ils se comprennent sans aucune difficulté. A ce propos, il faut rappeler que les Yougoslaves avaient une langue commune, le serbo-croate, qui s'écrivait soit avec l'alphabet latin (à Zagreb), soit avec l'alphabet cyrillique (à Belgrade). Après la scission, les Croates ont repris "leur langue" en s'efforçant d'accentuer les différences (vocabulaire, tournures) propres à la démarquer du serbe. Mais les antagonismes entre Serbes et Croates relèvent moins de la langue que de l'histoire (période 1941-45) et de la religion (Serbes orthodoxes ; Croates catholiques - d'où l'intérêt tout spécial que leur porte le Vatican).

    La Grèce, de son côté, veut à tout prix éviter qu'un Etat indépendant portant le nom de Macédoine s'établisse à sa frontière nord-ouest. Pour les Grecs, la seule véritable Macédoine est celle de Salonique, qui a vu naître Alexandre le Grand il y a près de 25 siècles - une région grecque s'il en est, rien à voir avec la province slave de Skopje. Le gouvernement d'Athènes, qui craint en outre de se voir confronté à des revendications territoriales et d'être mêlé à un conflit yougoslave qui ne le regarde pas, fait appel à la solidarité de ses partenaires européens - en vain. Pour les dirigeants allemands et leurs acolytes de l'UE, le démantèlement de la Yougoslavie passe avant la susceptibilité du plus ancien peuple d'Europe. Finalement, la nouvelle entité balkanique se voit attribuer le très poétique nom de FYROM (ou Ancienne République yougoslave de Macédoine). C'est, dès le départ, un Etat d'opérette. On lui octroie un drapeau (qui changera plusieurs fois), un hymne, une monnaie, de jolis timbres-poste, un code pays pour ses voitures, une équipe nationale de foot, des élections "démocratiques", un "président" et des troupes étrangères - d'abord seulement américaines, mais d'autres viendront plus tard. Peu importe, l'essentiel pour les habitants de la Macédoine, c'est que la guerre épargne (provisoirement ?) leur petit pays.

  • 1992 : En janvier, arrivée en Croatie du premier contingent militaire de l'ONU. Mission officielle : assurer la "protection" de la minorité serbe. Mission réelle : se positionner dans les régions qui échappent au gouvernement de Zagreb (République serbe de Kraïna, Slavonie orientale).

    Mars 1992 : les intervenants étrangers font proclamer "l'indépendance" de la BOSNIE-HERZÉGOVINE, ce qui a pour conséquence automatique d'étendre la guerre à cette province. Compte tenu du manque total d'homogénéité du territoire (une véritable mosaïque de nationalités), la mise en place d'une nouvelle république bananière dans cette région a encore moins de chances de réussir qu'en Croatie. Les différents groupes ayant eu le temps de s'organiser et de s'armer, de violents combats éclatent aussitôt. Croates catholiques et Bosniaques musulmans affrontent les Serbes un peu partout - et s'entre-tuent lorsque leur ennemi favori n'est pas disponible.

    Les médias alignés des pays occidentaux se livrent à une incroyable surenchère de propagande antiserbe. Ce qui ne semblait être qu'un timide parti-pris un an plus tôt, au début de la guerre de Croatie, devient à présent un délire effréné, un déchaînement hystérique, une orgie de désinformation orchestrée, sans précédent depuis 1945. Sans le moindre scrupule, on recourt aux mensonges les plus grossiers, on lance les accusations les plus outrancières : les Serbes sont des monstres sanguinaires, des sadiques, des bouchers qui massacrent les petits enfants et violent les jeunes mamans, qui s'en prennent toujours et partout à des civils innocents et sans défense. Face à ces brutes ignobles, on trouve non pas des combattants équipés, armés et financés par l'OTAN et les pays islamiques, mais des femmes, des bébés et des vieillards.

    La dénonciation incessante de ces prétendues atrocités, le rabâchage continuel de ces sornettes, des mois et des années durant, constitue le plus efficace lavage de cerveaux qu'on ait jamais vu dans nos pays. A droite comme à gauche, tout le monde - ou presque - est fermement convaincu que les Serbes et leurs chefs - Milosevic en tête - sont coupables d'horreurs dignes d'Auschwitz.

    Pour l'Occident, les Serbes ne sont pas seulement coupables, ils sont ausssi les seuls à l'être. Il ne s'agit pourtant pas, en Croatie et en Bosnie, d'une guerre comme celles dont raffolent Américains et Israéliens, une de ces guerres où les uns bombardent impunément et où les autres meurent en silence. Non, en Yougoslavie, les adversaires sont de force à peu près égale. Pour faire une telle guerre, il faut être au moins deux, et une fois que cette guerre est lancée, il est évident que les belligérants ne peuvent être ni des anges ni des des modèles de vertu. Mais ça, personne ne semble en tenir compte.

    En Europe de l'Ouest, les Serbes sont totalement isolés. Comme personne ne parle pour eux et que personne n'est en mesure de se mettre dans leur peau, la propagande et les mensonges font des ravages. Contrairement à ce qui se produira en 1999 (bombardements de l'OTAN), les Serbes, dans les années 1991-95, ne sont à aucun moment considérés comme des victimes. Et pourtant, ils sont beaucoup plus nombreux à être tués, blessés ou chassés de chez eux durant cette période que pendant la guerre dite "du Kosovo".

    Le nombre total de victimes de guerre est très élevé : rien qu'en Bosnie, on parle de 100.000 morts et d'un million de refugiés (pour une population de quatre millions). Même si ces chiffres sont difficiles à vérifier, ils donnent cependant une idée de la situation catastrophique sur le terrain. Les médias occidentaux ne cessent d'évoquer ces victimes, sans préciser qu'elles sont aussi souvent serbes que croates ou bosniaques, et que les vrais responsables des massacres et de l'exode se trouvent à Bonn, Washington, Paris, Londres, Ankara, Riyad et Téhéran*.

    * Avec un certain recul, on trouvera bizarre que l'Iran, pays en butte à la subversion américano-sioniste, ait pu participer, aux côtés de ses ennemis, à la guerre impérialiste qui détruisit la Yougoslavie - et ce, d'autant plus que l'Iran est chiite, alors que les Bosniaques, de même d'ailleurs que les Turcs et les Saoudiens, sont sunnites. Pourtant les choses sont ainsi : la solidarité religieuse mal comprise peut aveugler ceux qui la pratiquent et empêcher toute solidarité politique. Cela vaut également pour le Hezbollah chiite libanais, dont le chef Hassan Nasrallah avouait dans un discours de 2013 "avoir envoyé des frères en Bosnie-Herzégovine pour combattre aux côtés des Bosniaques" - voir Liban 25 mai 2013. On peut être résistant chez soi et complice de l'Empire à l'extérieur...

    Quand il est question d'atrocités - la chose est quotidienne - les Serbes sont toujours les seuls à être montrés du doigt. Les provocations flagrantes, comme celles de Sarajevo, mises en scène à trois reprises (mai 92, février 94 et août 95) par le président bosniaque Itzetbegovic avec l'appui de la CIA, afin de "justifier" une intervention étrangère directe, ces provocations ne sont jamais mentionnées pour ce qu'elles sont. La caste politico-médiatique ouest-européenne est d'ailleurs à l'origine de très nombreux mensonges et fables antiserbes comme, par exemple, l'affaire du prétendu camp de concentration serbe de Trnopolje ou celle du génocide imaginaire de Srebrenica.

    Pour ce qui est d'Itzetbegovic, un pur produit de l'intervention étrangère, il faut signaler que l'homme est à la fois un raciste convaincu et un intégriste musulman pur sang. Bien que criminel de guerre, Itzetbegovic n'est jamais désigné comme tel par les enragés de la presse européenne, trop occupés qu'ils sont à taper sur Mladic et Karadzic, les chefs des milices serbes de Bosnie.

    En Bosnie, comme au Kosovo, en Afghanistan et en Tchétchénie, la CIA a recruté et formé les djihadistes - un entretien avec le journaliste allemand Jürgen Elsässer.

  • 1995 : Les guerres de Bosnie et de Croatie s'éternisent, ravagent de vastes territoires, paralysent l'économie, génèrent mort et misère, font grossir le flot des réfugiés - et permettent à quelques profiteurs de se remplir les poches. Ce qui n'est plus produit sur place doit être importé, à commencer par les armes et l'équipement militaire. Mais un beau jour, on atteint le niveau de saturation, et la reconstruction devient plus lucrative que la destruction de ce qui est déjà détruit. C'est là que les responsables de l'OTAN décident de clore le chapitre et de tourner la page.

    Début août, les troupes croates se lancent à la "reconquête" de la Kraïna et, en l'espace de quatre jours, procèdent à une épuration ethnique radicale : 300.000 Serbes se voient chassés de leurs foyers. Un peu plus tard, près de 100.000 autres Serbes doivent également prendre le chemin de l'exil, lorsque les Croates occupent la Slavonie orientale. Les Serbes qui échappent à l'expulsion ne représentent plus que 5 % de la population totale de la Croatie. Ils perdent tous leurs droits, car le gouvernement de Zagreb a fait promulguer une loi selon laquelle le minimum requis pour être reconnu comme minorité ethnique est de 8 %. Le "hasard" fait bien les choses... Et tout cela se déroule avec l'aide active des pays de l'OTAN et sous les acclamations des défenseurs occidentaux des "droits de l'homme".

    Fin août 1995, nouvelle provocation à Sarajevo (voir un peu plus haut) : un massacre imputé aux Serbes est le signal de l'intervention étrangère directe la plus grave et la plus meurtière depuis le début de la guerre. L'OTAN dirige les opérations sous le masque de l'ONU. Les criminels de guerre américains et français, à l'abri dans leurs avions et sûrs de leur impunité, rivalisent d'ardeur dans un sanglant tir au pigeon sur cibles humaines. Les Allemands n'ont pas encore l'autorisation de se joindre aux grands ; ils doivent se contenter de jouer les ambulanciers. Quel dommage que Schröder et Fischer ne soient pas au gouvernement - mais ça viendra : quatre ans plus tard, on pourra rattraper le temps perdu.

    Dès que les agresseurs ont l'assurance que les Serbes de Bosnie sont suffisamment affaiblis et ne jouissent plus de l'appui inconditionnel de Belgrade - Milosevic prêche la modération -, la voie est libre pour négocier la fin du conflit armé. En novembre 1995, grâce au rôle conciliant du président serbe, un traité de paix est signé à Dayton, Ohio (USA).

    La Bosnie-Herzégovine après Dayton  (carte - jpg - 111 ko)

    Des troupes militaires étrangères occupent la Bosnie-Herzégovine. Les diverses communautés nationales et religieuses sont rassemblées dans des territoires plus ou moins contigus. La "restructuration" ethnique voulue par les ennemis de la Yougoslavie multinationale et multiculturelle est réalisée. La haine accumulée au cours de quatre années de guerre semble insurmontable, la coexistence d'autrefois impossible à rétablir. Et pourtant, les occupants entretiennent la fiction de l'unité du pays. Après avoir exacerbé les divisions, ils jouent à unifier la Bosnie, à en faire un Etat "véritable".

