FED, SYSTÈME BANCAIRE ET MARCHÉS FINANCIERS


- Au cœur de la crise -




  




LA RÉSERVE FÉDÉRALE AMÉRICAINE :
Le hasard fait bien les choses

SYSTÈME BANCAIRE ET MARCHÉS FINANCIERS :
Après le plongeon de 1929    La dérive commence
Les banques créent de la monnaie    Liquidité et solvabilité    Bilan    Effet de levier
Glissade vers l'anarchie financière
Instruments spéculatifs    Inefficacité des contrôles    Opacité des marchés
Plan organisé ?    Que faire ?

LA CRISE DE 2007-2013 :
Réformer les retraites    Endettement
La dette publique, source d'enrichissement des banques privées
Dollar    Le système monétaire international est-il en crise ?
Taux d'intérêts    Interventions de la Fed    Inflation    Croissance ou récession
La bourse    L'or et ses équivalents modernes    Le pétrole
Hedge funds    Private equity funds
Cross-border leasing    Emprunts structurés    Stupid German money
Oubliez tous les critères    Crise passagère ou systémique ?    L'affaire Eliot Spitzer   

Chronologie de la crise :   2007    2008    2009    2010    2011    2012  (page II)

ATS, HFT & Flash ou Goldman Sachs et l'arnaque informatisée    Quote stuffing
Intérêts notionnels et paradis fiscal - une histoire belge peu connue

Europe, UE, zone euro (carte)

Bas de page


Page II
(Suite de la chronologie - à partir de 2012)




LA RÉSERVE FÉDÉRALE AMÉRICAINE

La Réserve fédérale des Etats-Unis (ou Fed) est au centre du système financier américain, pour ne pas dire au centre du système financier mondial. A la fois banque d'émission du fameux "billet vert", instance de contrôle du système bancaire US, organisme décideur en matière de politique monétaire (taux d'intérêts) et banque des banques, elle est en apparence placée sous le contrôle du gouvernement américain. C'est en effet la Maison Blanche qui nomme, avec l'accord du Sénat, les cinq gouverneurs qui la dirigent (Board of Governors).

En réalité, et contrairement aux banques centrales de la plupart des autres pays, la Fed est depuis sa fondation, en décembre 1913, une banque strictement privée. Organisée de manière fédérale (siège à Washington, DC), elle comporte douze banques régionales situées à New York, San Francisco, Chicago, Atlanta, Boston, Dallas, Cleveland, Philadelphie, Kansas City, Saint-Louis, Minneapolis et Richmond (Virginie). Chaque Reserve Bank régionale a pour actionnaires les principales banques privées de la région. Toutefois, la liste complète des actionnaires, et surtout la part de capital que détient chacun d'eux, n'est pas publiée.

Compte tenu de l'influence prépondérante qu'exerce la Fed tant aux Etats-Unis qu'à l'échelle internationale, il serait extrêmement intéressant de connaître cette liste. Malheureusement, il s'agit là d'un secret bien gardé. Des listes circulent sur Internet ; le moins qu'on puisse dire, cependant, c'est qu'elles ne brillent pas par leur actualité. On y trouve des noms d'établissements bancaires depuis longtemps disparus ou fusionnés avec d'autres, tandis que les banques les plus importantes en ce début de 21ème siècle (Citigroup, Bank of America) n'y figurent pas du tout.


Edouard Mandell House et la Fed : Aux sources du chaos mondial actuel  par Aline de Diéguez.
E.M. House (alias Colonel House) fut à la fois l'éminence grise du président démocrate Woodrow Wilson (à la Maison Blanche de janvier 1913 à janvier 1921) et le porte-parole discret mais efficace des banquiers de Wall Street et du lobby sioniste juif naissant.


Le hasard fait bien les choses

Bien entendu, les questions essentielles que chacun se pose (Qui est derrière ces banques ? A qui appartient Wall Street ? Qui possède et dirige le monde de la finance et de l'économie ?) ne seraient pas résolues au seul vu de la liste complète des actionnaires de la Réserve Fédérale. Ce serait cependant un pas dans la bonne direction.

Toujours est-il que les cinq gouverneurs de la Fed, les cinq hommes qui dirigent sans appel et sans concurrence cette institution - avec toutes les implications que cela comporte - sont tous, sans exception, des Juifs sionistes (un Juif non-sioniste n'accédera jamais à un tel poste de responsabilité). Dire cela à haute voix équivaut bien sûr à violer un tabou absolu - voir ici.

On objectera peut-être que l'origine ethnique des gouverneurs est sans importance et qu'elle est tout simplement due au hasard. Cinq Juifs - et alors ?... On aurait pu, aussi bien, prendre cinq Noirs, ou cinq Arabes, ou cinq Chinois, ou cinq Italiens, ou cinq Mexicains, ou cinq Irlandais, ou cinq Polonais, ou pourquoi pas (dans les années 1930) cinq Allemands tout ce qu'il y a de plus nazis. Oui, on aurait pu, mais on ne l'a pas fait - et on ne le fera jamais. On aurait pu, à la rigueur, se donner la peine de diversifier la composition du Board. Mais quand on détient le monopole du pouvoir médiatique, la chose est parfaitement inutile. Si quelqu'un râle, il suffit d'invoquer l'Holocauste. D'ailleurs personne ne râle - on sait ce qu'il en coûte.

Evidemment, la Bande des Cinq roule pour Israël et pour son "inexistant" lobby. Elle jouit de la confiance et du soutien des banquiers les plus influents du district financier (eux aussi, pour la plupart, juifs et sionistes). Elle est là pour réaliser leur politique et pour veiller à ce qu'ils s'enrichissent encore plus. Lorsque les zabominables zantisémites reprochent aux milliardaires juifs de "contrôler" la Fed, ils sont encore en deçà de la vérité : la haute finance juive et la Fed, c'est en réalité la même chose - à 100 %.


En 2008, la Réserve fédérale fait beaucoup parler d'elle - comme d'ailleurs bien d'autres banques de par le monde, et comme l'ensemble des marchés financiers.



SYSTÈME BANCAIRE ET MARCHÉS FINANCIERS

On a cru très longtemps que le monde avait tiré les leçons de la grande crise des années 1930 et qu'une telle catastrophe ne se reproduirait plus jamais. On n'en est plus très sûr aujourd'hui. Pourquoi ?...


Après le plongeon : reprise en mains et capitalisme apprivoisé

Au lendemain de la grande secousse boursière de 1929-1930, qui ébranle l'économie mondiale et voit la faillite d'un grand nombre d'entreprises et de banques, le gouvernement Franklin Roosevelt met en œuvre le New Deal, un gigantesque plan de relance par l'investissement public et la consommation, inspiré par l'économiste britannique John Maynard Keynes. On veut à tout prix amortir les bouleversements sociaux avant qu'ils ne conduisent à une situation révolutionnaire. En effet, le socialisme soviétique, qui épargne à l'URSS les effets de la crise mondiale (ne parlons pas des autres problèmes), n'est pas sans exercer un certain attrait sur les "damnés de la terre" du monde occidental.

Le président américain, imité en cela par les pays européens, prend un ensemble de mesures destinées à assainir le secteur financier, afin d'empêcher qu'une catastrophe similaire ne se répète à l'avenir. Dès le milieu des années 1930, et surtout après 1945, on établit partout des mécanismes de contrôle et une séparation assez stricte entre banques commerciales (ou banques de dépôts) et banques d'affaires (ou banques d'investissement)*.

* La loi Glass-Steagall, promulgée sous Roosevelt, instaure ce principe et crée le système fédéral d'assurance des dépôts bancaires (FDIC). Elle sera peu à peu vidée de son contenu à partir de 1980 puis définitivement abrogée en 1999, ouvrant ainsi la porte à tous les excès. Cependant, le FDIC continue d'exister.

Les banques commerciales se contentent d'offrir à leurs clients (particuliers et entreprises) les services essentiels dont ils ont besoin (paiements, transferts, placements et opérations de bourse "simples", crédits "classiques", financement de la production, du commerce, de l'import-export). Elles ne sont pas autorisées à spéculer pour leur propre compte, mais peuvent se lancer dans des opérations à risque dans la mesure où un de leurs clients en assume la totale responsabilité financière.

Les banques d'affaires, elles, occupent le haut de gamme de la palette bancaire (clientèle privée triée sur le volet, gestion de patrimoine, grandes fortunes, gros portefeuilles boursiers, très grandes entreprises) et se consacrent à tout ce qui reste inaccessible aux banques commerciales : prises de participation, acquisitions d'entreprises, fusions, introductions en bourse, financement d'investissements importants.

Grosso modo on peut dire que la banque commerciale a les deux pieds solidement rivés au sol, tandis que la banque d'affaires se distingue de préférence dans les exercices de haute voltige (mais il y a encore un filet).

Dans la plupart des pays existent aussi des secteurs bancaires particuliers, en marge des circuits "standard" : caisses d'épargne publiques, banques coopératives ou mutualistes, banques hypothécaires, instituts spécialisés. Le morcellement du marché financier et le haut degré d'autarcie de chaque secteur minimise le risque d'une nouvelle crise généralisée. Le contrôle de l'Etat a du bon. Aux Etats-Unis, les banques ne sont autorisées à opérer que dans les limites de l'état où se trouve leur siège (les banques de Miami seulement en Floride, celles de San Francisco seulement en Californie, celles de Wall Street seulement dans l'état de New York).

A tout cela vient s'ajouter dans beaucoup de pays, et non des moindres, un contrôle des changes plus ou moins rigide. Chaque Etat a sa propre monnaie et s'efforce de la défendre contre la spéculation. Beaucoup de monnaies ne sont pas convertibles ou ne le sont que partiellement, En France, vers 1968-1969, un particulier doit encore solliciter une autorisation spéciale de la Banque de France s'il veut dépenser plus de 1.000 francs* hors de l'Hexagone - pas 1.000 francs par jour, ni par semaine, ni par voyage, mais 1.000 francs par an. Les entreprises, elles, ne peuvent transférer de l'argent à l'étranger que si elles justifient de l'importation effective de marchandises dans le cadre légal autorisé, et les exportateurs doivent obligatoirement rapatrier leurs fonds. Côté services, où par la force des choses un contrôle matériel aux frontières n'est pas possible, la procédure est encore plus lourde et compliquée. Quant aux investissements français à l'étranger (mais aussi étrangers en France), les barrières bureaucratiques sont très élevées. On est loin, très loin, de la libre circulation des capitaux que nous connaissons aujourd'hui.

* en pouvoir d'achat, environ 1.200 euros de 2008

Et même à l'intérieur d'un même pays, les autorités financières n'hésitent pas, quand elles le jugent utile, à imposer "l'encadrement du crédit", c'est-à-dire l'obligation pour les banques de limiter le montant global des crédits qu'elles consentent à leur clientèle. De la sorte, on réduit la masse monétaire, donc l'inflation (le fléau permanent de cette époque).


La dérive commence

Dans les années 1960, avec la hausse du pouvoir d'achat de la population dans la plupart des pays occidentaux, l'accès à la banque se démocratise. Tout le monde a désormais un ou plusieurs comptes, tout le monde (ou presque) commence à mettre de l'argent de côté, pense à s'acheter une maison et aimerait bien tenter sa chance au casino de la bourse. La clientèle populaire devient intéressante et promet de juteux profits, à condition que les strictes réglementations bancaires soient levées. Le grand capital a hâte de sortir du ghetto de la banque d'affaires pour avaler tous les autres domaines réservés. Il veut également briser toutes les entraves qui frappent encore ses propres opérations.

A partir de 1980, sous l'impulsion de l'administration Reagan, on assiste un peu partout dans le monde au décloisonnement, à la dérégulation et à la privatisation des réseaux bancaires, là où ils n'étaient pas encore privatisés. En France, on nationalise d'abord le secteur privé en 1981*, avant de reprivatiser toutes les banques en 1986**, y compris les trois plus grandes, qui étaient aux mains de l'Etat depuis 1945.

*   sous Mitterrand, avec un gouvernement d'union de la gauche
** également sous Mitterrand, mais avec un gouvernement de droite (cohabitation)


Parallèlement, les marchés s'ouvrent progressivement, l'argent se met à circuler librement par-delà les frontières, les frontières elles-mêmes commencent à s'estomper. On entre un peu dans la mondialisation, même si ce mot n'est pas encore en usage. En matière bancaire et monétaire, les pays de l'Union européenne adoptent d'abord les critères allemands de gestion et de comptabilité, puis tout le monde s'aligne sur les critères américains, dits "internationaux", suivant la devise : Vous nous ouvrez votre porte, très bien. Mais ayez au moins la courtoisie d'adopter notre style et nos méthodes... Et notre langue, bien sûr. Le jargon comptable et financier européen regorge d'expressions américaines sans équivalent dans les autres langues.


Les banques créent de la monnaie... et du risque

Dans un bilan, le passif est le côté où sont enregistrées les dettes d'une entreprise, qui sont aussi des ressources, puisqu'elles lui permettent de financer son activité. L'actif, lui, renseigne sur ce que possède l'entreprise, c'est-à-dire sur la manière dont elle emploie ses ressources.

Au passif d'un bilan bancaire on trouve, entre autres, les sommes que la banque doit à ses clients (dépôts), à d'autres banques, à des prêteurs (souscripteurs d'obligations par exemple), à des créanciers (comme les acheteurs de "produits" financiers émis par la banque) et à ses actionnaires (capital, réserves). L'actif enregistre les crédits consentis à la clientèle, les créances sur des tiers, les avoirs en caisse ou en compte auprès d'autres banques, les titres financiers que la banque a acquis pour son propre compte et les biens immobiliers dont elle est propriétaire.

Contrairement à ce que pense fréquemment "l'homme de la rue", les banques ne se contentent pas de recueillir l'argent de leurs clients pour le prêter à d'autres dans la limite des dépôts reçus. La réalité est sensiblement plus complexe.

En effet, tout nouveau crédit crée automatiquement un avoir en faveur de celui qui en bénéficie. Il en résulte donc un nouveau dépôt au passif de la banque (ou éventuellement au passif d'un autre établissement bancaire, si le bénéficiaire du crédit vire l'argent à un tiers). Il est donc impossible, quand on consulte un bilan bancaire, de savoir si les sommes déclarées comme avoirs de la clientèle représentent de véritables dépôts ou si, au contraire, elles proviennent d'une opération de crédit.

Le crédit étant la raison d'être de toute banque, l'augmentation des dépôts entraîne l'octroi de nouveaux crédits, qui à leur tour vont gonfler les dépôts, qui eux-mêmes etc... L'effet "boule de neige" qui en résulte - du moins en théorie - peut avoir des conséquences catastrophiques si on n'y prend garde.

Les banques participent donc à la création de monnaie. Elles y participent même dans une plus large mesure que la banque d'émission. A l'heure actuelle, la monnaie fiduciaire créée par celle-ci (les espèces) représente environ 7 % de la masse monétaire*. Le reste (93 %) prend en gros la forme d'avoirs en compte (monnaie scripturale), dont une bonne partie résulte d'un tour de passe-passe nommé crédit.

* Fin 2007, il y avait dans la zone euro pour 600 milliards de billets et pièces en circulation, pour une masse monétaire totale (M3) de 8.600 milliards. En février 2009, conséquence directe des "injections" opérées dans le cadre de la crise, ces chiffres sont passés à 740 et 9.427 milliards respectivement, et en novembre 2011 à 866 et 9.850 milliards.

On distingue divers agrégats monétaires : M1 (moyens de paiement au sens strict, c'est-à-dire monnaie fiduciaire + dépôts bancaires à vue) ; M2 (= M1 + la quasi-monnaie, c'est-à-dire les comptes d'épargne et les dépôts à terme à moins de deux ans) ; M3 (= M2 + les titres de placement et instruments négociables sur le marché monétaire émis par les banques et établissements financiers, comme par exemple les certificats de dépôt et les parts de SICAV ou de fonds communs).

Outre la monnaie fiduciaire mise en circulation par la banque centrale, il existe une monnaie scripturale "centrale" matérialisée par les avoirs des banques auprès de l'institut d'émission. Ce poste ne représente qu'une petite fraction du total.



