L'Agence juive tente d'encourager la «montée» en Israël des juifs argentins et français

Luis Lema    15/01/2002

source : Le Temps

URL : http://www.lai-aib.org/lai/article_lai.phtml?section=A1ABBRBF&object_id=11151


L'Agence juive tente d'encourager la «montée» en Israël des juifs argentins et français

L'Agence juive retrouve, à ses propres yeux, sa raison d'être. Alors que le nombre de nouveaux arrivants en 2001 a été, avec quelque 45 000 personnes, le plus bas depuis douze ans, l'agence qui se charge de leur «montée» en Israël s'active. Elle a lancé un programme à destination de trois pays qui représentent, selon ses termes, «de grands potentiels» d'émigration: l'Argentine, la France et l'Afrique du Sud.

L'Agence n'a pas perdu de temps. Alors que l'Argentine vient de plonger dans une crise économique qui semble sans fond, elle a déjà très fortement renforcé son déploiement sur place pour venir en aide aux quelque 200 000 juifs que compte ce pays. Ses émissaires ont notamment commencé à contacter par téléphone tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, s'étaient fait connaître par le passé. Au total, quelque 1500 personnes se disent déjà intéressées par une prochaine aliyah, la «montée en Israël». Plus de 5500 autres pourraient suivre rapidement.

Dans les couloirs de l'Agence juive, à Jérusalem, une belle collection d'affiches anciennes retrace sur les murs l'histoire de cet organisme qui se confond avec l'État d'Israël. Appelant, en une multitude de langues, les juifs du monde entier à «venir à la maison», elles sont un rappel de l'importance de cette institution. Depuis la création de l'État hébreu en 1948, près de 2,9 millions d'olim radachim (nouveaux arrivants) sont passés par elle pour s'établir en Israël.

L'Agence a connu sa dernière heure de gloire au tournant de la dernière décennie, lorsqu'elle a géré l'arrivée, en deux ans, de près de

400.000 immigrants de l'ex-Union soviétique. Depuis lors, même si les chiffres restent trois ou quatre fois supérieurs à ceux des années 80, la tendance est à la baisse. Et l'Intifada palestinienne n'a rien arrangé, dissuadant bon nombre d'immigrants potentiels de venir s'établir dans un pays que les journaux télévisés montrent tous les jours à feu et à sang.

L'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon, sioniste fervent, a cependant redonné vie à l'Agence. En mars dernier, en prenant lui-même possession du Ministère de l'immigration et de l'absorption, le nouveau premier ministre affichait déjà son ambition d'amener, en dix ans, un million supplémentaire de juifs en Israël. Affirmant qu'il s'agissait là de «la principale tâche de tout gouvernement israélien», il assurait notamment: «Israël est le seul endroit du monde où les juifs peuvent vivre comme des juifs et résister à l'assimilation.»

La crise économique argentine, et dans une moindre mesure en Afrique du Sud, ainsi que ce que les dirigeants israéliens décrivent comme une «vague de violence antisémite» en France ont redonné des arguments au gouvernement et à l'Agence juive. Cette dernière va consacrer 20 millions de dollars à l'Argentine et 12 millions à la France, principalement pour encourager les juifs à quitter leur pays en faveur d'Israël.

Quelque 600 000 juifs vivent en France, faisant de cette communauté l'une des plus importantes du monde.
S'ils font le pas, Argentins et Français bénéficieront en outre d'une série d'avantages supplémentaires par rapport aux émigrants d'autres nationalités. Les familles argentines recevront par exemple 25 000 dollars pour acquérir un logement, en plus du prêt à intérêt préférentiel accordé à tous.

Un million attendu

Accueillant «à leur maison de Jérusalem» 6000 visiteurs juifs du monde entier, Ariel Sharon insistait une nouvelle fois mardi dernier sur l'importance qu'il accorde au regain du sionisme. «En faisant l'aliyah, vous devez faire partie du groupe» du million de juifs attendus, leur a-t-il dit. «Vous pouvez aider à faire en sorte que l'État juif soit fort et qu'il survive.» Face à un taux de natalité palestinien extrêmement élevé, les responsables du gouvernement ne cachent pas que la recherche d'olim fait partie de la «guerre démographique engagée contre les Arabes».

Le président de l'Agence juive, Sallai Meridor, a expliqué au Temps que l'arrivée prévue de milliers d'Argentins et de Français «permettra de compenser» la chute du nombre d'arrivants en provenance d'ex-Union soviétique, effrayés par l'irruption de l'Intifada.

Avec Luis Lema, Jérusalem - Le Temps