    L'affaire du drapeau bosniaque est très symptomatique à cet égard. Un beau matin de 1998, le gouverneur de l'OTAN à Sarajevo (officiellement : délégué spécial de l'UE ou de l'ONU pour la reconstruction, ou quelque chose comme ça) décide que le drapeau utilisé jusqu'à présent ne convient plus et qu'il faut en créer un nouveau. Il sera bleu, comme celui de l'Union européenne, et aura des étoiles - mais pas douze, non, n'exagérons pas, sept ou huit suffiront, disons sept et demie ou sept trois quarts. Et puis, pour compléter, on mettra un triangle jaune - la Bosnie-Herzégovine a vaguement la forme d'un triangle.  Par la même occasion, le gouverneur, qui est allemand, décrète une réforme monétaire pour la Bosnie : à l'avenir, la seule monnaie légale sera le deutsche mark, basta...

    En fait d'unité, sur le terrain, diverses entités ethniques ou religieuses ont vu le jour. A Banja Luka, la Republika Srpska (République serbe de Bosnie) attend des jours meilleurs qui lui permettraient de s'intégrer à la Serbie. La Fédération croato-bosniaque, à Sarajevo et Mostar, est presque aussi artificielle que la Bosnie-Herzégovine elle-même, partagée qu'elle est entre une Herceg-Bosna croate, rêvant elle aussi de fusion avec la mère-patrie, et un ensemble diffus qui se nomme parfois République bosniaque, où les fanatiques musulmans voudraient créer un Etat islamiste, à défaut de ressusciter l'Empire ottoman.

    Vingt ans après : "révolution colorée" en Bosnie - voir en bas de page.

  • 1996-98 : La paix règne enfin en Croatie, en Bosnie et ailleurs. Quand ils ne s'enrichissent pas dans la reconstruction (sur le dos de la population locale et de leurs propres contribuables), les profiteurs occidentaux se consacrent maintenant à la subversion dans le "reste de la Yougoslavie", c'est-à-dire en SERBIE et au MONTÉNÉGRO. Comme toujours, depuis 1991, les Allemands sont les plus actifs dans ce domaine. Ils adorent d'ailleurs ce terme : Rest-Jugoslawien, cela évoque la Rest-Tschechei chère à Hitler après le découpage de la Tchécoslovaquie.

    Semer le désordre et promouvoir la corruption, cela s'appelle en français "politiquement correct" : "aider les forces d'opposition à ériger une société libre et démocratique". Car chacun sait que le "régime de Belgrade" est une "dictature" - malgré les élections qui s'y déroulent régulièrement et qui sont aussi libres et démocratiques que dans n'importe quel pays occidental ou "réformé" : Bulgarie, USA, Russie, France, Allemagne, etc... Ce qui est même assez étonnant, quand on sait que la Yougoslavie atrophiée est soumise à un boycott économique et qu'elle est à deux doigts de l'effondrement total.

    Le parti socialiste serbe de Milosevic (SPS), qui est en fait à peu près aussi socialiste que le PS français ou le SPD allemand, ne recueille en 1997 que 34 % des voix et 110 sièges sur 250. Qui plus est, ce score n'est pas obtenu par le SPS seul, mais par une alliance politique de gauche dont il fait partie et qui comprend aussi deux autres formations plus petites. Comme dans n'importe quelle autre démocratie parlementaire, Milosevic ne peut donc gouverner qu'en s'appuyant sur une coalition. S'il se maintient en place, c'est seulement parce qu'il compose avec le parti radical (nationaliste) de Vojislav Seslj. S'il décidait de rompre cette alliance tacite, il perdrait aussitôt le pouvoir. Milosevic n'est ni un despote*, ni un tribun charismatique comme Tito, même s'il dépasse de plusieurs têtes tous les autres politiciens serbes.

    * Plusieurs années plus tard, le 28 mars 2006, le journaliste Neil Clark écrira dans le quotidien anglais The Guardian : "Même le fait de remporter trois élections démocratiques dans un pays où 21 partis politiques peuvent opérer librement, et où il existe une presse d'opposition très prospère, ne peut empêcher que l'Occident vous colle l'étiquette infamante de 'dictateur' : Slobodan Milosevic a pu l'apprendre à ses dépens. Si Milosevic a été traité ainsi, ce n'est ni parce qu'il aurait été le chef d'un parti unique monopolisant le pouvoir d'Etat, ni pour le rôle qu'il a pu jouer dans les guerres yougoslaves, mais tout simplement parce qu'il représentait le parti socialiste yougoslave 'non-réformé' dont l'Occident ne voulait pas."

    Le parti d'opposition Zajedno - un parmi d'autres - a la faveur de l'UE et des USA, qui le soutiennent à bout de bras, financièrement et matériellement, d'abord de façon occulte, puis ouvertement. Pendant des semaines, des centaines de manifestants professionnels, dirigés de l'extérieur, "protestent" dans les rues de Belgrade devant les caméras des télévisions étrangères - un signe évident de dictature, n'est-ce pas ?  Ce scénario sera réutilisé en 2000, et on le retrouvera bientôt partout : en Géorgie, en Ukraine, en Biélorussie, etc...

    En attendant, l'opposition achetée obtient des succès partiels dans plusieurs villes du pays. Le seul problème, c'est qu'il y a, comme le déplore un diplomate américain, "too many chiefs, not enough Indians". Tout le monde veut être le boss, c'est-à-dire le futur président pro-occidental d'une Serbie "nouvelle", personne ne veut se placer sous la houlette de ses concurrents. Ce "problème" se posera de manière particulièrement aiguë deux ans plus tard, après la guerre dite "du Kosovo".

    Pendant que la guerre fait rage en Croatie et en Bosnie (1991-95), la situation reste très tendue au KOSOVO - ou Kosmet (Kosovo-Metohija) comme disent les Serbes. Dès 1991, les Kosovars albanais ont proclamé une République de Kosova, avec un "a". Chose étrange, ces nationalistes emploient un mot serbe (Kosovo = merle) pour désigner un territoire qu'ils veulent exclusivement albanais.

    Le pourcentage d'Albanais dans la province croît sans cesse - planning familial et contrôle des naissances ne sont guère répandus dans une société dominée par l'islam. Début 1999, selon les séparatistes, plus de 90 % des Kosovars seraient Albanais. En fait, sont considérés comme tels tous les éléments non-serbes de la population : Roms, Turcs, Monténégrins et autres. On ne dispose pas de statistiques fiables à cet égard. Le dernier recensement effectué par les autorités fédérales yougoslaves, en 1961, indique 67 % d'Albanais pour 16 % de Serbes. En 1971, les Albanais du Kosovo organisent leur propre comptage et arrivent à 80 % (l'article du New York Times cité plus haut parle de 74 %). Plus tard, ils boycottent tous les recensements officiels. Pour 1981, le journal américain parle de 78 %. En 1991, le gouvernement de Belgrade donne les chiffres de 82 % d'Albanais et 10 % de Serbes. Après la guerre de 1999, l'occupation du Kosovo par les troupes étrangères et l'expulsion quasi-systématique des Serbes, Roms et autres "traîtres", le taux de pureté ethnique tendra encore un peu plus vers les 100 %.

    Avant d'y parvenir, les Kosovars albanais créent des structures administratives parallèles, court-circuitant ainsi celles mises en place par Belgrade. La minorité serbe, qui continue de considérer le Kosovo comme le berceau de sa patrie, est de plus en plus souvent tenue à l'écart, devenant "étrangère dans son propre pays". Beaucoup quittent la province. Les réfugiés serbes de Bosnie ou de Croatie, qui avaient cru un moment pouvoir s'installer à demeure au Kosovo, ne peuvent y rester très longtemps et doivent bientôt reprendre le chemin de l'exil. L'armée et la police serbes tentent de sauver ce qui peut l'être encore, limitant leur action aux frontières extérieures et aux régions à forte population slave. Soldats et policiers deviennent les cibles favorites de l'UÇK, qui terrorise également les civils non-albanais et, plus généralement, quiconque ose s'opposer à l'indépendance.

    La question du Kosovo, que les négociateurs de Dayton avaient sciemment laissée de côté, revient brusquement sur le devant de la scène internationale. Dès la fin de l'été 1998, les agresseurs de l'OTAN préparent activement le terrain en vue de leur prochaine guerre - voir plus bas.

    Au MONTÉNÉGRO, en revanche, la situation reste étonnamment calme jusqu'en 1998. La population de cette province est en très grande majorité serbe ou très proche des Serbes. Bien qu'il existe une petite minorité albanaise et musulmane, il est encore très difficile de concocter des conflits ethniques ou religieux du côté de Podgorica - chaque chose en son temps. La confrontation avec la Serbie - si confrontation il y a - s'effectue exclusivement par des moyens politiques. Le chef de l'opposition, Djukanovic, gagne les élections et devient président. Il proclame aussitôt son "pro-occidentalisme" et sa neutralité dans le conflit qui agite le Kosovo. Bien que partie prenante de la Yougoslavie, le Monténégro officiel ne se solidarisera jamais avec Belgrade lorsque l'OTAN lancera ses attaques aériennes. Et même lorsque les tueurs occidentaux bombarderont "par inadvertance" le territoire monténégrin et tueront ses compatriotes, Djukanovic se gardera bien de protester. En brave marionnette de l'Europe occidentale et des Etats-Unis, il attendra que vienne pour lui aussi l'heure de la sécession. Sans le Monténégro, la Serbie est privée de débouché maritime : c'est un atout non négligeable. En attendant, la province adopte le deutsche mark comme monnaie "nationale" et vit surtout de la contrebande de cigarettes.




LA GUERRE DE 1999 (GUERRE "DU KOSOVO")

Cartes :  Le Kosovo, "protectorat" de l'OTAN  (jpg - 186 ko)  -  La Grande-Albanie  (jpg - 159 ko)

  • L'ALLEMAGNE PRÉPARE LE TERRAIN

    Plus encore qu'au cours des dix années précédentes dans les autres régions de Yougoslavie, l'Allemagne nouvellement réunifiée joue un rôle de tout premier plan dans le conflit du Kosovo. Après cinq décennies d'hibernation, l'impérialisme germanique réactivé revient sur le devant de la scène, profitant de la relative mollesse de son grand concurrent américain (ère Clinton) et de l'effarante naïveté de ses partenaires européens (Mitterrand). Cette fois, on ne se contente plus de discours ; on prépare activement l'agression militaire contre la Serbie, la troisième depuis 1914.

    Au début, l'Allemagne hésite encore entre deux formes d'opposition kosovare : la première, modérée et non-violente, incarnée par le "président" Ibrahim Rugova ; la seconde, terroriste et proche de l'UÇK, menée par le "premier ministre" Bujor Bukoshi, lequel s'établit à Bonn en 1992 avant d'être remplacé par Hashim Thaçi, une marionnette des Américains. En 1999, c'est bien entendu la variante dure qui l'emporte.

    Les services allemands financent ouvertement les séparatistes. L'argent transite par des organismes tels que le Fonds de la République de Kosova, l'Union démocratique des Albanais en Allemagne (DVAD) et le Mouvement populaire pour le Kosovo (LPK). Les Etats-Unis ne sont pas encore mêlés à ces activités. Au contraire, le délégué spécial américain Richard Holbrooke (l'architecte des accords de Dayton) exige en 1998 du gouvernement de Berlin qu'il mette fin à cette aide financière apportée aux terroristes. Ce n'est pas que les USA refusent par principe de soutenir le djihadisme international (ils l'ont fait en Bosnie et ailleurs), mais ils détestent que leurs alliés viennent leur forcer la main. Plus tard, pour éviter de perdre l'initiative, ils prendront eux-mêmes la direction des opérations.