IFM = Institutions financières monétaires
OPCVM = Organismes de placement collectif en valeurs mobilières

Pour pallier au problème résultant de la création de monnaie par le biais du crédit, on exige des banques qu'elles placent auprès de leur banque centrale, sous forme de réserves obligatoires, un certain pourcentage des dépôts à vue ou à court terme qu'elles reçoivent de la clientèle. Cette mesure, qui gèle en quelque sorte une partie des fonds reçus en même temps que leur équivalent à l'actif, constitue aussi un outil de régulation dans le cadre de la politique monétaire - tout comme le maniement des taux par la banque centrale ou son intervention directe sur le marché monétaire (le marché de l'argent à court terme) pour fournir aux banques les liquidités dont elles ont besoin ou, au contraire, pour éponger les excédents de liquidités.

Autre contrainte, servant indirectement de frein à la distribution du crédit - même si elle a avant tout pour fonction de sécuriser le système bancaire : les autorités de contrôle imposent aux banques le respect de ratios comptables censés refléter le degré de liquidité (l'aptitude à satisfaire à un moment donné les demandes de retrait de la clientèle) et le degré de solvabilité (l'aptitude à satisfaire le remboursement de toutes les dettes du passif, quelle que soit leur échéance, au cas où une liquidation totale de la banque deviendrait nécessaire). Une cessation de paiement par manque de liquidités ne débouche pas fatalement sur l'insolvabilité - à condition toutefois que quelqu'un soit disposé à fournir ces liquidités : un repreneur qui y trouvera son compte ou... l'Etat-vache à lait.


Liquidité et solvabilité

Pour évaluer la liquidité, on compare, pour chaque échéance donnée, les postes correspondants de l'actif et du passif, en les décomptant soit à 100 % soit à un taux inférieur pour certains éléments du passif pour lesquels la réglementation considère que la probabilité d'une demande de retrait est moindre. Le fait de ne décompter certains de ces postes que pour 40, 20, 10, voire 5 % de leur valeur est passablement arbitraire. En cas de défaillance, on sera en droit de parler de maquillage légal.

Pour la solvabilité, on compare les fonds propres de la banque (capital, réserves) aux risques de l'actif pondérés de tel ou tel coefficient suivant la catégorie de risque et la "qualité" de l'emprunteur - ce coefficient étant lui aussi plus ou moins arbitraire. Le problème, en la matière, vient surtout du fait que de nouveaux éléments font régulièrement leur apparition, sans qu'on sache exactement dans quelle catégorie les classer et quel coefficient leur appliquer. En fait, beaucoup d'instruments ou "véhicules" financiers nouvellement mis en place sont nés de la volonté de tourner la réglementation existante. Lorsqu'une banque en détient dans ses actifs, il n'est pas rare que la part de fonds propres qu'elle est légalement tenue de posséder en contrepartie, soit tout à fait insuffisante.

Les engagements sur instruments financiers à terme, qui figurent hors-bilan, n'entrent en ligne de compte dans le ratio de solvabilité que pour une fraction infime de leur volume, sous prétexte que le risque qui en découle est infime, lui aussi. On a vu dans le cas de la Société Générale qu'il n'en est rien, les pertes effectives représentant alors 10 % de l'encours (voir plus bas). En appliquant les méthodes de calcul préconisées à l'échelle internationale par le Comité de Bâle*, on aboutit à un "équivalent risque" de moins de 1 %.

Lorsqu'une liquidation bancaire devient nécessaire, la valeur réelle des actifs s'avère toujours inférieure à leur valeur comptable figurant au bilan. La question qui se pose alors est de savoir si cette valeur réelle est suffisante pour permettre le remboursement intégral des dépôts et des autres dettes du passif découlant de l'émission de titres et "produits" financiers (obligations, ABS, etc. - voir plus bas), ces titres se retrouvant bien sûr en grande quantité dans les portefeuilles d'autres banques.

Les fonds propres servent à amortir une diminution éventuelle de l'actif et devraient donc, de ce fait, toujours être supérieurs au potentiel de dépréciation de celui-ci. Quand ce n'est plus le cas, une recapitalisation doit en principe intervenir.  Pour atteindre un haut niveau de sécurité, il n'y a en fait que deux alternatives : 1) éviter systématiquement les crédits à risque et les "produits" financiers douteux, ou 2) augmenter ses fonds propres de telle manière qu'on sera toujours en mesure de faire face à une dépréciation des actifs, aussi grave soit-elle. Bien entendu, aucun de ces deux critères "durs" n'est imposé aux banques.

Plus grave encore, il arrive fréquemment que les établissements financiers émetteurs de titres et autres "instruments innovatifs", ne les fassent pas du tout figurer à leur bilan - parfois en toute légalité, par exemple parce qu'ils les ont externalisés (voir plus bas).

* Selon l'accord Bâle II de 2004, les fonds propres d'une banque doivent représenter au minimum 8 % de ses risques, le "paquet risques" à prendre en considération étant composé de la manière suivante : 75 % de risques de crédit + 5 % de risques de marché + 20 % de risques opérationnels. En principe, Bâle II constitue un progrès par rapport à l'accord précédent (Bâle I de 1988) qui ne retenait que les risques de crédit. Mais comme la structure des bilans bancaires a très fortement évolué entre 1988 et 2004 (voir plus bas l'exemple de la Société Générale), 5 % pour les risques de marché est un taux tout à fait insuffisant. La crise actuelle montre que le vrai danger n'émane pas tant des crédits qu'une banque consent directement à ses clients, mais plutôt des créances plus ou moins douteuses qu'elle acquiert sur le marché. Si les risques résultant de ces "placements avantageux" étaient évalués correctement, la contrepartie en fonds propres serait telle que le marché se tarirait très rapidement. En 2008, beaucoup de banques se vantent de respecter un ratio de capital supérieur aux 8 % exigés. Dans la plupart des cas, cela ne veut strictement rien dire. Ce n'est pas de 9 % que la banque Lehman aurait eu besoin pour éviter la faillite, mais de 50 ou plus.

En septembre 2010, on présente l'accord Bâle III qui renforce la capitalisation des banques... mais sans mettre fin à la possibilité légale d'exclure certains risques du bilan. Avec cette réformette, le taux de 8 % reste inchangé. Ce qui varie, c'est la composition des 8 %. Bâle II prévoyait au niveau 1 (Tier 1) au moins 4 % de fonds propres permanents, dont 2 % de fonds propres "durs" (Core Tier 1), le reste pouvant être composé de fonds propres temporaires (réserves, provisions) au niveau 2 (Tier 2).  Bâle III fait passer le Tier 1 à 6 %, dont 4,5 % pour le Core Tier 1, progressivement jusqu'en 2015. A cela viendra s'ajouter, d'ici 2019, un "matelas de protection" de 2,5 %, c'est-à-dire qu'on aura alors un minimum de 7 % de Core Tier 1... plus le reste.  C'est de la poudre aux yeux, car toutes les banques devenues insolvables ces dernières années avaient déjà des ratios de "solvabilité" supérieurs à ce qui sera exigé dans neuf ans.  Quant aux modalités de détail, elles sont au moins aussi tordues que celles de 2004 et permettront sans aucun doute toutes les tricheries. Rien de nouveau, donc, de ce côté-là - ce sont bien entendu des banquiers qui ont concocté la "réforme".

Dans le cadre de Bâle III, un ratio de levier (destiné à contrôler l'effet de levier des opérations spéculatives) est prévu... pour 2015 ; un ratio de liquidité à long terme sera appliqué... à partir de 2018. Comme on peut le lire dans cet article : La réforme bancaire de Bâle 3 pour les nuls, "le calendrier a été tellement assoupli pour tous les ratios, que cela laisse aux banques le temps de voir... une autre crise".

En laissant de côté le facteur temps, on peut dire que le ratio de solvabilité de Bâle est, comme tout ratio, le rapport de deux grandeurs (ici : fonds propres / risques). Comme il faut augmenter la valeur apparente de ce ratio (ce qui est positif au niveau de la communication), on s'efforce de gonfler un peu l'expression comptable du premier terme (les fonds propres) et de minimiser beaucoup celle du second (les risques), indépendamment bien sûr de la valeur réelle de l'un et de l'autre. Le but recherché n'est pas la sécurité mais l'impression de sécurité.  Pas étonnant que certains commentateurs parlent, à propos du nouvel accord de Bâle, de "réforme à deux balles", voire même de "trou de Bâle".



BILAN SOMMAIRE DE LA BANQUE X :

ACTIF PASSIF
A1 - Actifs financiers
("produits" émis par d'autres banques et acquis par la Banque X à titre d'investissement)
 
 
 
 
P1 - Passif financier
("produits" émis par la Banque X et vendus à sa clientèle ou à d'autres banques)
 
 
 
 
 
 
P2 - Dépôts
(de la clientèle auprès de la Banque X)
A2 - Crédits
(consentis par la Banque X à sa clientèle)
 
 
 
 
   
A3 - Valeurs immobilisées
(par ex. biens immobiliers de la Banque X)
P3 - Fonds propres
(capital, réserves, etc. de la Banque X)


L'effet de levier - moteur de la spéculation

Imaginons le cas d'un spéculateur qui dispose d'un capital de 100.000 €. S'il investit la totalité en bourse (achat d'actions au comptant), il recevra immédiatement ses titres et sera aussitôt débité de leur contre-valeur. S'il les revend trois mois plus tard pour 110.000 €, il aura gagné 10 %.

Supposons à présent qu'il achète ces mêmes actions à terme, avec paiement et livraison dans trois mois. Pour cela, il n'est même pas nécessaire qu'il dispose dès le départ de la totalité de la somme. Pour la banque - ou le courtier - seul importe le risque potentiel inhérent à cette opération, par exemple le risque de voir le cours de l'action chuter de 20 % au cours des trois prochains mois. Dans ce cas, la banque exigera de son client qu'il fournisse une couverture de 20.000 €. En supposant que là aussi le cours ait grimpé de 10 % au bout de trois mois, le spéculateur aura gagné 10.000 €, soit 50 % de sa mise (au lieu de 10 % dans le premier cas). Grâce à l'effet de levier ou leverage (ici de facteur 5), il est possible d'acheter pour 500.000 € d'actions et de les revendre trois mois plus tard au comptant pour 550.000 €, alors qu'on ne disposait à l'origine que de 100.000 €. Bien entendu, le cours peut baisser. Mais tant que la baisse n'excède pas les 20 % prévus, la banque n'a aucune raison de s'inquiéter. Au-delà, elle demandera au client de compléter la couverture (appel de marge) ; s'il n'est pas en mesure de le faire, la banque débouclera la position. Elle vendra les titres, et le spéculateur malchanceux n'aura perdu "que" 20 % au maximum. (En fait, il aura perdu la totalité de son capital disponible - 5 fois 20 %. L'effet de levier joue dans les deux sens.)

La spéculation est également possible à la vente. Le boursicoteur vendra à terme des actions qu'il ne possède pas. Si le jour de l'échéance, le cours a baissé de 10 %, il les achètera au comptant et empochera son bénéfice. Comme la banque estime que le risque d'une telle transaction n'excède pas, par exemple, 20 % (risque de hausse), c'est ce taux de couverture qu'elle imposera à son client. Avec une mise de 100.000 €, il pourra là aussi, s'il a de la chance, empocher une plus-value de 50.000 €. Dans le cas de figure le plus défavorable, il perdra la totalité de ses 100.000 €.

Bien entendu, les opérations de ce genre - qui peuvent aussi porter sur des devises, de l'or, du pétrole, des céréales, etc. - ne sont pas permises au premier venu. Comme l'opérateur est une "personne digne de confiance", la banque n'est pas trop regardante pour ce qui est de la couverture. Il n'est pas rare d'ailleurs qu'elle agisse en réalité pour son propre compte - ou du moins pour le compte d'un homme de paille. Il est donc évident que l'effet de levier peut atteindre un niveau beaucoup plus élevé que le quintuple mentionné dans notre exemple ; quant à la mise, elle est souvent bien supérieure à 100.000 €. Ce n'est pas tout à fait "le capitalisme sans capital", comme l'a dit quelqu'un, mais on n'en est pas très loin. Pour certains types de dérivés, le taux multiplicateur est incontrôlable.

En 2008, l'effet de levier de la spéculation professionnelle a largement stimulé les mouvements erratiques constatés sur les marchés financiers - dans un sens comme dans l'autre. L'interdiction passagère des ventes à découvert n'a rien arrangé. Elle n'a fait qu'amplifier la folie des marchés en la retardant légèrement.

Dans un sens plus large, le leverage joue chaque fois qu'un spéculateur engage des sommes qu'il ne possède pas. Même sans spéculation, le recours au crédit permet aux entreprises et aux particuliers d'anticiper l'avenir et de développer des activités qui seraient impossibles autrement - à condition bien sûr qu'on se trouve en période ascendante. Si c'est le cas, une certaine forme de spéculation inconsciente s'instaure presque automatiquement, qui incite les gens à profiter des conditions du marché (exemple : l'immobilier). Le passage à la spéculation pure n'est alors qu'une affaire de temps.

Pour un établissement financier, il est plus rentable d'utiliser des fonds empruntés (dépôts et autres) que des fonds propres. Compte tenu de l'interaction crédits-dépôts (voir plus haut), l'effet multiplicateur est en principe illimité. En pratique, cependant, les banques sont tenues - grosso modo - d'avoir un capital et des réserves totalisant au moins 8 % de leurs engagements de crédit. C'est le seul frein apporté à l'effet de levier, qu'il limite - en principe - à 12 fois 1/2. En réalité, le mode de calcul très judicieux de ce ratio permet aux banques de déclarer 8 % tout en ayant beaucoup moins de fonds propres (environ 3,2 %, soit un levier de 31*, dans le cas de la Citibank en novembre 2008). Il est vrai, toutefois, que depuis quelque temps déjà, le crédit aux entreprises et aux particuliers a atteint sa limite de saturation. Nous sommes maintenant en pleine phase descendante : l'effet de levier joue en sens inverse, c'est le deleveraging.

Autre chose : si un prêt d'un million de dollars nécessite - en principe - 80.000 $ de fonds propres, le même crédit une fois externalisé, titrisé et transformé en actif financier, n'immobilise plus qu'une petite fraction de cette somme, voire rien du tout. Qui plus est, il rapporte autant sinon plus que le crédit direct. Le taux de rendement pour chaque dollar investi s'en trouve donc multiplié - à condition, bien sûr, que la crise financière ne vienne pas abattre ce beau château de cartes.

* La banque Bear Stearns, au moment de sa quasi-faillite, le 17 mars 2008, avait un leverage de 35,5 (11,1 milliards de fonds propres pour 395 milliards d'engagements comptabilisés). Mais son véritable handicap, invisible au bilan, était constitué par 13,4 billions de dollars (13.400.000.000.000) de dérivés financiers. Ce qui signifie en clair que pour chaque dollar de fonds propres, Bear Stearns avait misé 1.207 fois plus au "méga-casino" de Wall Street. C'est un peu comme si le spéculateur mentionné au début ne disposait que de 83 euros pour "garantir" sa transaction de 100.000 euros. Ou, en supposant qu'il ait les 100.000 euros, c'est comme si sa banque lui permettait de s'engager à hauteur de 120 millions. Aucun véritable casino ne se permettrait jamais une telle folie...

Mais il y a pire encore : comme le signale Frédéric Lordon dans cet article paru sur un blog du Monde Diplomatique Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières, l'effet de levier résultant de l'utilisation de fonds empruntés peut se superposer à l'effet de levier créé par un dépôt de marge réduit. Avec 100 dollars en poche, le spéculateur peut ainsi prendre une position de 375.000 dollars (3.750 fois plus).

Bien sûr, un encours de 13,4 billions de dérivés n'entraîne pas automatiquement 13,4 billions de pertes effectives. Mais si l'on s'en tient au taux de 10 % constaté dans le cas de la Société Générale (affaire Kerviel - janvier 2008), cela fait 1.340 milliards de dollars détruits (120 fois les capitaux propres). A titre de comparaison, le PIB américain se monte à environ 15 billions de dollars.

Quoi qu'il en soit, il serait naïf de penser que les banques encore actives et apparemment saines (Citigroup et consorts) sont moins exposées que ne l'était Bear Stearns avant de sauter.



Glissade vers l'anarchie financière

Dans les années 1960, les risques bancaires sont encore clairs et faciles à maîtriser. Une banque, en particulier une banque commerciale, ne court guère le danger de faire faillite. D'une part, parce que le mode d'évaluation des critères de liquidité et de solvabilité est encore assez simple et transparent, d'autre part parce que la palette des transactions possibles est très restreinte.

