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UNE INTRODUCTION AU CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN par Norman Finkelstein (Septembre 2002) [traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier] Norman Finkelstein est né à Brooklyn en 1953, de parents survivants des camps de concentration nazis. Il enseigne la théorie politique à la City University de New York. Il a passé sa thèse de doctorat à Princeton sur la théorie du sionisme. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont deux traduits à ce jour en français, L'industrie de l'Holocauste, réflexions sur l'exploitation de la souffrance des Juifs, aux Editions La Fabrique (2001) et, co-écrit avec Ruth Bettina Birn, L'Allemagne en procès, la thèse de Goldhagen et la vérité historique, paru chez Albin Michel (2000). Vous pouvez retrouver de nombreux textes de Norman Finkelstein - en anglais - sur son site: www.normanfinkelstein.com Afin d'alléger ce texte très long, nous avons supprimé les nombreuses notes de bas de page. Le lecteur peut, le cas échéant, se rapporter à l'original anglais: www.normanfinkelstein.com/id128_m.htm Le contexte Afin de résoudre ce qu’il était convenu d’appeler « la question juive » - c’est-à-dire le défi réciproque entre la répulsion pour les Juifs, chez les Gentils (l’antisémitisme) et l’attrait des sociétés des Gentils pour les Juifs (l’assimilation) – le mouvement sioniste chercha, à la fin du dix-neuvième siècle, à créer un Etat très majoritairement, sinon totalement juif, en Palestine. Le mouvement sioniste ayant conquis un pied à terre en Palestine grâce à la publication par la Grande-Bretagne de la Déclaration Balfour, le principal obstacle qui se dressait devant la réalisation du projet sioniste était la population arabe indigène de la Palestine. En effet, à la veille de la colonisation sioniste, la Palestine, dans son écrasante majorité n’était pas juive : elle était peuplée d’Arabes, musulmans et chrétiens. D’un extrême du spectre sioniste à l’autre, il était clair, dès le début, que la population arabe indigène de la Palestine ne dirait pas ‘amen’ à sa dépossession. « Contrairement à ce que l’on prétend souvent, le sionisme n’était pas aveugle à la présence des Arabes en Palestine », fait observer Zeev Sternhell. « Si les intellectuels et les dirigeants sionistes ignoraient le dilemme des Arabes, c’était avant tout parce qu’ils savaient parfaitement que ce problème n’avait pas de solution dans la conception sioniste des choses… En général, les uns et les autres se comprenaient très bien entre eux, ils savaient que la mise en pratique du sionisme ne pourrait se faire qu’aux dépens des Arabes palestiniens ». Moshe Shertok (par la suite : Sharett) repoussait avec mépris les « espoirs illusoires » de ceux qui parlaient d’une « compréhension mutuelle » entre « nous » et les Arabes, d’ « intérêts communs » et de « la possibilité d’une unité et d’une paix entre les deux peuples frères. » « Il n’existe pas d’exemple, dans l’Histoire », déclara Ben Gourion, en cadrant de manière lapidaire le cœur du problème, « qu’une nation ouvre les portes de son pays, non par nécessité… mais parce que la nation qui veut venir s’y installer a manifesté son désir de le faire. ». « La tragédie du sionisme », écrira Walter Laqueur dans son ouvrage historique de référence, « fut qu’il apparut sur la scène mondiale à une époque où n’existait plus aucun espace libre sur la mappemonde. » Ce n’est pas tout à fait exact. En fait, il n’était plus politiquement possible de créer de tels espaces : l’extermination avait cessé d’être une option admissible, en vue de la conquête territoriale. Fondamentalement, le mouvement sioniste n’avait de choix qu’entre deux options stratégiques, pour atteindre son but : ce que Benny Morris a appelé « la méthode Sud-Africaine » - « l’établissement d’un Etat d’apartheid, dans lequel une minorité de colons règnerait sur une importante majorité indigène exploitée » - ou la « méthode du transfert » - « vous pouviez créer un Etat juif homogène ou tout au moins, un Etat avec une écrasante majorité juive, en déplaçant, en « transférant » la totalité, ou la plupart, des Arabes, dehors » |