    En attendant, le soutien allemand au terrorisme kosovar n'est pas seulement de nature financière. Fin septembre 1998, le quotidien The European écrit : "Les services secrets allemands civils et militaires sont activement engagés dans la formation et l'armement des rebelles albanais, avec pour objectif de cimenter l'influence allemande dans les Balkans."

    Là aussi, les Américains sont réticents. Pour quelque raison obscure, Washington penche provisoirement pour une désescalade dans les Balkans, ce qui va à l'encontre des "intérêts" allemands et de ceux de leurs protégés. Fin septembre 1998, l'UÇK est partout en perte de vitesse. Ça ne peut plus continuer comme ça...

    En octobre de la même année, Milosevic est contraint de conclure avec Holbrooke un cessez-le-feu pour le Kosovo. Des observateurs de l'OSCE viennent dans la province ; les troupes de Belgrade réintègrent leurs casernes. Des militaires de l'OTAN s'installent tout près de là, en Macédoine.

    Ludger Volmer, secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères, résume ainsi ce qui se passe ensuite au Kosovo : "Durant tout l'hiver, l'UÇK viole le cessez-le feu et, par des assassinats ciblés, provoque systématiquement les forces de l'ordre serbes... Celles-ci réagissent avec une incroyable brutalité. C'est le but de la manoeuvre : obtenir des images télévisées qui pousseront l'OTAN à intervenir en faveur des Kosovars. Dans cette guerre retransmise sur CNN, l'Alliance atlantique devra en quelque sorte être l'aviation de l'UÇK."

    Survient ensuite le "massacre" de Racak. L'opinion occidentale est enfin mûre et exige que l'on fasse quelque chose, tout de suite. Oui, mais quoi ?... Comme l'écrit le journaliste allemand Jürgen Elsässer dans le magazine Konkret en mai 1999, deux scénarios sont possibles : des "frappes aériennes" immédiates mais de courte durée, ou au contraire, des "négociations" qui traîneront en longueur et échoueront forcément, mais auront l'avantage d'engager l'OTAN plus profondément dans le processus guerrier. Ce sera, pour ainsi dire, soit Rambo soit Rambouillet...

    Le ministre allemand des Affaires étrangères Joseph ("Joschka") Fischer, un ex-casseur gauchiste, opte pour la seconde variante. Elle correspond sans doute moins à son caractère, mais est plus propice à convaincre les Américains. Clinton accepte un peu à contrecoeur ; personnellement, il en a assez de la Yougoslavie, il préférerait ne rien faire. Mais comme les Allemands poussent à l'action, le seul moyen de garder le contrôle des événements, c'est d'assumer son rôle de leader.

    Pour la "nouvelle" Allemagne, qui rêve de Blitzkrieg dans les Balkans, la variante Rambouillet est un pis-aller. Berlin est encore trop faible pour agir comme bon lui semble - chaque chose en son temps. En faisant preuve de patience, on peut se donner des allures de pacifiste que seule l'intransigeance serbe contraint à sortir de ses gonds : j'ai vraiment fait preuve de retenue, et tout ce qui va arriver maintenant est la faute de Milosevic et de lui seul... Comme dit Elsässer, c'est la manière idéale de préparer une guerre d'agression, celle qui devrait servir de référence aux juges d'un futur tribunal de Nuremberg.

    [Dans les années qui suivront, l'Allemagne ne tentera plus de prendre l'initiative en matière militaire ni de convaincre son "allié" américain de s'engager dans une aventure concoctée par elle. Après l'épisode du Kosovo et l'avènement d'un régime foncièrement belliqueux à Washington, Berlin se contentera de suivre le mouvement et de jouer, au mieux, les seconds violons. Est-ce à dire que le rêve de renaissance du bon vieil impérialisme allemand est à tout jamais enterré ?...]



  • LA CONFÉRENCE DE RAMBOUILLET

    En mars 1999, les puissances de l'OTAN convoquent les belligérants serbes et kosovars albanais au château de Rambouillet pour une "conférence de la dernière chance" et leur ordonnent de signer un "traité". La signature des Kosovars est acquise, évidemment ; ce sont les Serbes qu'il faut mater. Les deux délégations ne se rencontrent pas, elles siègent dans deux pièces séparées ; les "intermédiaires" ou "négociateurs" de l'Alliance atlantique vont et viennent de l'une à l'autre. Une véritable discussion n'est pas prévue. En fait, le fameux "traité" et ses annexes sont à prendre ou à laisser.

    Dans l'annexe B, l'OTAN s'arroge pratiquement tous les droits sur l'ensemble du territoire yougoslave. On ne peut s'empêcher de songer à l'ultimatum austro-allemand de 1914 à la Serbie. Ces conditions totalement inacceptables pour tout chef d'Etat digne de ce nom, sont bien entendu repoussées par Slobodan Milosevic. Dans une lettre du 23 mars adressée à Robin Cook et Hubert Védrine, ministres des Affaires étrangères britannique et français, Milosevic écrit : "Les entretiens que vous prétendez avoir menés à terme, n'ont en fait jamais eu lieu. Les délégations de la République de Serbie et des mouvements séparatistes et terroristes albanais n'ont pas eu le moindre contact verbal... Il n'existe donc pas de document commun à accepter ou à rejeter..."

    L'OTAN et ses sbires, Joseph Fischer en tête, avaient déclaré en substance : si le traité n'est pas adopté, nous prendrons des mesures (militaires)... contre la Serbie. C'est ce que les pays impérialistes entendent par "négociation". La Serbie n'avait aucune chance. Si Milosevic n'était pas venu à Rambouillet, le résultat aurait été le même. La caste politico-médiatique occidentale se serait déchaînée contre lui, mais elle l'a fait de toute façon.

    Contraint et forcé, Milosevic accepte la "solution" politique de Rambouillet, qui implique pour le Kosovo une autonomie totale vis-à-vis de Belgrade. Mais le dirigeant serbe refuse toute occupation militaire de son pays par l'OTAN.

    Deux semaines plus tard, l'OTAN lance sa guerre d'agression. Officiellement, c'est pour "contraindre Milosevic à revenir à la table de négociation" (sic).

    Comment fut prise la décision de bombarder la Yougoslavie



  • MUNICH ?

    Les partisans de la guerre antiserbe comparent volontiers Milosevic à Hitler et prétendent que ne pas intervenir, c'eût été abandonner le Kosovo au "dictateur", et donc capituler comme l'avaient fait la France et la Grande-Bretagne en 1938, à Munich face à Hitler, permettant à ce dernier de dépecer la Tchécoslovaquie. La comparaison serait pertinente:

    • si le Kosovo avait été un état indépendant ayant signé au préalable un accord d'assistance militaire avec l'OTAN

    • si la Yougoslavie avait été une dictature fasciste disposant d'une puissance de feu au moins équivalente à celles des pays de l'OTAN

    • si Milosevic, avant d'avaler le pauvre Kosovo, avait commencé par occuper des territoires démilitarisés et annexé un de ses voisins, comme Hitler l'avait fait pour la Sarre, la Rhénanie et l'Autriche.

    Enoncer ces conditions, c'est montrer l'absurdité de la comparaison...  En revanche, le rapprochement avec Munich 1938 s'impose si l'on considère le rôle de la Russie, alliée de la Yougoslavie indépendante (même sans pacte formel), reculant devant le bloc de l'OTAN avec pour conséquence la poursuite de l'expansion de celui-ci, puis l'amputation d'une partie du territoire yougoslave (une de plus) en attendant l'occupation et le démembrement complet du pays, même si dans un premier temps, la présence de troupes russes au Kosovo paraît contredire cette impression.



  • GÉNOCIDE ?

    Le ministère allemand des Affaires Etrangères de Joseph Fischer a établi en novembre 1998 un rapport confidentiel sur la situation en République Fédérale de Yougoslavie. Ce document, cité par le magazine Konkret en mai 99, était destiné à éclairer les responsables ayant à se prononcer sur le bien-fondé ou la non-recevabilité de demandes d'asile. Quelques extraits:

    • "En 1997, 5600 persones, soit 0,3 % de la population du Kosovo, ont été l'objet de mesures de répression de la part des autorités."

    • "On ne connaît pas de cas de violation des droits de l'homme dans les régions à forte population albanaise en dehors du Kosovo - à Belgrade vivent plusieurs dizaines de milliers de personnes d'orignie albanaise."

    • "Au Kosovo, l'UÇK agit aussi contre les Albanais de souche, dans la mesure où ceux-ci font preuve de loyauté vis-à-vis de l'Etat serbe... En outre, dans différentes régions de la province, l'UÇK exerce une forte pression sur les Serbes, Monténégrins, etc. qui y sont minoritaires, ce qui devrait conduire ou a déjà conduit à une épuration ethnique de ces territoires... Depuis avril 1998, on enregistre une forte recrudescence des attentats commis contre des policiers ou des installations de police serbes."

    • "A certaines occasions, des groupes armés comprenant jusqu'à 1000 hommes ont tenté de franchir la frontière séparant l'Albanie du Kosovo."

    • "Jusqu'à fin août 1998, environ 600 Albanais auraient perdu la vie dans les combats... Par comparaison avec la Bosnie-Herzégovine, faibles pertes du côté de la population civile albanaise du Kosovo... Les observateurs internationaux n'ont pu jusqu'à présent confirmer les 'massacres' et 'charniers' mentionnés à mainte reprise par la presse."

    • "Le conflit ne touche pas l'ensemble du Kosovo. Ainsi, dans des villes comme Pristina, Gnjilane ou Urosevac, la vie se déroule de façon relativement normale... La probablité que les Albanais du Kosovo de retour chez eux fassent l'objet de répressions massives de la part de l'Etat peut, dans l'ensemble, être estimée comme faible."

    Le même ministère prétendra le 31 mars 1999 que les Serbes "ont mis en place un système d'apartheid dès 1990" et que "les forces de sécurité de Milosevic ont engagé en mars 1998 une stratégie d'expulsion planifiée et une politique de la terre brûlée".



  • ÉPURATION ETHNIQUE

    Depuis 1991, la pire épuration ethnique réalisée en Yougoslavie l'a été au détriment des Serbes : 500.000 d'entre eux ont été expulsés de Slavonie orientale, de la Kraïna et de Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995 ; 200.000 ont été chassés du Kosovo en 1999. Le tout avec l'appui, pour ne pas dire à l'initiave directe des "démocraties" occidentales et avec le plus grand succès.



  • RAPPORT DE FORCES

    "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."  (Corneille)

    D'un côté : 19 pays, 600 millions d'habitants, la plus forte puissance militaire de tous les temps, les armes et les équipements les plus modernes et les plus sophistiqués qui soient. Pas de risques, pas de pertes. La lâcheté faite vertu militaire. L'héroïsme d'une bande de tueurs armés jusqu'aux dents attaquant courageusement une bande de gosses équipés de lance-pierres. Les plus grands dangers pour le valeureux soldat de l'OTAN : ne pas se remettre d'une cuite ou se faire insulter dans une langue qu'on ne comprend pas. A l'extrême limite : attraper le virus au contact de l'habitant(e).