Sur le marché des valeurs mobilières, on opère le plus souvent au comptant (débouclement immédiat titres contre argent) ou à la rigueur à terme (en général débouclement fin de mois). Les opérations plus "osées" (options) sont plus rares. Les fonds de placement (SICAV) sont encore très rudimentaires.

Même chose, en gros, sur le marché des changes, où les instances de contrôle veillent à ce qu'il y ait du concret derrière chaque transaction (commerce extérieur, investissements autorisés, paiements légaux). La spéculation pure et simple est difficile, sinon impossible ; les marchés ne s'y prêtent pas, ou assez peu.

Mais avec la libéralisation progressive du secteur bancaire, n'importe qui se met à faire n'importe quoi. Les distinctions entre les divers types d'établissements de crédit commencent à tomber. On s'aventure de plus en plus fréquemment en terrain inconnu.

On quitte aussi peu à peu le domaine du réel où l'acheteur opérant sur les marchés financiers acquiert des valeurs existantes : parts de capital dans une société (actions), créances sur l'Etat, un organisme public ou une entreprise privée (obligations), avoirs en monnaie étrangère (devises), etc... Avec les dérivés, on s'enfonce dans le monde de la spéculation pour la spéculation. On parie sur la valeur future d'une action, d'une obligation, d'une monnaie, sans qu'il soit nécessaire de posséder ces valeurs. On parie sur le niveau d'un indice boursier (la valeur moyenne d'un groupe d'actions), sur des écarts de cours, sur des variations de taux d'intérêts, sur l'évolution de critères souvent incompréhensibles et parfois fictifs. La finance se dématérialise toujours plus, mais les gains et les pertes qu'elle génère sont tangibles et peuvent atteindre des sommets inégalés. Quelqu'un a dit que les dérivés sont à la bourse classique ce que le PMU est à l'élevage des chevaux : la réalité est bien pire...


Finalement, à partir des années 1980, trois facteurs vont contribuer à la fragilisation des marchés financiers :


Plan organisé ?

On entend souvent l'expression "capitalisme de casino" quand il est question de la situation financière actuelle. En fait, la réalité est bien pire, car aucun casino de Las Vegas n'a jamais offert autant de possibilités que les marchés financiers. Aux yeux d'un banquier de Wall Street ou de la City, la roulette et les machines à sous, c'est bon pour les débutants.

En cas de défaillance, on ne sanctionne que les lampistes et les boucs émissaires. Et comme la responsabilité personnelle des dirigeants n'est jamais engagée, ces messieurs n'ont aucune raison de faire preuve de modération. Sur le plan criminel, le braquage d'une banque est tout à fait insignifiant en comparaison de la fondation d'une banque, disait en substance Bertolt Brecht, dans les années 1920-1930. Que dirait-il aujourd'hui ?...

"Aucune autre activité n'a un talent comparable pour privatiser les gains et socialiser les pertes", rappelle Martin Wolf (Financial Times) à propos de la mafia de l'argent.

En l'espace de cinquante ans, on est tombé de Keynes à Milton Friedman, du dirigisme au laissez-faire, de l'Etat modérateur à l'Etat complice, de la défense du service public au pillage organisé.

Ce qui se passe sur les marchés financiers s'intègre bien entendu dans le plan d'ensemble baptisé mondialisation. C'est par là que viendra la catastrophe qui permettra une répartition radicale des richesses du bas vers le haut.


Que faire ?

Début 2008, avec le scandale de la Société Générale et la crise financière mondiale qui commence, on entend souvent dire qu'il faut réglementer les banques. Oui, bien sûr...  Le problème, malheureusement, résulte moins de l'absence de réglementation que d'un excès de règles favorables à la spéculation.

Le secteur bancaire et financier est un de ceux où les compétences nationales ne sont plus du tout demandées. La France a perdu toute souveraineté dans ce domaine depuis qu'elle a abandonné sa monnaie et qu'elle s'en remet à des autorités extérieures aussi peu élues que contrôlables : Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE), Comité de Bâle de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), etc.

Une décision ayant trait, par exemple, au mode d'évaluation de la solvabilité des banques françaises (et des banques étrangères en France) ne peut pas se prendre à Paris, ni même à Francfort ou à Bruxelles, mais seulement à Bâle. La BRI étant l'émanation des treize plus grandes banques centrales du monde, dont celle des Etats-Unis (la Fed), on imagine ce qui se passerait si la France proclamait son intention de faire cavalier seul. Comment réagirait le fameux Board of Governors de Washington ? (voir plus haut)

Un retour à la situation des années 1970, où les grandes banques françaises étaient encore une sorte de service public à l'abri des appétits carnassiers de la finance internationale, est parfaitement utopique sans modification radicale de l'ensemble des conditions économiques et politiques. Evidemment, tout se tient ; une mutation dans un secteur donné n'est pas pensable sans mutations dans tous les autres.

A moins qu'une révolution aussi radicale que celle de 1789-1793 ne vienne rétablir la souveraineté nationale en y ajoutant une très forte composante sociale, tout est programmé pour continuer dans le sens de la globalisation ultra-capitaliste. Une solution réelle exigerait que la France résilie unilatéralement tous les traités supranationaux qui vont à l'encontre de ses intérêts, à commencer par le traité européen : difficile à imaginer...

Un pays souverain (ou un groupe de pays souverains), sans même abandonner le cadre du système actuel, prendrait quelques mesures de bon sens : stopper le laissez-faire sur les marchés financiers et contrôler strictement l'activité bancaire, geler les dérivés existants et empêcher qu'il s'en crée de nouveaux chaque jour, garantir effectivement les dépôts des particuliers et des PME. Ce ne serait pas du "socialisme", mais tout juste du "dirigisme" comparable à ce que faisaient Roosevelt en 1935 ou de Gaulle en 1945. Et pourtant, rien de tel ne sera fait en 2008-2011.

(Une transformation socialiste irait bien sûr infiniment plus loin : nationalisation de l'ensemble du système bancaire ; gestion démocratique excluant un recyclage des parasites de la finance privée ; restructuration en fonction de l'intérêt national ; prise en compte des besoins de l'économie réelle et du secteur public restauré et étendu ; plus de course au profit au détriment des utilisateurs et du personnel ; fermeture pure et simple de la bourse...)

Voir également plus bas la solution proposée par Webster Tarpley en octobre 2011.


Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières - par Frédéric Lordon (économiste, directeur de recherche au CNRS).

D'autres économistes, comme Maurice Allais (en France) ou Joseph Huber (en Allemagne) voient la cause de la crise dans le fait que l'Etat a perdu depuis bien longtemps son privilège de "battre monnaie". Ils proposent donc une réforme du système financier qui restituerait aux pouvoirs publics ce monopole disparu. Sans entrer dans les détails - ce qui mènerait beaucoup trop loin - disons que l'un et l'autre veulent retirer aux banques toute possibilité de création monétaire. Allais reste assez vague sur les conséquences pratiques de sa théorie ; Huber veut instaurer un "pouvoir monétatif" à l'instar des pouvoirs déjà existants (législatif, exécutif, judiciaire).

Le problème, dans les deux cas, c'est que pour aboutir, il faut remettre entre les mains d'une instance étatique toutes les decisions concernant les actes créateurs de monnaie, à commencer par le crédit bancaire sous toutes ses formes. Mais parallèlement, on ne touche pas à l'initiative privée en matière économique ou financière. C'est un peu la quadrature du cercle. Dans un passé pas très lointain, il a existé des pays où la totalité de la masse monétaire était générée par l'Etat ou ses institutions, mais ces pays n'étaient pas capitalistes et l'initiative individuelle y était presque totalement inconnue.

Comme ni Allais ni Huber n'ont l'intention de recréer une sorte de RDA dans leurs pays respectifs (pas même une RDA "améliorée"), et comme ils ne réclament ni pour la France ni pour l'Allemagne le droit à l'initiative individuelle des Etats, droit que la mondialisation a aboli, leurs projets ne peuvent pas vraiment être pris au sérieux, même s'ils contiennent un certain nombre d'éléments positifs.


Le mythe bancaire : un article intéressant, mais n'allez surtout pas croire que le problème sera résolu grâce à des élections.


S'il n'y a probablement pas de solution générale et collective dans le cadre du système existant, peut-on au moins envisager la possibilité d'une solution individuelle ?... Magot enterré dans le jardin ?...  Liasses de billets cousues dans un matelas ?...  Si tout le monde opte pour le papier-monnaie, il y a fort à parier que l'hyperinflation ne se fera pas attendre...  L'or serait-il un remède efficace ?...

Quoi qu'il en soit, attention si votre banque vous recommande un placement imbattable ou vous conseille d'investir dans la pierre. Le gars qui vous propose ça pense avant tout à son bonus, et il n'y voit sans doute pas plus clair que vous et moi... 



LA CRISE FINANCIÈRE DE 2007-2013


"Il est temps de réformer les retraites"

Les banques et autres organismes financiers comparables ne sont pas les seuls intervenants sur les marchés. Les investisseurs institutionnels ou "zinzins" (fonds de pension, caisses de retraite) jouent un rôle considérable, surtout aux Etats-Unis, où l'assurance vieillesse, comme l'assurance maladie, est une affaire privée. Aux USA, tout ce que les travailleurs économisent en prévision de leurs vieux jours, passe automatiquement par le marché financier et reste à la merci d'un effondrement boursier. Et lorsque l'entreprise qui gère les fonds fait faillite, ou que ses dirigeants disparaissent avec l'argent, l'épargnant-retraité n'a plus qu'à se tirer une balle dans la tête (voir le scandale Enron, en 2001). C'est ce système "moderne et idéal" que les "réformateurs" européens prévoient d'instaurer pour leurs salariés.

La déroute annoncée du système de retraites par capitalisation


Endettement

Début 2008, la dette publique des Etats-Unis se monte à environ 9,5 billions de dollars (+ 600 milliards chaque année ou 1,7 milliard chaque jour*), ce qui représente environ 65 % du PIB annuel, soit proportionnellement moins que la France (dette publique française : 1,4 billion d'euros ou 2,2 billions de dollars). La dette publique US s'élève à 32.000 dollars par habitant, la dette publique française à 35.000 dollars. De ce côté-là, la France a donc déjà dépassé le niveau américain (même chose pour l'Allemagne). On notera que le volume "astronomique" de la dette publique est tout relatif quand on le compare aux 500 billions de dollars de la bulle des dérivés (voir plus haut).

* C'est un peu moins que les dépenses militaires (700 milliards de dollars par an ou 2 milliards par jour). Toutefois, avec l'adoption début octobre 2008 du plan de sauvetage de 850 milliards, la dette publique américaine grimpera à 11 billions en 2009, soit plus de 70 % du PIB. Le 12 octobre 2008, on en est déjà à 10.276.307.126.813 dollars et 97 cents - voir U.S. National Debt Clock. De septembre 2007 à septembre 2008, on a enregistré une augmentation de 1.200 milliards, soit 3,3 milliards de plus chaque jour (le double de l'accroissement des années précédentes). Chacun Américain "doit" à présent 33.700 dollars. Les USA sont sur le point de rattraper la France (à moins que ce ne soit déjà fait - tout dépend du taux de conversion euro/dollar).

Début juillet 2009, le compteur indique 11,5 billions de dollars. En novembre, il dépasse les 12 billions, ce qui correspond à une augmentation de 1,8 billion en un an (5 milliards de dollars par jour). Un an plus tard, fin 2010, on en est à 13,9 billions (+35% en deux ans). Début août 2011, l'endettement public atteint le maximum "autorisé" de 14,3 billions, de sorte qu'il est nécessaire de porter ce plafond à 16,4 billions (en attendant le prochain relèvement qui ne saurait tarder).



Pour ce qui est de la dette extérieure (publique + privée), la situation est tout à fait différente (déficit accumulé de 13 billions de dollars, soit environ 85 % du PIB annuel, aux Etats-Unis ; léger excédent en France). Dans des conditions normales, lorsqu'un pays accumule les déficits extérieurs, sa monnaie ne tarde pas à en pâtir. Dans le cas des USA, il a fallu attendre assez longtemps avant que ce principe ne se vérifie. En effet, le dollar étant une monnaie de réserve, et pour beaucoup une monnaie refuge, le monde entier, en effectuant des placements ou des investissements aux USA, contribue à rétablir l'équilibre et à cacher le déficit extérieur permanent. La Chine, à elle seule, y contribue pour 10 % (excédent de 1.300 milliards de dollars) mais la part des détenteurs de pétrodollars est bien plus élevée. La crise financière touche ces créanciers dans la mesure où leur argent était placé dans des établissements en faillite ou en difficulté. Le bruit court, en octobre 2008, que la Chine a perdu des sommes considérables en l'espace de quelques semaines, et elle n'est certainement pas un cas unique. A lui seul, le trou laissé par Lehman Brothers à l'étranger représenterait plusieurs centaines de milliards de dollars. Pour les Etats-Unis, la crise est une manière "élégante" d'effacer une partie de la dette extérieure.


L'endettement des ménages aux USA totalise 14 billions de dollars, soit 47.000 dollars par habitant (trois fois plus qu'en France). On encourage systématiquement les Américains à s'endetter, surtout dans l'immobilier bien sûr, mais aussi dans le domaine du crédit à la consommation, quitte à les saigner à blanc lorsqu'ils ne sont plus assez solvables (par exemple parce que les taux relativement avantageux au départ, augmentent très rapidement). La crise des "subprimes" vient de là. Le mot "subprimes" est d'ailleurs un euphémisme qui désigne les débiteurs dont le standing n'est pas de premier ordre (prime debtors) mais moindre (sub). En matière de crédit à la consommation, le mode d'endettement le plus courant aux Etats-Unis est le découvert lié à l'utilisation d'une carte de crédit (c'est aussi le plus cher). 50 millions de détenteurs de cartes de crédit doivent un total de 600 milliards de dollars* (12.000 dollars chacun, en moyenne). Et il existe encore d'autres formes de crédit personnel, souvent inconnues ailleurs, par exemple le crédit étudiant qui permet de payer ses frais d'études (en moyenne, plus de 40.000 dollars par emprunteur). Toutes ces bulles de crédit ne demandent qu'à éclater...

* Selon des données de juillet 2008, ce chiffre serait entre-temps passé à un billion de dollars (1.000 milliards).

L'endettement des ménages a doublé depuis 2002,
triplé depuis 1995, quadruplé depuis 1991 :

Attention : un milliard se dit en anglais "billion", un billion (mille milliards) se dit "trillion".
Le point que nous utilisons pour séparer les milliers est une virgule dans les pays anglo-saxons,
et leur point correspond à la virgule que nous plaçons devant les décimales.
A part ça, tout est pareil...

L'augmentation vertigineuse de la dette des ménages a injecté dans l'économie américaine une masse de liquidités qui a permis de maintenir artificiellement la croissance à un niveau élevé. Les particuliers croyaient s'enrichir grâce à l'immobilier ; en réalité, ils s'appauvrissaient.

Par exemple, une famille empruntait 400.000 dollars afin de s'acheter une maison en valant 500.000. Trois ou quatre ans plus tard, la valeur du bien étant passé à 750.000 dollars, le banquier encourageait ses clients à emprunter 200.000 dollars de plus pour s'offrir, disons, une grosse voiture, des biens de consommation, un voyage autour du monde ou les frais d'études des enfants. Avec une hypothèque supplémentaire, aucun problème...  Et puis, quelque temps plus tard, l'immobilier plonge, le banquier demande à son client de rembourser plus vite ou de fournir de nouvelles sûretés, il augmente ses taux - normal puisque l'emprunteur est moins solvable. C'est le début de la catastrophe, surtout si le client vient à perdre son emploi. Finalement, la famille se retrouve à la rue, les mains vides...  Le banquier, le promoteur immobilier, le marchand de 4x4 et tous les autres gonfleurs de PIB, eux, ont fait des affaires en or. Malgré la mauvaise conjoncture, ils ont le temps de voir venir en attendant la prochaine bulle.


La dette des entreprises américaines, qui provient principalement de crédits bancaires ou d'emprunts obligataires des grandes compagnies sur le marché financier, s'élève à environ 12 billions de dollars.


En additionnant dette publique, dette des ménages et dette des entreprises, on arrive à un total de 36 billions de dollars environ (dont 13 billions vis-à-vis de l'étranger). Il s'agit là de la dette concrète et palpable, résultant d'opérations réelles. Si l'on voulait y ajouter l'endettement net provenant de transactions purement financières et spéculatives, impossibles à chiffrer de manière réaliste, nul ne sait à quel total on arriverait.

On cite souvent le chiffre de 50 billions lorsqu'il est question de l'endettement global des USA, la dette du secteur financier y figurant pour 14 billions. Mais comme ce dernier chiffre est un minimum absolument arbitraire, le total général pourrait aussi bien être 2, 3 ou 10 fois plus élevé (à comparer au PIB annuel d'environ 15 billions de dollars). 50 billions de dollars répartis sur 300 millions d'habitants, cela donne 167.000 dollars par tête. Le fardeau effectif est peut-être de 300.000 ou 500.000 ou 1.000.000 de dollars par habitant - qui sait ?...

Lorsque la crise éclatera pour de bon et que le niveau réel d'endettement sera révélé, il y aura nécessairement une coupe brutale (et pas seulement aux Etats-Unis). L'annulation d'une grande partie de la dette financière ruinera de très larges couches de la population (les fameuses "classes moyennes"), les faillites se multiplieront, l'Etat et les collectivités locales deviendront à leur tour insolvables, entraînant sans doute l'effacement ou le gel de leur dette. Une chose est certaine : on ne fera pas de cadeaux aux "ménages", leur dette ne sera certainement pas annulée, ils seront les seuls à faire les frais de la crise - du moins 90 % ou 95 % d'entre eux. Il suffit de voir ce qui s'est passé en Argentine en 2001-2002 et d'élever le tout à la puissance 10.* Les vraies "réformes libérales" n'ont pas encore eu lieu.

* Il est facile d'imaginer les conséquences sociales et politiques d'un tel bouleversement : incroyable recrudescence de la criminalité, insécurité totale, dictature militaire, disparition des dernières "libertés démocratiques", intensification du terrorisme d'Etat et de la guerre permanente pour détourner l'attention des vrais responsables, effondrement général permettant enfin la construction accélérée du nouvel ordre mondial tant attendu par l'oligarchie et ses pilotes néo-cons.


La dette publique, source d'enrichissement des banques privées

De nos jours, l'Etat, qui détient en théorie le monopole "régalien" de création de monnaie, n'a en réalité qu'une influence marginale sur ce processus. La banque d'emission (qu'elle soit un organisme étatique ou, comme la Fed, une institution privée agissant pour le compte de l'Etat) génère tout juste 7 % de la masse monétaire - voir plus haut.

Le pouvoir de la Banque Centrale sur l'émission monétaire par Jean Bayard.

La masse monétaire (article de Wikipédia) représente en quelque sorte la part des richesses qui existe sous forme liquide (ou quasi liquide) et permet de faire tourner l'économie (et accessoirement la spéculation).

Dans une économie socialiste (ou capitaliste mais fortement étatisée, comme la France d'avant les privatisations), l'Etat finance lui-même ses investissements et ses dépenses courantes (ou s'efforce de le faire), utilisant prioritairement les fonds drainés par les établissements financiers du secteur public et les organismes spécialisés (en France : Caisse des Dépôts, Crédit National, etc.). En cas de besoin (ce qui arrive assez souvent en France), il emprunte aussi directement sur les marchés financiers privés (émission d'emprunts obligataires).

Les partisans de la privatisation ont toujours prétendu que le recours de l'Etat aux fonds publics équivalait à activer la "planche à billets" et à attiser l'inflation. Pour résoudre ce "problème", il fallait obliger l'Etat à emprunter sur le marché "libre" (et par la même occasion "libérer" au profit du secteur privé les sources publiques de financement).

Cet argument fallacieux ne tient pas compte du fait que les crédits consentis par des banques privées représentent une création de monnaie, donc une cause potentielle d'inflation. Depuis que la privatisation et la "libéralisation" ultracapitaliste se sont imposées partout, on voit que la dette publique a crû de façon anarchique pour le plus grand profit du secteur privé. L'endettement à outrance (qui conduit assez souvent à la ruine) est une source inépuisable de profits pour les banques privées, non seulement quand les pigeons sont des particuliers, mais aussi et surtout quand c'est l'Etat qui emprunte. Alors qu'il serait plus rationnel et moins onéreux d'exclure le secteur privé du financement des dépenses publiques, on assiste de manière toujours plus dramatique au pillage des ressources communes par les prédateurs du privé.

Sans même parler de l'aspect social et humain de la question, il est évident que la privatisation coûte plus cher à la société que la gestion publique (une véritable gestion publique, et non une gestion confiée aux représentants du secteur privé, comme ce fut le cas en France, en Italie et ailleurs).

On entend souvent dire qu'il convient de se serrer la ceinture pour ne pas léguer un monceau de dettes aux générations futures. Bien entendu, ce slogan absurde occulte totalement la manière dont la dette publique est générée. Il passe d'ailleurs également sous silence le fait que les actifs qui seront eux aussi légués aux générations futures dépassent de beaucoup le passif. En réalité, ce n'est pas la société de demain qui devra payer pour la nôtre, mais la masse de notre société qui doit payer aujourd'hui pour enrichir davantage quelques milliers de parasites. Et à moins d'un sursaut général, la société future subira un sort similaire - sinon pire.


Sur la création de monnaie, le racket financier, l'endettement selon Ségolène Royal et François Rabelais, lire ici plusieurs articles de Jacques Cheminade (sur le site de Solidarité et Progrès, proche de Lyndon LaRouche).

Voir aussi : Endettement public et idées préconçues.

Le grand secret : l'endettement des Etats-Unis comparé à l'endettement français  par François Asselineau.
"Le discours lancinant des européistes sur 'le niveau de dette publique insupportable que l'on va laisser à nos enfants' est une formule à l'emporte-pièce complètement irréfléchie, une propagande scandaleusement réductrice et biaisée...  La donnée essentielle pour juger de la santé financière d'une nation, c'est le niveau d'endettement total de tous ses agents économiques  : l'Etat et les collectivités publiques, mais aussi les ménages et les entreprises...  La France doit reconquérir sa souveraineté économique et financière pour décider librement du niveau d'intervention étatique dont notre pays a besoin."
(Les chiffres cités par l'auteur diffèrent parfois légèrement des nôtres - c'est une question de source ou de taux de conversion dollar/euro. Aucune divergence quant au fond.)

La cause de l'endettement de la France, c'est la loi Rothschild. Cette loi de 1973 interdisant à la Banque de France de financer le Trésor public, a été renforcée en 1992 par une clause du traité de Maastricht qui empêche les membres de l'UE d'emprunter auprès de leurs banques centrales. Conséquence : une explosion de la dette, surmultipliée par les intérêts que les Etats doivent verser aux usuriers du privé.


Indépendamment des cadeaux purs et simples dont bénéficie la haute finance, on peut mesurer, en 2009, à quel point les prêts de l'Etat enrichissent les banques privées. Wall Street se voit inonder d'argent public pratiquement gratuit (coût entre 0 et 0,25 %), alors que l'Etat lui-même, pour financer ses besoins, doit emprunter à ces mêmes banques (ou par leur intermédiaire) à des taux jamais inférieurs à 3,5 ou 4 %. Théoriquement, l'écart s'explique par les différences d'échéances : court terme pour les prêts consentis aux banques privées, plus long terme pour les sommes empruntées par le secteur public. Mais en pratique, le court terme ne mérite pas ce nom, car les avances sont renouvelables - et renouvelées indéfiniment. (En Europe, la situation n'est guère différente, si ce n'est que le taux de la banque centrale est légèrement plus élevé : 1 %.)


Cours du dollar

La dépréciation du billet vert a été constante ces dernières années, mais n'a encore rien de très dramatique en mars 2008 (1,58 dollar pour un euro). Certes, si on compare ce cours à celui de 2002 (0,80 dollar pour un euro), la baisse est impressionante, mais il ne faut pas oublier qu'au moment de l'introduction de l'euro, en 1999, le cours était de 1,18. Et si l'on remonte plus loin encore, on constate qu'en 1996, un dollar valait 1,45 DM ou 4,80 F*, ce qui correspond à 1,35 dollar pour un euro. Donc, malgré un petit détour, l'euro est passé de 1,35 à 1,58** dollar en douze ans. Pas de quoi s'affoler - on en reparlera quand le cours sera à 2 dollars pour 1 euro, ce qui correspondrait à 1 mark ou 3,30 francs pour un dollar.***

* Jusqu'à l'introduction de l'euro, on exprimait le cours d'une monnaie étrangère dans sa propre monnaie (1 dollar = 4,80 francs). Cette méthode était courante dans le monde entier, sauf à Londres. Curieusement, en 1999, la zone euro s'est alignée sur l'Angleterre, bien que ce pays n'ait pas adopté la monnaie unique. Désormais la valeur de l'euro est exprimée en monnaie étrangère (1 euro = 1,58 dollars). C'est comme si, au lieu de dire que le litre d'essence vaut 1,30 euro ou le kilo de pommes 2 euros, on disait que l'euro vaut 0,77 l d'essence ou 0,5 kg de pommes - une façon de voir les choses absolument contre nature. Les gens qui ont pris une décision aussi stupide devaient être soûls ou drogués.

** En avril et en juillet 2008, le cours franchit pendant quelques minutes la barre de 1,60 mais redescend aussitôt. La spéculation en sens contraire le fait retomber à moins de 1,40 en septembre et à moins de 1,25 en octobre.

*** Pour la petite histoire : en 1984, le dollar cotait l'équivalent de 0,57 dollar pour un euro ; en 1978, l'équivalent de 1,10 ; dans les années 1960, l'équivalent de 0,48.


Dollar américain - Montagnes russes

(graphique simplifié ne tenant compte que des extrêmes)


Entre parenthèses :
Comment les Russes voient les rapports entre le dollar et l'euro
Une pub de Finance, le magazine moscovite qui vous explique comment faire de l'argent
(gif - 160 ko)



Mauvais pour les exportations européennes, cette baisse du dollar, entend-on dire partout. En principe, oui. Mais ce que les Européens exportent vers les USA, ce ne sont pas des produits de première nécessité. Que le prix en dollars de la nouvelle BMW augmente de 10 ou 20 % ne gêne pas trop les acheteurs. Et puis les marges sont tellement lucratives, qu'il est toujours possible de faire une fleur à ses clients. D'un autre côté, l'appréciation de l'euro (ou du yen ou du franc suisse) devrait faire baisser les prix des marchandises achetées en dollars. Si les prix ne baissent pas, c'est que quelqu'un se remplit les poches à nos dépens. (Vous avez déjà vu les prix baisser ?...)

Curieusement, en septembre-octobre 2008, lorsque le dollar remonte ("bon pour nos exportations"), les exportateurs continuent de pleurnicher. Malgré la baisse des prix exprimés en dollars, les Américains n'achètent plus, paraît-il. C'est à cause de la crise, disent les exportateurs. (Ils n'en auraient pas profité pour augmenter leurs prix ?...)

[En mai 2010, le problème n'est plus le dollar mais l'euro. Le cours de la monnaie européenne a toutes les peines du monde à se maintenir au-dessus de 1,20 $.]


Le système monétaire international est-il en crise ?

On peut lire çà et là que le système monétaire international est lui aussi en crise et qu'il conviendrait de le réformer d'urgence. Le démocrate américain dissident Lyndon LaRouche, par exemple, est de cet avis, mais il est loin d'être le seul.

En fait, un tel système monétaire international impliquant, comme le dit Wikipédia, "une collaboration des principales économies mondiales afin de réguler les mouvements des taux de change entre les plus importantes devises", n'existe plus depuis des décennies.

Petit retour en arrière

Au 19ème siècle et à la "belle époque", chaque monnaie nationale est convertible en or et garantie par un stock de métal précieux détenu par la banque émettrice. C'est le régime de l'étalon-or. Les mouvements monétaires transfrontaliers, parfaitement libres partout, sont encore relativement limités en volume. Le gros des paiements résulte du commerce international, même si les transferts de capitaux purement financiers (investissements à l'étranger) sont également courants. Ce qui n'existe pas encore, c'est la frénésie spéculative sans rapport aucun avec l'économie réelle.

La guerre de 1914 met fin à cette situation idyllique (idyllique pour les privilégiés en mesure d'en profiter). Après un conflit coûteux et dévastateur, la plupart des pays se voient dans l'impossibilité de revenir au système de l'étalon-or, les quantités de métal précieux disponible ne suffisant plus à couvrir les dépenses de reconstruction. Les frontières restent fermées ; les monnaies perdent leur fonction internationale ; les Etats doivent réglementer le flux des paiements avec l'étranger. Bien entendu, tout le monde n'est pas touché de la même façon. Au contraire, les USA, véritables vainqueurs de la guerre, profitent largement de la situation. Mais face à des partenaires commerciaux insolvables, il leur est impossible d'en tirer tout le parti voulu. La crise aidant, rien ne change jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.

En 1944-45, on retrouve en gros la même configuration qu'en 1918, mais fortement amplifiée : Etats-Unis vainqueurs, Allemagne effondrée, Europe occidentale très affaiblie, sans oublier le Japon détruit et l'Europe de l'Est exsangue. Les USA à eux seuls disposent d'un PIB égal à celui du reste du monde*. Il est donc évident qu'ils vont dicter leurs règles à la fois aux pays vaincus et à leurs propres alliés. Mais comme Franklin Roosevelt est encore à la Maison Blanche (jusqu'à sa mort, en avril 1945), c'est un capitalisme soft et social qui va s'imposer, d'autant plus que le camp communiste, en Europe (et pas seulement en Europe de l'Est), pèse de tout son poids dans la balance.

* Aujourd'hui, la part des USA est retombée à environ 27 % du PIB mondial (15 billions de dollars sur 54).

Les accords de Bretton Woods

En juillet 1944, les Etats-Unis organisent à Bretton Woods (dans le New Hampshire), une conférence internationale qui va régler les rapports monétaires de l'après-guerre. C'est l'économiste britannique Keynes, très influent auprès de l'administration Roosevelt, qui en a lancé l'idée. Au lieu d'abandonner à eux-mêmes les pays appauvris par la guerre, comme on l'avait fait en 1918, on va leur prêter l'argent qui leur permettra d'acheter en Amérique tout ce dont ils ont besoin pour redémarrer - ce qui stimulera d'autant l'économie des USA. C'est le crédit utile, et non cette forme de prêt qui tue, que l'on verra plus tard et dont aucun pays pauvre ne se remettra jamais.

La conférence de Bretton Woods s'inscrit dans le cadre de l'ONU nouvellement créée. Au centre du processus mis en place pour faciliter la reconstruction, on trouve la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, deux organismes qui ont entre-temps tout perdu de leur fonction initiale. En 2008, ils ne sont plus que des instruments de soumission, d'exploitation et de destruction au service de Wall Street. En 1945, leur rôle est encore d'aider le monde à se relever sans imposer outre mesure les vues américaines (du moins jusqu'à la guerre froide).

Dans le système de Bretton Woods, le dollar est la seule monnaie basée sur l'or. Une once de ce métal (31 grammes) vaut 35 dollars. Les banques centrales étrangères peuvent à tout moment convertir en or les avoirs qu'elles détiennent auprès de la Fed. En pratique, personne ne le fait, sauf la France de de Gaulle, en 1965, sur les conseils de l'économiste Jacques Rueff, qui rêve d'un retour à l'étalon-or d'avant 1914 (l'étalon est son dada).

Fort de cet avantage, le dollar devient en 1945 la seule monnaie utilisée dans les paiements internationaux. Les Etats-Unis, qui contrôlent 80 % des réserves d'or, sont aussi les banquiers de la planète, ce qui leur permet de renforcer leur hégémonie économique. La seule résistance qui leur sera opposée vient du bloc socialiste, qui refuse dès 1947 de se plier au diktat de Washington, puis à partir de 1958, de l'Europe occidentale en voie d'émancipation.

Avec le système de Bretton Woods des premières années, les USA fournissent les liquidités dont le commerce international a besoin. Ils le font soit directement, soit par le biais du FMI. Au fur et à mesure que les Etats d'Europe occidentale et le Japon se relèvent, les Américains leur délèguent une partie de cette tâche. Le système fonctionne sans problèmes et peut être qualifié de réussite.