    De l'autre: un pays, 11 millions d'habitants, une force militaire plus que modeste, armement et équipement datant en partie des années 60-70. Des millions de civils soumis jour et nuit à la terreur aérienne. Risque de perdre la vie, d'être grièvement blessé ou mutilé pour le restant de ses jours - le tout, bien entendu, pour des raisons purement humanitaires.



  • 78 JOURS DE TERREUR ININTERROMPUE

    Le 24 mars 1999, les bombes et missiles de l'OTAN commencent à s'abattre sur tout ce qui reste de Yougoslavie, y compris sur la Voïvodine (ou la minorité hongroise n'a strictement rien à voir avec le conflit serbo-albanais), le Monténégro (où l'on observe une neutralité plutôt pro-occidentale) et le Kosovo (que les agresseurs disent vouloir protéger des "viols" et des "massacres" serbes). Effarante logique...

    Pour les Yougoslaves, l'OTAN devient du jour au lendemain l'Organisation terroriste des agresseurs nazis.

    Comme en 1991 en Irak (et comme dans les guerres qui suivront), les tueurs occidentaux prétendent ne viser que des objectifs militaires. Mais huit ans après la guerre du Golfe, CNN n'est plus l'unique source "d'information". Entre-temps, il y a le réseau Internet, et Belgrade est beaucoup plus proche, tant par la géographie que par la culture. Il n'est plus possible de cacher la vérité. De nombreuses photos documentent la barbarie occidentale qui se déchaîne contre des civils sans défense. Les assassins parlent de plus en plus fréquemment de "bavures".

    Liste très incomplète des "bavures" de l'OTAN

    Les bombardements terroristes sont avant tout l'oeuvre des USA et de leurs vassaux britanniques, français et allemands. Mais des criminels canadiens, italiens, belges, hollandais, espagnols et portugais participent aussi de façon active à l'agression. Pour ce qui est de l'Allemagne, c'est la troisième guerre qu'elle mène contre la Serbie depuis 1914. Pour la deuxième fois, les pilotes allemands bombardent la capitale yougoslave. Ce que les tueurs des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de France font sans le moindre état d'âme depuis des décennies, constitue pour les héros à la Croix de fer une sorte d'examen de passage qui leur permettra enfin d'être reçus au club des "grands". Ils y mettent du coeur, étonnés de voir à quel point ils ont réussi leur coup.

    Contrairement à 1991 (guerre contre l'Irak), la nouvelle agression militaire est menée sans l'assentiment de l'ONU, car on ne peut pas vraiment se fier à la Russie et à la Chine, pays à veto. Les "opérations" ne vont pas durer très longtemps, prédisent les "experts" : juste quelques jours, et Milosevic va s'empresser de signer le "traité" de Rambouillet.

    Mais les semaines passent et les Serbes ne capitulent toujours pas. Dans le camp européen, on commence à s'énerver. Pour sortir l'OTAN du pétrin, on propose de solliciter la participation des Nations Unies et de la Russie, amie traditionnelle de la Serbie. Trop tard, les Américains continuent sur leur lancée. Après les avoir si longtemps suppliés de faire quelque chose, il n'est plus possible de les stopper. La terreur aérienne va donc se poursuivre durant plus de deux mois et demi.



  • BILAN DES BOMBARDEMENTS

    Au moins 600 civils yougoslaves ont été assassinés par les courageux pilotes de l'OTAN - The Independent parle même de 1500 morts ; et il y a des milliers de blessés. Plus, de source officielle serbe, 600 soldats et policiers tués. Les dégâts matériels sont considérables, sans oublier une catastrophe écologique (à Pancevo, centre industriel pétrochimique).

    Pour les pays limitrophes (Macédoine, Bulgarie), la perte à gagner due à l'interruption du commerce et de la navigation fluviale sur le Danube, est considérable - d'où aggravation du chômage. Dans les pays de la zone euro, on enregistre une dégringolade de la monnaie (c'est quasiment une règle établie : la guerre dope le dollar - du moins au début).

    Comptables du crime (d'après des chiffres publiés dans Le Monde du 22 juin 1999) :

    L'état-major français est fier de ses performances : en onze semaines de guerre, 900 bombes et missiles ont été largués - 300 guidés au laser par l'armée de l'air et 200 depuis le Foch, et 400 autres, encore, "par inertie" (autant dire que les bombes sont tombées toutes seules).

    "Taux de réussite" de 70 à 75 % à l'impact (un peu moins brillant que Jack l'Eventreur qui pouvait se targuer d'un taux de réussite de 95 %).

    La part de la France dans les missions de l'OTAN aura été de 12,8 % (oui, vous avez bien lu 12,8 - et pas 12,7 ou 12,9, soyons précis, soyons corrects -, ce qui correspond à un minimum de civils assassinés de 76,8. Le 0,2 manquant s'explique sans doute par le fait qu'une des victimes, avant d'être touchée par un missile de paix français, a eu une jambe arrachée par une bombe humanitaire allemande).

    Il est évident que ces données se situent bien en deçà de la réalité: si elles étaient exactes, il y aurait eu en tout et pour tout 7000 bombes et missiles largués sur la Yougoslavie, chiffre ridicule quand on sait qu'on a compté quelque 33.000 sorties. Un tel "bilan" officiel n'a rien d'étonnant de la part d'une organisation pour qui l'intox et la manipulation sont aussi naturels que le terrorisme ; il donne néanmoins une idée de l'état d'esprit qui règne dans ces milieux.



  • "ACCORDS DE PAIX"

    Ils seront signés à l'initiative du négociateur russe Tchernomyrdine (que certains appellent Tchernovaseline) après 78 jours et 78 nuits de bombardements. En quoi diffèrent-ils des "accords" de Rambouillet de mars 99 ?

    • pas d'occupation de tout le territoire yougoslave

    • pas de référendum sur l'indépendance du Kosovo, mais rétablissement de l'autonomie au sein de la République fédérale de Yougoslavie

    • l'UÇK doit, en principe, être désarmée

    • l'ONU n'est plus écartée du processus

    • évacuation complète des troupes serbes, mais retour ultérieur d'un petit contingent

    • l'OTAN n'est plus la seule force d'occupation; présence de soldats russes (ces derniers, impatiemment attendus par la population serbe, sont accueillis à bras ouverts ; à Pristina les scènes qui se déroulent le 12 juin rappellent l'entrée de l'Armée rouge à Belgrade en 1945).

    Il y a toutefois un net décalage entre l'engagement des militaires russes sur le terrain (le général Zavarzine est très solidaire des Yougoslaves) et le gouvernement corrompu de Moscou (Boris Eltsine) qui ne manque pas une occasion de se vendre aux Occidentaux.

    Malgré la présentation qui en est faite dans les médias alignés, des contradictions sont apparues entre les Américains (et leur pantin anglais) d'une part, et les Européens (en fait, les Allemands) d'autre part, principalement sur la question de l'intervention terrestre et du rôle de l'ONU et de la Russie. Faut-il y voir le germe d'un conflit futur ?...  Ces contradictions et l'opianiâtreté yougoslave ont empêché les USA de pleinement réaliser leur objectif de guerre. Une consolation, voire une petite "victoire" pour Belgrade ?...

    L'étonnant, comme le fait remarquer le journaliste Pierre Scholl-Latour, est que l'armée yougoslave sorte intacte du Kosovo. Et pourtant, deux mois et demi durant, la propagande de l'OTAN a voulu nous faire croire que les forces serbes avaient été détruites par les "frappes". Celles-ci en fait, étaient dirigées contre des cibles civiles.



  • OCCUPATION ET PROTECTORAT

    Comment les "accords de paix" sont-ils appliqués ?  50.000 militaires étrangers (dont 12.000 Britanniques, 7.000 Américains, 7.000 Français, 8.500 Allemands, 5.000 Italiens, plus quelques centaines de Belges, Hollandais, Autrichiens, Danois, Norvégiens, Turcs et Arabes des Emirats) viennent remplacer les quelque 20.000 soldats yougoslaves quittant le Kosovo.

    Le contingent à envoyer par le Kremlin, d'abord fixé à 10.000 hommes, passe quelques jours plus tard à 3.500, mais son existence a valeur de symbole.

    Le Kosovo est divisé en cinq secteurs (carte) attribués aux cinq principales puissances occupantes. Les militaires des autres pays (y compris les Russes) sont casés un peu n'importe où, de préférence dans le secteur allemand (la "poubelle" de l'OTAN).

    A la tête des forces étrangères (KFOR) on place le général anglais Michael (Mike) Jackson, un spécialiste du "maintien de l'ordre". Il a débuté sa brillante carrière en Irlande du Nord en janvier 1972, en participant à l'assassinat de 14 manifestants à Derry (Bloody Sunday). Lui-même et son unité de parachutistes ont commis bien d'autres crimes par la suite. Jackson a même été jugé pour viols multiples et autres bagatelles, mais sans être condamné par le tribunal militaire - au Royaume-Uni, tout cela est moins grave que de fumer un joint... Par contre, face aux combattants armés de l'IRA, Jackson n'a jamais fait le poids : un groupe placé sous son commandement s'est fait liquider dans une embuscade tendue par l'armée républicaine. Autrefois, on envoyait ce genre de "héros" terminer son service actif dans quelque lieu retiré de l'Empire. En 1999, on choisit pour cela le Kosovo. Jackson devra faire attention de ne pas combattre les terroristes, comme il en a l'habitude. A présent, son rôle consiste à les protéger.

    Bien entendu, il n'y a pas de désarmement de l'UÇK. Au contraire, on permet aux séparatistes de s'installer dans les casernes quittées par l'armée yougoslave et de prendre en charge les "tâches de police". Tant qu'ils n'attaquent pas les forces de l'OTAN, il n'est pas nécessaire de les désarmer, déclarent les occupants... Pourquoi les marionnettes albanaises attaqueraient-elles les marionnettistes ?

    Pour se défouler, il y a les civils serbes qui n'ont pas encore pris le chemin de l'exode (plus de 200.000 ont été chassés en quelques semaines). Fin juin 1999, un "incident" parmi d'autres : à Prizren, des Serbes sont torturés dans une caserne occupée par l'UÇK. Les soldats allemands, avertis, interviennent et confisquent les instruments de torture, mais laissent les tortionnaires en liberté. Le commandant des forces d'occupation du secteur : "Je ne peux tout de même pas arrêter trente personnes... Je ne peux pas non plus fermer la caserne ; où iraient les soldats de l'UÇK?..." Et il conseille aux journalistes de ne pas ébruiter l'affaire, la situation étant déjà bien assez explosive comme ça... Bref, les UÇKistes ont carte blanche pour purifier ethniquement le Kosovo. Et quand ils ne font pas la chasse aux Serbes, ils remplacent les panneaux routiers bilingues de la province par des inscriptions purement albanaises.

    Rien qu'au cours des six premières semaines de l'occupation, 250 civils meurent sous les balles des tueurs de l'UÇK, sans la moindre réaction de la part des "protecteurs" occidentaux. A la limite, quand les terroristes assassinent d'un seul coup un peu trop de Serbes (exemple : le 13 juillet, 14 morts à Gracko), la KFOR promet une enquête... et charge les Kosovars albanais de l'effectuer.

    Il arrive que l'occupant soit victime de ses propres armes : à Negrovce, au Kosovo, une bombe à fragmentation jetée sur une école explose plusieurs semaines après et tue deux soldats britanniques et deux civils. Cela n'empêchera pas l'état-major et le singe dressé du 10 Downing Street de prétendre qu'il s'agissait d'une mine déposée là par les méchants Serbes. Un "accident" similaire se reproduit à un autre endroit quelques jours plus tard, blessant grièvement un militaire allemand et tuant un civil.