L'après-Bretton Woods

A la fin de années 1960, le système a atteint ses limites. Les échanges internationaux (et le financement de la très coûteuse guerre du Viêt-Nam) nécessitent toujours plus de liquidités (dollars). Le stock d'or n'étant pas extensible, la devise américaine devrait, en bonne logique, être dévaluée. Mais le gouvernement américain s'y refuse. Sur les marchés, l'or se négocie déjà à plus de 35 dollars l'once : 40, 45, 50...  Les experts les plus audacieux prédisent 70 dollars, le double du prix officiel (à comparer avec les 1.000 dollars de 2008). Les détenteurs de dollars perdent confiance. Des monnaies comme le mark et le yen commencent à faire concurrence au billet vert, mais leur valeur, comme celle de toutes les autres monnaies, se définit encore par rapport à lui.

En août 1971, les USA (Nixon est président) abandonnent la convertibilité. Bretton Woods est mort. A partir de là, les cours des devises vont se mettre à "flotter", parfois à l'intérieur d'une fourchette ou "serpent". Mais comme chaque fois que des pressions sont exercées sur une monnaie, le pays visé redéfinit la parité (au moyen d'une dévaluation ou d'une réévaluation), on a pratiquement affaire à un marché libre. Souvent, cependant, les gouvernements et les banques centrales ("indépendantes") soutiennent les cours en intervenant directement sur le marché des changes. C'est une question de choix politique, qui se pose avec ou sans parité rigide.

Durant les années 1970 et 80, beaucoup de pays industrialisés connaissent encore une certaine règlementation des changes. L'Etat contrôle plus ou moins les paiements avec l'étranger, par nécessité ou par principe. Puis, à partir de 1990, l'économie se mondialise, les barrières tombent. N'importe qui peut faire n'importe quoi (à condition d'en avoir les moyens). En 2008, seuls les Etats du tiers-monde imposent encore des restrictions à leurs citoyens (mais pas à leurs "élites" corrompues, ni aux "investisseurs" étrangers).

Pour un nouveau Bretton Woods ?

Comme la cause des problèmes financiers que nous vivons actuellement n'est pas de nature monétaire, on peut se demander en quoi une réorganisation serait utile. Si le dollar domine encore largement les marchés, ce n'est pas parce que les Etats-Unis l'exigent. Chacun est libre de ne pas investir aux USA, de ne pas acheter leurs bons du Trésor, de ne pas confier son argent aux banques de Wall Street, de facturer ses exportations en euros ou dans une autre devise. Une réforme du système monétaire n'apporterait rien de nouveau à cet égard.

Au contraire, on a l'impression que certains démagogues qui réclament aujourd'hui une nouvelle conférence monétaire internationale, veulent en réalité consolider la position du dollar, assez malmenée ces derniers temps, et fournir par la même occasion un ballon d'oxygène au système financier - pas au système monétaire, qui n'en a nul besoin. Dans un cas comme dans l'autre, le but de la manœuvre est de sauvegarder l'hégémonie économique américaine.

Ce qui, bien sûr, n'est pas l'objectif des réformateurs honnêtes, comme LaRouche - bien qu'un retour à l'ère de Bretton Woods implique aussi de replacer le dollar américain sur son ancien piédestal.

Une conférence purement monétaire ne servirait donc à rien. Une conférence financière sans chamboulement profond (voir plus haut), non plus.

"Nouveau Bretton Woods" : méfiez-vous des produits frelatés - pour LaRouche et ses partisans, le vrai Bretton Woods n'était pas tant financier et monétaire, qu'économique et politique.

Fin 2008, ce thème du nouveau Bretton Woods est tellement frelaté que même François Hollande et Michel Rocard, deux "socialistes" qui espèrent bien se retrouver en 2012 dans une "administration Strauss-Kahn", réclament "la remise à plat de tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton Woods après la seconde guerre mondiale. Cela nous permettra de créer les outils d'une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent indispensables". Indépendamment du fait que le système financier mondial n'a pas été réformé en 1945, on voit parfaitement où ces gens veulent en venir. Comme dans le cas de la taxe financière (taxe Tobin voulue par Attac), on constate que les idées "innovatrices" lancées par des milieux progressistes ou supposés tels, sont volontiers reprises en haut lieu.  "La finance folle ne doit plus nous gouverner" ajoutent nos "réformateurs" - alors qu'ils savent pertinemment que la politique de leur idole DSK (patron du FMI) et la remise à plat qu'ils préconisent eux-mêmes ne font que renforcer l'emprise de la "finance folle" sur le monde.

Faut-il une monnaie unique à l'échelle mondiale ?

Depuis quelque temps, il en est de plus en plus souvent question. Mais c'est avant tout un argument utilisé par ceux qui estiment que la mondialisation peut très bien se passer des Etats-Unis et qu'elle s'en passera un jour. Beaucoup de partisans de l'idée de "gouvernement mondial", bien entendu totalement contrôlé par la mafia sioniste, vont dans ce sens (George Soros et Jacques Attali, pour ne citer qu'eux).

Curieusement, les dirigeants chinois soutiennent ce projet* qui ne peut que nuire à leur pays. Abandonner un dollar-monnaie d'échange sur lequel ils pourraient exercer une certaine influence s'ils le voulaient (ils sont un des principaux créanciers des USA) et adopter à la place un "globalo" qui les enchaînera à jamais aux maîtres du monde qui veulent leur perte, cela n'est pas seulement illogique, c'est totalement stupide et presque criminel.

Pour un pays post-souverain comme la France, ce genre de question ne se pose plus. Quel que soit le nom de la monnaie unique imposée par les fanatiques à la solde de l'étranger, le résultat sera le même.

* La Chine pourrait bien entendu utiliser sa propre monnaie dans les échanges internationaux. Mais cela en ferait automatiquement une monnaie de réserve. Les excédents commerciaux feraient grimper le cours du yuan, ce qui aurait pour effet de renchérir les produits exportés et de gripper le moteur de l'économie chinoise : c'est d'ailleurs ce que les Etats-Unis réclament depuis longtemps (ils parlent de "retour à l'équilibre"). De plus, une internationalisation du yuan exposerait la Chine aux excès de la spéculation monétaire, ce que les dirigeants veulent éviter à tout prix.

Mai 2011 - FMI, Strauss-Kahn, "réforme" du système monétaire international, droits de tirage spéciaux et bancor, ou les retombées inattendues d'une affaire criminelle : Les mésaventures du sioniste DSK et ce qu'en dit Thierry Meyssan.

Nostalgie

Un retour à l'étalon-or d'il y a un siècle est-il matériellement possible ?

Les réserves d'or mondiales des Etats représentent aujourd'hui quelque 50.000 tonnes, soit environ 1,6 milliard d'onces (les particuliers détiennent deux fois plus). Face à ces 50.000 tonnes, nous avons une masse monétaire mondiale estimée à 60 billions de dollars en 2008. Si chaque dollar (ou autre devise) en circulation devait être garanti par l'or, il faudrait fixer le prix de l'once à plus de 37.000 dollars. Un lingot d'un kilo vaudrait 1,2 million de dollars. De quoi foudroyer sur place de Gaulle et Jacques Rueff, s'ils étaient encore en vie...  En ne prenant en compte que la monnaie fiduciaire (billets), soit environ 7 % de la masse monétaire totale en 2008, on aboutit à un prix théorique de 2.600 dollars l'once* pour un taux de couverture-or de 100 %. Mais un tel taux "idéal" n'existait déjà plus à la fin de l'ère de l'étalon-or.**

Quoi qu'il en soit, ces chiffres traduisent bien la forte dépréciation de la valeur intrinsèque du dollar (et des autres monnaies) par rapport à ce qu'elle était en 1945, dépréciation générée en grande partie par la libéralisation des marchés. Pour rétablir de façon viable un système basé sur l'or et revenir à un cours de l'once "acceptable", il serait nécessaire de suivre une politique brutalement déflationniste, qui non seulement éliminerait le secteur financier purement spéculatif, mais rétrécirait aussi l'économie réelle bien au-delà du supportable.

* Ce chiffre représente une estimation de 2008. Sachant que la masse monétaire croît beaucoup plus vite que la quantité d'or disponible, il augmente d'année en année. En 2011, il se situe probablement aux alentours de 3.400 dollars (le double du prix du marché).

** En 1913, selon l'économiste belgo-américain Robert Triffin, alors que la monnaie fiduciaire représentait 25 % de la masse monétaire totale, l'or (et accessoirement l'argent-métal) détenu par les banques centrales du monde entier couvrait à 68 % les billets de banque en circulation et à 17 % l'ensemble de la masse monétaire. Trente ans plus tôt, le taux de couverture était de 140 % et 62 % respectivement ; les billets de banque constituaient alors 44 % de la masse monétaire. Le bimétallisme (étalon-or et étalon-argent) était encore très répandu à cette époque. (Source : The Evolution of the International Monetary System - 1964.)  Si l'on devait appliquer de nos jours un taux de couverture-or sembable à celui de 1913 pour la masse monétaire dans son ensemble, l'once d'or devrait valoir 6.300 dollars (base 2008) et probablement plus de 8.000 dollars en 2011.



Etalon-or ou pas, des mesures purement monétaires n'ont aucun sens sans modification radicale de tout le contexte. En 2008, le monétaire n'est que le reflet du financier, le banal symptôme d'un dérangement profond. Traiter les symptômes ne mène pas loin...  A moins de redonner aux banques la fonction qu'elles avaient autrefois, de les encadrer très sévèrement, de sanctionner pénalement toute tentative d'abus et de supprimer tous les "produits" parasitaires, on ne pourra jamais mettre fin à la folie actuelle.


Taux d'intérêts

Depuis le début de la crise (été 2007), la Fed a fait passer son taux directeur (Federal Funds Rate) de 5,25 % à 2 % (30 avril 2008) puis à 1,5 (8 octobre 2008), à 1 % (29 octobre 2008) et enfin dans une fourchette de 0 à 0,25 % (16 décembre 2008). La BCE et la Bank of England, dont les taux étaient inférieurs au taux américain en 2007, ont d'abord refusé de suivre la Fed*, rendant les placements en euros et en livres plus rémunérateurs. La baisse systématique des taux américains a contribué à la chute du dollar jusqu'en septembre 2008. Par la suite, l'alignement des pays européens sur Washington (toujours avec un certain délai) a fait remonter la monnaie américaine.

* En juillet 2008, la BCE décide au contraire de relever son taux directeur de 4 à 4,25 %. Elle finit par le ramener à 3,75 en octobre (la BoE baisse alors le sien à 4,5). Début novembre, nouvelle baisse à 3,25 pour la BCE et à 3 pour la BoE. Début décembre, baisse à 2,5 % (BCE) et à 2 % (BoE). En janvier 2009, nouvelle baisse du taux BoE à 1,5 (taux le plus bas depuis 1694) et du taux BCE à 2 %. En mars : baisse à 0,5 et 1,5 % respectivement. Début avril 2009, baisse du taux BCE à 1,25 ; début mai à 1 %. Deux ans plus tard, en avril 2011, le taux de la BCE remonte à 1,25 %, et en juillet à 1,5 %. Mais il redescend bien vite à 1,25 en novembre, puis à 1 % en décembre de la même année, à 0,75 en juillet 2012, à 0,5 en mai 2013, à 0,25 % en novembre 2013, à 0,15 % en juin 2014 et à 0,05 % en septembre 2014.

En temps normal, une baisse du taux directeur (le taux auquel la banque centrale approvisionne les banques) entraîne une baisse des autres taux et facilite l'octroi de crédits aux entreprises et aux particuliers, contribuant ainsi à relancer une économie défaillante. A partir de 2007, le problème résulte moins d'une véritable absence de liquidités que d'un manque général de confiance.

En pratique, il existe deux catégories, fondamentalement différentes, de taux d'intérêts pour les crédits : ceux - en baisse - que la banque centrale offre généreusement aux banques plus ou moins en difficulté, et ceux - constants ou en hausse - que ces mêmes banques appliquent à leurs clients emprunteurs. Ces deux catégories de taux n'évoluent pas en parallèle, la baisse décidée par la banque centrale n'est pas répercutée comme il se doit. On ne vient pas en aide aux débiteurs, mais aux banques.

Une baisse de taux est aussi, en principe, une excellente façon de doper la bourse, car il devient plus lucratif de détenir des actions que d'investir son argent dans des titres à revenu fixe ou de le placer en compte. Mais là aussi, la confiance fait défaut, et l'effet escompté n'est que de courte durée.

Fin 2008, le taux zéro devient une réalité aux Etats-Unis (pour les bons du Trésor à 3 mois).

Voir également plus bas (15 janvier 2009).


Interventions de la Fed

Lorsque la confiance mutuelle que se portent les banques a disparu, et qu'aucune d'entre elles ne veut plus prêter d'argent à aucune autre (en supposant que des liquidités soient encore disponibles), le marché monétaire se trouve paralysé. Si la banque centrale n'intervient pas, le système bancaire s'effondre. Mais il risque aussi de s'effondrer en dépit des interventions, si la crise est plus profonde qu'il n'y paraît. Des centaines de milliards de dollars sont alors sacrifiés à perte. Quand la crise éclate, personne n'est en mesure de dire si le "sauvetage" va réussir. Après coup, tout le monde peut prétendre qu'il "savait".

On peut d'ailleurs se demander si le citoyen ordinaire et les patrons de la Fed entendent la même chose par "sauvetage". Sauver les débiteurs hypothécaires aux abois, les épargnants modestes et les petits actionnaires ne fait certainement pas partie du programme de Bernanke et de ses acolytes. Sauver les banques, peut-être, du moins certaines d'entre elles, celles où ces messieurs ont investi, et qui sortiront grandies et enrichies de l'épreuve. Depuis que le capitalisme existe, les crises ont toujours permis aux gros d'avaler les petits. Le mécanisme de concentration se trouve considérablement accéléré en temps de crise.

Mais pour en revenir à 2008, il est possible, dans un premier temps, que les centaines de milliards de dollars de la Fed ne servent qu'à accentuer la débâcle au lieu de la stopper, qu'ils soient en quelque sorte de l'huile jetée sur le feu. Bien entendu, ces concours sont remboursables à (très) court terme, mais comme le marché monétaire interbanques ne fonctionne plus, tout le monde se tourne vers la banque centrale. L'argent emprunté est remboursé à l'aide de nouveaux emprunts, qui sont ensuite renouvelés (et augmentés) d'échéance en échéance*. Le "court terme" devient du permanent en croissance continuelle. La Fed se trouve ainsi engagée dans un processus qui sort totalement du cadre habituel de ses opérations - même si son rôle est aussi de "prêter en dernier ressort".

* Fin septembre 2008, les banques américaines ont emprunté en moyenne, chaque jour, 368 milliards de dollars à la Fed.

Les aides au marché doivent bien sûr être comptabilisées et gonflent démesurément le bilan de la banque centrale américaine (1.770 milliards le 15 octobre 2008* contre 870 milliards un an plus tôt) avec - du moins en partie - des titres sans valeur et des crédits qui ne seront jamais remboursés. A moins que la situation ne se normalise, il faudra bien un jour ou l'autre remettre de l'ordre dans ce bilan, et soit tenir compte des dépréciations survenues, soit externaliser tous ces actifs "toxiques". Des sommes considérables resteront à la charge du contribuable - pour ce genre de choses, il y a toujours suffisamment d'argent. Et puis, comme dans le cas des dépenses militaires, l'argent n'est pas perdu pour tout le monde.

* 2.214 milliards de dollars le 13 novembre 2008 ; 2.385 milliards le 8 décembre 2010 ; 3.097 milliards le 20 février 2013 ; 3.479 milliards le 26 juin 2013 ; 3.907 milliards le 14 novembre 2013 (multiplié par 4,5 en 6 ans).  Voir également la page suivante 15 novembre 2013.

Depuis décembre 2008, le taux directeur de la Fed est quasiment nul (voir un peu plus haut : Taux d'intérêts). L'effet - théorique - attendu d'une nouvelle baisse de taux (redonner du tonus à une économie stagnante) ne peut plus être réalisé de cette manière. La banque centrale recourt donc à des méthodes non conventionnelles pour créer des liquidités. La spécialité de Bernanke ("Helicopter Ben" - voir plus bas : 21.12.2009) est d'inonder le marché en prêtant directement aux banques en échange de titres à la valeur douteuse. C'est ce qu'il appelle par euphémisme "quantitative easing" ("QE" - allègement quantitatif), alors qu'il s'agit au contraire d'un alourdissement, tant du bilan de la Fed que de la masse monétaire et de la dette.