    Parfois, les directives de l'état-major ne sont pas appliquées à la base. Ainsi on a reproché aux militaires français de la KFOR leur attitude proserbe. Le Monde du 27 juin 1999 cite le porte-parole de la brigade française : "Je ne peux dire que ce que je sais : j'ai vu cette semaine des Serbes être chassés du Sud par les Albanais, je n'ai pas encore vu d'Albanais être chassés du Nord par les Serbes."  Ou encore : "J'ai entendu au sujet de cette guerre un certain nombre d'accusations, non confirmées, contre les Serbes... Il faut se méfier des provocations albanaises..."  Tout espoir n'est pas perdu...

    Le rôle de l'ONU reste purement théorique, et plus encore l'autonomie "au sein de la Yougoslavie".

    Comme il fallait s'y attendre, les coûts de la guerre, de l'occupation et de la "reconstruction" seront presque exclusivement à la charge de l'Europe ; les Etats-Unis en refusent le financement sous prétexte qu'ils ont fourni le gros de l'effort de guerre (selon le principe : je me suis donné suffisamment de mal pour tout casser, tu ne voudrais tout de même pas que je paie les dégâts...)



  • VERS L'INDÉPENDANCE DU KOSOVO ?

    Y aura-t-il bientôt un état islamiste dans le sud de l'Europe ? Une Grande-Albanie aux mains de talibans balkaniques ? Les pays de l'OTAN savent-ils ce qu'ils font ?...

    Jusqu'où ira le dépècement de la Yougoslavie ?

    Au Monténégro, les services occidentaux sont déjà très actifs en 1999 : financement de la presse d'opposition et du gouvernement local. On annonce une "aide budgétaire" de 10 millions de dollars pour Podgorica - somme ridicule quand on la compare aux dépenses de guerre et aux destructions causées dans la province par les bombardements de l'OTAN. Mais les ripoux monténégrins - baptisés "démocrates" - sont modestes, et comme ils réclament déjà l'indépendance, pourquoi dépenser plus ?

    En Serbie, on organise de l'extérieur des manifestations antigouvernementales. Et quand il y a vraiment des manifestations - qu'on prétendait pourtant interdites par la "dictature" - on en grossit l'ampleur. D'ores et déjà, il est évident que les manipulateurs occidentaux tentent de répéter le scénario de 1997 - jusqu'à la victoire finale, cette fois.

    Et pourtant, un coup de force ne serait nullement nécessaire pour chasser Milosevic. Un vote de défiance au Parlement de Belgrade suffirait, le président serbe ne disposant pas de la majorité absolue. Ses alliés nationalistes le critiquent d'ailleurs pour avoir cédé trop vite aux agresseurs : s'il avait tenu bon, disent-ils, l'OTAN aurait été contrainte de lancer une offensive terrestre, avec des conséquences désastreuses pour elle. Finalement, les "accords de paix" trouvent une majorité au Parlement. C'est ainsi que fonctionne la "dictature de Milosevic"...


Aveux tardifs :

1 - En avril 2001, Le Figaro écrit : "Entre l'été 1999 et aujourd'hui, 1300 civils serbes ont été assassinés dans la province par les extrémistes albanais... Vieillards lynchés en pleine rue à Pristina, jeunes enfants mitraillés pendant qu'ils jouaient au basket, paysans raflés alors qu'ils moissonnaient leurs champs, rien n'a été épargné à cette minorité serbe." (cité par Serge Halimi dans son livre L'Opinion, ça se travaille... - édition 2006)

2 - En juillet 2001, le criminel de guerre américain Wesley Clark, ex-commandant des forces d'agression de l'OTAN, avoue : "La réelle impulsion décisive derrière la campagne de l'OTAN ne fut ni la violation des droits humains par Milosevic* avant mars 1999, ni l'expulsion massive des Kosovars* après le début des bombardements. Ce qui compta le plus fut le besoin d'imposer la volonté de l'OTAN à un dirigeant dont le caractère récalcitrant, d'abord en Bosnie puis au Kosovo, minait à la fois la crédibilité de la diplomatie européenne et américaine et la puissance de l'OTAN." (également cité par Serge Halimi)

* On sait que rien de tel n'a eu lieu. Certains mythomanes ne cessent jamais de mentir, pas même lorsqu'ils avouent leurs mensonges.

3 - 2004 : L'OTAN s'est trompé d'ennemi - Cinq ans après la guerre "du Kosovo", le général canadien Lewis Mackenzie "découvre" la vérité :  "Le génocide proclamé par l'Occident n'a jamais existé ; les 100.000 morts prétendument enterrés dans des charniers se sont avérés être environ 2.000, toutes ethnies confondues, y compris ceux qui sont tombés dans les combats...  Depuis l'intervention de l'OTAN et de l'ONU en 1999, le Kosovo est devenu la 'capitale' européenne du crime. Le commerce des esclaves sexuels y est florissant. La province est devenue la plaque tournante de la drogue en direction de l'Europe et de l'Amérique du Nord. Et pour comble, la plupart des drogues proviennent d'un autre pays 'libéré' par l'Occident : l'Afghanistan."



LES ANNÉES 2000

Autopsie de la Yougoslavie pour comprendre les prochaines guerres de la globalisation - un dossier du journaliste belge Michel Collon (format .doc).

La Serbie-Monténégro en 2003   (jpg - 17 ko)

Tandis que le Kosovo devient un protectorat de l'OTAN, la subversion occidentale se poursuit en Serbie avec l'aide active de la CIA américaine et du BND allemand. On mise sur les élus locaux de "l'opposition" et sur le traître Zoran Djindjic, l'homme qui se pavanait en compagnie des criminels de guerre de l'Alliance atlantique lorsque ceux-ci bombardaient le pays. (Djindjic a passé la moitié de sa vie en Allemagne. Il est l'homme de Berlin. En 1990, ses patrons des services secrets allemands le renvoient à Belgrade où il fonde le Parti "démocratique", puis l'alliance Zajedno. En 1997, il est élu maire de Belgrade - les fossoyeurs de la Serbie ont le pied dans la porte. Grâce à la générosité de l'Occident et à de multiples trafics, Djindjic s'enrichit rapidement.)

  • Septembre 2000 : Milosevic remporte les élections présidentielles yougoslaves, mais une campagne internationale orchestrée depuis l'Allemagne et coordonnée à Belgrade par le sinistre Zoran Djindjic remet en cause ce résultat.

  • Octobre 2000 : Milosevic est contraint de se retirer. Vojislav Kostunica est déclaré vainqueur et devient président de la Fédération. Djindjic doit se contenter du poste de premier ministre de Serbie.

  • Avril 2001 : Djindjic joue un rôle de premier plan dans l'enlèvement de Milosevic et son transfert forcé à la Haye où les criminels de l'OTAN ont l'intention de le "juger" (voir plus bas). Kostunica n'approuve pas ces actions illégales, mais personne ne lui demande son avis.

  • Février 2003 : La Yougoslavie prend le nom de Serbie-et-Monténégro.

  • Mars 2003 : Assassinat de Zoran Djindjic à Belgrade : règlement de comptes entre chefs mafieux ?

  • Novembre 2005 : Le président serbe Boris Tadic, soutenu par la Russie, propose une partition du Kosovo (avec une entité serbe dans la partie nord de la province). Les Kosovars albanais, eux, veulent la totalité du territoire ; l'Occident les y encourage.

  • Mai 2006 : Les habitants du Monténégro sont appelés à se prononcer par référendum sur l'indépendance de la province. Les puissances étrangères de tutelle (OTAN, UE, USA) décrètent qu'une "majorité qualifiée" de 55 % sera nécessaire. Le "oui" l'emporte avec 55,5 % et le Monténégro devient "indépendant".

  • Juin 2006 : La Serbie proclame à son tour son "indépendance" et reconnaît celle du Monténégro. La République serbe comprend encore la Voïvodine et - du moins en théorie - le Kosovo.



RECYCLAGE

Quand la CIA recycle ses slogans et ses accessoires,
le mouvement OTPOR (Belgrade 2000)
devient le Mouvement de la Jeunesse du 6 avril (Le Caire 2011) :

CIA Coup-College : Recycled revolutionary props
par Tony Cartalucci

Voir aussi notre page sur les
"Révolutions" arabes de 2011




"INDÉPENDANCE" DU KOSOVO

"L'acte de naissance du nouvel Etat, ce sont les bombes de l'OTAN."
(Vojislav Kostunica, Premier ministre serbe, ex-atout occidental lors du putsch contre Milosevic, en octobre 2000)

  • Mars 2007 : Le Parlement européen demande l'indépendance du Kosovo. A l'ONU, la Russie (président Poutine) oppose son veto à une résolution allant dans le même sens.


  • Le Kosovo en 2003-2007
    (les Goranci de la région de Dragas - la Gora ou "Montagne" - sont des Serbes musulmans)

  • Décembre 2007 : L'UE annonce son intention de faire proclamer unilatéralement "l'indépendance" du Kosovo.

  • Février 2008 : Comme Sarajevo en 1914 ?  L'indépendance du Kosovo est la mèche d'un baril de poudre - un article de Jürgen Elsässer.

    Le 17 février, les occupants (USA, OTAN, UE) finissent par faire proclamer ladite "indépendance". Capitale officielle du nouvel "Etat" : Pristina ; capitale effective : Camp Bondsteel* (une gigantesque base américaine dans le sud de la province, près d'Urosevac). Le pantin Hashim Thaçi, ancien chef mafieux de l'UÇK terroriste, se retrouve à la tête de la république d'opérette. A Belgrade, tous les dirigeants serbes rejettent cette prétendue "indépendance", y compris ceux sur lesquels l'Occident avait misé, à savoir Tadic (réélu président quelques semaines plus tôt) et Kostunica (premier ministre). Depuis la disparition de Djindjic, il est pratiquement impossible de trouver un Serbe disposé à trahir ouvertement son pays. A l'unanimité, le Parlement déclare nulle et non avenue la prétendue "proclamation d'indépendance". Au Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie et la Chine s'opposent également à la mesure unilatérale et illégale des Occidentaux. L'Inde les soutient dans ce refus de reconnaître le Kosovo, imitée en cela par l'Indonésie et l'Afrique du Sud. Un certain nombre de pays de l'Union européenne (Espagne, Grèce, Chypre, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie) sont d'ailleurs du même avis. On voit que le coup de force a du mal à passer.

    * Comme le rappelle Thierry Meyssan (Réseau Voltaire), Camp Bondsteel sert de plaque tournante européenne pour l'écoulement de l'héroïne produite en Afghanistan. La drogue est transportée au Kosovo par l'US Air Force, où elle est prise en charge par les hommes de Thaçi. Une partie des bénéfices sert à financer les opérations illégales de la CIA.

    Les quelque 80.000 Serbes du Kosovo, qui ont pu jusqu'à présent échapper à l'épuration ethnique, voient se dessiner devant eux un avenir incertain. Un peu plus de la moitié d'entre eux vivent dans le nord, où ils ont encore une frontière commune avec leur mère-patrie. Les autres sont dispersés dans le reste de la province (voir la carte ci-dessus). La ville de Mitrovica est partagée en deux zones délimitées par la rivière Ibar : Serbes au nord, Albanais au sud. Il est peu probable que les pyromanes de l'OTAN laissent les Serbes du Kosovo rattacher la partie nord de leur territoire à la Serbie. Pourquoi permettraient-ils aujourd'hui ce qu'ils ont refusé, dans les années 1990, en Croatie et en Bosnie ? Le slogan allemand de 1914 ("Pas de survie pour la Serbie") n'a rien perdu de sa validité.

    Pour le drapeau du nouvel "Etat", on a fait preuve d'autant d'originalité que dans le cas de la Bosnie (voir plus haut - 1995). Le fond bleu et les étoiles sont là pour rappeler qui est maître à bord (après Dieu et les USA, bien entendu). Au lieu de douze étoiles dorées comme l'UE, le Kosovo "indépendant" se contente de six étoiles blanches. (La Bosnie en a huit, ou presque - c'est vraiment injuste...)

    Chacune des six étoiles, nous explique-t-on, représente une des principales communautés ethniques du "pays" (de gauche à droite ou de droite à gauche : les Albanais, les Albanais, les Albanais, les Albanais, les Albanais et les Albanais).

    La guerre commence demain au Kosovo  par Yves Bataille.

    "Le Kosovo est un Etat fantoche, administré par l'OTAN en fonction des intérêts militaires des Etats-Unis." (Vojislav Kostunica, Premier ministre serbe)

  • Avril 2008 : Carla Del Ponte, ex-procureure du pseudo-tribunal institué par les criminels de guerre de l'OTAN pour "juger" Milosevic (voir un peu plus bas), est à présent ambassadrice de Suisse à Buenos Aires. Comme elle n'a pas grand-chose à faire, elle s'occupe en écrivant ses mémoires. Le seul intérêt de son livre est qu'elle y révèle que Thaçi, gouverneur du Kosovo "indépendant" depuis février, a participé, en 1999, à un trafic d'organes prélevés sur des Serbes assassinés par l'UÇK. Autrement dit, la réalité du terrorisme albanais dépasse de beaucoup les horreurs imaginaires mises sur le dos de ses victimes. On s'en doutait depuis des années, mais c'est la première fois qu'on en reçoit la confirmation officielle.

    Bien sûr, Thaçi-Frankenstein, qui a gagné des millions de dollars grâce à ces activités criminelles, n'a jamais été inquiété par ses maîtres. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de Sarkozy depuis 2007 et chef de la MINUK (mission d'intervention étrangère au Kosovo) en 1999, a empêché toute enquête et toute poursuite contre son poulain - sans doute parce qu'il savait pertinemment que les organes étaient expédiés à Tel Aviv, une des plaques tournantes mondiales pour ce genre de trafic (source : France 2, Envoyé Spécial). Le sioniste Kouchner a toujours su protéger ses amis, en 1999 comme en 2008.

    Le journaliste belge Michel Collon sur le rôle de Kouchner au Kosovo : mensonges antiserbes, vol et trafic d'organes, "mariage de raison" avec la mafia albanaise, imposture colonialiste, etc... (lien vidéo - voir à partir de 5:00).




    Décembre 2010 : il n'est plus possible d'étouffer le scandale.
    Voir également : Voleurs et trafiquants d'organes.

    Selon un rapport du Conseil de l'Europe sur le crime organisé, Thaçi est à la tête d'un groupe
    mafieux albanais responsable de divers trafics d'armes, de drogue et d'organes humains - détails.


    Le "gouvernement" kosovar et le crime organisé  par Jürgen Roth (sur le site du Réseau Voltaire).

    Le Kosovo n'existe pas par le sociologue Alain Soral.

  • Mai 2008 : Elections législatives en Serbie. La coalition formée autour du parti pro-européen (DS) du président Boris Tadic obtient 38 % des voix. Face à lui, le parti radical (SRS) de Tomislav Nikolic recueille 29 %, le parti démocratique (DSS) du premier ministre Kostunica 12 %, et le parti socialiste (SPS) de feu Slobodan Milosevic 8 %. Si ces trois adversaires de la capitulation totale devant le diktat occidental parvenaient à se mettre d'accord, ils pourraient empêcher une poursuite de la dérive serbe. Mais les pressions extérieures sont fortes, et pour une poignée d'euros, on peut tout obtenir. [Finalement, le SPS capitule devant Tadic et entre au gouvernement : la page yougoslave est définitivement tournée.]

  • Juillet 2008 : Tandis que les tueurs de l'OTAN et leurs marionnettes commémorent l'anniversaire du faux massacre serbe de Srebrenica, le "tribunal" international des criminels de guerre de La Haye blanchit Naser Oric, massacreur en chef de l'armée musulmane bosniaque, responsable de la mort de 2.800 Serbes et de la destruction de 200 villages.

    Quinze jours plus tard, on apprend l'arrestation de Radovan Karadzic, ancien commandant en chef de l'armée serbe de Bosnie dans les années 1990. Les assassins occidentaux accusent Karadzic d'être responsable des prétendues exactions serbes de Srebrenica et Sarajevo (voir le lien précédent). L'arrestation n'a pu se faire qu'avec la complicité du gouvernement Tadic-SPS. On voit que les politiciens "socialistes" de l'ancien parti de Milosevic ne reculent devant aucune trahison.

    Déporté à La Haye, Karadzic commence par expliquer pourquoi il a pu échapper si longtemps à la "traque" organisée contre lui : il jouissait de la protection tacite des Occidentaux, suite à un accord secret passé avec le négociateur américain Holbrooke* ; sans cet accord d'immunité, la guerre de Bosnie se serait sans doute prolongée au-delà de 1995. Ce qui est étonnant, ce n'est pas que les Américains aient violé leur promesse, mais qu'ils aient attendu plus de douze ans avant de le faire.

    * Bien entendu, le diplomate américain nie l'existence d'un tel pacte. Edward S. Herman, professeur à l'Université de Pennsylvanie, déclare à propos de Holbrooke : "Cet homme est un menteur et un hypocrite....  Il a été ambassadeur des USA en Indonésie à la fin des années 1970, à l'époque où le gouvernement de ce pays massacrait systématiquement les habitants de Timor. Holbrooke a toujours nié ce génocide - pourtant bien réel, lui, contrairement à celui de Bosnie - et a toujours farouchement défendu le génocideur indonésien Suharto."

    Le "tribunal" des criminels de guerre de l'OTAN a chargé le Belge Serge Brammertz de mener l'accusation. On peut lui faire confiance : deux ans plus tôt, il était en mission au Liban pour le compte "de l'ONU" (c'est-à-dire des services américano-israéliens), afin de mettre en place un autre "tribunal" bidon destiné à détourner l'attention des vrais coupables de l'attentat terroriste contre Rafic Hariri. L'opération Liban ayant plutôt foiré, Brammertz compte bien se rattraper avec Karadzic.

  • Août 2008 : Après l'agression géorgienne contre l'Ossétie du Sud (avec le soutien des dépeceurs de la Yougoslavie), l'"effet Kosovo" se manifeste pour la première fois. La république attaquée et sa voisine abkhaze, indépendantes de facto depuis une quinzaine d'années, sont officiellement reconnues par la Fédération russe. Bien entendu, les Occidentaux condamnent*, dans le cas du Caucase, ce qu'ils ont soutenu et encouragé dans les Balkans. Deux poids, deux mesures, comme d'habitude.

    * Le menteur et hypocrite Holbrooke se distingue tout particulièrement dans le choeur des russophobes.

  • Septembre 2008 : Plus de six mois après "l'indépendance" du Kosovo, on ne se bouscule pas au portillon pour reconnaître l'Etat fantoche. Dix pays seulement ont procédé à l'échange de diplomates (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Suisse, Autriche, Italie, Albanie, Turquie).

  • Novembre 2008 : Trois terroristes allemands du BND - pas très futés - se font pincer par la police kosovare après avoir perpétré un attentat. Ils sont relâchés au bout de quelques jours.

  • Novembre 2009 : Ouverture du "procès" de Radovan Karadzic. Contre l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, le bras judiciaire des terroristes de l'OTAN utilise en gros la même tactique que contre Slobodan Milosevic. Pour commencer, on l'ensevelit sous une montagne de "documents" (1.300.000 pages, soit l'équivalent d'une bibliothèque de 5.000 livres ou de 400 mètres de rayonnages pleins de classeurs). Ensuite, on commet d'office un avocat payé par ses ennemis pour le "défendre". En bonne logique, Karadzic devrait réagir par un boycott complet de ce "tribunal" bidon et par un refus total de coopérer - ce qu'il ne fera sans doute pas, n'étant pas un surhomme.

  • Mars 2016 : Le "tribunal" terroriste de l'OTAN condamne Radovan Karadzic à 40 ans de prison (il est âgé de 70 ans).



LE "PROCÈS" DE SLOBODAN MILOSEVIC

"L'objectif de ce prétendu procès est de produire une fausse justification pour les crimes de guerre commis par l'OTAN en Yougoslavie."  (l'accusé)
  • Mars 2001 : Les Etats-Unis ont fixé un ultimatum au gouvernement "réformé" de Belgrade : Milosevic doit être arrêté avant le 31 mars, sous peine de "sanctions" économiques. Le président Kostunica, à qui l'Occident a offert la "victoire" électorale quelques mois plus tôt, veut bien entendu se montrer reconnaissant mais hésite encore à abdiquer toute souveraineté nationale au profit de ceux qui ont bombardé son pays. Son concurrent le plus farouche, le premier ministre serbe Djindjic, caniche préféré du chancelier allemand Schröder, pousse à l'action.

  • Avril 2001 : Finalement, Kostunica se plie à la raison du plus fort et laisse les forces spéciales donner l'assaut à la maison de l'ancien président. Après trente-six heures de siège, Milosevic se rend aux autorités.

  • Juin 2001 : Au mépris de toutes les lois serbes et yougoslaves, Milosevic est "extradé" à La Haye (Pays-Bas) où siège le "tribunal" pénal international, censé juger les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Yougoslavie. En fait, ce prétendu "tribunal", créé illégalement au nom de l'ONU, est entièrement financé et géré par les criminels de guerre de l'OTAN. Son seul but est de donner un vernis "juridique" et "moral" à l'agression menée depuis dix ans. On espère fêter par un brillant feu d'artifice le démembrement presque total de la Yougoslavie.

  • Février 2002 : Le "procès" Milosevic s'ouvre à La Haye. Les massacreurs de l'OTAN accusent l'ancien président yougoslave des pires crimes. Les violateurs occidentaux de toutes les lois internationales lui reprochent des "infractions graves à la Convention de Genève". On est en plein délire. Milosevic, conteste bien entendu la légitimité du "tribunal" mais se plie néanmoins à la procédure. Etant juriste de formation, il assure lui-même sa défense. Il songe certainement au "procès" de Georges Dimitrov, en 1934 à Leipzig, au cours duquel le dirigeant communiste bulgare fut accusé par les pyromanes nazis d'avoir incendié le Reichstag en février 1933. Dimitrov, lui aussi à la fois accusé et avocat, ne fit pas que se défendre ; il démasqua les véritables incendiaires. Sous la pression internationale, les nazis durent l'acquitter.