Depuis fin 2010, et surtout depuis fin 2012, le "QE" a pris des dimensions astronomiques. Les banques reçoivent entre 40 et 85 milliards de dollars supplémentaires chaque mois, à des taux proches de zéro (0,07 % en juin 2013). Cet argent n'est pas insufflé dans l'économie réelle (ou très peu). Il va alimenter de nouvelles bulles spéculatives. En 2013, il y a même trop de liquidités pour alimenter toutes les bulles, de sorte qu'une bonne partie des fonds empruntés restent placés auprès de la Fed (à des taux souvent supérieurs au 0,07 % mentionné plus haut). Inutile de dire que les banksters y trouvent leur compte. La question est de savoir comment tout cela va se terminer...


Inflation

On considère genéralement qu'une baisse des taux attise l'inflation*, car l'argent devient "moins cher", ce qui a tendance à accroître la masse monétaire. Il n'est pas certain cependant que l'inflation que l'on observe en 2007-2009 vienne de là. Les causes résident plutôt dans la spéculation qui fait grimper en flèche le prix du pétrole et des denrées alimentaires.

* Inversement, une hausse des taux, instrument classique utilisé pour "combattre l'inflation" et "calmer une économie qui s'emballe", produit souvent l'effet contraire en renchérissant la production et, partant, le coût de la vie. Les automatismes enseignés par les "experts" fonctionnent rarement dans le monde réel.


Inflation ou pas ?...  En fait, il existe depuis quelque temps deux tendances parfaitement contradictoires en la matière. D'un côté, les "élites" économiques et financières s'efforcent d'instaurer une ambiance déflationnaire, semblable à celle des années 1930, où les taux d'intérêts versés aux épargnants, l'indice officiel des prix, les salaires et le pouvoir d'achat de la masse des citoyens sont en baisse. De l'autre, elles pratiquent - sans le crier sur les toits - une politique d'inflation effective qui se solde par des taux élevés pour les emprunteurs et une flambée des prix pour les consommateurs (énergie, alimentation, soins de santé). On arrive ainsi à faire coexister un taux directeur tendant vers 0 % et un taux d'inflation réelle (non-avoué) de 10 %.* Dans un monde où beaucoup d'indicateurs économiques sont systématiquement manipulés, cette contradiction passe presque inaperçue.  C'est un moyen efficace pour faire baisser les salaires, accroître la pression sur le "marché du travail" et imposer des contre-réformes antisociales.

* En juin 2008, le taux officiel dans l'ensemble de la zone euro est de 4 % sur un an - ridicule...  En mai 2009, encore mieux, on nous annonce un taux de 0,0 %, et en juillet 2009... -0,6 % !!!...  En novembre 2009, alors que chacun peut constater de visu que les prix augmentent (produits alimentaires, énergie, etc.), Eurostat fait état d'une "baisse" de 0,1 %.

L'hédonisme a bon dos

Depuis quelques années, l'indice des prix est calculé selon la méthode américaine dite "hédoniste", qui part du principe que le consommateur est toujours à la recherche de ce qu'il y a de mieux sur le marché. Si la qualité d'un produit s'améliore d'une année sur l'autre mais que son prix reste constant ou augmente légèrement, les statisticiens considèrent que le prix a en fait baissé "à qualité constante". Cet hédonisme-là est bien sûr une absurdité, car il faut payer le prix demandé, que l'on veuille l'amélioration ou pas - on n'a pas le choix. Mais la méthode permet de maintenir le taux d'inflation officiel à un niveau nettement inférieur à l'augmentation réelle des prix.

Comment les statistiques sur l'inflation sont manipulées.


Croissance ou récession ?

Le taux de croissance, ou variation du PIB d'une année (ou d'un trimestre) sur l'autre, est considéré comme l'un des principaux indicateurs économiques d'un pays. Le PIB, ou produit intérieur brut, représente la somme des biens et services produits à l'intérieur du pays au cours de la période donnée. A l'instar de toutes les données statistiques (inflation, endettement, chômage, etc.), la valeur du PIB est en soi assez peu fiable. Elle l'est peut-être même encore moins que toutes les autres, car elle ne tient pas compte de nombreux facteurs (économie non-marchande, travail bénévole ou non-rémunéré, activités illicites ou clandestines) qui gagnent en importance d'année en année, au fur et à mesure que la situation économique réelle se dégrade et que la précarité s'étend.

Mais puisque les économistes partent du principe que la part occulte du PIB reste constante d'une année sur l'autre, le taux de croissance est considéré, lui, comme étant fiable. Ce qui reste à prouver...  Si, pour prendre l'exemple français de 2006, le taux de croissance du PIB en valeur dite réelle (PIB brut corrigé de l'inflation) est de 2,2 % et que le taux d'inflation (officiel) s'élève à 1,5 %, tout est en ordre. Mais si l'inflation réelle a été, en fait, de 3 %, la croissance réelle n'est que de 0,7 %. Et si l'inflation réelle a atteint 4 ou 5 ou 10 %, alors la croissance réelle est négative. ("Croissance négative" est d'ailleurs une expression tout à fait sublime - un peu comme lorsqu'on dit "avoir négatif" en parlant du découvert sur son compte en banque.)  Trafiquer le taux officiel d'inflation, c'est aussi trafiquer le taux de croissance - qu'on ne vienne pas nous raconter que la chose ne se produit pas (voir un peu plus haut).

A cela vient s'ajouter le fait que les services fantaisistes ou parasitaires enregistrés dans le PIB augmentent sensiblement depuis quelques années. Dans son Rapport pour la libération de la croissance (sic), présenté en février 2008, le sioniste sarkozyen "de gauche" Jacques Attali signale que "l'industrie financière [re-sic] croît depuis 2001 en Europe trois fois plus vite que le PIB".  Pour ce qui est de l'hystérie climato-carbonique, elle doit contribuer, elle aussi, au gonflement artificiel de ce même PIB, mais là les chiffres ne sont pas connus.

L'utilisation systématique de termes comme "industrie" ou "produits" en relation avec la finance, a pour but de faire naître le sentiment qu'il s'agit d'une activité productive au même titre que, par exemple, l'industrie automobile ou la production alimentaire, alors que l'utilité du système financier pour l'économie réelle (rôle de "lubrifiant") est depuis longtemps écrasée par ses aspects nocifs et destructeurs.

Il existe en fait un véritable culte fétichiste de la croissance. Une économie doit absolument croître - peu importe de quelle façon, peu importe qu'il y ait des nuisances. Une armée de statisticiens fournit en permanence les indicateurs qu'on lui demande de produire afin d'alimenter ce culte, ce qui fait également grimper le PIB.

Dans son rapport, Attali écrit qu'"un point de croissance de plus signifie 500 euros de plus par ménage, par an, et 150.000 emplois supplémentaires". Poudre aux yeux, bien entendu. Comme s'il existait une répartition équitable des richesses produites, comme si la croissance ne profitait pas aux plus riches, comme si l'augmentation de la productivité n'était pas plus rapide que la croissance économique, comme si les emplois créés - quand ils le sont vraiment - n'étaient pas des emplois précaires. La majorité des nouveaux contrats de travail sont à durée déterminée. Les employeurs - y compris les plus "prestigieux", comme La Poste - n'hésitent pas à renouveler les CDD des dizaines, voire des centaines de fois, pour empêcher les salariés de participer à la croissance.

Le rapport Attali est une déclaration de guerre aux salariés, une exhortation à réaliser, plus vite, encore plus de contre-réformes (baptisées "réformes") et à démanteler toujours plus rapidement le secteur public au profit de la caste des prédateurs.

Alors, croissance (officielle) ou récession (officielle), le résultat est finalement le même pour la masse des citoyens. Les pays néo-capitalistes à fort taux de croissance, comme la Chine, sont les plus grands producteurs de misère et de pauvreté.

(En 2009, tous les pays occidentaux sont officiellement en récession. Les "experts" révisent leurs "prévisions" pratiquement chaque jour, en fonction des besoins de leurs employeurs ou commanditaires.)


La bourse

En mars 2008, malgré un net recul, la bourse ne s'est pas encore effondrée dans son ensemble. Lors du crash de 1929, le Dow-Jones perdit 40 % de sa valeur en une seule journée et continua de dégringoler pendant trois ans, passant de 300 points (maximum de 1929) à 41 points (minimum de 1932). Pour obtenir un effet équivalent, il faudrait une baisse subite de 5.000 points (de 12.000 à 7.000) en une journée, suivie d'une glissade ininterrompue jusqu'au niveau de 2.000 points en 2011. On n'en est pas encore là.

Soit dit en passant, au cours des dernières décennies, c'est surtout l'ascension de l'indice boursier américain qui a été spectaculaire : 1.000 points en 1972, 2.000 en 1987, 3.000 en 1991, 5.000 en 1995, 8.000 en 1997, 10.000 en 1999, 14.000 en juillet 2007. La plus forte chute enregistrée en une seule séance pendant cette période a été de 22 % (en 1987). Le record de la Grande Dépression attend d'être battu.

Au cours de l'année 2009, les centaines de milliards de dollars de fonds publics injectés dans les circuits financiers pour "sauver les banques" alimentent en fait une nouvelle vague de spéculation boursière. La politique des taux d'intérêts proches de zéro accentue ce mouvement. Le Dow-Jones remonte, faisant oublier la crise. En mai 2013, il est à 15.000.

Février 2010 : Et si on fermait la Bourse pour relancer l'économie  par Frédéric Lordon.  "La Bourse finance les entreprises ? Au point où on en est, ce sont plutôt les entreprises qui financent la Bourse...  Les capitaux levés par les entreprises sont devenus inférieurs aux volumes de cash pompés par les actionnaires, et la contribution nette des marchés d'actions au financement de l'économie est devenue négative (quasi nulle en France, mais colossalement négative aux Etats-Unis, notre modèle à tous)."


L'or et ses équivalents modernes

En mars 2008, l'once d'or (31 grammes) dépasse les 1.000 dollars* (en 1971, lorsque le dollar était encore indexé sur l'or, une once valait 35 dollars). Mais si la hausse des métaux précieux n'affecte pas trop la vie quotidienne, il en va autrement du pétrole et des céréales (voir un peu plus bas).

* En septembre 2008, le cours retombe à 750 dollars. En novembre 2009, il est proche de 1.200 dollars. Un an plus tard, il dépasse les 1.400 dollars. La barre des 1.500 dollars est franchie en avril 2011. En août de la même année, on frôle les 1.900 dollars.

Les réserves d'or des Etats

Fin 2007, les banques centrales détenaient un tiers de l'or de la planète, soit environ 50.000 tonnes. Les Etats-Unis en avaient 8.200 tonnes, le FMI 3.200, l'Allemagne 3.400, la France 2.700, l'Italie 2.500, la Suisse 1.200, etc...

Grâce au général de Gaulle (voir plus haut), l'or français est stocké dans les chambres fortes de la Banque de France, à 28 mètres de profondeur.



2.700 tonnes d'or (ou 218.000 lingots de 12,4 kg ou 400 onces)
représentent un volume de 140 m3, soit un cube d'un peu plus de 5 mètres de côté.
Valeur de ces 87 millions d'onces en août 2011 :
environ 165 milliards de dollars ou 120 milliards d'euros,
soit moins de 8 % de la dette publique française.

L'Allemagne, elle, a "confié" ses réserves d'or à la Fed des Etats-Unis. Elles sont, paraît-il, conservées à Fort Knox, un camp militaire situé dans le Kentucky, mais en fait personne ne les a jamais vues, et personne ne peut prouver qu'elles existent encore physiquement. Cela vaut d'ailleurs également pour les réserves américaines. Le bruit court que Fort Knox est vide ; le gouvernement américain n'a jamais apporté de démenti convaincant.

Il ne faut pas être devin pour comprendre que, dans ces conditions, toutes les arnaques sont possibles. La Fed, dépositaire officielle de l'or, peut très bien vendre le métal précieux à l'insu du déposant, puisqu'elle sait qu'il n'en réclamera pratiquement jamais la restitution. La chose fonctionne à merveille aussi longtemps que la banque centrale allemande (ou une autre) se contente d'un morceau de papier ou d'une confirmation électronique attestant qu'elle "possède" l'or. C'est le principe de base de la "philosophie" bancaire. L'or, qui à l'origine était censé matérialiser et garantir la valeur de la monnaie virtuelle, devient lui-même virtuel.

Si la Fed ne se l'approprie pas effectivement, elle peut l'utiliser, sans que l'Etat étranger n'en sache rien, pour "garantir", également de façon virtuelle, ses propres opérations ou celles de tiers. L'or, qu'il soit physiquement présent ou pas, peut aussi "servir" plusieurs fois simultanément pour "rassurer" des créanciers de la Fed (ou de n'importe quelle banque) qui ne savent rien l'un de l'autre et qui, surtout, n'ont aucun rapport avec le propriétaire légal des lingots. Les "certificats 100 % or" qui circulent de par le monde représentent un volume bien supérieur à tout l'or physique qui les "garantit" (soi-disant). Tout cela ne fonctionne que dans la mesure où les titulaires de ces certificats ne réclament pas leur or tous en même temps. S'ils le faisaient, ils s'apercevraient bien vite que la fameuse "garantie" est sans valeur.

Pour l'or des banques centrales entreposé auprès de la Fed ou des banques de la City, la chose n'est pas très différente en principe. Lorsque le Venezuela a exigé la restitution de son or en août 2011 (voir plus bas), les dépositaires ont poussé des cris, proféré des menaces et pris des mesures de rétorsion. Où allons-nous si tout le monde se met à imiter de Gaulle et Chávez ?... (Le cas de la Libye, propriétaire de 140 tonnes d'or déposé à Londres, a été réglé en deux coups de cuillère à pot en mai 2011. Tout a été "confisqué", ce qui évite de rendre des comptes - pratique...)

Malgré tout cela, et même si un seul lingot de 12,4 kg vaut autant qu'une maison individuelle, les apparences sont trompeuses. Tout l'or des banques centrales, qu'il soit réel ou virtuel, "ne pèse pas lourd" en comparaison des sommes astronomiques manipulées et détournées par la finance internationale.


Le pétrole, les céréales et le reste

En janvier 2008, le cours du baril de pétrole (159 litres) atteint la barre des 100 dollars. En avril il est à 120 dollars, en mai à 135 (30 dollars cinq ans plus tôt). Le prix de l'essence atteint de nouveaux sommets. Les céréales connaissent une évolution tout aussi dramatique : en trois ans, le prix du blé et de l'orge augmente de 175 %, celui du maïs de près de 100 %.

La flambée des cours est purement spéculative en ce qui concerne le pétrole. Pour les céréales, elle est attisée en grande partie par l'hystérie climatique. Sous prétexte d'enrayer le réchauffement (une idée aberrante), une part toujours plus grande des céréales produites est utilisée pour fabriquer du carburant. Si les conséquences sont déjà graves dans les pays développés, elles sont catastrophiques pour le tiers-monde.

The Reason For Soaring Oil Prices  par F. William Engdahl - Pourquoi les cours du pétrole s'envolent.  Lorsque le baril était à 128 dollars, on pouvait déjà dire que 60 % de ce prix étaient imputables à la spéculation des hedge funds, banques et groupes financiers opérant sur les marchés à terme de Londres et de New York, ou négociant de gré à gré pour ne pas attirer l'attention. (Et il ne s'agit là que du prix du brut, pas du prix du litre d'essence avec toutes ses taxes. Suivant le pays, la charge fiscale et la prime à la spéculation peuvent représenter ensemble jusqu'à 80 % du prix à la pompe.)

Selon les régles américaines, pour acheter du pétrole à terme, il suffit de disposer de 6 % de la valeur du contrat. L'effet de levier permet ainsi de se porter acquéreur de seize fois plus de pétrole qu'on ne le ferait en achetant au comptant. Comme tous les spéculateurs le font, il est évident que les cours montent, et montent, et montent... Cette évolution n'a rien à voir avec la demande de pétrole réel, puisque celle-ci est stagnante, voire en recul. Si les marchés étaient transparents et fonctionnaient véritablement selon la loi de l'offre et de la demande, les cours baisseraient dans la situation actuelle.

Dans un rapport commandé par le Sénat français en novembre 2005 et cité par Bruno Adrie sur le site de Michel Collon, il est dit que "depuis quelques années la part respective des différents marchés a considérablement évolué. Aujourd'hui, les transactions sur le marché physique représentent 165 millions de barils par jour ; celles sur le marché des futures, 500 millions de barils par jour et celles sur le marché des OTC (de gré à gré), 1 milliard de barils par jour. Les volumes d'échanges sur le marché papier sont désormais neuf fois plus importants que ceux sur le marché physique."

Les médias mettent l'explosion des marchés sur le compte du "pic pétrolier" (une supercherie au même titre que le "réchauffement" climatique) ou incriminent l'OPEP, les Arabes et les Chinois. Les véritables responsables ne sont jamais nommés.

Les géants de la finance manipulent les marchés et fixent les cours entre eux, à huis clos. Comme dans bien d'autres domaines, Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan Chase, Citigroup, Deutsche Bank ou UBS sont étroitement mêlés à la spéculation. La bourse londonienne ICE Futures Exchange, numéro un mondial pour le pétrole, appartient à l'International Commodities Exchange d'Atlanta (Géorgie), une bourse fondée par Goldman Sachs. Et comme par hasard, Goldman Sachs gère le GSCI, l'indice le plus couramment utilisé pour les matières premières, dans lequel le pétrole est prédominant. Quand Goldman Sachs dit que le baril sera bientôt à 200 dollars, il faut comprendre : "Nous allons le faire grimper à 200 dollars."

Comment GS contrôle et manipule les instances gouvernementales américaines : Goldman Sachs - La grande machine à bulles - voir "Bulle n° 4 --- 4 $ le gallon".

Ne demandez surtout pas si Goldman Sachs est un groupe financier juif : 1) ce serait "antisémite" ; 2) il pourrait aussi bien s'agir de Lapons ou de Papous et 3) ce n'est tout de même pas leur faute s'ils comptent parmi les fondateurs de la Fed.  Comme disait Jacques Attali (sioniste "de gauche") en 2002, dans son livre Les Juifs, le monde et l'argent : "Les Juifs ont inventé le capitalisme... Ils ont toutes les raisons d'être fiers de cette partie de leur histoire."

L'objectif du Groupe de Bilderberg : le baril à 200$  par Paul Joseph Watson : "En promouvant les théories du pic pétrolier et en les combinant avec l'arnaque du réchauffement climatique causé par l'homme, Bilderberg cherche à augmenter les prix du pétrole jusqu'à ce que les standards de vie des classes moyennes ne puissent plus se maintenir, plongeant alors l'Occident dans le Quart-monde, pendant que les élites en récolteront les bénéfices financiers et politiques."  (Bilderberg est un club oligarchique très fermé et très influent.)

Fin mai 2008, avec le baril à 135 dollars*, la démagogie bat son plein. Des députés démocrates américains proposent d'imposer aux spéculateurs l'obligation de prendre matériellement livraison du pétrole qu'ils achètent : la hausse serait stoppée instantanément. Or, le propre des marchés à terme, c'est justement qu'ils permettent d'acheter et de vendre des contrats sans se préoccuper des biens physiques qu'ils représentent. On achète des matières premières et on les revend avec profit sans jamais les avoir vues. Comme les démagogues du Congrès n'ont nullement l'intention de fermer les marchés à terme (ce serait du communisme, de l'antiaméricanisme et de l'antisémitisme), leur revendication est tout simplement de la poudre aux yeux.

* En juillet 2008, on frôle les 150 dollars. En septembre, on retombe à 100 ; en octobre, on repasse en dessous de 70 ; en novembre, en dessous de 50. Un an plus tard, en novembre 2009, le cours remonte à 80 dollars. En avril 2011, on est à plus de 110 dollars.

George Soros, multimilliardaire sioniste "de gauche" (lui aussi), enrichi grâce à la spéculation, découvre subitement qu'il existe une "bulle du pétrole". Quelle clairvoyance !...  Encore un petit effort, et il nous expliquera que cette bulle est alimentée par les sommes astronomiques que la Fed a pompées dans les circuits financiers.

En Allemagne, des sociaux-démocrates en perte de vitesse essaient de récupérer quelques voix en demandant l'interdiction des transactions à terme sur le pétrole. Comme les bourses incriminées se trouvent toutes en dehors de leur pays, ils ne risquent pas grand-chose. Horst Köhler, le président de la République, déplore pour sa part que le capitalisme moderne soit devenu "monstrueux". C'est assez drôle d'entendre une chose pareille de la part d'un ancien patron du FMI - qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour se faire réélire l'année prochaine.

Et même Sarkozy, qui n'a probablement jamais fait lui-même le plein d'essence au cours des vingt dernières années, promet d'aider les Français les plus touchés par la crise du pétrole. Il va certainement faire de nouveaux cadeaux aux grosses entreprises de transport.

Début juin 2008, plusieurs ministres des finances de l'UE ont une idée géniale : "taxer davantage les bénéfices des groupes pétroliers" - pour que la nouvelle taxe soit aussitôt répercutée sur les prix.

(La hausse brutale des prix du pétrole a toujours été la conséquence de la spéculation et non d'une baisse de l'offre, même lors des deux "chocs" de 1973 et 1979. La guerre du Kippour et les mesures relativement modestes de l'OPEP, dans le premier cas, et la révolution iranienne, dans le second, n'ont été que les prétextes permettant aux géants de l'or noir et de la finance de s'enrichir démesurément.)


Les hedge funds

"Les hedge funds sont le trou noir de la finance mondiale."  (Le Monde - 22.9.08)

Ce sont, à l'origine, des fonds d'investissement découplés des marchés boursiers, dans le but d'éviter les risques qui en découlent et de maximiser les taux de rendement (en anglais, hedge est une haie, qui est censée ici protéger le fonds de tous les remous extérieurs).

En réalité, ou entre-temps, ces fonds sont au cœur des marchés et incarnent la spéculation. S'ils sont eux-mêmes protégés, rien ni personne ne protège le monde environnant de ces requins de la finance : aucune loi, aucune réglementation, aucun contrôle - c'est le laissez-faire total, la jungle.

Les hedge funds interviennent sur de nombreux marchés : actions, obligations, dérivés, devises, matières premières, immobilier et même œuvres d'art. Les acquisitions, fusions et destructions d'entreprises sont devenues une des activités essentielles des hedge funds dans les années 1990, de même que la reprise de biens publics privatisés. Mais c'est la spéculation massive contre une monnaie ou un pays donné qui a surtout fait parler d'eux.

En 1992, George Soros*, avec un de ses hedge funds, a gagné un milliard de dollars en misant sur la baisse de la livre sterling. La Banque d'Angleterre, incapable de faire face, a dû alors quitter le Système monétaire européen. En 1997, pendant la crise asiatique, Soros a spéculé de manière analogue contre le ringgit, la monnaie malaisienne. D'autres hedge funds ont été mêlés aux effondrements économiques survenus à cette époque au Mexique, au Brésil, en Russie et dans divers pays d'Asie, ainsi qu'aux rachats de dettes qui ont suivi.

* Cet article contient quelques détails intéressants sur l'empire financier de Soros et sur ses multiples connexions et relais : Richard Katz (groupe Rothschild), Nils Taube, George Karlweiss, Laurent Murawiec, Marc Rich, Lewis Libby, Shaul Eisenberg, Rafi Eytan. Parmi les noms cités, on trouve pêle-mêle des banquiers, des escrocs, des politiciens véreux et même des terroristes. Et par le plus grand des hasards, il se trouve que tous ces gens sont juifs et sionistes.

John Paulson, le numéro un des patrons de hedge funds, a tiré de ses activités un profit personnel de 3,7 milliards de dollars en 2007* (milliards, pas millions). Cela correspond à un salaire mensuel de 308 millions ou à un salaire horaire de 1.900.000 dollars (1.200.000 euros). Le PDG de la Deutsche Bank, un des mieux payés de toutes les grandes entreprises européennes, avec 14 millions d'euros annuels, gagne 165 fois moins que Paulson. 3,7 milliards de dollars par an (2,3 milliards d'euros), c'est 150.000 fois le SMIC ou la masse salariale d'une grande entreprise. C'est aussi le PIB de pays comme la Moldavie, le Laos ou le Niger, qui comptent respectivement 4 millions, 6 millions et 15 millions d'habitants !

* Trois ans plus tôt, le patron de hedge funds le mieux rétribué du monde gagnait un milliard de dollars - ce qui donne une augmentation régulière de 56 % chaque année.

Le numéro 2 de 2007 (George Soros) s'est fait 2,9 milliards de dollars, le numéro 3 (James Simons) 2,8 milliards. Les 50 premiers ont gagné, ensemble, 29 milliards.

D'où proviennent ces sommes astronomiques ? Selon le New York Times, Paulson, comme d'autres patrons de hedge funds, a misé sur la baisse des titres hypothécaires adossés à la bulle immobilière... et il a gagné. Ce faisant, il a naturellement contribué à l'éclatement de cette bulle, même s'il n'en porte pas l'entière responsabilité. Un des fonds de Paulson a réalisé 590 % de profit en 2007.

Les hedge funds représentaient une valeur totale de 1.800 milliards d'euros en 2007 (+ 700 % en dix ans). Ils ont en général très peu de capitaux propres et travaillent avec l'argent que leur confient quelques "investisseurs" fortunés triés sur le volet. Ils emploient très peu de personnel. Quoi qu'il arrive, ils sont assurés de toucher une commission de gestion d'au moins 2 % des sommes engagées. Pour un milliard, cela fait 20 millions, qui reviennent presque entièrement au boss. Et quand ils ont la main heureuse - ce qui est très fréquent - les patrons de hedge funds reçoivent en outre 20 % de tous les gains. Mais ce n'est pas tout : en 2007, le Congrès (à majorité démocrate) a voté une loi exonérant ces milliardaires de l'impôt sur le revenu. A la place, ils sont assujettis à la taxe sur les gains de capital, qui est de seulement 15 %. Autrement dit, ils paient proportionnellement moins d'impôts que leur femme de ménage.

Inutile d'ajouter que les hedge funds spéculent également - mais dans l'autre sens - sur tous les marchés lucratifs en ces temps de crise économique et financière (pétrole, métaux, céréales, etc...) et qu'ils sont en grande partie responsables des hausses continuelles enregistrées dans ce secteur.

Comme il se doit, les trois premiers patrons de hedge funds (Paulson, Soros et Simons) sont juifs et sionistes - et "philanthropes" (ils consacrent 1 % de leurs revenus au financement des "bonnes œuvres" de leur Etat voyou préféré). Trois sur trois, c'est un bon ratio, aussi bon que celui de la Fed (cinq sur cinq).

Novembre 2010 : L'UE et les hedge funds - "La nouvelle directive est une passoire qui aura un effet inverse à celui qui est annoncé. Son objectif réel est de contrôler sommairement les fonds européens, tout en ouvrant la porte aux fonds états-uniens qui, eux, pourront spéculer sans limite au détriment des Européens."


Les private equity funds

Ces fonds de capitaux privés se distinguent à peine des hedge funds, si ce n'est qu'ils ont la réputation de se comporter de manière un plus un peu plus "civilisée" (et d'être un peu moins rentables). Mais beaucoup de hedge funds sont la propriété de groupes financiers de type private equity - parfois en partie, parfois en totalité.

Le Carlyle Group est considéré comme le n° 1 des private equity funds. KKR (le n° 2) et Blackstone (le n° 4) sont également assez connus, mais quand on entend parler d'eux, c'est rarement en bien. D'autres fonds similaires sont (ou étaient) liés à des groupes bancaires comme ABN-Amro, Goldman Sachs ou Lehman Brothers.

David Rubenstein, un des fondateurs de Carlyle, estime que les fonds de capitaux privés vont, à l'avenir, se "démocratiser" en se transformant en sociétés cotées en bourse. Blackstone l'a déjà fait, Carlyle attend la fin de la crise pour le faire. Si c'était le cas, la distinction entre private equity et hedge deviendrait claire.

En attendant, on a déjà vu des fonds (de l'une ou de l'autre catégorie) s'emparer d'une entreprise par le biais d'une minorité de contrôle acquise avec de l'argent emprunté, contraindre la direction à verser un dividende exceptionnellement élevé, puis obliger les dirigeants à endosser les dettes contractées pour l'acquisition. Ce qui, bien entendu, ne peut que conduire l'entreprise à la ruine, et son personnel à la rue. Et il n'est pas rare que de tels abus soient accompagnés de dégrèvements fiscaux et de subventions publiques - pour "stimuler l'investissement" et "sauver l'emploi".*

* A propos de ce genre d'opération, on utilise parfois le terme LBO (ou leveraged buy-out) que Wikipédia définit ainsi : "Financement d'acquisition par emprunt, consistant à racheter une entreprise en ayant recours à l'endettement bancaire en engendrant un effet de levier facilitant l'acquisition et la défiscalisation du projet."

Ces agissements mafieux rappellent un peu les activités de Bernard Tapie ("Tapie violent") lorsqu'il "redressait" des entreprises moribondes avant de les enterrer et d'empocher l'héritage. Tapie se disait "de gauche", comme George Soros.* Mais en comparaison du pillard américano-israélo-hongrois, il opérait à un niveau relativement modeste. Et comme il ne bénéficiait pas du bouclier sioniste, on n'a pas eu de scrupules à le condamner en 1996. Soros et ses semblables, eux, ne risquent rien et peuvent continuer en toute impunité. Vous ne voudriez tout de même pas que la justice soit antisémite...

* Entre-temps, Tapie soutient Sarkozy. Soros, lui, n'a jamais soutenu ouvertement Bush (mais n'a rien fait non plus pour le combattre). Pour récompenser Tapie, Sarkozy a fait intervenir, en 2008, sa ministre de l'Economie Christine Lagarde (plus tard directrice générale du FMI) afin que son nouveau protégé obtienne le versement de 285 millions d'euros de fonds publics dans une affaire l'opposant à l'ancien Crédit Lyonnais.


Liste des principaux Private Equity Funds
Liste des plus grandes banques
Liste des plus grandes entreprises

"Un paradoxe à l'ère des privatisations : les fonds d'investissement détenus par des Etats et des banques centrales - joliment appelés « fonds souverains » - ont opéré leur entrée en force dans le capital des multinationales, notamment financières." :  Les fonds souverains - prédateurs, sauveurs ou dupes ?


Le cross-border leasing

A la fin des années 1990 et au début des années 2000, il existait une autre forme d'arnaque très lucrative pour les fonds vautours : le cross-border leasing (CBL) ou crédit-bail transfrontalier. La chose consistait pour un fonds américain (ou une de ses filiales) à acheter à crédit à une commune (ou entreprise publique) étrangère des biens lui appartenant (réseau de transports, d'électricité, d'approvisionnement en eau, station d'épuration, centre de congrès ou autre édifice public, logements sociaux) et à redonner immédiatement ces mêmes biens en location au vendeur. Le fonds bénéficiait alors, selon la loi américaine, d'un avantage fiscal en tant qu'investisseur à l'étranger, et faisait croire au vendeur qu'il allait lui rétrocéder une partie de cet avantage.

Les vendeurs-locataires municipaux, alléchés par un acompte substantiel, supérieur au premier loyer à verser, acceptaient de signer tout ce qu'on leur demandait, sans rien comprendre au contenu du contrat. Ce contrat, mis au point par des juristes new-yorkais, était si volumineux et si complexe, qu'aucun maire, conseiller municipal ou avocat mandaté par eux n'était en mesure d'en évaluer les conséquences. D'ailleurs, dans la plupart des cas, aucun responsable local n'avait eu le contrat sous les yeux - contrat bien entendu rédigé en anglais et soumis à la loi américaine, avec pour tribunal compétent un tribunal des Etats-Unis (ou d'un paradis fiscal des Caraïbes). Pour le cas où quelqu'un aurait été trop curieux, le contrat comportait une clause de confidentialité interdisant au vendeur d'en dévoiler les détails. Parfois même le nom de l'"investisseur" devait être tenu secret, de même que le nom des banques et compagnies d'assurances (souvent américaines) liées à l'opération*.