    Mais la situation de Milosevic n'est malheureusement pas tout à fait comparable à celle de Dimitrov. Les tireurs de ficelles de La Haye savent que l'affaire de Leipzig a mal tourné et sont sur leurs gardes. Ils préparent un "procès"-fleuve et comptent bien avoir l'ancien président à l'usure. L'opinion internationale, à l'exception des Russes, lui est farouchement hostile, conséquence d'une décennie de propagande antiserbe ininterrompue ("Milosevic = Hitler = Auschwitz").

  • Mars 2002 : Milosevic dispose, pour l'assister dans sa défense, de deux conseillers juridiques serbes auxquels il fait confiance. Les juges ont en outre nommé trois amici curiae (amis de la cour - une bizarrerie du droit anglo-saxon) qui interviennent à l'audience, en principe en faveur de l'accusé (en fait, ils n'auront aucun contact avec lui). Un certain nombre d'avocats plus ou moins avides de publicité (comme l'Américain Ramsey Clark ou le Français Jacques Vergès) se prétendent également "défenseurs de Milosevic", sans pouvoir en aucune façon justifier de cette qualité.

    La Canadienne Louise Arbour (alias À-rebours) dirige l'accusation. Elle deviendra plus tard Haute Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme (les droits de l'homme ont bon dos). Elle sera remplacée par la Suissesse Carla Del Ponte (surnommée Carlita la Pesta ou encore La Puttana dans son Tessin natal).

    Jusqu'en septembre 2002, l'accusation mandatée par les tueurs de l'OTAN présente ce qu'elle appelle les "preuves de la culpabilité" de Milosevic au Kosovo. De septembre 2002 à décembre 2003, elle fera la même chose pour la Bosnie et la Croatie.

  • Avril 2002 : Milosevic ne fait qu'une bouchée des "témoins" de l'accusation. Comme l'écrit le Monde Diplomatique, "la défense offensive de Slobodan Milosevic, depuis le 12 février, a déstabilisé les témoins à charge." (C'est un euphémisme : beaucoup de ces prétendus témoins se sont littéralement effondrés lors des contre-interrogatoires.) Le journal parle déjà de "fiasco à La Haye". Les témoignages contradictoires se multiplient, de même que les documents falsifiés. Toute cette affaire mal planifiée commence à se retourner contre ses instigateurs.

  • 2003 : L'état de santé de Milosevic se détériore. Il souffre d'hypertension, de stress et de fatigue extrême, comme le confirme le cardiologue de la prison. L'accusation sait qu'il est matériellement impossible de gérer un dossier de cette taille quand on est seul (ou presque). Elle y voit un moyen de couler définitivement Milosevic et l'inonde jour après jour de nouvelles "pièces à conviction", "documents à charge" et autres montagnes de papier. Le rythme des audiences se ralentit. On enregistre des interruptions de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. Le "tribunal" veut profiter de l'épuisement de Milosevic pour lui assigner, de force, un avocat qui ferait le jeu de l'accusation. Bien entendu, l'ancien président refuse catégoriquement.

  • Avril 2004 : C'est enfin au tour de Milosevic de faire entendre ses témoins. On lui accorde trois mois pour se préparer, alors qu'il lui faudrait deux ans pour faire correctement ce travail. Milosevic veut convoquer autant de témoins que l'accusation et projette même de citer à la barre Bill Clinton, Jacques Chirac et d'autres protagonistes de Rambouillet - évidemment, il n'en sera rien.

  • Août 2004 : Milosevic, dans une déclaration faite devant le "tribunal" résume ainsi les deux ans et demi de procès-spectacle : "Non seulement toutes vos accusations sont d'infâmes mensonges, mais elles constituent aussi une incroyable dénaturation de la vérité historique."  Et l'ancien président entame la présentation des preuves de la défense.

  • Septembre 2004 : Le "tribunal" commet d'office deux "défenseurs" sous prétexte que "la santé très précaire de Slobodan Milosevic ne lui permet pas de se défendre seul". L'accusé proteste et refuse de coopérer avec le "tribunal".

  • Octobre 2004 : Coup dur pour le tribunal fantoche : les deux pseudo-défenseurs assignés à Milosevic contre son gré, demandent à être démis de leurs fonctions. Le "tribunal" doit faire marche arrière.

  • Avril 2005 : Le procès-farce se poursuit en l'absence de l'accusé souffrant (et donc en l'absence de la défense). Plusieurs témoins cités par Milosevic refusent de témoigner tant que l'accusé ne sera pas présent. Ils seront eux-mêmes condamnés.

  • Juin 2005 : Le juge Patrick Robinson fait tout son possible pour saboter la défense. Dès que Milosevic pose une question gênante ou fait un commentaire "déplacé", Robinson lui retire la parole et coupe le micro : "l'Etat de droit" dans toute sa splendeur...

  • Janvier 2006 : L'état de santé de Milosevic se détériore. La Russie propose qu'on autorise l'accusé à se rendre à Moscou pour se faire soigner. Bien entendu, le "tribunal" refuse.

  • Février 2006 : Les choses se présentant de plus en plus mal pour les instigateurs de la farce judiciaire, Milosevic craint qu'on n'attente à sa vie pour sortir de l'impasse.

  • 11 Mars 2006 : Milosevic meurt en prison ; cause officielle du décès : infarctus. Dans une lettre écrite trois jours avant sa mort et adressée au ministère russe des Affaires étrangères, l'ancien président yougoslave signalait que des traces d'un médicament puissant destiné au traitement de la lèpre ou de la tuberculose avaient été découvertes dans son sang deux mois plus tôt (mais il ne l'avait appris que la veille). Il réitérait ses craintes d'être empoisonné par ses geôliers.

  • 18 Mars 2006 : Les obsèques de Milosevic ont lieu dans sa ville natale de Pozarevac. A Belgrade, plus de 500.000 Yougoslaves et un certain nombre de personnalités politiques et culturelles étrangères (dont l'écrivain et dramaturge autrichien Peter Handke*) rendent hommage au défunt. Les criminels de guerre de l'OTAN ont fait pression sur le gouvernement serbe pour qu'il refuse des obsèques nationales.

    * Pour "punir" Peter Handke d'avoir résisté à l'hystérie collective antiserbe, la direction de la Comédie-Française déprogramme une de ses pièces.

Ils ont tué Milosevic   par Louis Dalmas.

www.slobodan-milosevic.org

Dossier TPI & Milosevic du Comité de Surveillance OTAN

Harold Pinter, Prix Nobel de Littérature 2005 : "La Cour US-OTAN qui juge Slobodan Milosevic a toujours été totalement illégitime. Impossible de la considérer comme un tribunal sérieux. La défense de Milosevic est puissante, convaincante et irréfutable."



MISSION ACCOMPLIE ?

Depuis la mise au pas de la Serbie, l'alignement des Etats nés de l'intervention occidentale est parfait. La Slovénie est devenue membre de l'Alliance Atlantique, de l'Union Européenne et de la zone euro. D'autres entités (Bosnie, Monténégro, Kosovo) ont adopté elles aussi la monnaie européenne, mais de manière officieuse. Tous les pays désormais "réformés" veulent adhérer à l'OTAN, à l'UE et à l'union monétaire - c'est du moins leurs "élites" qui le disent.

Le démembrement de la Yougoslavie est achevé, semble-t-il, puisqu'on a réduit la Serbie à sa plus simple expression, ou peu s'en faut. Tout au long du "conflit", la propagande orwellienne des Occidentaux n'a cessé de reprocher aux dirigeants de Belgrade de pratiquer un nationalisme "grand-serbe". Cette fable de la prétendue "Grande-Serbie" voulue par Milosevic s'est enflée au fur et à mesure que le territoire yougoslave, puis serbe, rétrécissait à la manière d'une peau de chagrin.

Si la guerre ouverte a pris fin, c'est que les intervenants de l'OTAN en ont décidé ainsi, jugeant préférable pour le moment d'apaiser les tensions. Ainsi, par exemple, au printemps 2000, c'est-à-dire quelques mois après la guerre dite "du Kosovo", des séparatistes albanais tentèrent de reproduire dans le sud de la Serbie proprement dite ce qui leur avait si bien réussi au Kosovo. Une soi-disant Armée de libération de Presevo, Medvedjdva et Bujanovac fit son apparition dans cette région serbe où vivent quelques dizaines de milliers d'Albanais (jamais chassés ni inquiétés par Belgrade). Six mois plus tard, pour ne pas gêner le nouveau régime pro-occidental de Kostunica, les pyromanes atlantistes renoncèrent à aviver cet incendie-là, et la rebellion cessa. (Voir la carte.)

Une tentative similaire des terroristes de l'UÇK en Macédoine fut observée en 2001, et pareillement étouffée. Il suffit de peu de choses pour détruire un pays ou, au contraire, pour l'épargner. Si l'OTAN le veut, elle suscitera de nouveaux affrontements en Serbie. Le potentiel existe : Hongrois catholiques de Voïvodine, Bosniaques musulmans du Sandjak (carte), Albanais, Tziganes, etc. Tous ces gens ont vécu en paix durant des décennies, ils ne demandent qu'à vivre en paix aujourd'hui et demain. La question est de savoir si l'OTAN leur accordera cette faveur.

Même chose en Macédoine et en Bosnie - et, en principe, partout ailleurs.

Pour ce qui est de la Grande-Albanie (un concept bien réel, contrairement à la mythique "Grande-Serbie"), les extrémistes albanais continuent d'y croire et espèrent bien que l'Occident les aidera à la réaliser un jour.


La peau de chagrin :

 

 

 

 

 

A suivre...


Toutes les cartes



LA FIN HONTEUSE DE LA SERBIE INDÉPENDANTE

Le 31 mars 2010 (et non pas le lendemain 1er avril), le parlement serbe vote une résolution qui "condamne fermement le massacre de 8.000 Bosniaques musulmans, en juillet 1995, à Srebrenica" et "demande pardon aux familles des victimes". Il s'agit, on le sait, d'un massacre imaginaire mis en scène par les terroristes de l'OTAN pour servir de prétexte à l'expulsion de 400.000 Serbes de Croatie. (En 1995, il était question de 7.000 ou 7.500 "massacrés" ; on voit qu'ils ont fait des petits entre-temps.)

Le vote de Belgrade n'a pas été facile. Il a fallu treize heures d'un débat houleux pour obtenir une majorité de 127 voix sur 250, c'est-à-dire pour trouver suffisamment de traîtres disposés à avaliser un des plus gros mensonges antiserbes des années 1990 - et ce, contre la vague promesse d'un "retour au sein de la famille européenne" et d'un "soutien de Bruxelles". (La Serbie devrait s'estimer heureuse de ne pas faire partie de cet infâme conglomérat téléguidé depuis Washington et Tel Aviv.)

Bien entendu, on n'en restera pas là. Les criminels de guerre européens exigent davantage, à commencer par l'extradition des généraux serbes ayant eu le front de leur résister (notamment Ratko Mladic*). Les extrémistes bosniaques, eux, déplorent que Belgrade n'ait pas utilisé le terme de "génocide". Gageons que les vendus de Belgrade reconnaîtront bientôt tout ce qu'on leur demandera de reconnaître. Pourquoi ne pas s'excuser auprès de l'Autriche pour la guerre de 1914, ou auprès de l'Allemagne pour celle de 1941, ou auprès de l'OTAN pour les bombardements de 1999 ?

Demandez pardon pour ce vous n'avez pas fait... Faites comme la Libye pour l'attentat de Lockerbie, ou comme Chirac pour les crimes de Pétain, ou comme le monde entier pour l'Holocauste®. Qu'est-ce que les Palestiniens et les Libanais attendent pour demander pardon à Israël ?...  Qu'est-ce que les Vietnamiens attendent pour s'excuser auprès des Etats-Unis ?...

* Fin mai 2011, dans le village de Voïvodine où il se cachait, Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, est arrêté par les sbires du collabo Boris Tadic. Après une courte parodie de justice, il sera livré au pseudo-tribunal des criminels de guerre de l'OTAN, afin qu'ils puissent lui faire subir le sort de Radovan Karadzic (séquestré à La Haye puis condamné à 40 ans de prison) ou de Slobodan Milosevic (séquestré pendant cinq ans à La Haye avant d'être empoisonné dans sa cellule).


Novembre 2011 : lâchés par le gouvernement de Belgrade et espérant échapper à leur sort de plus en plus précaire, 50.000 des 200.000 Serbes du Kosovo ont déposé des demandes en vue de l'obtention de la nationalité russe. La Russie examine les dossiers, mais en prenant bien soin de ne pas trop s'engager. Contrairement à d'autres populations désireuses d'obtenir le passeport russe (minorités de Moldavie, d'Ukraine, d'Ossétie, d'Abkhazie ou des pays baltes), les Serbes du Kosovo ne sont pas russes (même si leur langue et leur culture les rapprochent beaucoup de la Russie). Et surtout, le Kosovo n'a pas de frontière commune avec la Russie.

Parallèles intéressants : Thierry Meyssan, la Syrie et la Yougoslavie


Avril 2013 - la Serbie officielle s'enfonce toujours plus dans l'ignominie : après le parlement, c'est au tour du président Tomislav Nikolic de présenter ses "excuses" à la Bosnie pour le "massacre" de Srebrenica (voir quelques lignes plus haut). Mais cette nouvelle auto-humiliation de Belgrade face à ses ennemis ne servira à rien. On attend de Nikolic (ou de son successeur) qu'il abandonne définitivement ses compatriotes du Kosovo (carte). Les récentes "négociations" en vue de priver de leurs droits les Serbes de Mitrovica n'ont pas abouti. Encore un petit effort, Niko...



2014 : "RÉVOLUTION COLORÉE" EN BOSNIE ?

Carte de la Bosnie   -   Voir également plus haut : Guerre de Bosnie 1992-1995

Février 2014 : Une "révolution colorée" s'abat sur la Bosnie  par Stefan Karganović (Réseau Voltaire).

De graves troubles sociaux, attisés de l'extérieur, agitent la Bosnie. Derrière ces évènements, l'objectif est de venir à bout de la Republika Srpska (République serbe de Banja Luka), une des entités de l'Etat fédéral de Bosnie-Herzégovine, et de transformer ce dernier en un tout "homogène" plus conforme aux besoins des Occidentaux. Le Serbe Milorad Dodik, président de la Republika Srpska, est en effet un peu trop indépendant au goût des intervenants étrangers. Il doit partir afin de permettre la pleine intégration du pays aux structures euro-atlantistes : OTAN, UE, euro (la monnaie officielle est encore le "mark convertible" qui correspond au DM d'avant 2002).

Les troubles en Bosnie interviennent au même moment qu'en Ukraine et sont fomentés par les mêmes services américains et autres.

Karganović : "Les manifestants en Bosnie, comme ceux de Kiev, sont motivés par l'illusion qu'il suffit de 'virer les méchants' afin d'atteindre une 'vie meilleure' qui reste un concept flou et pas du tout clairement défini. Mais cela n'arrivera jamais si la tâche est confiée aux pantins que l'Occident souhaiterait mettre au pouvoir...  Les émeutes qui sont en train de s'enflammer et qui ont commencé il y a quelques jours dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine [l'ancienne Fédération croato-bosniaque], à Tuzla, puis Sarajevo et d'autres villes au centre de la Fédération, ont depuis le début été marquées par l'utilisation d'une violence extrême de la part des manifestants."

Contrairement à la tactique habituelle, on a sauté la première phase recommandée par Gene Sharp, le théoricien de la "révolution colorée". Cette phase consiste à utiliser des provocateurs que l'on présente comme des manifestants pacifiques, victimes innocentes de la sauvagerie du régime : "Il semble qu'ici, les chefs d'orchestre occidentaux soient impatients de terminer le travail au plus vite..."

Comme à Belgrade, 14 ans plus tôt, comme dans toutes les "révolutions colorées" et autres "printemps arabes" mis en scène depuis lors, tout cela se fait sous le signe d'OTPOR (voir plus haut). Mais en Bosnie, les pancartes sont encore en anglais : on n'a pas eu le temps de les traduire.

Karganović: "Les gouvernements des deux entités de Bosnie-Herzégovine sont de toute évidence mal préparés pour faire face au destin qui leur est réservé. Dans la Fédération, les hommes politiques musulmans ont bêtement analysé le soutien tactique de l'Occident comme une garantie à long terme, faisant ainsi la même erreur que le président égyptien Hosni Moubarak avant eux, qui considérait sa position comme sûre, pendant qu'aux Etats Unis, des activistes du Mouvement de la jeunesse du 6 avril étaient entrainés pour le renverser [voir ici]. Dans la Republika Srpska, non seulement la coalition au pouvoir n'a pas su estimer à temps la situation, ce qui lui aurait permis de prendre des mesures efficaces, mais l'opposition a apparemment elle aussi mal évalué les évènements. Les leaders de l'opposition vont peut-être se réveiller un jour, et là ils comprendront qu'ils ont été trompés par les mentors occidentaux dont le seul but était de les utiliser pour atteindre le président Dodik, et qu'une nouvelle équipe des protégés, discrètement entrainés par l'Occident, sera installée au pouvoir à leur place."

A propos de la "philosophie" de Gene Sharp, voir cet article de Thierry Meyssan de janvier 2005 : L'Albert Einstein Institution ou la non-violence version CIA.

Sharp est un sioniste protestant. Son Albert Einstein Institution a été financée par Peter Ackerman, banquier sioniste juif et directeur du think tank juif CFR. Divers journalistes juifs ont fait l'éloge de Gene Sharp, comme par exemple Eric Herschthal dans The Jewish Week ou Philip Shishkin dans le très juif Wall Street Journal ("Jewrnal") - détails.



2016 : ISLAMISME ET SÉPARATISME AU SANDJAK

Serbie : l'ingérence des Etats-Unis au Sandjak menace à nouveau l'intégrité territoriale du pays :

"L'ambassadeur américain à Belgrade, Kyle Scott, s'est déclaré très inquiet sur le déroulement des élections dans cette région du sud-ouest de la Serbie peuplée de 50 % de musulmans.  L'ambassadeur et sa délégation ont rencontré à Novi Pazar, sa capitale, le représentant de la Communauté dite « Démocratique Bosniaque », Mouamar Zukorlić. Cet ex-mufti aux deux épouses qui présente une liste pour les élections du 24 avril veut détacher le Sandjak de la Serbie, le rattacher à la Bosnie musulmane et ériger un Etat Islamique..."

"Au Sandjak de Novi Pazar (que les Serbes appellent « Raska », la Rascie), l'islamiste radical Zukorlić est en concurrence avec deux figures locales, Rasim Ljajić qui dirige un petit parti social-démocrate lié au pouvoir de Belgrade et le maire de Novi Pazar, Sulejman Ugljanin, ami d'Erdoğan et considéré depuis toujours comme un agent turc."

On sait qu'ailleurs, en Syrie par exemple, les USA et la Turquie (avec son président "Erdaeshoğan") comptent parmi les plus grands soutiens de la terreur islamiste.

Au Sandjak, la sécession était prévue depuis longtemps (voir plus haut : peau de chagrin). Ce qui est étonnant, c'est qu'elle n'ait pas été amorcée plus tôt.




Autre carte


Le sort du Preševo serbe revendiqué par les Albanais reste en suspens. Celui de la Voïvodine, en partie peuplée de Hongrois, est "gelé" faute d'ingérence extérieure. Le gouvernement de Budapest reste prudent en la matière ; plusieurs pays de la région ont des minorités hongroises (Ukraine, Roumanie, Slovaquie). Les choses ne se mettront à bouger que le jour où les Américains le jugeront utile. Pour le moment, le séparatisme catholique ne les intéresse pas.



2016-17 - MACÉDOINE : CRIME ET CHÂTIMENT

En 2016, après des années de calme relatif, ce petit pays (voir plus haut 1991 et 2001) refait parler de lui à l'occasion de ce que les merdias occidentaux appellent la "crise des réfugiés".

Le crime de la Macédoine : elle s'oppose au tsunami migratoire que les maîtres du monde et le sinistre George $✡R✡$ font déferler sur l'Europe dans le cadre de leur plan de remplacement des populations. Les autorités de Skopje ont en effet interdit tout passage illégal à la frontière grecque, spécialement entre Idomeni et Gevgelija. Bien que n'étant pas elle-même membre de l'Union Européenne, la Macédoine protège ainsi de l'invasion les pays de l'UE autant qu'elle se protège elle-même. Les simples citoyens de ces pays s'en réjouissent, les démolisseurs globalistes enragent.


Le châtiment ne tardera pas à arriver, en avril 2016, sous la forme d'une tentative de "révolution colorée" (la spécialité des "ONG" de Soros). Malheureusement pour le fouteur de merde israélo-américano-hongrois, les anti-Soros sont nettement plus nombreux à Skopje que les figurants (mal) payés de la subver-sion :






Un an plus tard, en avril 2017, Soros essaie autre chose : un putsch "parlementaire" doit écarter du pouvoir les nationalistes du VMRO-DPMNE, le premier parti de Macédoine. Pour cela, on forme une "coalition" contre nature des principaux partis minoritaires : les sociaux-démocrates du SDSM, prêts à toutes les trahisons pour obtenir le poste de Premier ministre, et les partis albanais (BDI, BDSH, RDK) dont l'objectif est le rattachement d'une bonne partie de la Macédoine à l'Albanie. Les musulmans albanais de Macédoine, qui représentent un quart de la population, sont le cheval de Troie de Tirana - comme au Kosovo avant 1999. La majorité de la population, appuyée par le président proche du VMRO, refuse le morcellement de la Macédoine et l'ouverture incontrôlée des frontières.



2017 : OTANISATION DU MONTÉNÉGRO

En avril 2017, plus de dix ans après la séparation du Monténégro d'avec la Serbie (voir plus haut - carte), les dépeceurs occidentaux décident d'intégrer leur proie monténégrine à l'OTAN. Rien sur le plan militaire ne justifie ce geste, mais tout est bon, ces temps-ci, pour montrer à la Russie de Poutine que l'Etat profond américain fait ce qu'il veut, surtout depuis que Donald Trump est à la Maison Blanche et qu'il a été contraint de mettre fin à sa politique de détente avec Moscou avant même qu'elle n'ait commencé.

Ce n'est pas pour rien qu'un des principaux représentants de la gent néo-conne américaine, le sénateur républicain John McCain, se trouvait à Podgorica au début du mois. Aux Etats-Unis, les gens capables de situer le Monténégro sur la carte se comptent sur les doigts de la main, mais le jour où le Pentagone se lancera dans une nouvelle aventure militaire pour "sauver" ce pays que personne ne menace, tout le monde applaudira.




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