Des centaines de villes et entreprises publiques européennes (de préférence dans les anciens pays de l'Est, mais aussi en Allemagne, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et en France**) ont signé de tels contrats.

* Inutile de préciser que certaines de ces banques et compagnies d'assurances (par exemple AIG) ont été "touchées" par la crise financière (qu'elles ont elles-mêmes provoquée) et que ce sont les vendeurs européens qui en font les frais.

** En France : SNCF et RATP.


En 2004, comme il fallait s'y attendre, les autorités américaines déclarèrent qu'un montage de type CBL n'avait rien d'un investissement à l'étranger et qu'il ne pouvait donc pas bénéficier de l'exonération fiscale. Les fonds vautours, qui avaient prévu la chose, invoquèrent une clause que personne n'avait lue et répercutèrent le nouvel impôt aux communes étrangères. Du coup, l'opération perdait tout son intérêt pour celles-ci.

Résultat : ou bien les villes flouées allaient se lancer dans de longs procès extrêmement coûteux et sans issue (à New York, la plupart des avocats et beaucoup de juges sont juifs, comme les patrons de fonds - quelle coïncidence), ou bien elles acceptaient leur sort et continuaient, pendant 20, 30 ou 99 ans, à payer le prix fort pour un bien qui ne leur appartenait plus, tout en percevant* de trimestre en trimestre des sommes bien inférieures au prix de la location. Pour parfaire le tout, il va de soi que les frais d'entretien et de réparation du bien cédé restent à la charge des communes. Et à l'issue du contrat, il n'est pas exclu qu'un nouveau propriétaire (ou un nouveau locataire) vienne demander des comptes aux vaches à lait communales.

* A condition que la banque ou société fiduciaire (trustee) chargée par l'"investisseur" d'effectuer les paiements au vendeur, ne soit pas elle-même tombée en faillite - c'est arrivé en 2008. La faillite du trustee ne dispense par le locataire de payer son loyer, puisqu'il s'agit de deux opérations et de deux sociétés juridiquement distinctes.


Les emprunts structurés

Moins sophistiqués que le cross-border leasing mais pratiquement aussi dangereux pour les collectivités locales, les emprunts structurés (ou emprunts toxiques) sont une spécialité de la banque franco-belge Dexia, un établissement issu de la privatisation (dans les années 1990) du Crédit Communal de Belgique et du Crédit Local de France.

Avec sa réputation plus que centenaire d'établissement sérieux ayant pour vocation de satisfaire les besoins financiers des communes dans le respect de l'intérêt général, Dexia a su endormir la confiance de ses clients en leur proposant, au lieu de prêts classiques et éprouvés, des "produits financiers innovants" concoctés par elle. A première vue, ces prêts d'un nouveau genre étaient moins chers pour les communes : "C'est l'avantage de la privatisation, Monsieur le Bourgmestre... Signez ici, s'il vous plaît..."  Et on signait les yeux fermés un contrat contenant une clause incompréhensible qui stipulait que le "taux fixe" serait majoré en fonction du niveau futur de tel ou tel indice boursier n'ayant rien à voir avec le crédit. Les banquiers parlaient de "Step-in Step-out Collar", de "Triple Floor Fixed Rate", de "CMS Spread" ou encore de "taux lié, en-dessous de la barrière, à la pente de la courbe des taux", sans être capables d'expliquer clairement de quoi il s'agissait - si l'emprunteur avait compris, il n'aurait pas signé.

Résultat : ce n'est plus 4 % que les villes doivent payer, mais 6, 12 ou 24 %. Et comme Dexia a entre-temps titrisé beaucoup de ses crédits toxiques, la facture ne sera pas nécessairement présentée par cette banque, mais par n'importe quel créancier ou "investisseur" étranger.

Bien sûr, Dexia n'est pas un cas unique ; d'autres banksters l'ont imitée, à commencer par la Deutsche Bank (en France : la Société Générale, le Crédit Agricole et les Banques Populaires).

Plusieurs municipalités françaises victimes de cette nouvelle forme d'escroquerie (Saint-Etienne*, Rouen, Laval, Brest, Lille et des communes de Seine-Saint-Denis) ont annoncé leur intention de poursuivre en justice les banques qui leur ont octroyé ces prêts sans les informer des risques. Les chances de voir les tribunaux condamner les arnaqueurs sont bien minces.

* Pour la ville de Saint-Etienne, dont l'emprunt contracté auprès de la Deutsche Bank était assorti d'une indexation sur la parité livre sterling-franc suisse, la baisse de la monnaie britannique a fait grimper le taux de 4,3 % à 24 %.

(Dexia a bénéficié en septembre-octobre 2008 de plus de 6 milliards d'euros d'aide publique. Quelques semaines plus tard, on apprenait que la banque franco-belge finançait les colonies juives de Palestine - à des taux fixes préférentiels, bien entendu, faut quand même pas être antisémite...)


Stupid German money

Dans les années 1990 et jusqu'en 2006, un régime fiscal très spécial permettait aux investisseurs allemands de faire valoir auprès de leur administration une perte fictive de 100 % (et parfois même davantage) pour toute acquisition de parts dans un fonds destiné à financer une production cinématographique aux Etats-Unis. Autrement dit, des nantis imposables en Allemagne (mais pas nécessairement imposés) fournissaient à Hollywood de l'argent provenant en grande partie du fisc. Grâce à cette aide aussi généreuse qu'involontaire du contribuable allemand, les producteurs pouvaient se permettre de ne pas rémunérer les capitaux reçus, voire même de ne les rembourser que partiellement. Les pourvoyeurs de "stupid German money", comme on disait alors à Hollywood, étaient néanmoins assurés de retrouver leur mise augmentée d'un honnête profit.

Rien que de 2000 à 2005, on a collecté de la sorte douze milliards de dollars, dont une bonne partie en tant que cadeau fiscal. En 2003, plus de 20 % des capitaux investis à Hollywood provenait d'Allemagne. 46 productions sur 157 nominées pour un Oscar ont vu le jour grâce à de l'argent allemand prêté au taux de 0 %.

On imagine les milliardaires et multimillionnaires juifs d'Hollywood pliés en deux à la pensée de faire financer par ces pauvres cons d'Allemands la production de tous ces navets, y compris et surtout ceux dédiés au culte de l'Holocauste®. On voit que l'industrie du même nom ne consiste pas seulement à verser de l'argent à Israël - loin de là.

Et pendant ce temps, le cinéma allemand, à l'exception de quelques réussites comme Cours, Lola, cours ou Good-bye Lénine, était en crise quasi-permanente et presque toujours en manque de fonds.


Oubliez tous les critères

Il n'y a pas si longtemps, l'Europe - qu'il s'agisse de l'UE ou de la zone euro - se présentait comme un modèle de gestion avisée et ne manquait jamais de faire la leçon aux candidats à l'admission.

Combien de fois n'a-t-on pas entendu invoquer les critères de Maastricht (taux d'inflation ne devant pas dépasser de plus de 1,5 point celui des trois meilleurs pays, dette publique totale obligatoirement inférieure à 60 % du PIB, déficit budgétaire annuel inférieur à 3 %*) ?

Combien de fois les technocrates de Bruxelles n'ont-ils pas reproché à tel ou tel Etat membre de subventionner ses entreprises ou de tarder à privatiser son secteur public ?

Depuis le début de la crise, tous ces critères sont oubliés. On recapitalise les banques, on les nationalise partiellement, on les inonde de centaines et de centaines de milliards. On reproche même à la Banque centrale européenne de trop vouloir combattre l'inflation au détriment de la croissance. L'indépendance de la BCE est un autre de ces principes jetés par-dessus bord.

* Pour 2010 on signale, en France, un déficit budgétaire de 8,5 % du PIB. Pour ce qui est de l'endettement public total, il est question de 82 % du PIB. Les autres pays européens affichent des taux comparables ou supérieurs : Allemagne 79 %, Belgique 100 %, Italie 116 %, Grèce 125 % (les USA annoncent 90 %, le Japon 200 %). Mais la fiabilité de ces chiffres est plus que douteuse. Pratiquement du jour au lendemain, on "découvre" ainsi que l'endettement de la Grèce est de 160 % et peut-être même de 200 %. Selon les besoins du moment, les spéculateurs et leurs complices des milieux politico-médiatiques peuvent épingler n'importe quel pays (par exemple l'Italie, fin 2011) et prétendre que sa dette s'est subitement accrue de façon astronomique - ce qui nécessite bien sûr des coupes drastiques dans les budgets sociaux. La comptabilité nationale s'apparente de plus en plus à des comptes d'apothicaire. Le taux d'endettement (réel ou imaginaire) est devenu une arme financière de destruction massive utilisée contre les Etats et la masse des citoyens.


Crise passagère ou systémique ?

Le monde de la finance, de la politique et des médias a beau nous suggérer, au printemps 2008, que les banques sont tout simplement confrontées à des problèmes de liquidité qui ne tarderont pas à se résoudre dès que la confiance sera rétablie, les mauvaises surprises quotidiennes donnent à penser qu'il s'agit en fait d'une crise beaucoup plus profonde, affectant la solvabilité de tout le système. Si l'abcès n'éclate pas maintenant, cela risque de se produire plus tard - dans trois mois ou dans deux ans.

Il n'y a aucune raison, a priori, pour que les autorités entreprennent quoi que ce soit pour assainir les marchés, puisqu'elles constituent elles-mêmes une partie du problème. Etant au service de l'oligarchie financière, elles se sont appliquées à satisfaire les exigences de celle-ci au cours des années écoulées. Aujourd'hui, par banques centrales interposées, elles déversent de l'argent frais par centaines de milliards sur les marchés - notre argent, cela va de soi.

Il est évident que cette crise, qui n'a rien d'une catastrophe naturelle mais tout d'un coup monté, va être l'occasion d'effectuer de nouvelles coupes et de nouvelles "réformes" antisociales. Comme l'a bien montré Naomi Klein dans son livre The Shock Doctrine - The Rise of Disaster Capitalism (2007), il faut que la société soit affaiblie et démoralisée pour mieux faire passer le traitement de choc (à la fois économique et politique) que le capitalisme de catastrophe nous réserve, conformément à la doctrine formulée par l'économiste américain Milton Friedman (juif sioniste lui aussi - pure coïncidence).

La question qui se pose, en 2008, est de savoir si la nouvelle secousse financière est un simple avatar des crises des décennies précédentes (la dernière en date étant celle du Nouveau marché, en 2000) ou si, au contraire, nous assistons à la naissance du cataclysme ultime, le vrai de vrai qui balaiera tout sur son passage...


En marge de la crise : l'affaire Eliot "Ness" Spitzer

Le 12 mars 2008, Eliot Spitzer, gouverneur de New York et ancien ministre de la Justice de cet état, est contraint à la démission suite à une affaire de mœurs tout à fait ridicule (il fréquentait des prostituées). Les médias en font des gorges chaudes, insistant sur le fait que le Client # 9 de ces dames ne manquait pas, entre deux escapades, de jouer à l'irréprochable Mister Clean.

En fait, si Spitzer, comme tout homme politique qui "se respecte", faisait le contraire de ce qu'il prêchait, ce n'est pas pour cette raison qu'il est tombé victime de la chasse à courre. En bonne logique, il aurait même dû bénéficier de l'indulgence de la presse : en sa "qualité" de Juif sioniste, il était à l'abri de toute attaque personnelle (nécessairement "antisémite").

Comme le rappelle le Réseau Voltaire, Eliot Spitzer était même "l'espoir de la communauté juive US, qui l'imaginait un jour en président des Etats-Unis. Brillant juriste, il avait été l'assistant à Harvard d'Alan Dershowitz, le conseiller juridique de l'Etat d'Israël."  (Dershowitz est une ordure judéo-fasciste de premier ordre, partisan et justificateur de la torture, raciste et islamophobe, défenseur n° 1 de toutes les guerres sionistes passées, présentes et futures : Afghanistan, Irak, Palestine, Liban, Syrie, Iran, Darfour, etc...)

Le problème, c'est que même un Juif sioniste "espoir de la communauté" ne peut pas tout se permettre aux Etats-Unis. En particulier, il n'a pas le droit de mettre en cause les intérêts de l'oligarchie financière qui, comme chacun sait, est pour moitié juive. Or, Eliot Spitzer se prenait un peu trop pour le successeur d'Eliot Ness, ce flic incorruptible qui pourchassait les trafiquants d'alcool à l'époque de la Prohibition, lorsque le mafieux juif Sam Bronfman amassait les millions et bâtissait l'empire Seagram grâce à son whisky frelaté.

Oui, Spitzer s'était permis de mener une enquête sur le sort du fonds de pension de la ville de New York, géré par l'Israélo-Américain Alan Hevesi. Ce fonds de plus de 10 milliards de dollars avait investi dans le Carlyle Group des Bush-Ben Laden (en difficulté depuis le 14 mars 2008). Hevesi aurait utilisé le fonds de pension pour s'enrichir, lui et ses amis (chose encore plus banale, dans ces milieux, que de faire appel à des call-girls). Finalement, Hevesi a plaidé coupable et s'en est tiré avec une amende de 5.000 dollars - avec des avocats et des juges "de la communauté", pas de problème.

Qui plus est, en 2005-2007, Eliot Spitzer a dirigé une enquête portant sur les comptes secrets du Congrès juif mondial (dont le multimilliardaire Edgar Bronfman, fils de Sam Bronfman, est le patron). Le CJM est de toutes les arnaques, et pas seulement dans le cadre de l'Industrie de l'Holocauste. Bien entendu, ce n'est pas cet aspect particulièrement nauséabond des activités du Congrès juif, que Spitzer a voulu dévoiler. Plus modestement, il s'est contenté d'éclairer une affaire de détournement de fonds de 5 millions de dollars par l'ancien secrétaire général Israël Singer (une broutille - le chantage à l'Holocauste rapporte au bas mot des dizaines de milliards).

Autre chose : le 14 février 2008, moins d'un mois avant sa démission forcée, le gouverneur Spitzer avait écrit un article dans le Washington Post, mettant en cause les méthodes de prédateur employées par les prêteurs hypothécaires ("predatory lending practices by mortgage lenders"). Parmi ces méthodes : dissimulation des conditions réelles du crédit, prêts consentis sans se préoccuper de l'aptitude des emprunteurs à rembourser, taux "avantageux" destinés à attirer la clientèle mais augmentés de façon astronomique quelque temps plus tard, "forfaits" contenant des "services" douteux dont le prix n'est pas révélé à la signature, ristournes illégales, etc.

Comme il n'existait pas de législation fédérale interdisant ces pratiques, écrit Spitzer, l'état de New York et plusieurs autres états ont édicté une réglementation en ce sens. Qu'a fait alors l'administration Bush ? Elle a pris des mesures pour interdire aux législateurs locaux de protéger leurs citoyens contre la menace des prédateurs immobiliers. Bush est là pour protéger les banques, pas les emprunteurs...  On imagine que de nombreux banquiers "de la communauté" ont dû voir rouge en lisant l'article du gouverneur (la Maison Blanche, évidemment, ne fait rien sans les consulter).

Durant sa carrière, Eliot Spitzer n'a pas cessé de cibler les géants de Wall Street et a gagné de nombreux procès contre Bear Stearns, Goldman Sachs, JPMorgan, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Morgan Stanley, le Crédit Suisse, l'UBS et la Deutsche Bank. Il n'a pas hésité à attaquer les pollueurs de la grande industrie et les exploiteurs des grandes chaînes de distribution  Alors, cette "histoire de cul" pour le faire tomber, c'est assez drôle...

Le journaliste investigateur américain Wayne Madsen signale que le fameux "Emperor's VIP Club", qui a coûté son poste à Spitzer, est étroitement surveillé par les services américains de renseignement et qu'il sert de couverture au Mossad (le gouverneur aurait pu s'en douter). Un autre journaliste americain, Greg Palast, rappelle que les médias alignés ont davantage parlé des 4.300 dollars versés par Spitzer pour ses visites au "club", que des 200.000.000.000 de dollars gracieusement offerts par Bernanke aux spéculateurs.  Spitzer a tout payé de sa poche, tandis que les largesses de Ben Shalom à ses amis vont longtemps peser sur les contribuables américains et - mondialisation aidant - sur beaucoup d'autres habitants de la planète, y compris ceux qui n'ont jamais entendu parler de subprime ou de Fed.


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